‹ Conferences adressees aux protestants et aux catholiques par le r.p. JohnHenry NewmanChapitre 44 sur 68 · LA GRACE DK L* ENTENDEMENT · texte numérisé non relu

LA GRACE DK L* ENTENDEMENT

encore plus grande que sa peur, et elle triomphe do cette peur comme le soleil triomphe de la poussière et des brouillards qui parfois obscurcissent sa lumière , comme la roue d’un char triomphe des obstacles qu’elle rencontre dans sa course rapide. Les martyrs voyaient, et comment auraient-ils pu s’empêcher de parler de ce qu’ils avaient vu ? Us pouvaient frissonner devant la peine ; mais ils n’avaient pas la puissance de ne pas voir. Si les menaces avaient pu détruire les vérités célestes, elles eussent fait taire la voix de leur conscience. O mes frères, le monde est curieux et intelligent; il sait beaucoup de choses; il parle avec éloquence et profondeur ; mais y trouverait-on un homme qui consentît à souffrir le martyre pour une idée tirée du chaos de ses opinions? Quelques-unes sont vraies; d’autres sont fausses ; mais trouvez une personne qui veuille périr pour l’une d’elles ! Les enfants da monde parlent haut; ils déclament contre ld doctrine qui enseigne que Dieu venge les crimes des hommes ; consentiraient-ils à mourir plutôt que de confesser cette même doctrine? Ils font des tableaux magnifiques de la miséricorde infinie de Dieu; consentiraient-ils à mourir, plutôt que de nier cette miséricorde? S’ils n’y consentent pas, c’est qu’ils n’ont pas même l’enthousiasme , l’obstination, l’esprit de parti nécessaire pour défendre leurs opinions; bien moins encore ont-ils la grâce. Ils parlent sur une opinion et par induction. Il y a des écrivains qui recommandent d’avoir confiance en la communion légalement établie, qu’ils considèrent comme une branche de l’Eglise catholique;

ils peuvent soutenir que cette opinion peut être défendue avec succès; mais ce n’est cependant chez eux qu’une opinion; car dites-leur : Combien y en a-t-il parmi vous qui soient prêts à mourir, plutôt que de la rétracter? regardez-vous comme un péché de douter de l’église officielle? ou plutôt, ainsi <jue je l’ai déjà dit, ne trouvez-vous pas qu’il est permis, qu’il est naturel, nécessaire, convenable, sage et humble de concevoir ces doutes ? N’avez-vous pas meilleure opinion de l’anglican qui doute, pourvu qu’il ne pousse pas ses doutes trop loin et qu’il n’aboutisse pas à l’incrédulité?

Ces mêmes personnes, qui parlent si sévèrement de ceux qui abandonnent la communion dans laquelle ils sont nés , quoiqu’elles n’y aient pas une bien grande foi elles-mêmes , sont portées à considérer un pareil acte comme un affront fait à leur secte , bien plus encore que comme un malheur pour celui qui en sort. Elles regardent cet acte comme un outrage criminel fait à leur parti et à leur cause , outrage plus ou'inoins grave , selon le tort qu’il leur cause dans des circonstances données. Ce n’ést pas la séparation de l’individu qui est un grand péché à leurs yeux , mais le dommage qu’elles en reçoivent. Si celui qui s’éloigne a de l’importance , et s’il est utile à leur cause , d’une manière ou d’une autre , ces personnes protestent contre sa démarche ; s’il leur est désagréable et importun, s’il va trop loin (comme elles le disent) , s’il donne du scandale , s’il est devenu le centre d’une influence fâcheuse , s’il trouble en quoi que ce soit l’ordre de leur

Page 1