LA VIE DE FAMILLE
Il se fit des noces à Cana, en Galilée, et la Mère de Jésus y était. Jésus fut aussi convié 4 aux noces avec ses disciples.
(S. Jbah, n, I, S.)
>a femme a une destinée spéciale: son activité se meut dans la famille ; c'est là que son action se fait sentir et qu'elle peut répandre à son gré ses bonnes ou ses pernicieuses influences.
Je ne puis présenter à vos regards les tableaux divers de la famille contemporaine , la famille égoïste, la famille frivole, ta famille coupable , la famille chrétienne ; mais au
moins je puis vous montrer la part que la
femme doit prendre dans ce grand œuvre de la fondation de la famille,
L'esprit de famille s'en va, c'est le cri universel : la littérature, les carrières, les idées, les mœurs, les cercles, le luxe, tout conspire à renverser ce sanctuaire béni du foyer. Je vous en conjure , Mesdames, devant ce péril menaçant, formez à votre tour une sainte conjuration ; attachez- vous aux nobles sentiments du respect et de l'amour de la famille ; relevez-la de ses ruines, embrassez les autels domestiques. Souvenez-vous qu'à la familte il faut la foi, l'affection ; il faut l'autel, le lien sacré des cœurs , l'invisible gardien de la vertu , le tabernacle dépositaire des joies et des douleurs ; il faut le Dieu qui bénit , console et sanctifie; il faut l'ami, le doux invité des noces de Cana , il faut le Seigneur Jésus et sa Mère admirable ! Hélas !... Mesdames, le Sauveur n'est plus consulté pour fonder la famille ; il est le dernier convié pour la bénir ; il est renvoyé avec le même sans-façon qai
Ta convoqné : il n'est plus gardé peur la perpétuer]...
C'est à vous qu'il appartient de relever la famille comme on relève les pierres d'un édifice qui croule.
Il est certain que la famille est une œuvre divine. Lorsque Dieu eut créé le monde, il sentit qu'un complément était nécessaire à son œuvre : il fit l'homme. L'homme créé se trouva seul : il avait besoin de parler et d'aimer ; il ne trouvait pas un être qui fit écho à sa pensée, pas un cœur qui fit écho aux battements de son cœur. Dieu alors lui envoya un mystérieux sommeil, et prenant une partie de ce bouclier naturel qui -couvre sa poitrine , il en éleva la femme. Adam se réveille, il salue Eve ; il sait qu'elle est sa compagne et son auxiliaire. Adam le comprit et il dit: Voici Vos de mes os, et ta chair de ma chair. Alors ces deux êtres se tenant par la main s'agenouillèrent devant Dieu , sa bénédiction se répandit sur eux.: ce ftit l'institution de la famille
Mais que devint cette famille T Vous savez ses ruines et ses désastres. Un jour Adam et Eve, après leur désobéissance, rencontrèrent le cadavre ensanglanté d'Abel , tué par son frère. Un jour , la famille s'en alla, sous les coups du paganisme, aux hontes que nous ont racontées les historiens. Elle en était là lorsque Jésus-Christ vint, et nous trouvons la gloire de la famille reconstituée aux noces de Cana.
Mais qu'est-elle devenue de nos jours!
Jésus-Christ en est absent et vous voulez qu'elle existe dans sa beauté ? Vous la faites rétrograder aux jours du paganisme, car on y entre sans préparation.
Les jeunes filles sur le seuil de leur pensionnat rêvent la vocation religieuse ou le mariage ; elles confient leurs hésitations à un prêtre , puis arrive un parti , la mère l'accepte, la jeune fille n'a pas le temps de réfléchir et le mariage est décidé. Songe-t-on que ces époux vont être les fondateurs d'un petit empire T Qui est-ce qui a préparé cette jeune
— iy3 — fille qui ne sait rien de la vie ? On s'est contenté de lui montrer un époux et elle l'a accepté. Pour le jeune homme , il a subi la fatale maladie moderne , il n'a pas voulu se marier d'abord : aujourd'hui les jeunes gens regardent le mariage comme une abnégation de leur liberté; puis, quand ils rencontrent une jeune fille, ils se disent : Elle est grande
et gracieuse. Ils l'admirent ; mais si quelqu'un leur parle de l'épouser , ils répondent : Le mariage est bien cher ! Ils calculent des bénéfices dans un mariage ! Dieu ! quels bénéfices ! les bénéfices d'une âme pure, d'un cœur candide î Non, des bénéfices matériels.
