‹ Conférences aux dames de LyonChapitre 12 sur 18 · PANS LA FAMILLE · texte numérisé non relu

PANS LA FAMILLE

Nom tommes let auxiliaire!

do Diou.

(S. Paul.)

|3 vous ai dit que pour avoir l'intelligence et le gouvernement de la vie, il fallait en comprendre le but et les devoirs, l'utiliser et la sanctifier. Après avoir montré que le vide devait être fait dans votre cœur , j'ajouterai qu'après l'avoir dépouillé de l'affection au monde, vous devez lui accorder la seule légitime satisfaction en le remplissant de l'amour de Dieu. Votre grande force pour marcher

sur ce sol de la vie, est d'avoir les deux certitudes du pardon divin et de l'amour divin.

Vous vous êtes souvent dit : Si j'avais un intérêt dans la vie, comme je serais puissante! Eh bien! cet intérêt, savez-vousoù le trouver! Je vais vous le dire : Vous êtes les auxiliaires de Dieu. C'est ce que saint Paul a dit dans une parole qui serait l'accent de l'orgueil , si elle n'était le cri de la foi. Ah ! quelle admirable mission d'être les ouvriers de Dieu! Mais comment donc pouvons-nous être les ouvriers de Dieu î

Je vous dis cette parole avec deux grands souvenirs : le souvenir de la Samaritaine , à qui il suffit d'une rencontre avec Jésus-Christ pour qu'elle ébranlât , simple femme , toute une cité ; le souvenir de ces douze pêcheurs, grossiers et ignorants, qui ont été appelés par Jésus-Christ et qui ont assis le christianisme sur leur apostolat et sur leur sang.

Prenez garde ; il ne suffit pas que vous soyez fidèles aux habitudes chrétiennes : on ne vou-

éfàt pu maaqfwr te meeêe éa. dimabche , la

boffitmmioii pa^oate ; «mis totrt est là. On va

à la limite Ai péché mortel, et on ne comprend pas ces mots magtqnes^e devoir ^t de dévouement.

On ne veut donner à Dieu que le strict nécessaire. On se dit : ïe veux éviter le mal ; mais on n'ajoute pas : Je veux accomplir le bien.

Or , si l'on se borne à donner ît Bien le strict nécessaire, on risque de ne bientôt plus rien lui donner. Et vous , tf avez-vous reçu de lui que le nécessaire ?

Dans Tordre naturel , si Dieu n'avait voulu Vous donner que le nécessaire , il eût suffi cTun rocher pour vous abriter , <Fun peu de pain pour vous nourrir , de quelques gouttes d'eau tombant de ce rocher pour vous désaltérer , et de quelques mètres de toile pour vous couvrir. Ce serait le nécessaire ; tfa-t-il donné que cela? Non, il a ouvert sa poitrine et fl en a répandu pour nous les trésors : il

à mis des soleils et des myriades d'étoiles sur nos têtes ; il nous a donné cette belle nature ; et vous qu'il a placées dans une position élevée» à qui il a donné la fortune , vous croyez que cela vous est dû , et vous avez l'illusion de croire qu'au milieu de la richesse il n'y a pas besoin d'avoir de modestie dans les goûts! mais ce n'est qu'un prêt. Dieu veut que vous compreniez sa parole : Heureux les pauvres d'esprit ! Vous pouvez avoir l'obligation d'une magnifique hospitalité • d'une grande tenue de maison ; mais il ne faut pas que le cœur y soit.

Aujourd'hui nous en sommes venus au luxe égoïste. Autrefois la chambre de l'hospitalité était la meilleure ; mais maintenant le luxe est personnel , égoïste , et il en résulte qu'à vos yeux il y a deux classes dans le monde.

Mesdames , je puis bien vous le dire , les panvres vous jalousent. Regardez si , instinctivement, cette jeune fille qui est née dans le luxe ne se croit pas d'une autre nature que

sa couturière ? Est-ce qu'il ne lui semble pas que celle-ci doit se meurtrir les doigts , pendant que sa main à elle doit être soigneusement protégée contre l'inclémence de l'air extérieur?....

On a ses données à soi : on croit qu'il y a fatalement deux sortes d'existences, les riches et les pauvres ; mais ce n'est plus le christianisme, c'est un christianisme faussé.

