‹ Conférences aux dames de LyonChapitre 4 sur 18 · AU GOUVERNEMENT DE LA VIS · texte numérisé non relu

AU GOUVERNEMENT DE LA VIS

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Paix aux hommes de bonne volonté .

(Luc, ii, v. 14.)

vous ai dit ce que c'était que la vie, et que le grand secret de votre destinée était renfermé dans ces deux pensées : la comprendre et la gouverner. Nous avons vu que la vie avait été envisagée par deux erreurs contemporaines , par les uns comme une course indéfinie t par les autres comme une jouissance , comme un rire entre les deux mystères , le berceau et la tombe. Ces deux solutions ne

sont pas la vraie solution. Notre-Seigneur Jésus-Christ seul donne la lumière sur la vie, quand il nous apprend que ce n'est qu'une préparation à une autre vie ; notre âme aussi nous révèle que cette vie n'est qu'un passage, car elle a besoin du beau , du vrai , du bien , et ce besoin, jamais apaisé sur cette terre, est un signe que cette vie n'est pas la plénitude de la vie. A côté de cela , un fait nous l'a prouvé, un fait palpable, le fait de la mort. Pourquoi des morts précoces, et pourquoi des morts de personnes utiles, s'il n'y a pas d'éternité ?

Après avoir compris la vie, nous avons vu qu'il fallait la gouverner, et pour cela l'utiliser et la sanctifier.

Et maintenant, il nous faut voir les obstacles au gouvernement delà vie : il y a des obstacles intimes et des obstacles extérieurs ; aujourd'hui nous verrons les obstacles intimes.

Qu'est-ce qu'il y a en votre Ame î II y a troi* forces qui peuvent être trois faiblesses : votre

-tt-

volonté, votre imagination, votre cœur, trois choses qui peuvent être des obstacles ou des guides. Si vous fortifiez votre volonté, si vous réglez votre imagination, si vous gardez votre cœur, vous saurez gouverner k vie ; mais si vous avez une volonté faible, une imagination déréglée, un cœur entraîné , vous ne saurez ni comprendre, ni gouverner la vie.

La volonté est ce qui constitue notre nature humaine; notre volonté est libre: c'est la source de notre éternité. C'est pourquoi le Maître a fait chanter sur son berceau cette belle parole: Paix aux âmes de bonne volonté!

La volonté a deuxpérils : elle peut être inconstante et découragée , inconstante parce que c'est le fond de sa nature, parce qu'elle est à la merci de vos impressions ; découragée , parce qu'elle a été vaincue, ou qu'elle doit lutter. Pour fortifier la volonté , il faut s'y préparer par avance dans la première éducation. Mais il n'en est pas ainsi sous nos yeux ; vous chargez vos enfants de connaissances

utiles : cela est bien ; mais tout n'est pas là* Ce n'est pas le vêtement qui doit nous garantir des orages de la vie ; c'est comme si vous vous mettiez un manteau de dentelles pour vous , abriter du froid. C'est là ce qui s'accomplit ; aussi les volontés sont faibles. Vous rencon- « trez des âmes ardentes, généreuses ; elles se laissaient aller au courant de leurs impressions, et quand elles ont fait cela vingt ans , elles arrivent au découragement complet, elles n'ont plus de ressort. Le secret de fortifier votre volonté est de vous établir dans deux sentiments, l'humilité et l'obéissance ; il faut avoir défiance de vous-mêmes, appuyer en Dieu votre volonté , dire comme saint Paul :

Moi, autrefois le persécuteur de Jésus-Christ , malgré ma faiblesse, malgré mon indignité , j'ai confiance , je puis tout en celui qui me fortifie.

Remarquez cette puissance de volonté qui dit : Dte moi-même je ne puis rien , mais je puis tout dans la main de Dieu. Savez-vous

ce que fit un des hommes de la fin du XVII e siècle , M. OUier î II se sentait appelé à une grande œuvre ; mais n'ayant pas de ressources, il était indécis et flottant. Il alla consulter saint Vincent de Paul et le cardinal de Bérulle. Que dois-je faire ? leur ditil; je me sens appelé à travailler à l'éducation des prêtres, mais je n'ai rien. Et saint Vincent de Paul lui répondit : Faites-le, c'est la vo-

lonté de Dieu ! Et on raconte que M. Ollier

parcourait les rues de Paris en disant : La volonté de Dieu , la volonté de Dieu ! Et se plaçant sous le souffle fécond de la volonté de Dieu , il fit la grande œuvre que nous lui devons. Vous serez préservées de votre inconstance, si vous prenez en main la volonté de Dieu, et vous pourrez tout en celui qui fortifie.

Mais ce qui est plus difficile, c'est de régler votre imagination. L'imagination , cette belle et brillante faculté que Dieu vous a donnée ,

fautril l'éteindre ? Non, mais il faut la régler.

Rien qui nous soit plus nécessaire que l'imagination , cette faculté placée sur le seuil des deux mondes , chargée de transmettre au inonde invisible les sensations du monde visible * Cette puissance , c'est votre force , et aussi votre douleur ; c'est votre joie et aussi votre souffrance. Si vous multipliez vos larmes, c'est que votre imagination a grandi vos tortures : vous souffrez plus souvent de maux imaginaires que de maux réels. L'imagination rencontre deux périls : le péril du rêve et le péril de l'illusion.

Nous sommes à l'époque du rêve ; autrefois on faisait des châteaux d'Espagne, aujourd'hui on fait sa course dans les nuages. Et ce péril du rêve atteint l'homme pauvre comme le riche , l'homme d'un âge mûr comme la jeune fille. Vous ne pouvez pas échapper à cette séduction du rêve ; vous trouvez en vous une aspiration, vous poursuive* toujours un idéal.

