POI RT JUGEMENT TRIVÉ
absent, vous dites résolument qu’il a soutenu ceci, (ju il a dit cela ; si tout à cou|> il entre où vous ôtes, vous changez aussitôt de ton et de langage. Vous dites alors : « Je crois vous avoir entendu dire quelque chose d analogue .à ceci, » ou « il me semble que vous avez parle ainsi; » ou encore, vous modifiez considérablement l’assertion que vous lui avez d’abord attribuée; par précaution, vous en laissez prudemment de côté une partie ; vous en retranchez les détails les plus saillants, et enfin vous attendez avec anxiété pour savoir s il acceptera môme partiellement ce que vous venez' de dire. La même chose a lieu par rapport aux documents écrits par une porsonne qui n’est plus. Je puis imaginer telle personne qui serait bien embarrassée, si saint Paul apparaissait tout à coup pendant qu’elle commente et explique magistralement son épître aux Gala tes, ou son épître aux Éphésicns, car elle craindrait que 1 apôtre ne se mît à expliquer lui-même leur véritable sens, et à le substituer à celui qu’elle leur attribue; en un mot, bien qu’elle dise qu’elle a foi dans les écrits de saint Paul, elle n’a évidemment aucune loi en saint Paul lui-même* et quoiqu’elle parle beaucoup de la vérité de l’fierilurc , elle n’aurait aucune envie d'être un chrétien d’après l’Kcriture.
Je crois pouvoir avancer que cette vertu, qui fut pratiquée parmi les premiers chrétiens, est aujourd’hui complètement ignorée des protestants; ou du moins, si l’on en trouve de rares exemples parmi eux, elle est exercée envers des prédicateurs et des théologiens qui se défendent d’en être l’objet, et qui exhortent leurs
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disciples à juger par eux-mêmes. Les protestants, en général, n’ont pas la foi, dans le sens primitif de ce mot; cela est évident , et nous en avons ici une nouvelle preuve. Si les- hommes croyaient maintenant, comme ils ont cru du temps des apôtres, ils ne pourraient ni douter pi changer. Personne ne peut se demander si une parole émanée de Dieu doit être crue ; toute parole venant de Dieu est nécessairement digne de foi ; tandis que quiconque est humble et modeste , est naturellement amené à douter de ses propres inductions et de se? déductions. Puisqu’aujourd’hui les hommes prétendent puiser eux-mêmes leur foi dans l'Ecriture, au lieu de la recevoir de la bouche d’un maître, il faut s’attendre à les voir errer. Un jour ils seront plus convaincus qu’uli autre de la force de leurs déductions ; ils changeront souvent d’avis relativement à leur valeur ; ils finîront-pcut-être par les nier complètement. Mais une telle incertitude est impossible quand on .a la foi, c’est-à-dire quand on croit que ce que le prédicateur enseigne vient de Dieu. C’est là un point sur lequel saint Paul insiste d’une manière particulière, en disant que les apôtres , les prophètes, les évangélistes, les pasteurs, les maîtres, nous sont donnés afin que « nous puissions arriver à l’unité de }a foi, » et que « nous ne soyons pas comme des enfants ballottés çà et là, et abandonnés à tous vents de doo trine. » Or, de nos jours , ne voit-on pas les hommes changer sans cesse leurs opinions religieuses? IN’est-ce pas là une preuve qu’ils n’ont pas cette foi que les apôtres exigeaient de leurs convertis? S’ils avaient la
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FOI ET Jl'GEMKNT BRIVE. 24#
fqi, ils ne changeraient pas. Croyez fermement, une fois pour toutes, que Dieu a parlé, et vous serez assurés qu’il ne. peut démentir ce qu’il a dit; il he peut tromper, il ne peut changer ; vous aurez reçu la vérité une fois pour touies, et vous la croirez toujours.
Telle est la seule manière raisonnable et logique d’envisager la foi. Mais les protestants sont si loin de la considérer ainsi, qu’ils rient de ce principe. Ils rient de ceux qui (pour me servir de leurs expressions) épinglent leur foi sur le Pape et les Conciles ; ils trouvent qu’il faut être bien borné et bien superstitieux pour croire ce que croit l’Église , pour accepter tout ce qu’elle dira à l’avenir sur des points de doctrine. Gela signifie qu’ils se révoltent à l’idée de faire ce qûo les chrétiens faisaient incontestablement au temps des apôtres,. Remarquez que le monde ne s’enquiert pas si l’Eglise catholique a lé droit d’enseigner, si elle a l’autorité et les promesses; il regarde comme humiliant et servile l’étal d’esprit qu’un pareil droit exige de ceux qui le reconnaissent, pu la disposition à accepter Lop te chose sans réserve ni objection. Lesprotestantsappellent tyrannie des prêtres, l’insistance que nous mettons à obtenir celte soumission de ta raison, et ils traitent cette soumission de bigoterie. Eu réalité, ils combattent l’état d’esprit dans lequel étaient tous les chrétiens du temps dos apôlreS) et il n’est pas douteux (qui le nierait?) que ceux qiii se vantent ainsi do ne pas se laisser mener eji aveugle^ , de juger et de voir par euxmêmes , de croire autant et aussi peu que ,bon leur semble, de haïr le joug de l’autorité, elle reste, au-
dixième cohérence.
raient eu bien dé la peine à prêter l’oreille aux paroles des apôtres, s’ils avaient vécu de leur temps; ou même il est très- probable qu’ils auraient refusé de faire le sacrifice de leur liberté de penser, qu’ils auraient trouvé la vje éternelle trop chère à ce prix, et qu’ils seraient morts dans -leur incrédulité. Mais ils se seraient défendus, en disant : « Userait absurde et puéril de vouloir nous imposer l’obligation de croire sans preuve, d’exiger que nous fassions abstraction de nos connaissances , de notre intelligence , de notre science, et de prétendre, avec toutes les difficultés que ta raison elle bon senstrouvent dans la doctrine chrétienne, son caractère mystérieux, dans son obscurité, son étrangeté, ..son inadmissibilité, sa sévérité, que nous devions nous rendre à la prédication de quelques Galilécns illettrés, ou à celle d’un Pharisien instruit, mais fanatique. » Voilà . ce qu’ils auraient dit alors; et, s’il en est ainsi , ést-il donc étonnant qu’ils ne deviennent pas catholiques aujourd’hui? La raison qui les fait rester dans l’état où ils sont , c’est qu’il leur manque une chose : ils n’ont pas la foi; la foi est un état de l’esprit, une vertu, qui ne leur paraît ni louable ni utile, et qu’ils ne tiennent point à posséder.
Ce quelcs protestantséprouvent de nos jours, mesfrères, c’est ce que lesJuifs et les Grecs ont, les uns et les autres, éprouvé avant eux du temps des apôtres; c’est ce que l’homme naturel a toujours éprouvé depuis. Les grands et les sages d’alors regardaient la foi avec mépris, comme font ceux d’aujourd’hui; ils la considéraient comme indigne de la nature humaine : « Vous voyez