PUÉ ©RE
l'agitaliou dte. Racma (luand Oe pçocès éclata*. QuoiL cea cbiosesrlà se feisaieiit donc I Ces crin?^es qu'il n'avsdt,. entreviiai, joiy; aip^i parler, qu'à travers le prestige de^ rhistoke^ daw. eet éLoigD£mej).t de la distance et du tQmps dojjLt Qiaus* parlions l'autre jour, Us se commettaient donc !, A Pajri^,, en pleio; Paris, dans le P^is de Louis XI Y,.rue yeçdelelt ou rue M,ichelrle-Gomte, Oreste a&sassinait Pyprbjiis ; Roxane, s^ vendait à, qpielque. a magicieuAe » pour s^assurei: raiAOUv de Ba|azet ou la mpTii d'AtalidAiIa<^ fameuse Locuste » u'citeit pa3 une in^veoitioa- 4%Ta(^^; et tous Isa jours quelque Phj^dre
1. Je n'ai pas voulu le dire sur la scène, pour des raisons faciles à oomprencl^ei mais- il f^ut bien ajouter ici que Racine lui-mdme^ faiiii^ dti^ i])[^pli;q«ié. d^ns l'affaire. Dan^ un inteijirogatoire de la Voisin,, dji 2X aoyembre 1679, il est accusé d'avoir empoisonné la Du Parc ; — Ravaisson, Archives de la Bastillt, t. VI, p. 51 ; — et lii. Ravaissoa, à oeftte occasion^ fail on» longue note pour éta-. blir-I^vrai^emblaiAGe de l'accusation. C'est, avoir bien mal lu la pièce qu'il publiait lui-même, d'où il résulte manifestement que l'accusation n'est qu'une atroce vengeance de femme, empochée par la liaison de Racine et de^ M^^» Du Parc d'entretenir avec celle-ci des irapports auxquels on peut supposer que le poète aura voulu qu'elle coupât court. Ce qui est plus grave, et presque inquiétant, c'est- une lettre de Louvois à M. de Bezons, du 11 janvier l^Ov qui se tojMxune par la phrase suivante : « Vous trouvères ci-joint les ordres du Roi nécessaires pour faire arrêter la dame Larcher : ceux pour Vatrét du sieur Racine vous seront envoyés auMilôi q^e vous 1&9 demanderez, » Si c'est bien de notre Racine ici qikil »'agU, nous ne l'en croirons pas pour cela plus coupable,, eadépit des insinuations de M. Ravaisson, qui fait encore une note; mais la Voisin n'a pas déposé, les ordres d'arrestation n*ont pas été préparés, ils ne sont pas enûn demeurés lettre morte sans que RacinQ- ait eu de tout cela quelque connaissance ; qu'il en ait conçu (\'aMantpl4S d'cITroi que, si Louvois ouïe roi lui en ont parlé, c'a 4tté 4. mots couverts ; et, l'épouvante générale s'augmentant en lui (iô cotte terreur particulière, on comprend que, de ce jour, il ait cenoAcé pou; jamais aux comédiennes, au théâtre, et, comme nous Iql disioos» presque au monde. On ne s'expose pas deux fois à de telles, îMrenJiurcs, et, vécùt-oi^ cent ans, on en garde éternellement l'arrière- goût.
156 CONFÉRENCES DE UODÉON
empoisonnait quelque Hippolyte ! Et lui, Racine, toutes ces horreurs, c'était cela qu'H travaillait depuis dix ans à envelopper et comme à déguiser du charme de ses vers! Lemeiu'treetrimpudicité! Tadultère et Tinceste ! le délire des sens! la folie homicide ! c'était là depuis dix ans ce qu'il essayait de faire applaudir ! Et quand une Hermione ou quand un Néron sortaient de Thôtel de Bourgogne décidés à commettre le crime qu'ils avaient vu glorifier sous leurs yeux, quoi ! c'était cela qu'il appelait sa gloire ! honte! ô douleur! 6 remords ! et du moment qu'une telle question se dressait devant la conscience d'un tel homme, comment voudriez-vous, mesdames et messieurs, qu'il y eût autrement répondu qu'en quittant le théâtre? La vérité même de son art se retournait contre lui. Ce qui rendait ses peintures condamnables, c'en était l'accent de réalité. Et c'est pourquoi, dans l'excès de sa première ferveur, peu s'en fallut qu'il ne se fit chartreux; et s'il se retira finalement dans un « mariage chrétien », ce fut grâce au bon sens et à la sagesse de son confesseur'.
