PAR LA CONFESSION
Que la paix soit avec vou§ .
[Paroles de N. S. Jésus-Christ.)
a miséricorde de Dieu a-t-elle disparu quand Jésus-Christ prit son vol vers les deux ? Sommes-nous condamnés à jeter un regard d'une impuissante convoitise sûr le pardon qu'entendit Madeleine et qui consola le bon larron ? Notre vie n'aura-t-elle pas sa réhabilitation par une parole qui ait l'autorité du ciel et qui ait l'accent de la terre ; autorité qui ait Je pouvoir de me transformer ; accent
humain , pour que je l'entende ? Grâces immortelles en soient rendues à l'Auteur de tout bien, cette œuvre magnifique , cette institution féconde et réparatrice est debout au sein des ruines du monde ; les cœurs qui veulent être vaillants, lésâmes qui veulent se relever et les consciences qui veulent se purifier en connaissent le doux et laborieux chemin.
Cette institution, attaquée dans son histoire , calomniée dans ses bienfaits, a résisté à toutes les luttes, et malgré tout, elle est là sous vos yeux comme la force la plus évangéliqueetla plus populaire, pour maintenir, au milieu des abaissements universels , le niveau moral de l'humanité et la sainte et noble dignité de la conscience chrétienne.
Les livres saints, l'histoire et la raison s'unissent pour affirmer dans un triple témoignage la divine origine du tribunal catholique. — L'histoire constate que de siècle en siècle la confession est en usage dans l'Eglise et qu'il faut remonter à Jésus-Christ pour en découvrir l'auteur.
La raison proclame que jamais ce dogme , si consolant soit-il , mais en môme temps si brisant pour l'orgueil humain , n'aurait pu être ni inventé par l'homme , ni imposé à l'humanité. Il y a dans cette institution des signes révélateurs d'une force céleste.
L'Evangile est formel : « Ne croyez pas , » disait Jésus-Christ à ses disciples (St. Mat- » thieu, v, 7,) que je sois venu détruire la loi » ou les prophètes ; non, je ne suis pas venu » les détruire, mais les accomplir en les corn* » plétant. »
Il n'est pas un dogme, pas une institution de la loi nouvelle qui n'ait été prédite, figurée ou ébauchée sous la loi ancienne ; le christianisme est venu , non pas changer et détruire , mais perfectionner et consommer toutes choses. Cela est particulièrement manifeste dans l'institution de la pénitence. La «
pénitence chrétienne n'est visiblement que le perfectionnement et la divine exaltation de la pénitence établie sous la loi de naturo et sous la loi mosaïque.
Voici d'abord en quels ternies Jésus-Christ annonce à ses apôtres qu'il les investira de ce pouvoir souverain : € En vérité , je vous le » dis , tout ce que vous lierez sur la terre , » sera lié dans le ciel ; tout ce que vous dé- » lierez sur la terre, sera délié dans le ciel. » (St. Matth., xxiii, 48.) Après sa Résurrection
et au moment de remonter à son Père qui Ta envoyé, Notre-Seigneur communique solennellement à ses Apôtres cette puissance de lier et de délier , d'ouvrir et de fermer le royaume des cieux. € Comme mon Père m'a » envoyé, moi aussi je vous envoie. » Après avoir prononcé ces paroles, il souffla sur eux et leur dit : Recevez le Saint-Esprit (Saint Jean, xx, 21-22.) Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. Ses apô* très sont établis juges et juges tout- puissants des consciences. L'absolution qu'ils donneront conférera la grâce directement et par elle-même. Et Jésus-Christ n'excepte aucun
péché ; son langage est général , le pouvoir qu'il leur communique est illimité : ils pour* ront remettre tous les péchés. Voilà ce qui est expressément contenu dans ces paroles du Sauveur , dans lesquelles l'Eglise a toujours vu l'institution du sacrement de pénitence f sinon les paroles du Christ seraient illusoire^
et sans objet.