Maintenant, dans l'ordre surnaturel , Dieu ne vous a-t-il accordé que le nécessaire ? Il eût suffi qu'il eût baptisé l'homme et qu'il lui dît : Sauve-toi. Il nous a livré un Rédempteur , une larme de ce Rédempteur eût sauvé des mondes ; mais il a versé tout son sang sur le Calvaire , et après cela il s'est donné luimême ; il se donne tous les jours dans l'Eucharistie. Il a répandu sur nous un déluge de grâces ; tant de prédications , de confessions, de communions. Je vous le demande , n'estce que le nécessaire ? A li ! vous voudriez ne donner à Dieu que 1* nécessaire, vous vou-

driezite lui donner qu'une fami&é&è fe di2 manche ? Répandez donc de votre superflu^ non-seulement de votre fortune, mais de vos facultés, de votre intelligence , de votre ta** gination, de votre volonté, i Ah ! si vous avez tant reçu pour le teBpi?

et pour l'éternité, tant de lumières et de ten* dresses, vous ne pouvez pas rester dans un stérile égoïsme. Vous avez beaucoup reçu et vous devez beaucoup donner.

A cause de sa personnalité , de sa positif, la femme plus qu'un autre est appelée à être l'auxiliaire de Dieu. Elle doit avoir une triple mission , elle a un triple champ d'activité : dans la famille, dans le monde, dans l'Eglise/

D'abord , la puissance de ta femme dans tà famille, je l'ai fait entrevoir hier; vous avtf vu comment la femme peut en être la dotleur et l'espérance , la grandeur et la décadence. Il a été dit sous toutes les formes : I* femme est l'ange de la famille ; vous êtes le prêtre de ce sanctuaire , comme fille, comme épouse et comme mère.

Si la jeune fille n'a pas été élevée pour être une fleur de salon ou un mécanisme organisé, si oa lui a montré le sérieux de la vie, quelle puissance n'a-t-elle pas ? Je me représente une jeune fille de quinze ans revenant de l'église où elle a communié : sur ce front se trahit la pureté angélique ; quand elle entre avec sa sérénité , son frère vient au-devant d'elle ; c'est un jeune homme léger , dissipé ; elle lui parle de Dieu comme sa mère n'oserait pas le faire ; à travers ce jeune cœur il y a la vision du cœur de Jésus-Christ. Ce jeune homme est touché. Comme autrefois Marthe et Marie prirent Jésus par la main et le menèrent ressusciter leur frère, elle conduit Jésus-Christ près de ce tombeau et elle ressuscite un Lazare. Puis, quand elle a de grands parents éloignés de la religion , c'est encore elle qui les convertira, J'aime à voir ce doux rencontre de la jeune fille avec ce grand-père* Ce vieillard descend l'échelle de la vie ; il est fatigué d'une santé qui s'éteint ; ses yeux

cherchent un dernier rayon de soleil. Comme la jeupe fille sait gracieusement écarter le rideau, comme elle embaume ses derniers jours ! Je ne connais rien de plus beau que de J.a voir illuminant les sourires d'un vieillard. Gomme elle a ouvert le tombeau de son frère, elle ouvre le ciel à son grand-père.

Et quand elle prend des devoirs plus sérieux et plus élevés, quand elle devient épouse, si eile a compris sa destinée, si elle a eu l'intelligence du mariage , quelle grande mission elle accomplit !

Remarquez ce noble et délicat empire de l'épouse , si le premier jour elle sait dire à son mari : Mon ami, nous allons prier ensemble , parce que j'ai besoin que ma tendresse vous soit dévouée et perpétuelle ; mon cœur est bien tout à vous , mais il doute de luimême, il a besoin de quelqu'un qui le garde; prions Dieu de nous bénir ce soir comme il nous a bénis ce matin. Si la jeune épouse savait dire cela , que d'hommes du monde seraient convertis!

Vous savez ce mot de saint François de Sales ; il dit aux époux : Agrandissez chaque jour votre amour. Mais quelles conditions faut-il pour que cet amour grandisse tous les jours î II faut qu'il soit fondé sur le sacrifice. Si l'amour est fondé sur la passion , il tombe bientôt ; mais il est durable, s'il est fondé sur le sang qui féconde les âmes , le sang du dévouement.

Et même en dehors de cet amour , il faut garder la paix intérieure ; mais elle n'est possible qu'à la condition d'accepter votre situation avec esprit de sacrifice. Souvent, au lieu de cela, quand vous croyez ne pas avoir tout ce que vous méritez, vous vous révoltez et vous arrivez à faire de votre sanctuaire domestique une monarchie mérovingienne, où vous jouez le rôle de maires du palais, et vous imposez à vos maris celui de rois fainéants (i).

