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TROISIÈME CONFÉRENCE

Vendredi 4 Mars i fjo4

La Mère de Famille

La Mère de Famille

Mesdames,

Pour la femme aussi bien que pour Thomme, se marier c'est accepter un joug. Qui accepte un joug s'engage à une soumission. De fait, se soumettre est la condition de Tépouse, et nous avons appris de saint Paul le mérite et la grandeur de cette condition.

Mais de même que la société familiale ne se compose pas uniquement de l'époux, de même la femme a d'autres devoirs que ceux qui Fassujettissent à son mari. Le foyer, si restreint qu'il apparaisse, est un monde : un monde d'êtres et de choses. Ce monde qui en sera Tàme ? Qui le gouver-

nera ? Qui le réchauffera de son amour et le couvrira de sa sollicitude ? Poser de telles questions, Mesdames, n'est-ce pas définir la destinée même et la vie de celle qui, en raison de son rôle de prépondérance et de tendresse à l'intérieur, est aplée à la fois mère et maîtresse : mère de famille et maîtresse de maison ^

Saint Paul s'est occupé de la mère de famille.

En deux ou trois textes catégoriques et précis, il a déterminé sa vocation, sa mission et la sainteté de cette mission. Sa vocation d'abord : parlant de ces jeunes femmes au tempérament trop actif et à la nature trop ardente pour les paisibles et pures fonctions de la virginité, il a écrit, au nom de Dieu qui rinspirait • « Je veux que les jeunes femmes se marient, qu'elles aient des enfants, qu^elles soient de bonnes mères de famille. » ' Plus tard, traçant à son disciple Timothée une ligne de^ conduite et un programme de doctrine vis-à-viî de toutes les catégories de femmes, il a indiqué leî devoirs de la mère de famille : « Apprends au: jeunes femmes à aimer leur mari et leurs enfants^ ' 1 Tim., V, 14.

à être retenues, chastes, occupées aux soins domestiques. » ' Enfin considérant les maux qui résulteraient des négligences possibles dans Taccomplissement de cette mission, il a marqué la sainteté de la mission par la sévérité avec laquelle il a condamné les négligences : « Si quelqu'une de ces femmes, dit-il, n'a pas soin de ceux qui dépendent d'elle, et particulièrement des membres de sa famille, elle a renié la foi, elle est pire qu'une infidèle. « '

Vous le voyez. Mesdames, le programme est complet. De plus il est tout entier consacré aux devoirs domestiques. Cela suffit pour que le féminisme impie crie à la dégradation. Dire à la femme qu'elle peut être utile au foyer et que, le pouvant, elle le doit, ce serait la confiner dans un domaine indigne de ses facultés supérieures et trop étroit pour ses aspirations. Ce serait consacrer cette oppression séculaire dont elle pense s'affranchir bientôt, à qui elle échappe déjà par des extravagances et des diatribes de Congrès !

Essayons, nous. Mesdames, de justifier et d'ex- ' Tit., 11, 5. 'M Tim., v, 8.

pliquer saint Paul. Négligeons pour un instant des divagations qui dureront probablement ce que dure un accès, et disons que le devoir domestique, si humble qu'on le suppose, ne saurait ravaler une femme au-dessous de sa disnité humaine et chrétienne, d^abord parce qu^il est simplement un devoir, ensuite parce que ce devoir est un devoir souverain, un devoir sacré, un devoir qui a, dans son essence même, quelque chose de divin.

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Il n'y a pas de petits devoirs. Dès Pinstant que ce nom auguste de devoir s'applique à une fonction quelconque, cette fonction s'ennoblit au-delà de toute mesure. Pour nous chrétiens qui considérons le devoir comme une dette payée à la volonté de Dieu, tout devoir est divin : celui du plus puissant empereur comme celui de la plus humble fille de campagne. Nous ne savons pas si, à-haut, saint Louis roi de France est plus honoré que sainte Germaine la gardeuse de moutons. Nous savons seulement que, dans l'éternité, si l'un des deux est plus grand que l'autre, ce n'est pas celui des deux qui a joué le plus brillant rôle icibas, mais bien celui qui a le mieux accompli son devoir.

