‹ Conférences aux dames de LyonChapitre 3 sur 18 · SUR L'INTELLIGENCE DE LA VIE · texte numérisé non relu

SUR L'INTELLIGENCE DE LA VIE

Je sais la vie {Paroles du Sauveur.)

ier , en commençant la série des instructions qui doivent se suivre pendant cette retraite, je vous ai dit quel était l'état des âmes à notre époque. Je l'ai considéré sous un double rapport : les âmes qui croient et celles qui ne croient pas. Dans l'incrédulité nous avons vu l'affaiblissement de la raison par suite de ce doute vague , puis l'abaissement des volontés , et un troisième caractère , le désespoir. Dans les âmes qui croient , nous

avons vu que la religion manque de recueil* lement , de respect , de confiance : de là nous sommes des découragés. En présence de ces dangers de notre époque nous avons dit que vous aviez aussi des périls et des devoirs : le premier péril est de n'avoir qu'une religion . de surface qui ne pénètre pas l'intérieur ; le second de n'avoir qu'une religion d'émotion, de sentiment , qui n'est point la piété forte et solide ; le troisième , de n'avoir qu'une religion d'activité. Religion de surface , de sentiment, d'activité, religions insuffisantes. Et en présence de ces périls, nous vous avons signalé un double devoir , d'être des convictions éclairées et des cœurs dévoués : des convictions éclairées en agrandissant vos connaissances religieuses trop superficielles, des cœurs dévoués en vous défiant de l'égoïsme , qui , quoique cela semble incompatible , se glisse même dans le dévouement. Eh bien !

c'est là votre double mission , et ce sera là votre force. Et en finissant je vous montrais

la femme parlant avec le serpent pour ta ruine de l'homme ; souvenez-vous que le mal c'est le serpent : il se cache et se déguise comme lui pour que vous l'acceptiez. Il faut donc vous défier de lui , et , comme la nouvelle Eve , être avec l'ange pour le salut de l'homme.

Et maintenant je vous apporte un mot qui sera la lumière de votre retraite. Jésus-Christ * dit : Je suis la vie , la vie des cœurs , la vie des consciences. Vous avez cru vivre sans toi , jusqu'ici vous vous êtes imaginées vivre. Laissez-vous dire ce que c'est que la vie ; jusqu'ici vous vous trompiez; vous avez sertie ce trésor de vos heures, avez-vous semé pour l'éternité ? II faut donc que vous compreniez la vie et que vous la gouverniez.

Mais qu'est-ce que vivre ? N'avez-vous paè

quelquefois , dans les réalités domestiques ,

dans cette sphère étroite de la vie de famille,

dans vos misères quotidiennes , n'avez-vous

pas senti je ne sais quoi f je ne sais quelle

— -ZG —

aspiration qui disait : J'étouffe , je manque d'air , j'ai besoin de vivre. Or , qu'est-ce que la vie ? La définition nous en a été donnée par l'ange de l'école , saint Thomas d'Aquin : Vivre , c'est avoir en soi le principe de son mouvement. Voici un bloc inerte , je lui donne un mouvement, est-ce la vie ? Non , ce n'est pas la vie , mais un signe de la vie.

Vous voyez une eau qui jaillit d'un rocher ; vous vous dites : C'est une , eau vive. Vous êtes près d'un malade ; tout d'un coup , vous voyez ses yeux éteints, vous palpez ses membres , il ne fait aucun mouvement , vous vous dites : Il est mort. Le mouvement est donc le signe de la vie , mais il n'est pas la vie. Ce qui fait que je vis * c'est que je sens en moi une puissance vitale , c'est que ma parole exprime ma pensée ; ainsi , vivre c'est avoir en soi le principe de son mouvement.

Quelles sortes de vie y a-t-il ici-bas ? Il y a la vie végétative , la vie animale , la vie intelligente , la vie du cœur , la vie de l'ange f

la vie de Dieu. Eh bien ! l'homme A la don* ble vie , la vie matérielle et la vie spirituelle ; par son corps, il tient au monde de la matière; par son âme , il tient au monde des esprits.

Quand Dieu créa l'homme , il lui dit : Tu nourriras ton corps , fait de terre , des choses de la terre ; tu nourriras ton âme , souffle divin , des choses divines , de Dieu dont tu es l'image. Eh bien ! pour l'homme qu'est-ce que la vie , qui est le principe de son mou* vement ? C'est là la question actuelle ; c'est

là que les âmes se sont partagées. Deux systèmes ont eu une action à notre époque : il

y a le système des hommes d'idée ; ceux-là disent que la vie est une course à travers les espaces , que les âmes vont de corps en corps , d'astre en astre , de transmigration en transmigration , jusqu'à ce qu'elles se perdent en Dieu. Ce svstème est faux , mais il est séduisant à l'esprit ; aussi ce rêve d'une course indéfinie a fasciné des esprits supérieurs ; de nos jours il a eu plusieurs manifestations :

le spiritisme est une de ses formes. Tous plus ou moins nous aimons à nous enlever à la vie réelle , à briser les limites de notre existence , à plonger dans les mystères. Mais un autre système , tout aussi dangereux , a donné une explication plus pratique , plus positive de la vie. Les hommes réalistes l'ont fait consister dans la jouissance , ils l'ont considérée comme une partie de plaisir entre ces deux ténèbres, le berceau et la tombe ; ils se sont dit comme les anciens : Couronnons-nous de roses , demain nous mourrons.