Mais cela n'est pas possible toujours ; tôt ou

(1) Voir M. deMargerie, la Famille*

tard cette supériorité n'estpas acceptée ; froissées, vous vous posez en victimes, vous dites que vous souffrez ; et encore, si vous ne faisiez que des confidences intimes ; mais vous vous parez de votre souffrance , et vous déshonorez avec éclat le foyer domestique.

Que votre main soit invisible , mais toujours présente ; votre puissance devrait être celle de Fange gardien qui agit toujours et qui ne se montre jamais. Le mariage alors arriverait à ce grand résultat d'être pour les deux époux une école de lumière et de dévouement. Je ne connais rien de beau , après la vocation religieuse, comme ces deux existences vouées Tune à l'autre, ces deux consciences ouvertes l'une sur l'autre, qui s'éclairent, s'avertissent de leurs défauts, non pour se les reprocher avec des paroles aigres , mais avec boité et douceur,

Si vous vous récriez contre l'incrédulité de votre mari, après avoir communié le matin, ne le v^yez-vous pas vous dire : Quoi ! vous

êtes dévote et vous vous emportez ! Il faut qu* vous soyez l'un pour l'autre une douoeur généreuse.

Vous avez des sacrifices à faire ; j'admets que votre marine comprend rien à vos grandes et sublimes aspirations ; mais n'a-t-il rien à supporter en vous î êtes-vous d'une mansuétude parfaite, d'un courage à toute épreuve î Oh ! non , vous avez aussi à vous faire par* donner ; pardonnez-lui donc , et vous aurez une grande puissance comme épouse.

Puis, arrive la mission de la mère. Il y aurait de longs discours à faire sur ce sujet ; je me bornerai à un seul mot. Aujourd'hui, les mères ont perdu la puissance d'aimer pour idolâtrer, et il en • résulte qu'elles abdiquent tout pouvoir sur le cœur de leurs enfants.

Que de jeunes gens se sont perdus parce que les mères n'ont pas su les garder, parce qu'elles les ont élevés passant de la faiblesse à l'emportement, ne sachant pas unir la douceur à la fermeté !

;' Vous connaissez cette grande chute d'un illustre écrivain, M. de Lamennais. Il était allé à Rome en 1828. Léon XII le comprit et le devina : J'ai vu Lamennais ; c'est une grande intelligence , mais une âme indomptée ; il y a en lui de grands trésors de lumière, mais il peut y avoir de grands orages ; il faut le gouverner avec une main cachée dans le cœur. Quelle belle parole ! Il doit en être ainsi de la mère, il faut qu'elle gouverne son fils avec une main cachée dans le cœur et elleaura une grande force sur ces jeunes âmes.

La mère doit se rappeler qu'elle est le prêtre de la famille ; il faut considérer le cœur de vos jeunes enfants comme un ciboire : n'y mettez pas l'égoïsme , les futilités. Que fait le prêtre quand il est à l'autel î II chante : Sursum corda. Eh bien ! élevez en haut le cœur de vos enfants et rappelez-vous votre sainte et incomparable mission d'être l'ange du sanctuaire intérieur. Prenez donc cette résolution de rendre vos familles chrétiennes, d'y

développer la vie intellectuelle , d'y tuer le luxe, d'y faire vivre le dévouement.

Soyez les ouvrières de Dieu, soyez un prêtre au foyer domestique, soyez une sérénité toujours debout.

La famille peut avoir des douleurs ; vous devez être l'ange qui soutient le calice de la souffrance. L'homme n'est pas fait pour souffrir comme vous : la femme , dans son cœur délicat, dans son imagination vive , dans sa frêle organisation, est taillée pour la douleur. Vous souffrez toujours ; votre âme est toujours inquiète : cela vient de cette malédiction que Dieu a jetée sur Eve : Vous enfanterez dans les larmes. Vous avez été cause de la première chute, vous serez la première expiation. Vous êtes plus fortes que l'homme pour souffrir :

remarquez comme il est faible dans la maladie; et s'il a un chagrin cruel à supporter , il a besoin de fuir le foyer, de se distraire par les affaires extérieures. Mais vous , vous restez en face de vos souffrances ; c'est que votre

mission est d'être les anges visibles de la maison dans la joie et dans le deuil.

Et maintenant, je m'adresserai à ces âmes isolées» solitaires , qui vivent dans le monde sans famille , que le monde dédaigne ; je leur dirai : Vous aussi , vous avez une mission à remplir, vous avez à verser votre cœur par le dévouement. Votre famille, ce seront les pauvres et l'Eglise.

Ecoutez un mot qui est la lumière de votre vie: Vous serez une sainte et chrétienne influence , si vous voulez être un grand sa* crifice.

