LA SATURE ET LA GRACE
de la tradition, de l’existence de l’âme et de la'nécëssité même' de cette explication. Un cœur livré aux seules inspirations de la nature peut avoir de temps en temps des mouvements , des accès d’amour pour le Seigneur. L’imagination , ornée seulement pur la nature , peut se représenter la beauté et la gloire dès attributs divins; la conscience peut, avec les seules lumières de la nature , constater et classer les vérités de lu loi morale ; elle peut même aller jusqu'il condamner cette concupiscence qu’elle est trop faible pour dompter et qu’elle consent à tolérer.
La volonté naturelle peut faire bien des choses bonnes et dignes d’éloges; et, dans certains cas , en certains moments , quand la tentation est absente, elle peut paraître avoir "une énergie qu’elle ne possède pas ; elle peut imiter l’austérité et la pureté des saints. Tel homme n’a pas de tentation d’avarice; tel autre n’a pas de tentation de gourmandise ni d’ivrognerie ; celui-ci n’a point de tentation d’ambition , de mauvaise humeur, d’arrogance. De là vient que la nature humaine peut .souvent se montrer spiîs un jour trèsfavorable ; elle peut être facile , douce , aimable , bonne, bienveillante, généreuse , honnête , probe, modérée ; et , si on la considère telle qu’elle apparaît dans ses [dus beaux modèles , elle peut devenir une difficulté sérieuse pour les fidèles qui savent qua , même dans les circonstances les plus heureuses, la nature n’a réellement aucun rapport, de parenté. avec Jésus-Christ, ni aucun droit à une récompense céleste, bien cependant - qu’elle parle quelquefois de Jésus-
18(i HUITIÈME CONFÉRENCE.
Christ et du ciel, bien qu’elle lise -l’Ecriture, et' qu’elle lasse bien des œuvres avec joie,.» par suite de cette lecture , et qu elle pratique une certaine croyance , quelque différente qu’elle-soitdc cette foi qui nous est donnée par la grâce.
C’est- un spectacle bien triste et souvent déchirant qhe d’examiner la conduite et le caractère de ceux qui n’olit jamais reçu la grâce élémentaire de Dieu dans le sacrement de baptême. Ils sont parfois si bienveillants et si zélés , si infatigables dans leurs bonnes œuvres ; ils sont parfois si sages et si judicieux; ils ont tant de qualités propres à leur gagner les cœurs ! Abandonnez-les à la miséricorde de Dieu ; sa grâce s’étend sur toute la terre ; si elle produit de bons effets et de bons fruits chez les hommes qui ne sont pas baptisés , il les en récompensera ; mais où la grâce n’est pas , ce qui paraît si bon a probablement sa récompense dans ce monde, récompeùse proportionnée au mérite, mais qui n’implique aucun droit aux. récompenses célestes , pas plus que ne nous en donnent les arts ou lés sciences , l’éloquence ou l’esprit. 11 arrive d’ailleurs souvent que, là où nous remarquons brou co u p de choses spécieuses et aimables, il y a aussi des choses mauvaises, et très-mauvaises. Les hommes se montrent toujours , dans le monde , sous leur meilleur aspect ; mais, k plupart du temps, durant la plus grande partie rlu jour et de la nuit y ils se tiennent renfermés dans leurs propres pensées. Ils n’ont d’autres témoins de leurs actions qu’eux-mèmes ; personne ne les voit que Dieu et les anges. C’est pourquoi, en