On dit que vous reculez devant ces mariages, que votre cité lyonnaise conserve ses traditions patriarcales ; mais prenez garde que ces usages ne vous envahissent et que bientôt il n'y ait plus d'obstacles pour ces mœurs actuelles.
Que résulte-t-il de ce qu'on appelle des mariages de convenance? Il eu ressort qu'il
y a cêflmranauté de fortune , de bo» , de situation , mais c'est tout. La jeune fille a apporté sa foi et sa piété ; le jeune homme n'apporte pas sa foi ; mais vous dites : Il a de bons sentiments, et puis, s'il n'a pas toujours conservé la pureté de sa première jeunesse, il y a l'espoir que le mariage le convertira. Mesdames , vos filles feront ce que vous avez fait, Àvez-vous converti votre mari î votre fille fera-t-elle mieux î Quand une jeune fille consent à unir son existence à un feomme qui n'a pas sa foi , quand les éponx se rencontrent partout excepté sur les hauteurs de l'âme, vous croyez être unis toujours î vous croyez garder l'amour avec votre jeunesse 1 Ah ! laissez venir , je ne dis pas les cheveux blancs , mais laissez venir quelques années , et tous verrez si vous êtes capables de perpétuer la tendresse dans un cœur quand Jésus-Christ est étranger aux pulsations de ce cœur. Ainsi, un des périls de la famille se trouve dans son organisation première.
Maintenant je suppose le mariage une fois accompli. Jésus-Christ y a été incité ; il est de convenance d'être au pied de l'autel : mais que se passe-t-il dans lésâmes? La jeune fille a prié ; le jeune homme, souvent par un simple formalisme , est allé chercher son billet de confession ! Et pourtant , Mesdames , je suis profondément ému et l'Eglise l'est aussi quand on lit cette messe du mariage , quand le prêtre appelle les bénédictions de Dieu sur cette union, quand il souhaite à la jeune épouse la bonté, la sagesse 9 la tendresse des saintes femmes ; qu'elle soit aimable comme Rachel , qu'elle soit sage comme Rebecca , qu'elle soit fidèle comme Sara; qu'ils demeurent tous deux fermes dans la pratique du devoir et de l'honneur.
Lorsqu'une jeune fille se marie , elle arrive manquant de trois choses : manquant de sérieux, d'expérience et de justice. A vingt ans, elle manque certainement de sérieux ; qu'est ce qu'il y a eu de sérieux dans sa vie ? quelles
ont été ses peines? Des congés manques dans son pensionnat, des soucis d'études , des lassitudes de piano, le pli disgraeieuxd'unerobe, le froissement de sa coiffure. Voilà les grandes douleurs de sa vie ; rien n'y a été sérieux. Il y avait la religion ; mais il a fallu tellement la poétiser , qu'elle eu connaît les consolations plus que les austères devoirs. Tout le monde a vécu pour elle; elle a été enveloppée de bonheur. Je le sais, il y a des jeunes filles qui ont eu des douleurs précoces : s'il y en a parmi vous qui ont manqué d'une mère de six à vingt ans , elles sont à plaindre ; mais celles-là ont pour mère la sainte Eglise et la Vierge Marie.
Cette jeune fille ainsi entourée de tendresse, que sa mère a seulement instruite dans les habiletés et les sollicitudes de la toilette, manque de sérieux.
Elle manque d'expérience ; comment voulez-vous qu'elle connaisse la vie ? Elle croit cependant la connaître; que de jeupes filles disent qu'elles n'ont plus d'illusions ! Elles
en ont une première , c'est de croire qu'elles n'en ont plus. Les jeunes gens sont bien plus précoces ; ils sont vieillards à vingt- trois ans. Vous le savez , l'expérience c'est la douleur, et elles n'ont pas eu d'autres douleurs que celles que je vous redisais il y a un instant.