Sainte Chantai disait à saint François de Sales : Il y a en moi quelque oàasequi tremble

et qui n'est jamais satisfait. II y a aussi en vous ce quelque chose qui tremble et qui ne sera jamais satisfait : c'est - votre nature. Il you6 faut rêver : rien ne tous fatigue comme le présent ; tous le trouvez accablant et votts vivez dans l'avenir. Vous avez besoin d'échapper au devoir , le deToir tous lasse ; tous voyez dans le rêve et il en résulte que bleti souvent tous êtes tristes et Taincues dans le devoir positif. Quelle est l'épotlse qui voit son rêvé de jeune fille accompli ? quelle est la mère qui Toit son rêve d'épouse satisfait ?Àh! jamais ils ne seront réalisés ici-bas : Dieu ne veut pas que vous bâtissiez votre existence

sur cette terre. L'imagination doit nous aider, non à rêver, mais à méditer.

Pour combattre le rêve , il faut la méditation sérieuse ; c'est ainsi que les saints se servaient de leur imagination pour se représenter les scènes attendrissantes de l'Evangile, et ressusciter les drames sacrés de Nazareth et du Calvaire. Le second péril • c'est

le péril de l'illusion. Votre imagination vous fait illusion sur vos douleurs et sur vos devoirs ; il y a des* illusions jusque dans votre piété. Si vous pouviez débarrasser vos âmes de ces fausses lueurs , vous seriez de grandes âmes ; l'illusion, c'est la grâce du démon, car c'est l'illusion qui cause vos chutes : vous n'aimez pas le mal, il faut qu'il se présente à vous sous lés couleurs d'une affection généreuse ou d'une souffrance à consoler. Et le devoir , n'est-ce pas l'illusion qui vous le rend ennuyeux ? Vous regardez à votre droite et à votre gauche ; il vous semble que votre intérieur est le plus triste , et vous vous en dégoûtez ; vous croyez être les plus méconnues, les plus délaissées , et sous le coup de cette illusion, vous vous plaignez et vous souffrez. Votre imagination , bâtissant des parallèles trompeurs , vous fait mal juger la vie : la vie est une épreuve et non un plaisir. Si vous voyez la vie à travers un seul mot , le bonheur, vous vivez dans l'illusion, et le devoir

n'est pour vous qu'un ennui et une accablante réalité. Le secret du christianisme , c'est de comprendre ce mot presque évangéiique : Cherchez le devoir, et le bonheur vous viendra par surcroît.

Il y a une autre illusion dans votre imagination : on se fait illusion sur son retour à Dieu. Il n'y a pas d'âme dans sa vie qui n'ait été plus ou moins touchée par une parole ou par une lecture ; on veut sincèrement revenir à Dieu. La première communion vient , une enfant se promet qu'elle sera meilleure : quelques jours de ferveur se passent , puis tout est fini. Jeune fille , elle dit tout bas qu'elle sera fervente à son mariage , et le mariage venu elle se trompe encore : Il faut jouir des première années ; je me convertirai quand j'aurai un enfant à élever. L'enfant fait son apparition sur le seuil de l'existence , elle ajourne encore : Plus tard , dit-elle , quand mes cheveux auront blanchi ; et quand cette heure a sonné, elle modifie leur couleur fCTtr

retarder la conversion toujours promise et jamais réalisée. Elle marche ainsi d'illusion en illusion jusqu'à l'instant d'une terrible réalité, la mort ! et alors elle s'aperçoit trop tard que sa vie a été un voyage dans l'illusion. * L'aliment qui nourrit cette illusion, ce sont nos lectures modernes ; soit que la mode s'en mêle, soit le besoin de lire des choses amusantes, soit la crainte de paraître ignorantes de la littérature moderne, vous vous livrez à ces incroyables débauches d'intelligence. La conséquence fatale de ces lectures , c'est la vie sans lumière et sans but. L'imagination tient les rênes de son existence et vous devenez l'inquiétude de votre famille , la désolation de votre médecin, la tristesse de votre confesseur. Vousdevenez une tête exaltée, une imagination déréglée : vous ne savez plus entreprendre le travail généreux ae la vie. Vous devriez prendre votre vol dans les hauteurs de la foi ; alors votre imagination serait réglée, dirigée , gouvernée : l'imagination est une

grande puissance quand elle est au service d'un noble cœur , sous l'influence d'une grande lumière !

Mesdames, un jour , au sein des splendeurs de Versailles, au milieu de l'éclat incomparable de la cour de Louis XIV , une femme se leva, courageuse et forte, et, jetant au loin les triomphes mauvais de sa vanité heureuse»

elle vint s'agenouiller sur le seuil d'un monastère de carmélites. Madame deLaVallière, c'était elle, dit à la supérieure avec un accent d'humilité : Je viens à vous ; voici ma volonté, avec laquelle j'ai fait tant de mal ; prenez-la , guérissez-la et gouvernez-la ! La porte du cloître s'ouvrit , et la pauvre femme tombée retrouva, sous la pauvreté de la bure , dans l'austérité de la vie, sous le joug béni de l'obéissance , les joies meilleures et les doux triomphes d'une volonté unie à Dieu.

Vous, Mesdames, vous êtes restées debout ; mais peut-être vos imaginations et vos volontés ont eu leurs blessures qui saignent en-

core.Venez sur le seuil de l'Eglise catholique, dites à cette Mère féconde de toute vérité et de tout dévouement : Voici mon imagination, que votre foi la règle ; voici ma volonté, que votre tendresse la fortifie ; et vous aurez ici-bas une colonne lumineuse pour vous conduire , et un appui pour vous soutenir toujours i

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