QUATRIEME CONFÉRENCE
Vendredi ii Mars igo4
La Femme de Bien
sji fe y^ijfe s^iffe sji 'frd -wrs 5^i|lp s^'p 3 jl T^ 5^ (?fe S|||3 sJJî) -im
Mf^ m^ft) cOi'rs 'S^1|/ri
La Femme de Bien
Lorsqu'une femme devient veuve, saint Paul supposant en elle la sagesse d''un cœur désabusé et l^élévation d^une àme agrandie par la résignation, lui conseille de ne pas se remarier et de consacrer au bien de Thumanité et de TEglise ce qui lui reste de force, de dévouement et d"'amour.
Lorsqu'une femme encore engagée dans les liens du mariage se trouve d'avoir le cœur plus vaste encore que ses devoirs, ou bien des ressources et des loisirs plus étendus que les exigences de son foyer, il accepte ses services pour la cause de Dieu, et loue son ardeur à soulager le
pauvre, à soutenir Tapôtre, à exhorter le faible, à convertir le pécheur.
C^est ainsi que peuvent se résumer des conseils sur lesquels il revient à plusieurs reprises et notamment dans les épîtres aux Corinthiens ' à Timothée ' et à Tite '.
C'est ainsi qu'à la fin de cette épître aux Romains, qui représente bien le plus solennel document théologique du christianisme, TApôtre a pu saluer dans une triomphale litanie ces femmes de bien qui méritèrent le nom de mères de PEglise par leur dévouement et leur vertu. « Je vous recommande, écrit-il, notre sœur Phébé, si dévouée à PEglise et qui a rendu des services à tant de chrétiens et à moi... Saluez Priscille et son mari Aquilas mes collaborateurs en Jésus-Christ, qui ont risqué leur tête pour me sauver la vie et auxquels rendent grâce toutes les églises de la gentilité... Saluez Marie qui a pris beaucoup de peine pour vous... Saluez Perside, la bien-aimée, qui a
' Cor., vil, 39, 40. ' Tit., 11,3, 4, 5.
^ I Tim.^ V, 9
beaucoup travaillé pour le Seigneur... Saluez Julie, Nérée et sa sœur et Olympe !... »
Cette femme dévouée comme Marie, vaillante comme Priscille,bien-aimée comme Perside, cette femme de bien, laissez-moi la saluer à mon tour, car elle vit encore. Elle s^est perpétuée à travers les dix-neuf siècles qui nous séparent de saint Paul. Elle a franchi toutes les vicissitudes de notre histoire, toujours fidèle à son idéal, toujours ardente dans sa foi, toujours infatigable dans son amour. Elle a passé, comme son Maître adoré, en faisant le bien à cette humanité agitée, mauvaise et malheureuse dont elle est à la fois Tange consolateur et le bon génie. Sans elle, Phomme ne serait sorti ni de la grossièreté de ses vices ni de la barbarie de ses mœurs. Sans elle, la France ne serait pas, n^aurait jamais été, le pays par excellence de la chevalerie c'est-à-dire du courage, de Thonneur et de la foi. Cette femme, je la salue, car je suis bien sûr qu^elle est ici, je la salue dans sa vertu qui survit à la démoralisation générale, je la salue dans sa générosité qui ne connaît pas plus de mesure ou de frontière que n^en connaissent les
infortunes de Thumanité. Je la salue dans la persévérance et rénergie de sa foi qui semble grandir à mesure que tout se rapetisse ou s'effondre autour de nous. Et parmi les effrayants symptômes qui nous font appréhender les suprêmes catastrophes, je la salue encore comme notre suprême espoir !
LA FEMME DE BIEN lOI
Mesdames, la femme de bien possède, dans son origine, une incomparable prérogative : elle est l''œuvre par excellence de Jésus-Christ. Jésus- Christ Ta créée. Remarquez bien ceci : il a élevé le niveau moral de la mère, il n'a pas créé Tamour maternel. 11 a vulgarisé la venu de Tépouse, mais réponse vertueuse existait avant lui. Il a jeté à pleines mains cette angélique semence «. qui tait germer les vierges », mais le paganisme connaissait la virginité. Par contre, il paraît évident que « la temme de bien », telle que le Christianisme la connaît, lui doit tout ce qui la caractérise. Regardez-la : elle est aussi vertueuse que « la femme forte « mais combien elle vous apparaît en même temps plus douce et plus tendre ! Elle sauve son peuple comme Judith ou le protège comme Esîher : mais au lieu de corrompre en tuant comme Judith, ou de tuer en corrompant comme Esiher, elle sauve ce qu'elle doit sauver, sans dommages pour la pureté et sans blessures pour Pamour.
