‹ Conferences adressees aux protestants et aux catholiques par le r.p. JohnHenry NewmanChapitre 56 sur 68 · PERSPECTIVE DC MISSIONNAIRE · texte numérisé non relu

PERSPECTIVE DC MISSIONNAIRE

les faibles et les indignes pour ministres de sa volonté ; il les choisit encore à présent. Tant que nous avons une entière confiance en lui, tant que nous sommes fidèles à son Église, nous savons qu’il veut se servir de nous comme d’instruments dociles pour exécuter ses desseins; mais nous ne savons pas quels seront ses desseins ; nous ne savons pas quels seront les objets de sa miséricorde ; nous ignorons à qui il nous enverra; nous savons seulement que des milliers d’âmes soupirent après nous, et que nous serons envoyés à ses élus. «La parole qui sortira de sa bouche ne retournera pas à lui sans résultat ; mais elle fera son plaisir et réussira dans les choses pour lesquelles il l’a envoyée. » Il n’y a pas d’être si innocent ni si criminel, si insensé ni si intelligent, qui n’ait besoin de la grâce de l’Église catholique. Si nous ne réussissons pas auprès des hommes instruits, nous réussirons auprès des ignorants ; si nous ne réussissons pas auprès des vieillards, nous réussirons auprès des jeunes gens; si nous ne parvenons pas à convaincre les hommes sérieux et respectables, nous convaincrons les hommes insouciants et légers; si nous ne convertissons pas ceux qui se trouvent près de l’Eglise, nous convertirons ceux qui en sont éloignés. Le bras du Tout-Puissant ne s’est pas raccourci ; Dieu ne nous a pas envoyés ici en vain, à moins que (ce qu’à Dieu ne plaise!) nous ne perdions sa faveur par notre désobéissance.

Il y a en vérité une classe d’hommes auxquels notre mission parait plus particulièrement destinée, auxquels nous pourrions nous adresser naturellement, et

à l’attention desquels nous avons une sorte de droit. Ce sont ceux qui, comme nous, ont été autrefois conduits pas à pas jusqu’au seuil de l’Eglise. Ils sentaient, comme nous, que la religion catholique diffère de toutes les autres, et, quoiqu’il soit difficile de dire quels sentiments leur étaient communs avec nous (car nous n’étions pas deux qui eussions exactement les mêmes sentiments), cependant ils sentaient qu’il leur restait quelque chose à apprendre, et, sans apercevoir clairement la conduite à tenir, ils désiraient connaître la volonté de Dieu. Que pouvait-on attendre de ces hommes, quand ils ont appris que leurs amis, ceux avec qui ils sympathisaient si pleinement, avaient marché en avant sous le sentiment du devoir, et étaient entrés dans l’Eglise catholique? Il eût été naturel, je ne dirai pas qu’ils les suivissent tout de suite (car ils avaient aussi leurs raisons de rester où ils étaient), mais au moins il eût été naturel qu’ils examinassent mûrement la question, qu’ils prêtassent une oreille attentive aux observations de leurs amis nouvellement convertis. Est-ce ainsi qu’ils ont agi ? Non ; ils ont fait tout autrement ; ils ont dit : « Puisque les doctrines et les principes que nous professions en commun vous ont fait avancer, cette raison même doit nous faire rétrograder ; plus nous avons été d’accord jusqu’ici, moins nous pouvons nous laisser influencer par vous maintenant. Puisque vous vous en êtes allés, nous sommes résolue plus que jamais à rester. Vos arguments sont une tentation que nous devons fuir, car nous ne pouvons les réfuter. Nous dé-

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