Car le Seigneur, en instituant ce Sacrement, ne nomme pas la confession , du moins dans les paroles que l'Evangéliste nous a conservées. Cela n'était pas nécessaire puisque la confession existait déjà , et était généralement pratiquée chez les Juifs. Les apôtres connaissaient le précepte de la confession ; ils savaient, comme leurs compatriotes et leurs coreligionnaires, qu'il n'y a point de vraie pénitence sans un humble et sincère aveu de ses fautes. Au reste , à s'en tenir même aux seules paroles que nous venons de rapporter , on voit suffisamment que Notre-Seigneur maintient le précepte de la confession et en confirme la né-
oessifé. En effet , il constitue le* apôtres , et par eux, leurs légitimes successeurs dans le sacerdoce, juges des consciences , et les investit du pouvoir de les lier et de les délier , de retenir et de remettre les fautes qui, en les souillant, les retiennent captives sous le joug du démon. Mais comment juger ce qu'on ne connaît pas ? Gomment exercer sagement ce pouvoir de remettre et de retenir les péchés , si on ne les connaît pas ? et comment les connaître si le coupable ne les confesse pas ?
Votre foi n'a pas besoin de cette démonstration ; vous croyez à la miséricorde qui se perpétue, mais vous avez besoin de l'avoir.
Quand vous entendez la parole sainte du haut de la chaire, vous la trouvez trop générale.
Que de fois vous vous êtes dit : Mais cette généralité ne m'atteint pas, et malgré cette lumière de la parole de Dieu , il m'a souvent manqué une lumière plus intime , une force plus personnelle et plus persévérante ! La parole de la chaire atteint toutes les âmes ; mais
il y a une parole plus spéciale pour la vôtre ; elle vous donnera le secret de gouverner votre vie; c'est la confesskm. Etudions combien Jésus-Christ a été bon dans cette institution , comme il a compris nos misères et nos besoins, et sachons y puiser, avec la paix du cœur f le pardon divin, la grande lumière et la grande force de la vie.
Qu'est-ce donc que la confession ? Lorsque la confession est jugée d'une manière superficielle, elle perd sa hauteur , elle s'abaisse et s'amoindrit. En dehors de l'Eglise, vous savez comment on la bafoue ; les pamphlets , les brochures l'ont attaquée de tous côtés ; on a prétendu qu'elle est un habile chemin pour pénétrer dans les suavités, dans les consciences et dans l'intérieur des familles.
Bans la piété, ont y voit souvent une partie de causerie, une consolation ; de là , la confession a perdu son prestige divin. Je me représente une intelligence d'élite des temps anciens, Platon , par exemple , arrivant dans le
christianisme , et étudiant la confession simplement à titre de curiosité philosophique , et je le vois tomber à genoux, saluant ce miracle de tendresse divine et de réparation surnaturelle.
La confession est la rencontre de deux âmes.
Dans le monde, vous avez eu des sympathies et des affections , des ombrages et des jalousies ; vous avez vécu au dehors, étudiant ce qui se passe dans le monde visible ; vous avez oublié ce qui se passe dans le monde invisible, vous avez oublié les âmes ; et cependant quelle étude il y aurait à faire ! Mesdames, vous tou* tes qui êtes là réunies , vous avez à peu près les mêmes vêtements , vous avez à peu près la même physionomie ; cependant bien des nuances vous séparent ; que de différences dans les âmes ! et quelle serait la puissance de celui qui les connaîtrait ! Eh bien ! c'est là ce qui s'accomplit dans la confession. Une âme vient demander lumière et force , et une autre âme attend pour donner lumière et force.
Cest là le phénomène purement humain.
Mais , sans chercher à prouver la divinité de la confession, étudions-la ; l'âme coupable y trouve trois besoins satisfaits : besoin d'épanchement, de lumière et de pardon. Toute âme a soif de ces trois choses.
Notre premier besoin est de nous révéler.
Et ne savez-vous pas vous-mêmes combien un secret vous pèse , combien vous avez besoin de le confier ? Que de fois dans vos douleurs n'avez-vous pas souhaité entendre une parole amie , et vous n'étiez en cela que l'écho des livres saints, qui disent : Malheur à l'homme qui est seul. Votre esprit ne peut pas être seul ; à peine avez-vous l'âge de raison , que vous commencez à lui donner des connaissant ces. Votre cœur, non plus, ne peut pas être seul • il faut que vous lui donniez une affection : il a besoin de s'échapper de vous-mêmes.
Mais votre conscience non plus ne peut pas être seule ; comprenez-vous cette horrible douleur d'une conscience seule î Elle estsem-
blable à un homme qui serait seul de sa langue dans une cité et que ses signes mêmes ne pourraient faire comprendre. Une conscience qui ne se révèle pas est seule au milieu du monde, et c'est la plus grande tristesse.