Le regretterons-nous, messieurs? Regretterons-nous ce long silence ; tant de chefs-d'œuvre étouffés, pour ainsi dire, avant de naître, cette Alceste^ cette autre Iphigénie dont il avait déjà formé le plan?... Oui, puisque enfin Tauteur de Phèdre devait être celui d'Esther et d'Athalte. Non, s'il est vrai, comme je le crois, que, dès le temps de Phèdre, il lût engagé dans une voie
1. A la vcritc, le mariage de Racine est du !«' juin 1677, et il pourra sembler que j'embrouille ici quelque peu les faits. C'est justement mon intention; et il s'agissait d'expliquer pour quelles raisons Racine a per5ÛM dans sa retraite. La cabale de Phèdre, et les autres raisons que Ton donne, expliqueraient une bouderie, comme celle de Corneille après l'échec de son Pertharite ; il en fallait d'autres pour expliquer vingt-cinq ans de silence, ou à peu prés, — ^ 1677-1699, •— et j'aitÂché de les donner,
déjà dangereuse, et au bout de laquelle, comme autrefois Corneille après sa Rodogune et son Béraclius, il fût allé lui-môme, s'il avait continué d*écrire pour la scène ; — et qu'il y ait des pentes que le génie lui-même ne saurait remonter.
C'est ainsi que ses tragédies devenaient décidément trop grecques, je veux dire d'une simplicité trop voisine de celle qu'il admirait si vivement dans VAntigone ou dans V Electre de Sophocle ; et, naturellement, il avait beau faire, y dépenser tout son art et toute son adresse, plus elles devenaient grecques, plus elles s'éloignaient de son temps, et de la vie même. Son Andromoque était encore tout humaine, vous l'avez vu, tellement humaine, d'une vérité si eommuney — c'est un mot de Fontenelle, — que, pour la réduire aux proportions d'une aventure de la vie quotidienne ou de l'un de ces faits divers que nous lisons dans nos journaux, il suffisait d'en découronner les personnages, de leur enlever leur auréole d'histoire ou de mythologie. Pareillement son BritannicuSf et sa Bérénice^ et son Bajazet. Mais déjà, dans son Iphigénie, pouvons-nous, mesdames^ et les contemporains de Racine pouvaient-ils prendre au sérieux ce sacrifice humain qui est le ressort même du drame ? Pouvons-nous croire, dans sa Phèdre, h l'acharnement de Vénus contre l'épouse de Thésée? pouvonsnous voir en elle une « victime des dieux » ? pouvonsnouscroireau «sort» ainsi jeté sur elle? etvéritablement, un excès de couleur locale, si je puis ainsi dire, ne gêne-t-il pas ici la franchise de notre plaisir? Oui, cela est trop grec, trop loin de nous ; cela est d'un temps dont nous ne comprenons plus les sentiments, bien loin de les partager ; et la part y est trop petite à cette liberté qui est pour nous le fondement même de la personnalité morale. Si le mot n'était pas une espèce d'anachro-
158 CONFÉRENCES, J>^ L'ODÊON.
nisme, je dirais, qu'en Racine^évideiittneAl^dè&'IiS temps de PbHre ou dUphigénie même, rartiste commençait de tourner au dilettante. U n'avait plu£^ asse^ de souci des exigences de son texnp^». ni des conditiion& de son. art; il n*était plus assez Français, ni du xvu® siècle; mais il suivait le caprice da. sou ioxagio^oa de poète ; et, de proprement poétique,, voilà qu'entre ses mains la tragédie tendait à redevenir descjâ^tive ou lyrique.
