VI PREFACE
à gonfler ses voiles pour une traversée nouvelle, voici qu'il était rejeté au port par la plus épouvantable des tempêtes, en des heures où le danger de la Patrie ne laissait plus loisir au capitaine de songer à sa propre infortune.
Et cependant, au mois de février 1915, l'Odéon rouvrait ses portes, grâce à l'active volonté de M. Albert Dalimier, sous-secrétaire d'État aux Beaux- Arts. L'équipage n'était point sans alarme.
0 navis, o quid agis ?... Fortiter occupa
Portum...
Eh bien, cette sortie périlleuse ne fut point suivie du désastreux effet qu'on en pouvait redouter et c'est au répertoire classique que l'Odéon doit d'avoir vécu d'abord, puis progressé, puis enfin retrouvé la voie du succès. Et c'est ce que j e voulais constater ici, en remerciant la librairie Hachette d'avoir accueilli et illustré de sa marque les conférences qui accompagnaient mes spectacles d'abonnement.
Au plus fort de la guerre, aux instants les plus douloureux de la tragique et splendide aventure, il s'est trouvé des comédiens pour honorer la culture classique française en lui consacrant leur ardeur et leur talent, des littérateurs assez épris de littérature nationale pour conserver le courage d'en aimer la beauté lorsque, parfois, leur cœur était meurtri par les deuils les plus affreux, un public, enfin, qui venait s'enthousiasmer des splendeurs de notre art dramatique, prenant