J'ai connu un jeune homme qui faisait ses études dans une grande cité ; le soir, il se promenait au milieu de la multitude agitée , et en voyant passer ces flots humains , il sentait son isolement plus cruel ; il me disait : Je regarde passer tout ce monde et je ne vois pas un visage ami , je ne sens pas une main serrer la mienne. Qu'il est triste d'être seul dans la foule ! Alors il pleurait.
L'âme qui ne se confesse pas souffre ainsi.
Que de fois , dans les contrées protestantes qui ne partagent point notre foi , j'ai vu des âmes attendre le déclin du jour , venir s'agenouiller dans nos confessionnaux et nous apporter le trop plein de leurs consciences !
Une âme apparaît quelquefois comme un piano détendu : pas une corde qui résonne ;
et cependant, Mesdames , il en est toujours une secrète qui vous répondra, si vous savez la trouver et la faire vibrer. Non , il n'est jamais d'âme assez corrompue ou assez abattue par la souffrance, qui ne conserve encore quelque force vivante et capable de réveiller toutes les autres. Je puis vous en citer un exemple remarquable, vous le racontant comme dans l'intimité. On m'annonça un jour la visite d'une dame. C'était une actrice qui avait une petite fille à qui elle souhaitait faire faire sa première communion. Je lui répondis que ia chose était bien simple , mais à la condition qu'elle n'irait jamais au théâtre, et qu'elle viendrait me voir pour être instruite et préparée. Après quelques mots échangés, je lui promis d'aller la voir. Quelques jours s'étaient écoulés sans que je me fusse souvenu de l'engagement que j'avais pris , lorsque , passant dans la rue où elle habitait , je frappe à sa porte. Ma visite était espérée depuis quelques jojp, à tel point que la domestique ,
bien que Ton fût à table , insista pour que je montasse ; on m'introduisit , soit par mégarde, soit par ignorance, dans la pièce même où tout le personnel du théâtre était à dîner. Je balbutiai quelques paroles d'excuses, me disposant à me retirer ; mais on insista , et je dus prendre mon parti. On m'offrit un siège et même un couvert. Je me résignai à m'asseoir,
sans toutefois aller plus loin
La conversation fut bientôt engagée , et je vous laisse à penser si la situation était nouvelle pour une pareille société. Habitués à donner des spectacles , les acteurs étaient charmés d'en avoir un. — Tout à coup b petite fille, véritable enfant terrible, s'approcha de moi et me dit qu'il y avait là , dans te fond , une dame qui désirait vivement me parler, mais qui n'osait pas. C'était une jeune actrice de vingt-cinq ans , qui, interdite de se trouver aussi brusquement mise en scène , ne trouva d'autre ressource que de rejeter la conversation sur la petite fille , disant qu'elle as-
sisterait volontiers à sa première communion. — Rien n'empêche , lui répondis-je , et il y aurait même mieux à faire , ce serait de vous
joindre à elle — Vraiment , Monsieur ,
reprit-elle, mais je suis excommuniée —
Soit ; mais enfin il y a remède à tout , et vous n'êtes pas sans doute ex-confessée ? — Ces paroles, jetées au milieu d'une réunion de ce genre, y firent l'effet d'une bombe , et les rires et les bons mots de pleuvoir — Ma
foi, disait l'un, il est plus commode de confesser que de se confesser. — Pour moi , disait un autre, je me confesserais bien, mais à condition que ce serait à une religieuse..... Je répondis, de mon côté , par quelques plaisanteries, et je cherchais à dominer une conversation qui s'engageait dans une route si
peu sûre — Je vous ferais volontiers un
sermon sur la confession, repris-je : je vous dirais, par exemple, que, dans ce monde , ce qui fait agir le plus souvent , ce sont les applaudissements de ceux qui nous entourent.
