LA VIE DU CŒUR
Mon enfant, donne-moi ion cœur !
(Proverbes, xxm, 26.)
ous avez vu , Mesdames , les périls d'une 1$ imagination abandonnée aux rêves et jouet de l'illusion ; vous avez vu les dangers d'une volonté mobile et défaillante ; il nous reste à jeter un regard franc et courageux sur ce qui fait et constitue la vie de la femme tout entière ; je veux parler de son cœur, cette puissance qu'elle a reçue pour la ruine ou la résurrection de plusieurs. On demandait un jour à un penseur catholique : Qu'est-ce que la femme î et il fit cette belle réponse : La
femme est un être qui a un cœur à donner.
Toute sa vie peut souvent se peindre dans ces deux mots : aimer et être aimée. On dirait que c'est pour elle surtout que saint Jean a tracé cette pensée : Celui qui n'aime pas f demeure dans la mort.
Le cœur de l'homme , et surtout le cœur de la femme , qui est-ce qui saura en découvrir les mystérieuses sinuosités ? La révélation est d'accord avec les gens du monde ; on l'a dit : Le cœur do la femme est un océan sans fond et sans rivages : un océan souvent exploré et toujours inconnu , où se succèdent tour à tour des ardeurs brûlantes et un froid glacial, un jour pur et des lueurs sinistres, de douces agitations et des mouvements fougueux , le calme et la tempête , de riantes perspectives et un lointain menaçant : tout ce qui promet la joie et tout ce qui cause la souffrance et l'effroi.
Le dévouement et le sacrifice sont comme des dispositions naturelles , et l'égoïsme est
-fichez elle une monstruosité. C'est le résultat
des observations les plus intelligentes d'un écrivain (1) qui vient de faire une étude de l'homme ; il s'exprime sur le cœur de la femme avec une clarté de pensée et d'expressions que je me plais à reproduire :
« Dès son enfance , la femme éprouve un besoin instinctif de protection et de sympathie ; c'est par la grâce , par des expressions aimables qu'elle cherche à les obtenir. Dans sa coquetterie naïve , elle semble heureuse de donner à chacun un doux regard et un sourire. Mais trop souvent cette coquetterie si franche et si charmante croît avec l'âge, s'enivre de ses succès , ne songe qu'à les étendre , combine avec adresse les moyens d'y parvenir , et devient une feinte, un mensonge, un jeu cruel de la vanité.
« La femme ne peut vivre dans la solitude ; comme certaines plantes , elle rampe quand elle n'est pas soutenue ; mais elle peut s'élever
(i)D« Latena, Etudmur l'iiomme* \
h une grande hauteur , quand elle trouve l'appui qui lui convient. Presque en naissant f elle le cherche avec un désir inquiet , et soit défaut de discernement de sa part , soit difficulté de la découverte, elle parvient difficilement à le rencontrer. Plus elle a porté haut ses regards, plus ses déceptions sont grandes. Combien de jeunes filles , après avoir longtemps promené leur imagination dans les régions sublimes de l'amour idéal , redescendent d'abord timidement vers la réalité , et finissent tout-à-coup par s'y jeter les yeux fermés ! »
Pauvres femmes ! où trouverez-vous ce bonheur délicat , ces exquises voluptés du cœur, qui sont un besoin de votre nature? Réfléchissez, et vous reconnaîtrez que la vertu en est, pour vous, la source la plus féconde. Une honnête femme s'effarouche d'abord à la seule pensée d'un sentiment coupable : une voix intérieure l'excite à la défiance. Mais souvent une autre voix plus douce lui dit , suivant
l'occasion , que de nobles qualités ont droit à son estime ; que l'esprit se dévoloppe et mûrit sous les rayons d'une grande intelligence ; que la piété aurait tort d'être prude , qu'il est généreux de ramener à la raison , par quelques témoignages d'intérêt , un imprudent que le dédain mettrait au désespoir ; enfin , qu'un peu de condescendance , sans nuire à sa vertu , serait utile à son mari, à sa famille, à ses enfants , à ses amis. Elle obéit à ces sages conseils , et s'aperçoit trop tard qu'ils l'ont conduite à l'amour. La voix sévère était celle de la raison , la douce voix celle de son cœur. Pourtant cette douce voix était trompeuse , et le cœur, jusque dans ses élans et sa générosité, est parfois un mauvais guide et un perfide conseiller.
Qui donc saura conduire le navire du devoir et du dévouement sur cet océan agité du cœur de la femme T qui saura montrer les écueiîs et les abîmes ? qui saura, de cette force que Dieu vous a donnée en vous donnant un