PRÉFACE DU TRADUCTEUR. III
L'anxiété dp R. I*. Nevrrtan devait-elle me détourner de mop dessein?. Peut-on d’ailleurs admettre le danger que l’auteur signale? Serait-il vrai que, dans notre patrie, l’idée de Dieu et de sa Providence est moins profondément enracinée dans les esprits qu’en Angleterre? Je crois qu’il serait, difficile à quiconque connaît les deux pays de partager cette opinion. Et, en effet, si notre patrie compte, Dieu merci, un grand nom-r bre de bons catholiques, on ne saurait classer comme, incrédule le reste de sa population. En France comme en Angleterre, la masse des habitants se compose d’hommes qui ont foi eu Dieu et eu sa Providence, mais qui ne tirent pas de cette vérité première' les conséquences qui eu découlent; qui, par tiédeur, par.négfigonce, vivent daim les illusions du monde,: sans se' préoccuper des grandes vérités déposées en germe dans leur coeur par leur première éducation. La France n’a jamais été incrédule .'h moinâ qu’bn ne veuille la personnifier dans quékpies-uns de ses philosophes ou dans certaines illustrations de son Université.
Pohr apprécier les sentiments religieux de la France, qu'on les' juge lorsque la pression des circonstances leur permet de se manifester au dehors, et que l’ond.ise ensuite si T idée du gouvernement moral de L’univers y est moins profondément enracinée dans les esprits que chez le peuple d An-
PRÉFACE Dü TRADVCTEDB.
gleterre! Pense-t-on, par exemple, que le respect pour les choses de la religion dont Paris a donné l’exemple sous le coup de la révolution de Février, en 1 848, soit un symptôme d’incrédulité? On ne sera cependant pas tenté de dire que la révolution a été laite par de bons -catholiques. Pourrait-on espérer que Londres, frappé par de semblables événements, offrit jamais au monde un pareil spectacle? Quels Sentiments a fait naître dans notre armée le grand événement de la rentrée du Vicaire de Jésus-Christ datis la capitale du monde chrétien? Les officiers et les soldats qui remplissaient les rangs de nos troupes d’Italie n’étaient pas des hommes d’élite, désignés en vue de là mission auguste qu’ilsavaient à remplir; non, mais ils représentaient avec fidélité,, les officiers, la bourgeoisie; les soldats, la classe industrielle des villes et surtout des campa-* gués. fih bien! ne peut-on. pas dire de ce corps qui, après avoir eu la gloire de ramener à Rome le Vicaire dé Jésus-Christ,, a fait ( édification du Pontife, des Princes de l’Église et de la ville saiitté; ne peut-on pas dire de lui que ses sentiments sont ceux de l’armée, et que les sentiments de l’armée sont ceux de la population de la France? Il y a sous le drapeau national des hommes d’une religion plus ou moins pratique ; mais combien en trouverait-on faisant profession d’incrédulité, n’admettant d’autres lois morales que celles de la raison