‹ Conferences adressees aux protestants et aux catholiques par le r.p. JohnHenry NewmanChapitre 33 sur 68 · LA NATURE ET LA ÜRACE · texte numérisé non relu

LA NATURE ET LA ÜRACE

pareil. cas, nous ne pouvons les juger que sur le peu que nous voyons; nous ne pouvons admirer que leur bon côlé, puisque nous ne sommes pasù même de déterminer exactement la situation morale de ceux que nous admirons. Nous sommes semblables à des enfants qui , ayant reçu de bons traitements de quelqu’un, le considèrent comme un homme excellent , parce qu’ils ne le connaissent que sous le rapport de la bonté dont il a donné des marques. Nous sommes encore semblables à des personnes sans éducation qui , n’ayant aucune habitude du monde, ne savent pas distinguer à quelle classe appartiennent les différents individus qui ' passent sous leurs yeux, et qui Considèrent, comme égaux et se valant les uns les autres , tous ceux qu’elles voient bien mis , quels que soient leur ton , leurs manières, leur tenue. Nous sommes tous non-seulement des enfants et des personnes sans éducation , mais des ' - • novices; que dis-je! moins que des novices, quand il s’agit de décider quel est, aux yeux de Dieu, l’état réel de tel ou tel homme qui n'appartient pas à l’Eglise, quoiqu’il ressemble aux chrétiens par sa conduite et son caractère. Laissant donc de côté ce point qui est au-dessus de notre connaissance; je répète que, d’après tout ce que nous Voyons, la nature humaine est inconséquente au plus haut degré , et qu’il faut nous garder de croire qu’elle puisse faire plus qu’elle ne fait, ni que ceux chez qui elle se montre avec le plus d’avantage soient le moins du monde meilleurs qu’ils ne paraissent. Nous voyons leurs bons côtés , nous les voyons en entier, eu ce qui concerne les qualités morales ; mais

nous ne pouvoris , par le peu que nous apercevons , préjuger eu faveur de ce que nous ne voyons pas; nous devons nous garder de prendre ce que nous voyons comme un échantillon de ce qu’ils sont. Quelque triste que soit un pareil, spectacle pour un catholique, il ne Saurait être pour lui une . objection insoluble. Cet homme peut' être bienveillant, humain, droit, bon* nète, sincère, impartial, indulgent, et n’avoir pas pour cela les qualités d’un chrétien véritable, la douceur, la mansuétude , la pureté, la dévotion. Il ainle peut-être à faire ses volontés, il a une haute opinion de sa capacité, il se moque’ de là foi et de la crainte de Dieu, il a peut-être prié très-rarement dans sa vie, peut-être même jamais, ha gravité du maintien, le sérieux du langage, ne prouvent pas qu’mtérienrement on ne se livre à de mauvaises pensées et à des péchés secrets, objets d’horreur au Dieu tout-puissant. Nous admirons aussi ce qui est beau chez les païens de l’antiquité ou ceux des temps modernes, qui valent presque autant (pie ceux de l’antiquité; nous lès trouvons vertueux et louables; mais nous ne connaissons pas' plus la destinée ou le caractère de l’être intelligent que nous admirons, que nous ne connaissons les substances matérielles qui s’offrent a nos yeux sous les accidents de la forme et de la couleur. Ce'sont pour nous comme des causes inconnues qui ont agi sur le monde, qui l’ont troublé, et qui sc manifestent par certains grands effets politiques ou autres ; ce sont pour nous comme des peintures qui tombent sous le sens de la vue, mais non sous celui du toucher. Nous

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