J'irai plus loin, Mesdames. Il y a deux choses icibas dont l'inexorable majesté imposent aux humains une égalité absolue. Ces deux choses s'appellent le devoir et la mort. Toute la différence réside en ceci que la mort nous égalise en

nous rabaissant, tandis que le devoir nous égalise en nous grandissant. La mort étend sa main hautaine, et de toutes ces têtes, couronnées d'or ou couronnées dMpines, qui sMlevaient à des niveaux si différents, les unes s'inclinent dans la douleur de tout perdre, les autres se redressent dans la joie de tout espérer, et les unes comme les autres se rencontrent confondues dans le même effondrement de tout ce qui était purement terrestre.il n'en est pas autrement devant le devoir. L'honnête homme qui fait son devoir possède une grandeur morale contre laquelle ne peuvent rien toutes les vicissitudes de la vie. Que l'accomplissement fidèle de son devoir le porte sur un trône ou le conduise à réchafaud,il ne sera pas moins grand sur Téchafaud que sur le trône. Bien plus : comparez Thomme de devoir frappé, humilié, ruiné, jeté en prison ou sur les chemins de Texil, comparez-le au triomphant coquin qui, pour avoir apostasie le devoir, reçoit une somme de dignités, d'argent et de pouvoir égale au poids des forfaits sous lesquels il écrase sa conscience, vous savez bien lequel des deux mérite et obtient Tadmiration

de tous, lequel des deux mérite et obtient le mépris même de ses parasites et de ses complices !

Dès lors, Mesdames, n'essayez pas de vous le dissimuler : une pauvre servante qui fait scrupuleusement son devoir est plus grande devant Dieu et devant la conscience que la superbe maîtresse qu'elle sert et qui ne fait pas le sien. Ainsi, de même que nul n'est grand devant la mort, nul n'est petit devant le devoir. Grands ou petits, la mort nous précipite dans le même néant, grands ou petits, le devoir nous élève sur le même piédestal.

Ceci posé la question n'est plus de savoir s'il sera plus flatteur pour la vanité d'une femme de tenir une plume de romancier qu'une quenouille de ménagère. La question n'est plus de savoir si le fait d'accoucher d'une conférence publique, d'un livre de littérature déclamatoire, voire même d'un Congrès, lui sera plus agréable que de mettre un enfant au monde. La question est tout autre : Quel est votre devoir? Quel qu'il soit faites votre devoir ! Que vous vous livriez à des ex-

périences de chimie ou à des combinaisons culinaires, que vous changiez les langes d'un nourrisson ou que vous changiez la législation d'un pays^ peu importe en soi, pourvu que vous accomplissiez votre devoir!

Ah ! vous voulez vous affranchir ! Vous voulez égaler les hommes î Hé bien, vous n'avez qu^un moyen, un seul, de les égaler ou même de les surpasser — ce qui n'est pas difficile. Grandissez-vous ! Mais sachez-le bien, vous ne vous grandirez que par l'accomplissement plus généreux et plus exact de vos devoirs. Quiconque vous proposera de progresser autrement, est un inconscient ou un mystificateur.

Ceux qui disent à la femme : Femme ! abandonne ce que jusqu'à ce jour on a appelé tes devoirs. Sors du foyer, prends la plume, prends la toge, prends le bistouri! Cueille encore une fois à Parbre de la science le fruit qui rend semblable aux dieux. Cesse de tricoter et deviens « tricoteuse ». Cesse [d'être mère, et fais-toi mégère. De compagne de l'homme que tu étais, deviens le singe

de rhomme ! Ceux qui osent dire cela, et après l'avoir dit, osent ajouter : « Et à ces conditions tu t'imposeras au respect et à l'admiration du genre humain, » ceux-là, Mesdames, se moquent de la femme, comme on ne s'en est jamais moqué !

J'ai dit que le devoir de la femme dans sa maison — quand on le regarde d'un peu haut — est un devoir souverain et sacré. Il est souverain, Mesdames, parce qu'il domine de son importance toutes les fonctions de la vie. Il est sacré parce que son accomplissement ou son inobservance entraîne les conséquences les plus graves.