En soulageant, chez ses frères, le corps meurtri par la douleur ou exténué par la misère, elle gagne leur cœur ; par le cœur, elle arrive à Tesprit. Et ayant ainsi conquis les esprits et les cœurs, elle règne sur la société. Elle règne plus efficacement et plus heureusement que les hommes même qui gouvernent. Je dirai plus : alors même que ces derniers s'acharnent à perdre le monde par de mauvaises lois, elle seule s'obstine à le sauver en lui conservant de bonnes mœurs !
L'antiquité a bien connu la temme aimante, mais la femme aimante fut presque toujours corrompue. Cette fleur de civilisation qui s'appelait Aspasie a laissé un nom également glorieux dans la politesse et Fabjection des mœurs. Celles qui furent fortes se montrèrent facilement inhumaines, et jusqu'à la sauvagerie; telles ces mères lacédémoniennes qui se réjouissaient en apprenant que leur enfant s'était fait tuera la guerre, et qui répondaient au porteur de la funèbre nouvelle: « Qu'importe, il en reste de plus vaillants que lui pour le remplacer. « La beauté spéciale de la femme chrétienne réside peut-être dans le mé-
lange de ces deux qualités opposées, la bonté et Ténergie. Notre héroïne, celle que nulle femme grecque ou romaine n'a surpassée, Jeanne d'Arc, avait horreur de voir couler le sang, même le sang ennemi. Quant à la femme qui se consacre au ministère de la bonté, nul n'ignore qu^avant de vouer ses forces au soulagement de la souffrance, elle voue d'une façon irrévocable son cœur à Dieu et son corps à la virginité.
Et puisque je lîi'occupe ici des origines de la femme de bien chrétienne, laissez-moi, Mesdames, revenir une fois de plus sur une donnée glorieuse de notre histoire, et que je crois vous avoir déjà signalée. Non-seulement la femme de bien a fait son entrée royale dans le monde par l'Evangile et dans l'Evangile même, mais on peut établir sur de suffisantes probabilités que ces femmes qui furent les premières amies du Christ et les premières propagatrices de sa charité étaient vos aïeules à vous, par le sang et par la nationalité. *
Les Gauloises et les Gaulois à la Passion de Jésus. Paris Haton.
Ces femmes qui se montrèreiii si lendres ei si vaillantes pendant la Passion du Christ étaient en grande majorité Gauloises de naissance ou d'esprit. Autour de (Claudia Procula qui appartenait très certainement à notre race, se groupèrent toutes les épouses d'officiers qui tormaient alors les cadres de Tarmée d'occupation Romaine à Jérusalem, et ces ofHciers étaient Gaulois. Dans ce milieu, dont faisaient partie Véronique et la femme du procureur Chusas, TEvangile nous laisse entendre que Marie-Madeleine brillait par sa pétulance et sa beauté. La \'ierge Marie ne pouvait qu'hêtre la bienvenue parmi ces généreuses femmes qui devaient prendre au jour terrible du Vendredi Saint la courageuse attitude que vous savez. Ainsi. Mesdames, il n'est pas étonnant que vous sovez aussi passionnées pour des (L'uvres de bienfaisance, de justice et de zèle, dont vous avez fait Tappretitissagc sur Fadorable humanité du Sauveur Jésus en personne. Ce premier persécuté que vous avez protégé, ce premier cœur brisé que vous avez consolé, ce premier corps meurtri que vous avez embaumé avec adoration
LA FEMME DE BIEN lo5
et déposé sur sa dernière couche avec tendresse, a dû laisser en vos âmes, en même temps qu'un souvenir profond de ces œuvres de bienfaisance, le besoin de les recommencer toujours î
Ah ! qui la fera, maintenant, cette merveilleuse histoire de la femme de bien dans le Christianisme î Quelle lumineuse apologie, quelle merveilleuse épopée sortirait de cette simple étude ! Car elle a pris dans rétablissement du Christianisme une part d'action et de gloire que nul ne peut lui contester. On la suit pas à pas, jouant un rôle décisif à chaque stade du progrès évangélique. Elle entre en scène dès la période apostolique. Elle forme TApôtre : Priscille, saluée par saint Paul, convertit Apollos, le magnifique orateur, le puissant conquérant d'âmes, qui suscite l'enthousiasme des croyants au point de devenir un émule de Paulluimême. Elle nourrit TApôtre : telles cette Praxède et cette Pudentienne dont on montre encore la maison si hospitalière et si chère à saint Pierre. Elle seconde TApôtre dans ses labeurs, le soutient dans ses besoins, et l'assiste jusque dans son martyre : telles ces femmes dont nous faisions la
glorieuse énumération au début de ce discours, telle cette Lucine qui recueillit les restes de saint Paul décapité et leur donna un lieu de repos sur la route d'Ostie.