Une autre iniluence, — très diiférente, à la vérité, — n'agissait, pas moina sur lui^ » vous vous rappelez quÛ était bomme, et tcès Iionu^,, très, vaniteux,, et un peu eavieux. Je. yeux parler de ce]J^ de Quiiiiault, ce môme QuinaruLt dont nous avojns» eui Uoccasion de prononcer le nom. Précisém^snt en ce temps-là, Quinault, renonçant à. U tragédi^e et à lar comédie, n'écrivait plus que des tragédies lyâques. Il créait le grand opéra. Topera mythiologique : Cadnvus^ Alce8Jl£, Thésée, Atys. Remarquez bien ce& tUxes, messieurs; ce sont c^ux des. sujets de Racine; et notez également les dates. Cadmus est de 1672, Alcesle de 1674, Ihésée de 1675, Atijs âe
1676. Vlphiyénie de Raiîiae est de 1674, Phèdre est de
1677, et, entre sa Phèdre et son Iphigénie,, vous saveZ: qu'il n'a rien donné. Sensible comme il Tétait aux beautés de ces sujets grecs, est-il téméi^aise, de croire qu'il a voulu mont^rer à Qainault commQoA on les devait traiter? Car, pour celui-ci, vous n'ignorez pas de quelle étrange manière il les. travestissait. Mais, si vous l'aviez par liasard oublié, permettez-moi d^ vous rappeler un cbœur do son. Atys. Ce sont d^ a dj^u& de fleuves, des divinités de fontaines et de: rujssea«a&, cbantant e( dansant ensemble » ;
La beauÉé* la plua séYère Prend pitié d'(Ui$ lpa$ toiirwimtt
P^,È5tK.Bi. Ut:a
$t Tamant <jui pe^rsévère.
Devient un heureux amant.
Tout? est dt)ux et rien ne coftt^ FooF ua> Q<Bur qu'on yeut touc&fi^ ^ L'ood^ 99^ fait, usm rouie En s*e (forçant d'en chercher :
t!e,aji qjii tpinbe goutte^ ^ goutta ÇQï^ce te pta? d«i: rocher.
L'Symeo seul ne saurait glaire, Il a. beau flatter nos vœux,, L'Amour seul a, droit de faire Les plus doux dQ tous nos n/£uds.
Il est fier, il est rebeMe, Mais il charme tel qu'il est; VHj^^p vj^nt.q4iaaiioQ.r]«'apçQlJc«, L'AmpuA vient, qti^ud il lui pi ait.
II? n'eatt potaà du vé^iMaaim Dont le teoï^s nerviaime/à bout, Et l'efTorl; de la constance, A la fin doit vaincre tout.
Tout est doux et rien ne coiHSî- POfir ui» Gœ«r..., etc.
Auroi^&rDucHjs he.ajicoitp.dft,5aiM. iDwous. figurée L'ia- ^goaJipa d^ BaciQi9^ quajad il eol^oddit de^ $ôj»Ji]ïtbliQ$^ (^pja^le^tSs? QoU^: qjp'e^itajj^ eu M U} sinacè^ scai)4i^u& de Quinault? et la tojQ^taliQBiq^ji lm> venait, aâ$ez. OAtu^-^ reUemeut, dje rei]»e(ib^, QuixkdjiiUi à.sa»gldaa^ 1^ ^^blio <îan3 la^vériié,, et raoii(ï|jyié d^s^souioust
MâiteusQu^eijtônt, pûmîy'réijô^,^ allait, èta^ obligé dJQffltprmiter. ^ son, rival quiïl/yi4ÉfrW^ doa. i»iaî^eoô et aUt])e£^iii.des.déf£Uits»q]^QStfai3ajienkla Bucc^^ a^iBiWWl n^^iQlpgiquQ , qe^. « gooipenâes. merveilles » ; Q^^él^Sd^Q^imllft* Qt;.QB|te> (Luldlt4 de, ^Ja ({ui sont
celles de Quinault, chez qui, d'ailleurs, elles se tra« duisent elles-mêmes inconsciemment par la nature des comparûsons qui reviennent à chaque instant sous sa plume Hiérax se plaint de Tinfidélitéde la nymphe lo:
Notre hymen ne déplaît qu'à votre cœur volage ; Répondez-moi de vous, je vous réponds des Dieux. Vous juriez autrefois que cette onde rebelle Se ferait vers sa source une route nouvelle, Plutôt qu'on ne verrait votre cœur dégagé.
Voyez couler ces flots dans cette vaste plaine, C'est le môme penchant qui toujours les entraine, Lear cours ne change point, et vous avez changé...