L'autre système est séduisant et périlleux pour l'esprit ; celui-là est entraînant pour le cœur. La vie, est-ce donc une course idéale ou une brutale jouissance ? Non , mille fois non !

Non , ce n'est pas là la vie ; il y a une voix et un monument , une parole et un fait qui ©'élèvent contre cette appréciation de la vie. Quelle est cette voix et quel est ce monument?

Cette voix, c'est la voix de votre existence,;

— 23-2 ce monument, c'est la mort. Et il y a là des révélations qui nous disent ce que c'est que la vie. C'est d'abord la voix de votre existence , la voix de votre âme. Que trouvezvous dans votre âme, quels sont vos besoins f Quand vous vous regardez en vous-mêmes , vous vous dites : Il y a en moi un triple besoin , et le dernier mot de mon âme c'est le cri du Fils de l'homme sur la croix : J'ai soif t j'ai soif!

Votre âme, en effet, aspire & quelque chose; vous avez soif du beau, vous avez soif du vrai, vous avez soif du bien. Cette trinité d'une seule idée , c'est la triple manifestation de Dieu. Votre âme a soif du beau. Les âmes , même les plus réalistes , poursuivent l'idéal du beau ; il n'y a pas une seule âme qui soit insensible à la musique, à la poésie, à la peinture; nous tendons vers le beau,et jamais nous ne trouvons l'idéal du beau réalisé.

Mesdames , je n'ose pas vous le dire ; mais

malgré vous , est-ce que la beauté existe ici-

bas? Le beau est toujours incomplet par quelque endroit. Non ! nous n'avons pas ici-bas le beau , car le beau c'est Jésus-Christ , la

beauté invisible : mon âme s'élance vers lui , c'est lui qu'elle cherche ; un jour elle brisera la prison de chair où elle est captive , et alors elle possédera le beau. Ah ! je ne vois ici-bas que des beautés flétries, je ne vois icibas que des beautés éteintes , je ne vois icibas que des beautés mourantes. Ici-bas je ne vois la beauté que comme le soleil à travers ses rayons ; mais un jour je la verrai pleine et entière , dans son face à face , dans tout son 3clat , comme les apôtres la virent auThabor, dans les splendeurs de la transfiguration !

Le second besoin de notre âme , c'est le besoin du vrai , la vérité est un si noble trésor ! Mais lors-même que vous commencez à la connaître , n'avez-vous pas besoin qu'elle se donne à vous dans une révélation plus complète î Et cette révélation , pouvons-nous l'avoir ici-bas ? Non , .la foi nous en donne se»

lement une ombre ; nous voyons la Tenté comme à travers le trou d'une serrure, comme à travers les fentes d'un rocher , et les hommes qui ont passé toute leur vie à la recherche de la science et de la vérité , sont obligés de dire : Je ne sais qu'une chose , c'est que je

ne sais rien.

Un troisième .besoin de notre âme , qui , pas plus que les autres , ne sera jamais satisfait eu cette vie , c'est le besoin du bien.

Mesdames , avez-vous été .quelquefois en rapport avec ce que vous aviez appelé un saint ? Vous aviez regardé un . homme comme saint ; chacune de ses paroles était une puissance , chaque battement de son cœur était une tendresse : vous l'aviez élevé sur un piédestal ; mais un jour vous avez senti en lui je ne sais quelle faiblesse , je ne sais quel amour-propre, quel égoïsme secret ; vous avez découvert une ombre dans cet éclat, et le saint a perdu son prestige ; vous l'avez abaissé de son piédestal , vous avez effacé Tépitaphe que

tous lui aviez faite et vous avez trouvé que ce n'était qu'un homme. Ah ! c'est qu'il n'y a pas de bien complet sur cette terre.

Il y fut cependant ; un jour l'humanité l'a rencontré sur le bord du puits de Jacob , un jour les bergers vinrent l'adorer dans la crèche , un jour le larron a entendu de sa bouche une parole de pardon ; mais maintenant il est remonté à sa demeure. Ne vous étonnez pas de ne pas le trouver sur la terre ; il faut monter plys haut : nous le retrouverons dans une autre vie , car cette vie n'est qu'une vie provisoire , une route , un combat. Vous le voyez, votre âme vous le dit : Cette vie n'est qu'une préparation à une autre vie ; c'est une semence qui aura sa végétation , c'est une racine qui fleurira. Sachez donc redire : Je crois à la vie éternelle !