A la période apostolique succède la période des grandes persécutions. Alors la femme de bien apparaît sur les arènes ensanglantées comme une vision supérieure d"'héroïsme et de dévouement. Non seulement alors les chrétiennes donnèrent leur sang ou coururent au supplice avec un enthousiasme que l'homme n'a pas égalé, mais elles furent toujours et partout les premières, les plus ardentes, les plus tendres à secourir, à consoler, à encourager ceux qui souffraient pour la foi. Il suffit de nommer les Agnès, les Cécile, les Félicité, les Suzanne, pour évoquer tout ce que la parole ou le geste héroïque peut avoir d'irrésistible, et rappeler combien de chrétiens improvisés donnèrent leur sang au Christ pour avoir été électrisés au simple contact de ces incomparables jeunes filles. Et quand les martvrs avaient expiré, quand la bête féroce s'en allait repue et le bourreau fatigué, quelque femme encore recueillait
dans le lin ou la pourpre le sang répandu, les débris glorieux, et contribuait à la création de ce culte d'idéal et de souvenirs qui a propagé jusqu'à nous la gloire des martyrs et qui s^appelle le culte de la Sainte Relique.
Avançons encore un peu. A la période du martyre succéda la période de conquête. A cet instant, Mesdames, la femme de bien devient positivement apôtre, et Tœuvre apostolique qu'elle accomplit paraît aussi considérable et aussi belle, historiquement parlant, que le fut celle des douze envoyés du Sauveur eux-mêmes. Rendons-nousen bien compte, en effet : la société humaine qui se partage en deux classes, l'aristocratie et la plèbe, a été conquise successivement par deux catégories également providentielles d'apôtres : les humbles pécheurs de Galilée qui convertirent le peuple, et les nobles femmes de FEmpire Romain qui convertirent le Pouvoir. Au siècle même de Constantin qui établit la Foi triomphante sur le trône impérial, saint Jérôme nous permet de faire la brillante énumération des femmes illustres qui se firent les dévouées collaboratrices des
obscurs ouvriers chargés de propager TEvangile et leur assurèrent la victoire. Laissez-moi encore vous citer le nom de quelques-unes de ces vaillantes chrétiennes en vous signalant simplement leur rang social : c^est votre propre gloire, Mesdames, que je proclame.
Marcelle, pour se donner à Jésus-Christ avait refusé en mariage un parent de Tempereur Constantin le Grand, Fonde du César Gallus.
Albine était sœur du Grand prêtre de Jupiter, grand'tante elle-même de cette enfant au sujet de laquelle le vieux Jérôme écrivait avec transport : « Qui aurait cru que la petite-fille du pontife Albinus, naîtrait d^un vœu fait au tombeau d^un martyr, que son aïeul sourirait un jour en l'entendant bégayer le cantique du Christ, et que ce vieillard nourrirait sur ses genoux une vierge au Seigneur ! »
Furia comptait parmi ses ancêtres Camille, le second fondateur de la puissance romaine après Romulus.
Paula nommait parmi ses aïeux, en remontant
le cours des siècles, Scipion, Paul-Emile,.... Agamemnon !!
Salvina était mère de Tempereur Théodose.
L'impératrice Hélène.... ne suffit-il pas, Mesdames de prononcer le nom de celle qui couronna les efforts de ses devancières en donnant au Christ Tempire du monde et à la Croix les adorations du monde civilisé !