N*est-il pas vrai que ces vers ne nous paraîtraient point si déplacés dans la bouche d'Hippolyte ou dans celle d'Aricie? Vous songerez également que, s'il n'y a nulle part plus de souvenirs mythologiques que dans la Phèdre de Racine, nulle part aussi n'y a-t-il plus de métaphores ou de périphrases dont l'objet n'est vraiment que de hausser ou d'ennoblir le style. Et qu'estce encore que le récit de Théramène, sinon comme qui dirait un récitatif de grand opéra? Pour rivaliser avec Quinault, il a donc fallu que Racine lui empruntât quelques-uns de ses procédés. S'il avait continué d'écrire pour la scène, je ne doute pas qu'il lui en eût emprunté davantage. Et qui sait si ce n'est pas k Quinault que l'on doit les chœurs d^Esther et d*Athalie?
Enfin, messieurs, si je me suis fait bien comprendre, n'ajouterons-nous pas que l'idée même que Racine se faisait de son art devenait désormais un danger plutôt qu'un secours pour l'avenir de la tragédie. De même que Molière, par la comédie de caractères, ainsi Racine, par la tragédie dont il avait donné lés chefsd'œuvre, tendait maintenant à Vétude, bien plutôt qu'au
drame. L'intrigue ou Taction même devenaient secondaires à ses yeux. Une seule passion, se développant d'elle-même, analysée de près, étudiée dans toutes ses manifestations, portée jusqu'à son paroxysme, et brisée finalement contre la nécessité sociale ou contre la force des choses, lui paraissait de plus en plus, je ne dis pas Tàme ou le ressort, mais le tout de la tragédie, pour ainsi parler... et ced, comme vous Tallez voir, nous ramène précisément à Phèdre.
n n'y a pas deux râles en effet dans Phèdre^ vous le savez assez ; il n'y en a qu'un, un seul, celui de Phèdre ; et tous les autres non seulement ne servent, mais n'existent, à vrai dire, que pour l'unique objet de nous faire voir l'un après l'autre tous les aspects du personnage de Phèdre. Il n'en était ainsi, rappelez- vous-le, ni dans Andromaquej ni dans Iphigénie. Là, si vous exceptez deux ou trois confidents, conmieArcas ouCéphise,tout le monde était vraiment quelqu'un, et personne n'était quelconque. Andromaque et Pyrrhus, Hermione ejt Oreste; Agamemnon, Glytemnestre, Iphigénie, Achille, Eriphyle, Ulysse, ils avaient tous leur physionomie propre, particulière, individuelle ; et tous ensemble ils concouraient à une action commune dont le développement de leur caractère ne faisait qu'une partie ou un élément. La question était de savoir si Pyrrhus épouserait Andromaque ou Hermione, si les dieux exigeraient le sacrifice d'Iphigénie... Mais de quoi s'agil-il dans Phèdre? Non pas même, messieurs, de savoir si Phèdre succombera; nous savons qu'elle ne succombera pas, non plus qu'Hippolyte ; et ce qui nous iatéresse uniquement, c'est, comme je le disais, l'anatomie pathologique de son amour.
Considérez là-dessus les autres personnages. Qu'estce qu'OEnone? La confidente et la nourrice de Phèdre;
mâjd avaatti^uiè, ayaali(pe d'être eUe-mêm^> la b^U'V^^ GOEscieace, si j^e puia diosi dire, U voix des a^^pétibs, le double' criminel d4 la fille (Je Miaos et de Pa^iphaé. Point de rapport eatre elle «t le» autçes coûMeats de la t^agtîdie. de Raeiae, — si ce tf est lie Narcisse de Brir tannieus, Coniseillère d'eirreuj? et dhe crinaiie, c'est eUe qui a eastpéclijé Pttèdire de se donner la oa^oj^t.; elle- que la décide à se déclarer ; elle eiicooe>quji se. c]iar.ge> àSe> àimàm'cer le malheureux Hippolyte> h 9QVt pè^e^ C'est eil^ doiit le déyoueffîent ymmi suiP soi di'aecem^li\? tQUil;ee>(pc Pkédre ose à peiao songeç ; ou pluitôt, tout ce qu'E y a de niaiivais et de konteux éms Phèdxe, c'est eUe ({uâ riucanie. Et pidâijuei, ea critûpapt Ra^cine, oa tiK>uYe toujours encore à Fadmker, eeé-ce poac celft que* coar formément à l'mdbcatâoa d'I^ipide, il a fait d'OËuoue la a nourrice- » de Phédo^e^ afla qfu'y ayaat entre elle et son en&n4i de- lait mmm^ ym lient ds clixiir et sang^ oa yM hmi qtU,'eBes,ad faisâjeat qu'uiae seule personne?'