Ainsi, vous, par exemple , ce sont les acclamations de la salle qui vous font dévorer bien des ennuis, sans doute ; mais nous, nous n'avons pas cette ressource, il s'en faut de tout au tout. Il faut donc qu'il y ait quelque autre mobile qui nous fasse agir , et ce mobile est d'une autre nature , supérieur aux choses de ce monde. Je n'étais moi-même que fort médiocrement satisfait de cette démonstration, lorsque, jetant les yeux du côté de la fenêtre, j'aperçus le bateau à vapeur qui re-
montait le fleuve : — Tenez , leur dis-je , vous comprendrez peut-être mieux ce que c'est que la confession , par la comparaison que je vais vous faire... Vous voyez ce bateau qui passe. Ce qui le fait aller , c'est la vapeur contenue dans sa chaudière. Or , cette chaudière est exposée à éclater lorsque la pression de la vapeur est trop forte, et, pour prévenir les affreux accidents qui en résultent , on a soin de se munir d'une soupape , que l'on appelle soupape de sûreté ! Eh bien ! le
cœur humain aussi est une chaudière , et elle est soumise à la double pression des fautes et des chagrins, et, de temps à autre, d'épouvantables explosions en résultent , si la sou* pape de sûreté ne s'ouvre à temps ; or , ici f cette soupape c'est la confession... Oui , lorsque le cœur de l'homme est oppressé outre mesure par le remords ou la souffrance , la seule alternative qui lui reste est celle de la confession ou du suicide... — On avait écouté avec attention ces dernières paroles. Je pris aussitôt congé de la réunion. Mais, comme je me retirais , la jeune actrice , qui s'était jusque-là tenue à l'écart , s'avança vers moi ,
manifestant l'intention de me suivre —
Tiens ! lui dit-on , où allez-vous donc ?
Auriez-vous par hasard l'intention de vous confesser? — Pourquoi pas, répondit-elle, que vous importe? — Et elle sortit avec moi. f Mesdames , nous étions à peine seuls » que cette jeune personne se jette à genoux , saisit ma main avec frénésie et me dit : C'est Dieu
lui-même , Monsieur , qui vous a envoyé auprès de moi ; je ne sais si vous avez lu dans mon cœur.., mais j'étais fermement résolue , il y a peu d'instants encore , à me détruire ce soir même... Je ne me suis pas confessée depuis sept ans... Orpheline et dépourvue de tout secours , je me suis engagée dans une
troupe, et Dieu sait combien j'ai souffert
Mais les coups que j'ai eu à endurer ces derniers jours ont été trop violents pour que je pusse y résister... Je comptais sur une affection que je croyais sincère... Je me voyais au moment de contracter un mariage , et j'ai été indignement trahie !... Sifflée hier au théâtre , j'ai vu l'humiliation ajouter son amertume à celle de la perfidie... Orpheline , sifflée et trahie , j'avais résolu d'en finir avec l'existence, et j'allais, ce soir , après ce dîner d'adieu , me précipiter dans le lac... Vos paroles, votre alternative de la confession ou du
suicide ont été pour moi un trait de feu
Ayez pitié de ma misère ! »
- !55~ Le lendemain , Mesdames , elle quittait le théâtre. La jeune fille et sa mère en faisaient autant quelques jours après. La première communion n'a pas tardé beaucoup, et ces âmes persévèrent dans le courage du devoir chrétien.
Un second besoin se fait sentir dans l'âme . humaine : les âmes ont besoin de lumière ; elles ne se connaissent pas ou se connaissent mal ; elles se bercent dans de trompeuses illusions ; elles ont intérêt à se cacher ; elles ont peur de se regarder dans les courageuses clartés d'un examen de conscience. Quelles sont les âmes fidèles à ces deux exercices, qui sont comme les deux colonnes de la vie chrétienne , la méditation et l'examen de conscience ? Nous avons cependant besoin de lu- " mière ; que de fois dans la vie il se présente des circonstances délicates ; que de moments difficiles où vous ne pouvez pas vous conduire, ne vous connaissant pas ; car il vous arrive bien souvent de dire : Je ne comprends rien à mon âme.
Or, si vous avez besoin de lumière , où la trouverez-vous ? Sera-ce en vous étudiant vous-mêmes ! Mais souvent votre regard est timide , vous n'osez pas jeter les yeux sur vous-mêmes ; il vous faut faire un grand effort. De plus, votre regard est partial ; l'or* gueil d'une part, la présomption de l'autre, von* empêchent de vous voir ce que vous êtes. Apportant dans les investigations de votre âme un regard timide et partial , vous ne pouvez pas vous connaître. Cependant comment se vaincre si l'on ne se connaît pas ?