Il y a deux façons, remarquez-le bien, d'affirmer sa souveraineté : en tvrannisant les autres ou en les rendant heureux. La meilleure et la plus sûre des deux, Mesdames, vous est dévolue. CVst en faisant des heureux que vous régnez sur les cœurs, et il ne faut pas vous en plaindre : Dieu lui-même a choisi pour son compte ce mode de souveraineté, qui constitue vraiment la seule royauté solide, puisque c'est la seule qui soit bénie de ses sujets. Vous seules, d'ailleurs, pouvez assurer le bonheur de votre gouvernement et, sans vous, jamais une maison familiale ne sera une maison heureuse. C'est vous qui en faites

Tasile du repos et de la joie. Par vous, le mari peut, en pleine liberté et sans souci, livrer les batailles quotidiennes de la vie ; Tenfant grandir avec son innocence protégée et son cœur dilaté dans la tendresse ; les serviteurs accomplir leur devoir, garantis contre leurs propres penchants et aidés de votre affectueuse surveillance. Le Saint-Esprit jette la lumière d'une admirable comparaison sur Theureux foyer auquel votre activité procure la prospérité et la paix. Ecoutez ce texte : « Sicut sol oriens mundo in altissimis Dei, sic mulieris bonœ species in ornamentum domus ejus. ' Comme le soleil qui verse, du zénith, ses rayons sur le monde, ainsi le visage de la femme de bien illumine une maison. » Vous trouvez peut-être Timage dépourvue d^originalité? Elle est remarquable de justesse et de profondeur. Au printemps, quand le soleil revient, tout prospère dans la nature. Le laboureur sort heureux et souriant de sa demeure. Jamais Tinstrument de travail ne fut aussi léger à son épaule. Les petits oiseaux, les agneaux, les enfants chan- * Eccli., XXVI, 2 1 .

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tent, jouent, bondissent, dans la grâce, Tinsoucience et la gaîté. Le sol se fait inépuisable, la terre donne tout ce qu^elle peut donner : la fraîcheur avec la verdure, la beauté avec les fleurs, la nourriture avec les premiers fruits. La nature surpasse la poésie des poètes, elle fait déborder le cœur de ceux qui aiment, elle éclaire toute chose d'une auréole de joie.

Femmes qui m'écoutez, traduisez Tallégorie. Voyez dans le travailleur de la terre, votre mari ; dans les agneaux et les oiselets, vos enfants; dans la terre, vos biens, et avouez que le Saint- Esprit connaît et juge à merveille Theureuse et universelle influence que vous pouvez exercer !

Que le soleil s'absente ou se voile, la terre devient hostile et fâcheuse, le foyer sombre et sans attraits, les enfants végètent dans la tristesse et l'ennui, les maladies abondent, la disette se produit, et la neige elle-même devient de la boue !

Et c'est quand on songe aux choses que je vous exprime ici, en un langage moitié svmbolique et moitié réel, qu'on se prend à détester et à maudire les folles mondaines qui sacrifient la joie de

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leur famille à d'ineptes fantaisies, ou les détraquées qui avant à leur portée les plus grandes satisfactions possibles dans Taccomplissement des plus sacrés devoirs, s'obstinent à vouloir vivre de la vie, du mouvement et des plaisirs des autres ! Le voilà. Mesdames, dans toute sa damnable réalité, le désordre de cette mondaine dont nous parlions au commencement de ce Carême.

Une femme s'essouffle à poursuivre toutes les niaiseries pour lesquelles se passionnent les agités et les oisifs de notre décadence ; sa journée s'écoule à passer d'un magasin à une exposition, de l'exposition à un thé, du thé à une visite, de la visite à un dîner, du dîner à un théâtre, du théâtre à un bal... Mon Dieu ! cela ne regarde qu'elle si elle n'a, en dehors d'elle, aucune responsabilité. Mais que faudra-t-il penser d'elle, si elle est maîtresse de maison, c'est-à-dire si elle a charge d'âmes?

Elle est bavarde, inconsidérée et curieuse. Elle est peinte et caparaçonnée de telle façon que le premier libertin venu se croit autorisé à lui manquer de respect. Qu'importe si elle est seule à se discréditer ! Mais que dire si elle est mère?

Non vraiment, il n'y a rien à objecter : on ne peut pas être en même temps une grande coquette et une bonne mère de famille. Les deux choses s'excluent. Il faut être la femme du dehors ou celle du dedans. Au XVI II® siècle un anglais, Swift je crois, était venu en France. On Pavait promené de salon en salon, et il avait pu connaître cette société de femmes qui faisaient une si etîravante consommation de rouge, de mouches et de rubans. En retournant chez lui, il disait : « Je suis rempli d'admiration. Nulle part au monde on ne saurait trouver chez les femmes un ramage aussi spirituel et un plumage aussi éclatant r> et il ajoutait avec toute la gravité du pince-sans-rire qu'il était: « Mais que peut-on bien faire de ça à la maison ? »

« Ça! »... Mesdames, « Ça!» ... « Qu'est-ce qu'on peut bien faire de Ça ! td ... Et il s'agit de l'être qui devait remplir au fover le rôle supérieur d'ange gardien, qui représentait la bonne et sublime sollicitude de la Providence, la douce mère qui devait régner par l'amour, qui était le sourire même de Dieu !...