PareiUefîbent e^o^e, laËesdames. et ïaessie^iu's, q^ue font iei, de quoi serrent V^ismmr d'ttippolyte et le. personnage d'Aricie ? « Maisi poii^rquoi^ demajLdait Açnauld, ar-t-ii fai* Kippalyte aai^oareux ? »Et l'on raconte que RacHi» népondait en Haait : « Qu'auraient dit no9; petLtsrmaltres I >h ^éais il avait Hiieux répondu dsms^ ^ pré&^ce de sa tragédie. S'il a £ait Hippolyte amoareuiXv c'est pour adoucb Tatroeité' du crime de Phèdre; pous> fêxcufier, selon la casuistique d'amour généralement admise, l'horreur de sa dénoacîatioa sui; la violence ^ sa jalousie. S'il a fait Hippolyte amoureux, c'est eacoiïe pour pouvoir^ au moyen de la peiiiÉuiffe de la jialo»âie|, comme achever le portrait de Phèdre> poujp y poavoic ajouter de ces touches, pli^ larges^ et plus profondes, que la haine ea s'y mêlaait vient ajouter t la représeur.
t^tioa da Vâmour. Mais, dans Tun comme daxis Taiitce cas, Hdppôlyte et Aricie n'ont d'être, si je puis ajnsi dire, qu'autant que Racine en avait besoin pour nous faire connaître sa Phèdre tout entière,.. Je dirais, si je ne craignais que l'expression ne vous parût trop bizarre^ qu'ils^ n'exigent tous l^s deux qu'en f.onctioifi de la femme de Thésée...
Et Yoii^rparleraL-je enfin de Thésée? Car pourquoi le suppose«t-oa mopt ? Pour uae ^eule raison, çiiesdajnes; pour qu'en- le croya^^jt moi^t, Phèàce ose ^e h,. Hippolyte la brûJainte àédlâx^tà^iBk qu^ R^dsi^. sans* ceLp., n'aurait jamais- osé mettra 9m SiOft lèvres. Nou3 ne Tosei^oci viÈm» pas- aujourd'bAÙ !.... Et pou^qpoi reparalt-il, aussitôt après la déclaration échappée, sinon pour en^ferm^r Phèdre dans la situation dont elle ne sortira maintenant (gae par la calomnie, et ;çar l'assassinat? Lui non plus, messieurs, n'a pas sa raison d'être en lui, mais en Phèdre,, et en Pl^jèdjiie seulement. Et Racine l'a bien vu, i^ais<tout son art n'a, pu pour cette fois parvenir à masquer ou à déguiser l'msufflsaace du personnage; et toujpiwrs étonné, toujours surpris, toujours crisuit, son Thésée est sans doute ru;a de& personnages les m^oins heureuix qu'il ait. mis à. la scène.
Phèdre donc, Phèdife seule, comme dajxs ujx théâtre où ije n'y aurait qu'une étoUe ;, — et si je me sers de cette compagîaiôoa, c'e^t d'abord que je la crois, juste, et c'est ensuite que je n'en vois pas qui nous explique naieux l'illusioi^ q;i^^ Von se^ tait eox^oi^e: quelquefois quand on continue de placer Phèdre au premier rang de. l'œuvre de Racine. Parce que Phèdre est le plus beau rôle de îemxm^ qu'il ait tvaeépeutrêtre ; ]»^ flTi^cpzqi^let surtout, — toute la gamme, ou toute la lyre dont les Hermione, les Bérénice,, les Boxane^ 1^9. ISKinimB w :(QAt cb;)!euuje h soQ, tour résonmr q^u^'u^ QP2;dp ;, -^ 1% iùJb, ^jusgi c^ui.