Les femmes surtout ont besoin de chercher la lumière dans la confession ; le prêtre entend une parole timide , qui hésite ; elles portent au saint tribunal les sinuosités de leur nature ; elles vont rarement droit au but ; elles prennent habituellement des sentiers détournés ; comme dans leurs lettres / elles mettent dans le post-scriptum leur penpée principale. La femme se laisse conduire par l'imagination ; elle se trompe elle-même,
et elle a besoin que le prêtre la ramène dou~ cernent et l'éclairé dans les ténèbres de sa conscience.
Ensuite, l'âme a un troisième besoin ; elle a besoin de paix et de pardon. Quelle grande douleur que le remords ! Quelle grande tristesse, que de déshonorants souvenirs f La femme a dans son passé une mémoire douloureuse, et qui n'en a pas ? Nous avons toucr péché , l'Apôtre l'affirme : L'homme qui se croit sans péché se trompe lui-même. Le remords est un témoin qui accuse, un juge qui condamne , un bourreau qui torture; quand nous l'avons dans notre âme, nous avons besoin d'entendre une parole de paix et de par-' don, une parole de l'éternité, mais en même temps une parole qui vienne des deux. Ah !
c'est la puissance de la confession ! On Ta souvent dit : Le prêtre entend des choses que l'ami n'a jamais dites à son ami, que le frère ne dit point à sa sœur , que la fille ne dit point à sa mère ; mais aussi il donne une paix
que la mère ne donne point à sa fille , que l'ami ne donne point à son ami, une paix qui n'est pas de ce monde.
Vous me direz : Je n'ai pas toujours trouvé cette paix ; peut-être vous n'aviez pas été simples et confiantes, ou peut-être Dieu vous envoyait une épreuve momentanée. Mais laissez passer cette épreuve et vous retrouverez la paix. Lors-même que vous auriez les plus déchirants souvenirs, quand même vous auriez commis les fautes de Madeleine et du larron , il vous suffit d'une parole dite avec un cœur brisé et repentant , et cette parole entendue et acceptée rend votre âme belle , radieuse, transfigurée.
Gomme l'âme est grande quand elle a le courage de s'ouvrir ! L'âme coupable qui avoue ses fautes est plus grande peut-être que celle qui résiste au mal , car si c'est de la faute de l'homme de tomber, c'est à Fange de se relever. Après avoir avoué ses fautes»
cette âme , tout à l'heure souillée, avilie , a
reconquis la splendeur d'un ange dans une chair fragile ; elle est devenue une âme pure, que Dieu aime , que l'Eglise admire et que les anges contemplent.
Je me suis laissé entraîner au développe* ment de cette pensée que l'âme coupable trouve dans la confession une satisfaction à ses trois besoins : d'épanchement , de lumière et de pardon, Mais l'âme qui est là, qui écoute , premettez-moi d'y jeter un coup d'œil ra«* pide, afin que vous la regardiez d'un regard
surnaturel.
Nous cherchons dans la confession une sympathie, une causerie , une consolation ; mais ce qu'il y faut surtout chercher , c'est le pardon divin. Je vous disais en vous parlant du monde : Cherchez le devoir , et les succès seront votre surcroît. Je vous dirai encore : Cherchez le pardon, et la consolation sera votre surcroît. Regardez Jésus-Christ dans la personne du prêtre. Une âme me disait un jour : Je viens à vous parce que je crois à
votre puissance de consoler ! Si l'homme consolait et pardonnait , les consolations seraient impuissantes ; mais il y a un^tre divin dans la confession , c'est Jésus-Christ. Je voudrais qu'avant de vous confesser vous fissiez un acte de foi à l'être surnatuel qui est là ; si l'homme y est assis , il est revêtu d'un caractère sacré. Si vous saviez comment nous nous préparons à notre mission, comme nous passons des années de solitude à étudier deux choses : Jésus-Christ et le cœur humain , pour les faire rencontrer ensemble ; comme nous contemplons avec de saintes terreurs ce redoutable ministère , comme le prêtre sent qu'il doit prendre son vol en haut pour avoir un triple caractère : caractère de médecin , de juge et de père.