Votre âme vous a révélé ce que c'était que la vie ; mais en même temps un témoignage plus éloquent s'est élevé , un fait a parlé , c'est le fait de la mort. Mesdames , avez-vous

compris la mort? Il y a quelques jour?, l'Eglise vous disait ces paroles : Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière. Mais croyez-vous que tout soit fini ?

Oh ! non , tout n'est pas fini : nous en trouvons une preuve dans les morts précoces.

Allez visiter le cimetière , ce champ du repos ; vous y trouverez plus d'enfants que de vieillards. Pourquoi ces morts si promptes , pourquoi ces morts si fréquentes dans un si jeune âge , pourquoi ces fleurs si rapidement détachées de leurs rameaux ? Pour eux la vie n'aurait été qu'un soupir ou un sanglot ? Cela serait-il juste ?

Vous n'avez pas la révélation de ces morts, si vous ne croyez à une autre existence.

Vous avez de plus un autre témoignage dans la mort des personnes utiles. Vous voye2 une mère enlevée à de jeunes enfants, un père le soutien de sa famille, et tant d'autres gens oisifs qui semblent ne mourir jamais. Expliquez-moi ces deux phénomènes des morts pré-

coces et des morts de gens utiles , s'il n'y a pas une autre vie par-delà la tombe ?

La mort est donc la lumière de la vie ; cette vie est une course où l'âme se fatigue ; mais dites-vous bien : Un jour je reposerai sur le cœur de Dieu , mon père , près de Marie, ma mère ; les anges , mes frères , viendront me chercher : ma famille m'attend dans l'éternité. Les lumières de l'âme et les lueurs du tombeau m'illuminent, et à cette double clarté je répète encore : Je crois à la vie éternelle ! Ici-bas , je suis agitée dans mon cœur ; cette vie a des devoirs et des souffrances, des chutes et des faiblesses ; mais un jour je reposerai dans le ciel.

C'est ainsi que la vie doit être comprise ; mais la comprend-on toujours ainsi ? Qui estce qui médite les vérités éternelles ? Bien peu d âmes ; la terre est si agréable , même avec ses épines , qu'on oublie que la malédiction pèse sur elle !

Pour vous faire comprendre la vie , je vous

indiquerai un seul livre , le crucifix ; mettez-y au-dessous une tête de mort et vous aurez la révélation de la vie. Vous la comprendrez , tous la gouvernerez.

L'intelligence de la vie est nécessaire pour «û avoir le gouvernement. Il en est de la vie comme des gouvernements : les sociétés s'en vont quelquefois de l'anarchie au despotisme , une vie peut s'en aller de l'anarchie , c'està-dire de Téparpillement sans but , au despotisme , c'estrà-dire au découragement et au désespoir. Jusqu'ici qu'avez-vous fait de votre vie? Vous avez vingt ans, trente ans, cinquante ans : est-ce que votre vie n'a pas été souvent une inconstance , une faiblesse , une jouissance , que sais-je ? Tout , excepté peut-être d'aimer Jésus-Christ , d'aspirer , de travailler à l'aimer éternellement. Votre vie s'est passée en molles vanités , en impressions changeantes , de telle sorte que vous n'avez pas su la gouverner. Et , pour la savoir gouveruer , que fout-il faire? Deux choses , l'utiliser et lasaac

tifier. Il ne suffit pas de l'utiliser. Que de

jours passés dans le dévouement ne vous

serviront de rien , si vous ne savez pas les

sanctifier !

Souvent vous ne savez que faire de votre

vie , vous en êtes ennuyées ; laissez-moi

vous dire ce vers d'un vieillard à un jeune

homme :

Donnez-moi toi vingt ans , tous ae savez qu'en faire f

Si vous ne savez qu'en faire , donnez-la au dévouement. Et ainsi vous l'utiliserez et vous la sanctifierez.

Mais je yois des obstacles au gouvernement de la vie ; j'en vois en vous et autour de vous, dans les vies coupables et dans les vies légères, îe vous signalerai ces obstacles.

Mesdames , allez en esprit au cimetière , et dites-moi combien d'âmes qui auraient pu être des âmes élevées et à qui il aurait suffi d'une parole pour revenir à Dieu et le servir.

Pour vous, il est temps encore ; quelle que

soit votre terne existence , quels que soient V05 luttes, vos remords, ne vous découragez pas : il vous suffit d'une rencontre avec Notre-Seigneur. Il accepte les ouvriers de la dernière lieure , comme ceux de la première ; mais , je vous en conjure > souvenez-vous de ces mots : Que vous devez comprendre la vie et la gouverner 1

Page 1