remplit la pièce, et qui fait invinciblement converger à lui les effets de tous les autres ; c'est le rôle dans lequel toutes les grandes tragédiennes ont brûlé de s'essayer, où elles ont pu mettre le plus d'elles-mêmes, et où elles ont donc ainsi laissé de leur talent ou de leur génie le plus illustre souvenir. Mais si ce n'est pas ce qu'une tragédienne y met d'elle-même, — fût-elle Rachel ou Champmeslé, — qui fait la beauté durable d'un chef-d'œuvre, ni qui lui donne son caractère, il faut bien convenir, messieurs, que, au point de vue du théâtre, Phèdre n'en commence pas moins à sortir des conditions de l'œuvre dramatique, et, en la dépassant, à violer, si je puis ainsi dire, la définition de la tragédie.
Car le romanesque y reparait avec Thésée, dont la mort annoncée, puis si tôt démentie, n'est évidemment que de ces moyens extérieurs dont la tragédie, depuis le Cid, n'avait pas mis moins de quarante ans à se débarrasser. Pas de déclaration, disions-nous, si le bruit de la mort de Thésée n'a couru ; mais pas de déclaration, pas de drame ; et pas de drame, non plus, si Thésée ne reparaît à l'improviste encore. Que cela est différent d'Andromaque et d'fphîgéniey où rien n'est tiré du dehors ! où tout est donné dès le début de l'action! et que cela est bien plus près de Bodogune, — sous ce rapport au moins, — que des premiers chefs-d'œuvre de Racine I
Joignez qu'il semble en même temps que les volontés faiblissent.
Il vent tout ce qu'il fait, et s'il m'épouse, il m'aime,
disait Hermione de son Pyrrhus... Mais ici, rien n'arrive à personne qu'en dépit de lui-même. Ni Thésée
assurément ne voudrait que Phèdre aimât Hippolyte, ni non plus Hippolyte, ni Phèdre davantage ; et, si Ton n'avait peur de manquer de respept à Racine, on fredonnerait les vers de Quinault :
Il est fier, il est rebelle...
L'bymeii vient — quand on l'appelle.
L'amour vieut — quand il lui plalt...
Que dis-je I aucun d'eux n'a le courage ni de son crime ni de sa résistance, et on ne se défend pas plus mal qu'Hippolyte. Que deviendrait en effet le drame s'il se défendait mieux? si seulement son Aricie, mesdames, paraissait au moment opportun ?
Qu'il en résulte assez naturellement quelque chose d'obscur dans le rôle même de Phèdre, c'est ce que j'ose encore ajouter. Ni tout à fait antique, ni tout à fait moderne, la Phèdre de Racine, messieurs, n'est non plus ni tout à fait chrétienne ni tout à fait païenne. Son langage est indécis... Oui, quinze cents ans de christianisme et de modernité, si je puis ainsi dire, luttent en elle contre cette conception de l'amour que Racine emprunte à Euripide. Pas plus que nous elle ne croit h, « Vénus et ses feux redoutables » ; si elle y croyait, nous ne l'en croirions pas ; et comme à l'entendre parler on dirait qu'elle y croit... la conséquence est assez évidente.
Enfin, et s'il faut tout dire, en raison même de l'importance donnée dans Phèdre à la constitution de l'almosphère ou du milieu poétique, n'est-il pas vrai qu'avec le romanesque^ c'est le descriptif et le lyrique aussi qui s'insinuent traîtreusement dans le drame? Je ne paiie pas, mesdames et messieurs, du récit de Théramène On en a trop parlé. Tout le monde convient qu'il est.