Il faut que le prêtre soit un médecin ; qu'il plonge un regard sûr dans votre conscience; qu'il touche les plaies de votre cœur d'une main à la fois ferme et tçndre. Il faut qu'il ftpjt juge jpour iiscerner yo$ illusions , pour
voir le degré de culpabilité , pour retenir quand il faut retenir , pardonner quand il faut pardonner : que ce soit un prêtre à l'intelligence simple ou un homme d'esprit, c'est un homme qui juge et il a les grâces divines du ciel.
Que de fois ; en admirant le courage avec lequel vous avouez vos fautes , il s'incline , invoquant votre bon ange ; il appelle le Saint- Esprit à l'aide de son sacerdoce et il dit :
Voici une âme qui s'ouvre à moi; j'ai droit pour elle à la lumière du ciel.
Le prêtre est père , il faut qu'il sente son âme s'émouvoir quand il entend ce mot : Mon père, bénissez-moi! Il faut qu'il soit père pour aider, bénir, pardonner, diriger et conduire.
Le prêtre est donc un médecin , un juge et un père : quelle puissance que la sienne ! Que cette institution de la confession est grande et belle!
Ah ! je vous en conjure , ne l'amoindrissez
pas ; les hommes du monde s'éloignent de ce sacrement , parce qu'ils entendent les mille imprudences de parole que vous faites ; ils tous entendent juger vos juges , et ils connaissent mal notre foi , parce que vous leur en faites des travestissements par des causeries malheureuses et inconsidérées.
Regardez la confession des hauteurs de la foi, et vous y trouverez un regard pour vous éclairer, une main pour vous pardonner , un cœur pour vous comprendre et un père pour vous bénir. Ayez, si j'ose m'exprimer ainsi , la dévotion à l'absolution , à ce grand acte réparateur, à ce sang divin qui vous est donné ; n'oubliez jamais d'apporter les courageuses préparations et la loyauté dans cet acte accompli ; ayez un examen de conscience sérieux, une accusation simple et humble , un cœur contrit et brisé , une foi vive , une filiale docilité ; soyez de vraies pénitentes » dans l'acception complète du mot , et vous ne vous étonnerez plus de ne pas obtenir plus
de paix , plus de force 9 pli» de fruit de vos confessions.
Bénissez Dieu d'avoir donné à notre misère et h nos luttes ce secours incomparable ; n'accusez jamais ce fardeau d'être trop lourd. Ceux qui n'ont pas ces consolations les contemplent avec envie , et une femme d'esprit, Madame de Staël t disait un jour : Je ne sais ce que je donnerais pour m'approcher du confessionnal catholique.
Entendez les regrets amers et éloquents que laisse échapper de son cœur un proies* tant intelligent (4), une âme d'élite :
« Il me semble 9 dit-il , qu'il suffit de descendre en soi-même pour comprendre corn* bien l'Eglise romaine , avec les grâces dont elle dispose , et sa divine autorité , trouve d'appui dans les besoins les plus profonds de notre âme... »
Qui n'a tourné des regards d'envie vers le
(i) M. Ernest Narille.
tribunal de la pénitence ? Qui n'a souhaittf,
dans l'amertume du remords , dans l'incertitude du pardon divin , entendre une bouche qui pût lui dire, avec la puissance du Christ : Va en paix , tes péchés te sont pardonnes!
Heureux l'homme qui ne subit jamais des impressions semblables ! Heureuse l'âme pure qui conserve toujours un sentiment assez vif de la présence de son Dieu , une foi assez entière dans les promesses de son Sauveur, pour n'avoir jamais éprouvé le besoin de rencontrer sur la terre un organe infaillible des volontés du Ciel ! Pour moi , je ne sais si je suis seul de mon avis : si je croyais trouver cette puissance surnaturelle que l'Eglise s'attribue, cette puissance, source intarissable de réconciliation, de restitution , de repentirs efficaces , de ce que Dieu aime le plus après l'innocence , debout à côté du berceau de l'homme qu'elle bénit , debout encore à côté de son lit de mort , en lui disant , au milieu des exhortations les plus pathétiques et les
plus tendres adieux : Partez ! si je croyais trouver une pareille puissance sur la terre, il est bien des moments où j'irais déposer joyeusement à ses pieds cette liberté d'examen « qui
> parfois se présente à l'esprit comme un far-
> deau bien plus que comme un privilège. »
Ces paroles sont une clarté ; c'est la vie de l'âme humaine recherchant la paix dans la pardon de Dieu.