Telle était, au centre du monde romain, l'attitude et Faction des femmes de bien selon le Christ. Aux extrémités de Pempire, à droite et à gauche, ses gloires n'étaient pas moindres. En attendant que la foi de Clotilde s'imposât aux peuples de Tavenir, sur les confins de TOccident, TArmoricaine Hebidia, de race druidique, représente en effet, regénéré par le baptême, ce type magnifique de puissance intellectuelle et morale que réalisa la femme gauloise ; et en Orient resplendit cette admirable mère à qui le monde chrétien doit Féloquence de saint Jean Chrysostome, cette délicieuse et héroïque Anthuse, à propos de laquelle le vieux rhéteur païen Libanius, s'écriait avec
transport : « Quelles merveilleuses femmes se trouvent parmi les chrétiens ! »
Oui, Mesdames, merveilleuses dans la virginité et la vie conjugale, merveilleuses sur les arènes rougies par le martyre ou dans les palais travaillés par rintrigue, merveilleuses dans le domaine public ou domestique, merveilleuses même quand elles n'avaient pas voué autheniiquement leur cœur au Christ ou versé réellement leur sang, c'est-à-dire quand elles n'hélaient rien autre que des « femmes de bien », épouses fidèles ou veuves désolées, au sujet desquelles Jérôme écrivait encore : « Tendez, tendez les bras à ces femmes vénérables, et associez-les, comme de saintes violettes, aux Ivs de la virginité et aux roses du martyre ! »
Et maintenant que des temps nouveaux sont venus, apportant des tristesses spéciales et des combats imprévus, ne pensez-vous pas. Mesdames, que Toccasion soit bonne de reprendre ce rôle de courage et de grandeur dans lequel se sont illustrées vos plus saintes aieules ?
Aujourd'hui, les hommes qui représentent l'or-
dre social par leurs doctrines et par leur rang, semblent avoir abdiqué leurs privilèges et déserté leur devoir. Je sais bien qu'une poignée de bons citoyens, de chrétiens héroïques et vaillants luttent encore avec désespoir contre Tenvahissement de Tesprit de mensonge, de corruption et de révolte. Mais la masse oublie lâchement que toutes nos traditions françaises sont en péril, que tout notre patrimoine chrétien est dévasté par Tennemi. La masse a laissé choir de ses mains indifférentes, dans la boue d'un matérialisme sensuel, ces armes spirituelles dont saint Paul nous montre le véritable soldat du Christ revêtu. Je me rappelle la déclaration énergique du président de Harlay lorsqu'il tomba entre les mains du duc de Guise, après la journée des Barricades : a C'est grand pitié pour la maison, lui dit-il, quand le valet chasse le maître. Pour moi, mon âme est à Dieu, mon cœur au roi, et mon corps entre les mains des méchants ! » S'il fallait mettre une parole analogue dans la bouche de nos cyniques et piètres contemporains, les termes en seraient bien changés. La vérité les obligerait à dire :
« Mon âme est à Targent, mon cœur est aux plaisirs, mon corps est à Tabri ! »
En vérité, Mesdames, je vous le déclare : rhomme est déchu. Il était chef parce qu'il était vaillant : il n'est plus vaillant î II était maître parce qu'il était fort : il n'est plus fort ! 11 était roi parce qu'il avait un idéal : il n'a plus d'idéal ! Il n'est donc plus ni chef, ni maitre, ni roi. Il n'est plus que misérable oppresseur ou vil esclave. Il a abdiqué. La place est libre. Je vous crie : Femmes ! Femmes chrétiennes ! Femmes de cœur! Femmes de bien, cette place prenez-là !!
Pourquoi nelaprendriez-vouspas?Ou pour être plus précis et plus juste, pourquoi ne prendriezvous pas, de cette place, tout ce qui peut légitimement vous en revenir ? Je regarde dans votre cœur et je vois que Dieu y alluma, comme la triple flamme d'un foyer toujours actif, l'ambition, l'inspiration, la générosité. La femme a été créée généreuse pour être mère, inspirée pour être l'ange gardien de son époux, ambitieuse pour être reine. Voilà trois forces qui vous jettent en avant, qui
VOUS poussent en haut, laissez-les faire et sauvez la société !