Abandonner son devoir domestique, c^est donc abdiquer une véritable royauté. Il nous faut aller plus loin. Je vous Fai dit : le devoir domestique est un devoir sacré. Le trahir, peut être pour une femme une criminelle prévarication.

Songez donc aux intérêts divers et aux graves destinées qui sont entre vos mains : la moralité d'un mari ; la sécurité d'une famille ; Tavenir d'un enfant î

Le temps m'est mesuré, Pheure avance, et il faut que j'abrège. Je vous parlerai donc seulement du plus sacré de ces trois objets : Tenfant.

L^Esprit-Saint a pu dire : « Tenfant sage et vertueux est l'honneur de sa mère. » ' Cette affirmation de la foi est une vérité de nature, parce que Tenfant sage et vertueux reflète dans la limpidité de son regard ce qu'il est habitué à voir dans le regard de sa mère: parce que l'enfant réalise dans sa vie tous les bons sentiments qui inspirèrent

' Eccli , m, 5.

habituellement rame, la vie et la parole maternelles. Mais si a Tenfant sage et vertueux » est ainsi le vivant « honneur de sa mère ». que faudra-t-ii dire de Tautre. de celui qui est tout le contraire d''un enfant sage et vertueux, et qui tend à devenir légion dans la maudite période morale que nous sommes condamnés à traverser ?

Comme il n'y a plus chez beaucoup d'enfants ni simplicité, ni docilité, et encore moins d''innocence, on dit : « Il n'y a plus d'enfants ! » Je vous accorde que cela vient en grande partie des influences corruptrices de notre époque, et du cynisme des mœurs qui ne respecte pas même Tàme enfantine. Mais ne crovez-vous pas que l'on pourrait dire aussi qu'il v a moins de maternité que jamais, moins de mères et surtout moins de bonnes mères ?

Comment voulez-vous que cette race de femmes impies pour qui la maternité ne fut que le plus fâcheux des accidents, qui se débarrassent de leur premier devoir de mère en donnant 5o francs par mois à la première fille venue, c'est-à-dire qui se

font remplacer par une mère encore moins bonne qu'elles puisque cette mère abandonne son enfant pour nourrir Tenfant d'une autre ; qui confient la candeur et la fragilité de ce petit frère de Jésus à des mains mercenaires pour ne pas perdre une occasion de fleureter ou de paraître... comment voulez-vous espérer qu'elle exercera une heureuse influence sur cet enfant?

Pauvre enfant ! Pauvre enfant qui n'a pas une bonne mère ! Qui, au lieu de la femme auguste et sainte dont le visage nous apparaît comme le plus pur et le meilleur des sourires de Dieu, n'a eu à vénérer et à adorer comme mère qu'un trois-quart de mondaine incapable même de soupçonner le mal qu'elle te fait ! Quel malheur pour toi de ne pas être né d'une humble paysanne bien chrétienne, ou d'une brave femme du peuple bien aimante ! Allaité par le bureau de placement, bercé par l'antichambre, nourri par l'anse du panier, initié à la vie par le pion du collège... tes yeux à peine éveillés ont déjà vu tout ce qui corrompt, tes oreilles à peine ouvertes ont déjà entendu tout ce qui empoisonne ! Comment serais-tu droit, com-

ment serais-tu pur, comment serais-tu fort? Pauvre enfant î Pauvre enfant !!... Puisque ta mère fut sans entrailles, que la vie te soit indulgente et que Dieu te soit miséricordieux !

