LA NATURE ET I.A GRACE
leurs propret yeux , et qui, en réalité, sont possédés par le démon et soumis à ses lois.
Telle est l’opinion qu’cxp’rimesjir le monde le Créateur et le Hédemptcur du inonde ; c’est aussi celle qu’en a la jietile société de ceux en qur il vit .et par qui il est glorifié; mais la foule, le.plus grand nombre , le monde lui-même , regarde l'humanité d’uu • tout autre œil ; il a une tout autre opinion des hommes, en général cl en particulier de ceux que Dieu a choisis pour se ; s héritiers. Il considère tous les hommes comme étant parfaitement égaux, ou comme ne différant entre eux que par des nuances si légères, si imperceptibles, qu’il est impossible, sans blessor }a vérité et la justice, de les diviser en deux classes, ou même d’établir entre eux aucune distinction. Selon le monde,. chaque homme ne ressemble qu’àjui-même ; chacun ases opinions propres , sa ligne de conduite, son symbole, son culte ; si un certain nombre de personnes se réunissent dans un but religieux, c’est' par hasard ou, par convenance; chacun de nous est complet par lui-même; la religion est une affaire toute- personnelle; -il n’existe poitit de religion commune, c’est-à-dire point de religion, strictement parlant, professée par un certain, nombre de fidèles ; c’est là une affaire qui est - du ressort de notre jugement particulier. Par conséquent, — -car telle est la conséquence quo l’on tire de ces prémisses, — il n’y a ni vraie ni fausse religion ; il n’y a de vrai pour chaque individu que ce qu’il croit être vrai, et ce qui est vrai aux yeux de l’un- peut être faux aux yeux de l’autre. H n’v a pas de doctrines spéciales dont la croyance
soit nécessaire pour le'salut ; il n’est point difficile de gagner le ciel, et la plupartdes hommes peuvent regarder comme chose certaine qu’ils seront sauvés. Tous les hommes sont agréablçs à Dieu, excepté dans le moment où ils commettent le péché ; mais le péché une fois commis, ils rentrent en grâce tout naturellement et sans la moindre difficulté, par l’effet de ^indulgence infinie de DieU. Il se pourrait cependant qu’on perdît la bienveillance de Dieu, en persévérant dans le péché ou en mourant en le'commettant ; mais, même dans ce cas, on ne doit pas désespérer de son salut. Il n’y a pas d’enfer, ou du moins il n’y a point de peines éternelles. La prédestination, l’ élection, la grâce, la persévérance, lafoi, la sainteté, l’incrédulité, la réprobation, sont, selon le monde, des idées, ridicules ou même fausses. Telle est la hiaqiere.de voir des hommes en général .telle est leur manière de juger les questions religieuses, quand ils en font l’objet de leurs préoccupations, et qu’ils réfléchissent par eux-mêmes; et si, sons quelques rapports, ils modifient parfois ces opinions , c’est au détriment de ceux qui embrassent , l’opinion contraire, c’està-dire celle émise par Jésus-Christ ei ses apôtres. Aussi , ils sont généralement sévères à l’égard des personnes que Dieu a adoptées pour, ses élus et qu’il conduit vers le ciel, je vedx parler des catholiques, qui sont les témoins et les prédicateurs de ces redoutables doctrines de la grâce, qui condamnent le monde, et pour lesquelles le monde a une si profonde horreur.
Il est certain que le monde ignore l’existence de la grâce; cela ne doit pas étonner, car il est toujours con-