La famille, comme le monde, a besoin d'un calvaire , réclame une victime ; ne faut-il pas qu'un seul expie pour tous ! La femme est ordinairement réservée à ce douloureux et sanglant honneur ; ne le fuyez pas , soyez fermes devant la croix ; vos larmes sont comme le sang du Maître , fécondes pour votre époux, vos fils et vos frères ; n'oubliez pas que la devise de votre vie est entière dans ces

— Î23 — paroles : Stabat Mater dolorosa l Votre cœur de femme doit toujours être une image du cœur incomparable de la vierge Marie ; une couronne d'épines l'entoure, tout est là pour vous : La souffrance dans la tendresse, le sacrifice dans l'amour... Il y a un péril pour vous, Mesdames, dans ce fécond apostolat de famille, c'est l'égoïsme.

Si ,- vous repliant sur vous-mêmes , vous concentrez tous vos efforts sur votre étroite personnalité, vous serez dans la famille une susceptibilité qui est toujours ombrageuse et

froissée, ou bien vous serez vous-mêmes une irritation , une aigreur , semant autour de vous la maladie et la souffrance.

L'égoïsme qui veut éblouir sacrifie tout à son luxe ; le théâtre lui-même, la littérature la moins religieuse font retentir des cris d'alarme.

Un écrivain moderne a très bien dit : Mais si le luxe a droit de bourgeoisie dans la classe riche, est-ce une raison pour le mettre sur

l'autel î La parure serait-elle , grand Dieu ! toute notre ambition, et la richesse toute notre destinée î

Dira qui voudra et croira sans le dire:

L'homme est-il uniquement fait , comme le paon, pour parader et pour briller ? La morale éternelle du monde, s'écriera toujours, au contraire : L'homme est créé pour agir et pour penser.

Aussi longtemps qu'il y aura un ciel sur notre tête et un regard levé vers le ciel , elle mettra toujours la gloire et la vertu au-dessus du clinquant et de la dorure.

Le luxe, en fin de compte , ne porte témoignage que de la plus misérable passion de l'homme, la vanité ! Un luxe effréné , vomi on ne sait d'où, ruissellera tout à coup , débordera sur la société ; une nouvelle étiquette classera la société , non en raison de la probité, mais en raison de la représentation.... De là cette épidémie , cette émulation , cette enchère et cette surenchère de profusion ;

delà cette orgie universelle de sottises....

Voyez cette femme jeune et belle , assise ou plutôt affaissée dans son fauteuil, la tête dans sa main, comme la statue pétrifiée de la douleur. Une larme coule en silence le long de ses joues... Pourquoi pleure-t-elle ainsi ? La mort a-t-elle emporté son enfant ou bien un tremblement de terre de la Bourse a-t-il dévoré sa fortune ?

Non, son mari vient de lui refuser une parure, et dans ce moment , pour la gloire trahie de sa prochaine soirée , elle songe à quelque autre femme plus heureuse qu'elle... Elle aura cette parure cependant ; elle l'a dit, elle l'a juré !... Elle l'a en effet ; seulement, qui l'a payée (i)î

Oui, Mesdames, telle est l'appréciation du monde : Que de familles désunies , que de foyers troublés et déshonorés par ce délire de luxe ? Derrière ces séduisantes parures , il

(1) Pelletan.

y a bien des larmes secrètes , bien des douleurs cachées et bien des ruines.

L'égoïsme prend parfois une autre forme :

c'est l'instinct dominateur. La femme qui ne sait pas travailler son caractère, le plier aux légitimes exigences de son intérieur , devient bientôt sans pitié pour les cœurs qui vivent près de son cœur. Elle froisse , elle blesse , elle irrite; sans cesse elle se pose en victime, sans penser qu'elle torture par des mots acerbes, par des paroles aigres , par un silence dédaigneux ; pauvre femme 1 Elle pourrait avoir un si noble et si doux ascendant ; elle pourrait, autour d'elle , verser le baume consolateur, si elle voulait s'oublier , si elle voulait utiliser ses clairvoyances, ses délicatesses, son intelligence, son cœur , toutes ses facultés ; mais non , elle imprime une loi de terreur, au lieu d'être une apparition angelique : il y a un reflet du ciel dans le visage serein et bienveillant d'une épouse qui sait aimer et pardonner , dans la physionomie

*uàve d'une mère qui sait bénir et élever.

Le monde, la raison seule, le cœur le meilleur n'apprennent pas ces choses ; la foi les révèle, la grâce les donne et le Seigneur le3 féconde 1

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