Malgré les attitudes épiques et les pompeuses déclarations de toutes ces femmes-apostats de la maternité, qui hurlent comme des louves leurs théories homicides à travers les livres et les clubs, il arrive que le fond hideux apparaît et que celles à qui Ton ne voudrait reprocher que des ridicules se révèlent comme des monstres d'inconscience et de dureté. Dans une séance du Congrès féministe révolutionnaire de i qoo, quelques femmes dont le nom échappe heureusement à Pexécration par Toubli, se donnèrent un instant des airs d'héroïnes romaines vous ne devineriez jamais pourquoi? Tandis que la plupart, ayant des foyers solitaires ou des maris complaisants, ne faisaient que de menus sacrifices pour apporter le concours de leurs criailleries à la régénération de l'humanité, il s^en trouva une qui recueillit les honneurs d'une véritable ovation : elle avait poussé Tabné-

gation au point de laisser à la maison un enfant malade, pour venir prendre part aux divagations de FAssemblée ! L'enfant avait la fièvre, délirait peut-être, tendait les bras, demandait à boire... et pour avoir abandonné ce petit malheureux, rheureuse mère était reçue en triomphe !

Nous n'avons pas fini, Mesdames. Les gloires de la mère de famille qui accomplit son devoir demandent d'autres louanges et il nous faut en continuer la litanie. Ce devoir souverain, ce devoir sacré, est encore un devoir dont la nature a quelque chose de divin.

Quel est le privilège essentiel de la divinité ? C'est d'être à elle-même sa propre loi, et de trouver par conséquent dans Taccomplissement de cette loi une béatitude infinie. Partout où la vie divine descend, le privilège qui consiste à être heureux de remplir sa fonction se communique dans la même mesure. C'est ainsi que les élus et les an^es trouvent là-haut dans Texécution des volontés divines la substance même des joies dont ils sont enivrés. Sur terre, les saints goiitent cette ineffable volupté jusque dans les douleurs du martyre, jusque sous les étreintes de la mort. Il me semble que vous, les épouses et les mères, vous participez exceptionnellement à cette préro-

gative. Les autres entants d^Adam ont la douleur de n'accomplir leur devoir qu'avec peine, et la rareté de la vertu vient précisément de ce que les ordres de la conscience sont presque toujours combattus par les désirs du cœur et la tyrannie des sens, a Le bien que je voudrais je ne puis m'y résoudre, s'écrie saint Paul, et le mal que je ne voudrais pas m'entraîne ! » ' Chez vous, Mesdames, dès lors que vous éies épouses et mères, il en va tout autrement. Les ordres de votre conscience marchent dans la voie ouverte par les désirs de votre cœur et tendent au même point.

Regardez cet homme : Les serments que vous lui avez jurés avec tant de sincérité en un jour dont vous n'avez point perdu le souvenir, la fidélité que vous lui avez vouée et que vous lui conservez avec tant d'ardeur, le dévouement que vous lui consacrez et qui est une forme de la passion même dont votre cœur est rempli, le sentiment de solidarité qui fait de son honneur votre honneur, de son repos votre repos, de sa vie votre vie. et qui répond aux aspirations les plus pro-

* Rom.^ VII, 15, 19.

fondes de votre être ; toutes ces choses en même temps qu^elles sont la substance même de tout votre devoir, ne sont-elles pas tout votre bonheur d'épouse ? Avez-vous d'autres obligations, avezvous d'autres félicités? Connaissez-vous une joie d'épouse qui ne se rapporte à quelqu'un de ces liens ? Connaissez-vous un de ces liens qui ne soit enguirlandé de quelque joie ?

Regardez maintenant votre enfant. Quelle est la pensée ou le sentiment qui déborde de votre cœur quand vos yeux s'attardent à contempler son visage ? Je ne sais si je pourrai trouver des expressions assez fortes, des mots assez brûlants pour le dire. Mais il me semble que si les désirs de votre amour maternel n'étaient pas ineffables, cet amour dirait à l'enfant : « Etre chéri, toi qui es si beau, je te veux plus beau encore ! Petit, c'est moi qui te ferai plus grand; enfant, c'est par moi que tu deviendras homme ! Homme, je veux t'élever plus haut encore et te rendre chrétien !... Fils d'Adam, par mes leçons, par mes baisers, par mes prières, par mon cœur, tu seras, s'il se peut, un fils de Dieu, un ange. Et quand je te re-

mettrai, vivante ou morte, entre les mains du Créateur à qui je dois de te posséder, mon rêve est de pouvoir lui dire : Seigneur, Seigneur, vous ne m^avez donné qu^un être de chair et de sang, regardez : j^ai fait mon devoir et je vous rends un chérubin ! » Ainsi, Mesdames, quelque impérieux que soit le devoir qui vous retient courbées sur le berceau de vos enfants, il faut bien reconnaître que ce n^est point la loi, mais la plus irrésistible des tendresses qui vous a penchées tout d^abord !