Enfin , la jeune fille manque de justice , parce qu'elle voit tout à travers son imagination et à travers son cœur; pour être juste, il faudrait avoir du sérieux, et elle n'en a pas ; elle n'a que des illusions. Je vous le demande, lorsqu'elle tombe des rêves dorés de son mariage, après avoir passé quelques jours à faire admirer sa corbeille; lorsqu'elle revient de cette course étrange qu'elle a faite pour passer loin des regards les premières heures de l'intimité , n'est-elle pas pleine d'illusions ? Elle possède la liberté qu'elle a tant désirée ; elle pourra sortir seule , avoir le gouvernement de sa toilette , le gouvernement de sa table ; elle sera maîtresse de maison et pourra commander. C'est bien temps qu'elle corn-
mande , il y a si longtemps qu'elle obéit !
Puis elle voit avec son coeur , qui s'est donné sans réserve à une première affection, et elle croit qu'elle sera toujours aimée ainsi. Et que se passe-t-il î Soit qu'il y ait un défaut dans les éducations de jeunes filles , soit qu'il y ait un défaut dans les éducations de jeunes gens, le jeune homme regarde sa femme comme un jouet; il ne lui demande pas autre chose que d'être bien parée.
Hier , je parlais du luxe ; permettez-moi d'ouvrir une parenthèse : Il est à remarquer que personne ne se plaint plus du luxe que les maris, et ce sont eux qui en sont la cause. Ce jeune homme ignore que Dieu lui a donné charge d'âme , qu'il doit être l'éducateur de cette âme , qu'il doit lui révéler la vie , lui en montrer les difficultés et les tendresses tout ensemble.
Mais non , après quelques jours , il ne lui répond que par des monosyllabes ; si elle lui parle des choses religieuses, il lui donne sou-
vent une ironique parole <m un sourire narquois.
Ah ! il ne sait pas comme elle est perfide cette ironie qu'il jette dans cette âme pure et croyante. C'est le premier mot qui va séparer ces deux existences, qui n'auront bientôt plus de vie intime , car les maris ont leurs cercles modernes et ils échappent à cette loi de l'union de la famille.
Mesdames , j'aime à jme servir d'une comparaison. Autrefois , avant l'invention de nos chemins de fer , il y avait les diligences. Vous vous rappelez ces voyages : Deux personnes inconnues se rencontraient dans un coupé ; on ne se disait pas un mot tout le temps delà route, on se retrouvait à la table d'hôte, on se servait avec politesse et on remontait en voiture continuer la route en silence. Eh bien f souvent les mariages modernes sont un voyage dans un coupé de diligence ; on ne se parle pas, on se rencontre à la table d'hôte , on se sert arec courtoisie , et on continue le voyage avec
la même indifférence , jusqu'à ce qu'un jour les chevaux emportent la voiture : elle se brise et les coeurs sont meurtris.
Une fois ces deux existences séparées , ne se rencontrant nulle part , elles s'établissent chacune de leur côté. Si elles n'ont pas la communauté de foi, la femme rendra sa piété ennuyeuse et ennuyée , et quand elle n'a pas rencontré dans le mariage ce qu'elle avait rôvé, elle prend la revanche , quelquefois jusqu'au déshonneur.
Mais je suppose qu'elle accepte sa situation en patience, y a-t-il entre ces époux communauté de prière, de plaisir, de travail, de souffrances ? Est-ce que vous ressuscitez ce tableau que traçait Tertullien ? Il n'existe plus, on ne vous voit jamais ensemble ; que de fois , le matin, rencontrant à l'église un jeune homme ou un homme du monde , vous essuyez une larme et vous dites : Mon mari n'est pas là.
Et chose étrange ! voici un mari pieux et une femme pieuse ; il est rare de les voir commu-
nier ensemble, et souvent cela vient de ce que les femmes n'ont pas su dès les premiers jours fonder cette communauté de prières dans le sanctuaire domestique.