166 CONFÉREN'C&S fe* L*ODÉON.
<;o»Mïïe la « Ibataflle 'èû €id î) , ^excfesrff en long^exrr ; qu'a 'eirt hors de -j^iftiaiScm ; que là »rhétOTTiqtie y tiefnt vraiment tr<yp 'âe fiftece. . . SetA^ment, coïnmè Hactee «st »un tintre peintre que Corneille, -^-feBfes-y Men ^tte^ntion totit à l'heure, — tous ces détails, et tant d'autres que je vous ai cités, que vous allez Vote-mèmèrs retoaTquer au passage, toute cette mythologie comme infuse dans le drame, nous éprouvons le besoin de les voir se réaliser. Nos yeux les réclament, nos sens en sont curieux. Ces grands !bôîs où chasse Hippolyte, nous Voudrions ïeô voir, e*t que f ômlii'è au moins s'en projetîàt sur la scètie ; Hotis votidrioiïs entendre ses chiens aboyef et vôîtse (ja^brer èes chevaux. Nous votidilons voir également cette «nuit înfenftalè » où Phèdre ïéve un instant de ffè pïôftfgÉfï* terni; e'ntiète;tïoùs voudrionô voir
Ariane aùt vodhieirs contant ^es injastices»
etïTiësée albordant aiù'x "rivages de Crète... ïfous voudrions voir la J)lage solitaire où expire Hippolyte... El ainsi, pour avoir itnpïùdetnifnent satisfait quelq ue Mi nes des ex:igéYices deWtteimaglniation, c'est comme si nous disions que déjà le poète les a éveillées ou déchaînées toutes...
ïlas^e'ïûMons tôûô Ces traits maintenant : un personr -^^ge unique, èntotïrë de comparses qui n'ont d'être et de réalité que ce qu'il leur en communique; Tamotir pour tout ressort, et un amour où, pour ainsi parler, les hommes et les dieux, le ciel et la terre s'intéressent à la fois ; des décors, autour de tout cela, la Crète, le Labyrinthe, les Enfers, tous les dieux évoqués tour à tour; ces décors et cet amour, Phèdre et toute cette mythologie, fon<lQs ensemble dans une même tonalité pai* rharmoûle iStM v^Ys, tout celâi, m'ei»sietu%, nous le
^ormvA^oikS, c^^st le grand ojoem qui se dégage 4e ta tragédie, tandis çû*'eBe-'BHlè»îe, âicytfô 4e verrons bienît^, ^tournant atix «exedfwptes *ée OôvaeiHe pliitM ^e de ftacÎTfîfe, va ^dherdMr-, avec Grébi^loïi et Voltak^, âa»i^ •an ^pa^îliétiqtie no'à^'eati, des r-es^ïrrces ïio^véBés, -et . lentefment, toafe ^ôîteîHeïit, pas* iMdepot, patt* ©ôèrtrmafrobais, par -MeiPCler, s'acben'tflfter Vers le mélerdra«ïe \
Quant à la tradition de Racine, 'elle ïie se pèfrdr'à fiÉ^'; mais ce n'est pas, messieurs, la tragédie qu'elle inspirera, c'est le roman, toute cette littérature d'amour qui va de Tabbé Prévost aux romans <de George Sand, de Manon Lescaut h Valentine, en passant par une série d'intermédiaires que je ne vous nomme point, puisque nous n'avons pas à nous en occuper; — et c'est aussi la comédie de Marivaux.
Tel est, en effet, messieurs, le destin des genres; et si c'en était le lieu, je pourrais vous en apporter plus d'un exemple assez probant. N'est-ce pas ainsi qu'au XVI® siècle, on a vu l'épopée du Tasse marquer la transition de la poésie à la musique ? ainsi encore, plus près de nous, dans la prose de Rousseau , l'éloquence de la chaire se transformer en poésie lyrique?... Mais quelque genre que ce soit, l'enfantement en est long et pénible ; la splendeur en est brève ; la décadence en est plus longue et plus pénible encore que l'enfantement même : vous le savez déjà pour notre tragédie, qui ne va pas mettre moins de cent cinquante ans à mourir... Heureusement que, d'un genre qui finit, les débris ou
1. Comme jo doute que j'aie Toccasion d'y revenir, je note donc ici que si Ton voulait étudier d'un peu prés la décomposition de la tragédie française au zviii* siècle, il faudrait fûre une large place àl'influeDco de l'opéra, dont on ne parle pourtant jamais dans nos histoires littéraires.
1^8 CONFÉRENCES DE UODËON.
les morceaux eu sont bons, si je puis ainsi dire ; d'autres genres s'en emparent, ils se les assimilent, ils se les incorporent; et rhistoire de la littérature et de Tart rentrent ainsi dans la nature, — dont elles s'exceptent par tant d'autres côtés, — pour subir la fatalité de la plus générale de ses lois : celle qui veut, vous le savez, que rien ne se perde ni ne se crée, mais que tout se transforme, et que la vie renaisse perpétuellement du sein de la mort même.
17 décembre 1891.