Ah ! quelle admirable organisation de la Providence ! Saint Augustin enivré d'amour de Dieu criait : « La force qui m'attire, la loi qui me régit, le joug qui m'enchaîne, c'est l'amour ! Amor meus pondus meum ! Dieu est à la fois le Maître qui me commande et l'attrait qui me séduit. Je vais à Lui autant par la joie dont il m'enivre que par le commandement qu'il m'impose, et je ne sais, quand je lui obéis, si c'est son autorité infinie ou son charme suprême que je subis ! » Ne semble-t-il pas. Mesdames, que vous pouvez dire de même quand vous regardez votre famille ? Car

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vousquiêtes faites pour aimer, qui n'avez pas voulu ici-bas d'autre vocation, d'autre fonction, d'autre passion que d^aimer, il se trouve que Dieu ne vous commande pas autre chose, en tant qu'épouses et mères, il se trouve que cette joie vous suffit devant Dieu pour être des chrétiennes et pour devenir des saintes !

Une seule condition vous est imposée, cette condition ne saurait coûter beaucoup à vos âmes de chrétiennes, et je dois la signaler aussi forte-^ ment que possible pour écarter tout malentendu: à ce dévouement de toutes vos forces, à ce don de tout votre cœur, vous devez ajouter la sollicitude surnaturelle, le souci de Téternité. Pour que voire fonction de mères de famille soit vraiment royale, sacrée, divine, il faut et il suffit que vous mêliez à vos tendresses le nom et la pensée du Dieu qui les inspire, qui les impose, et qui les sanctifie. Il faut et il suffit que cette impulsion de votre amour qui donne à tous les vôtres et la vie et la joie, tende à diriger tous les vôtres vers Dieu. De telle sorte que non seulement vous aidiez tous ceux qui vivent de vous à être le plus

heureux possible, mais encore, suivant le mot de Saint François de Sales, que .; vous fassiez en toutes choses que Dieu soit le plus aimé ! «

Et alors, collaboratrices de Tinfinie Bonté, vous atteindrez le point culminant de votre vocation, vous accomplirez dans ce devoir domestique, si modeste en apparence, Toeuvre la plus divine qui soit à la portée des forces humaines. Que sont, en effet, les chefs-d'œuvre de Fart, les miracles de l'industrie, les conceptions du génie dont tout le terme est dans la matière et toute la durée dans le temps, auprès des oeuvres que Tamour de Dieu inspire, que Tamour de Dieu opère et que Tamour de Dieu couronnera ?

Dans cette admirable oraison funèbre du grand Condé, où Ton entend comme un écho des batailles et des triomphes militaires les plus éclatants du grand siècle, Bossuet parvenu à la vie retirée de son héros, n'hésitait pas à donner plus d'importance aux vertus domestiques du grand guerrier qu'à la bataille de Rocroy. Et c'est à la cour de Louis XIV, aux princes, aux généraux, aux grands bornâmes assemblés autour de la majesté de son

éloquence quMl disait: « Les histoires, messieurs, seront abolies avec les empires, et il ne se parlera plus de ces faits éclatants dont elles sont pleines, )> tandis que « ce sont ces choses simples : gouverner sa famille, édifier ses domestiques, faire justice et miséricorde, que Jésus-Christ louera au dernier jour devant ses anges et devant son Père Céleste î >^

Pour finir, je citerai encore Bossuet. L'éloquence de ce fier génie qui plane à jamais, comme planent les aigles, dans les plus sublimes hauteurs de la doctrine, devient particulièrement impressionnante lorsqu'elle sert à l'apologie des fonctions en apparence les plus humbles.

Donc Bossuet répétait un jour à Louis XIV, dans un sermon sur les devoirs des rois, ce beau mot de saint Augustin : « Sire, servez Dieu comme un roi, c'est-à-dire en faisant pour son Eglise ce que nul ne peut faire sinon les rois î t» Je ne trouve rien. Mesdames, à vous redire qui me paraisse plus juste, plus opportun et plus digne de vous : « Servez Dieu comme des mères, c'est-à-dire en faisant pour vos familles et pour le monde ce que nul ne peut faire, sinon les mères ! »

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