LA NATURE ET .LA (.RACE
impossibles, parce qu’ils seraient une infraction a ces lois. Par la même raison, le monde déifie et adore la nature humaine et scs instincts ; il refuse de croire à la puissance et à la distribution de la grâce. Telle est la cause de la haine que le monde porte à l’Église. L’Église signale et dénonce une multitude de péchés que le monde ne voudrait pas reconnaître comme tels, parce qu’en acceptant l’enseignement de l’Egliso, il se trouve, à sa grande indignation et à son vif regret, entouré de péchés, de toutes pârts et en tout temps, le jour et la nuit. 11 apprend que, tandis qu'il se croyait maître absolu de ses actions et indépendant de Dieu , Dieu a prononcé contre Lui les plus sévères jugements ; il apprend qu’à Chaque berne qui s’écoule, la masse de ses crimes augmente , crimes qui ne peuvent être évités, rachetés que par une puissance surnaturelle , par la grâce de Dieu. Au lieu de jouir d’une liberté illimitée de volonté et de penchants , il se voit menacé d'être humilié au dernier degré à, cause de ses péchés. C’est pourquoi il prend son point d’appui dans la nature; il nie ou rejette la grâce divine. Comme l’esprit orgueilleux au commencement des temps , il cherche le bien suprême, dans sa propre nature, et ne demande rien de plus; il cherche. à se suffire à lui-même, à trouver son- bonheur en lui ; il n’aspire point au surnaturel , et par conséquent il n’y croit pas. Comme la nature ne peut s’élever au-dessus de la nature , il ne veut pas croire que lu voie étroite soit possible ; il hait ceux qui y entrent; il les traite d’ambitieux et d’hypocrites , ou bien il sè moque de leurs inspirations
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comme élanl romanesques et fanatiques; tout cela pour ne pas croire à la grâce.
La manière dont je viens de mettre la nature et la grâce en opposition, et dé faire ressortir leurs' différences respectives , peut vous avoir fait penser qu’il est impossible de les Confondre. Maintenant je vais m’efforcer de vous faire voir que la grâce peut quelquefois être prisc.pourla nature, et, réciproquement, la nature pour la grâce. On peut facilement les prendre l’uiie pour l’autre, parce que,, ainsi que je crois l’avoir montré plus haut, la différence qui existe entre elles est en grande partie intérieure et conséquemment secrète. La grâce réside dans le cœur; elle purifie les pensées et les motifs ; elle élève l’âme à Dieu ; elle sanctifie le corps; die corrige et ennoblit la pâture humaine , en la purgeant de ces péchés dont l'homme est honteux et qu’il ne montre pas an grand jour. Mais la nature peut Contrefaire la grâce en éclat extérieur, en actes isolés, en paroles, en professions, en enseignements, en vertus sociales et politiques, en exploits surprenants et héroïques sur la scène passagère de ce monde; elle jieut même parvenir à abuser ceux en qui s’opère cette contrefaçon. Rappelez -vous que c’est de la nature et non de la grâce que l’homme a reçu le don de la raison et celui de la conscience ; or, la raison et la conscience l’amèneront à reconnaître et , en une certaine mesure , à rechercher des objets qui sont à proprement parler des objets surnaturels et divins. La raison naturelle peut fort bien déduire l’existence de Dieu du spectacle des choses visibles, du témoignage