Et la communauté de plaisir, où est-elle î La femme va à son roman , le mari va à son journal ; la femme va à ses parures , le mari va à ses calculs ; la femme va à ses visites, le mari va à son cercle.
Et la communauté de conversation î Quand il s'agit d'avoir un conseil sérieux sur l'éducation de vos enfants, vous ne pouvez l'obtenir ; vou& ne pouvez pas vous entendre pour que cet enfant grandisse dans l'amour de Dieu et de ses parents.
Mais est-ce que la faute en est tout entière aux hommes î Elle en est aussi aux femmes ; aux femmes mondaines et aux femmes pieuses. Elles sont aimables partout, excepté avec leurs maris ; dans le monde, elles se contraignent , elle3 posent et elles se vengent dans leur maison de cette conduite artificielle en
montrant les côtés aigres de leur caractère, et elles font subir à leurs maris ces orages qui les éloignent.
Mesdames , vous appartenez à la société élevée d'une grande ville. La plupart de vos maris supppotent le lourd fardeau des affaires ou de la magistrature ; ils rentrent le soir fatigués de leur vie extérieure , et , après les préoccupations du jour, ils ne peuvent pas ne pas avoir je ne sais quelle défaillance dans leur esprit ; ils ont l'âme assombrie , le front triste. C'est à vous à les consoler ; il ne faut pas exiger qu'ils viennent à vous avec un sourire ; il faut savoir écarter ces nuages par une question délicate, ou un silence habile, en sachant vous taire ou parler à propos. Si vous faisiez ce que vous faites quand vous voulez gagner un cœur, vous le gagneriez aussi ; il ne demande pas mieux que d'être consolé. Mais souvent, quand il espère trouver près de vous un arc-en*ciel , il trouve une tempête. Or , il s'en va, il fuit ces orales, et la vie de famille disparaît.
Il faut que je finisse ; cependant je voulais vous parler d'un ennemi qui a brisé la vie de famille : la littérature moderne , la littérature des théâtres, la littérature des romans.
Que voyons-nous dans cette littérature î II y a peu de romans où Ton ne voie les luttes d'une jeune fille pour ne pas épouser un homme qui n'a pas sa foi ; le plus souvent qu'y voyons-nous apparaître ? Une glorification du foyer domestique profané, une apothéose de la femme frivole ou coupable. Ces lectures détruisent la vie de famille ; on apprend à regarder le mariage comme un lien intolérable du code civil , qu'il faut dénouer tôt ou tard devant une cour d'assises.
Ce qui est le grand péril de la famille, c'est
que Jésus-Christ n'y est pas entré pour la bénir,
pour la garder , pour la protéger. Ah ! il est
important que vous soyez vivantes en Jésus- - Christ ; il est important de reconstituer la vie
de famille énergique et forte. Vous serez les
anges gardiens de vos familles si vous savez
comprendre deux choses : l'abnégation et le dévouement ; si vous savez conserver toujours ces deux qualités de la tendresse, même quand votre tendresse serait méconnue et méprisée.
Contemplez les femmes du peuple : que de cœurs tendres et délicats comme les vôtres, qui ne rencontrent qu'un mari qui boit les sueurs de leur travail, et qui ne reçoivent pour prix de leur dévouement qu'une insulte et un dédain perpétuels! Pour vous, vous échappez à ce malheur par l'éducation, et vous pouvez être la première puissance , si vous savez être la première tendresse dans l'immolation et dans l'oubli de vous-mêmes.
Mesdames , je le répète , ne pactisez pas avec les faiblesses de cette vie folle, dissipée, égoïste , qu'on nomme la vie mondaine , de cette vie coupable dans laquelle les meilleurs sentiments s'égarent, lésâmes les mieux douées se flétrissent, les émotions les plus généreuses se dessèchent.
Prêchez par votre attitude les douces et
pureg affections, l'intimité de la maison , les c -> -"
joies chrétiennes de la vie de famille, lë'tràvailt
le devoir , les prémices "du bonheur dû ciel
sous les ombres de la terre , les plus grandes
délicatesses et les plus grandes forces du cœur
gardées par vous sous la bénédiction de Dieu
au foyer domestique.
ÏA
fission
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