Vous dites : Comment sauverons-nous la société ? Comment prendrons-nous le sceptre qui gouverne, comment exercerons-nous Tinfluence qui régénère ? La question, Mesdames, vaut la peine d'être examinée, et, toujours avec la doctrine du grand apôtre, je vais essayer d'y répondre.
Etablissons tout d'abord que la Providence a mis deux puissances bien différentes à la disposition de rhomme qui entreprend d^exercer une influence sur ses semblables. Il peut parler et il peut agir. Il peut être Demosthène ou Alexandre, Cicéron ou César, Bossuet ou Vincent de Paul, Mirabeau ou Napoléon. Est-il condamné par la force des choses à choisir Tun ou l'autre de ces moyens, ou lui est-il loisible d'employer les deux à la fois ? Sauf, Mesdames, la très rare exception constituée par le génie, je crois qu'il faut choisir, et qu'on ne peut pas être en même temps un homme de parole et un homme d'action.
Cette incompatibilité repose sans doute sur des raisons profondes et variées. Est-ce parce que celui qui a dépensé son activité en paroles n'a plus de force en réserve pour Faction ? Est-ce parce que la mentalité de l'homme parleur est d'une autre sorte que la mentalité constitutive de rhomme d^action ? Est-ce encore parce que
rhomme d'action n'est tel que par le prestige qu'il exerce ou le crédit qu'on lui accorde, alors que le trop parler discrédite et trahit les faiblesses cachées ? Je n'ai pas le temps de l'examiner. Mais vous ne pouvez ignorer. Mesdames, que la plupart des hommes d'action furent des taciturnes, et que la plupart des hommes de parole n'ont laissé derrière eux que de vains échos qui vont s'affaiblissantdans l'étendue et la durée. Je conviens, je professe, que la parole est utile, qu'une parole peut être un trésor de sagesse, un chef-d'œuvre d'à-propos, voire même un acte et un acte héroïque. Je constate cependant que les plus grandes choses se font en silence. L'habile diplomate enveloppe de réserve et de mystère les pensées qui changeront la face du monde. L'artiste sublime poursuit dans la muette solitude le rêve d'où sortira le miracle de ses doigts. Le général redoutable prépare pendant les heures paisibles de la nuit la journée où s'affirmera son triomphe parmi le fracas des batailles. On disait du trop célèbre général de Moltke : a II se tait en sept langues. » Il y a un instant dans l'Evangile où l'Esprit-Saint
I l6 LA FEMME SELON SAINT PAUL
nous avoriii que Jésus se taisait : Jésus autem taccbat. Or, vous lo savez, à cet instant, Jésus dans sa Passion dominait Tautorité de TEmpire, donnait le plius mat;niHque exemple de force que la terre ail connu, et sauvait riuimanité.
A la même heure Pierre parlait... et le coq chanta !... Donc. Mesdames, il tant choisir.
De fait, je vois bien que. déjà, d'autres que vous ont choisi.
Nous savons quel lapai^e menait naguère cette catégorie de femmes féministes révolutionnaires, athées, et surtout écervelées — allures hardies, bas-bleus, verbe criard, doigts tachés d'encre, congrès, salles de rédaction, journaux, conférences, licence, (pas toujours celle des facultés!) — dont Barbev d'Aurevilly s'est institué le Juvénal. « Malheur à nous ! s'écrie ce puissant pamphlétaire, elles écrivent et ne cessent point pour cela de parler! » Elles font pire encore : parler peut être inie fonction agréable à ceux qui entendent, et honnête de la part de ceux qui parlent. Celleslà sont désagréables et déshonnéies. Elles crient, grincent, blasphèment et prêchent l'immoralité.
I,A l'hlMMI'. I)l' IIII'IN
Kilos iiicoiniiKxK'iii cl loiil le mal. Je iTd'.c le ilirc, mais je i^ciisc à cU-s iiiscclcs i|ui saiiirni cl aux l)ck's (|iii ii-iidciit les bois (iaii^crciix. I Iciirt-iisciiiciit 011 les cioiilc à peu près aiilaiil (|ii\'ll("S mciilciil (TcU'i- ccoiilcc'S. cl ou les siiil .1 (h-ii pics comme on suivrait la j>csU'. Nous 1 01 k lions mcmc, scmlilc-l-il, au terme de ce ehaiivari léminin. Le journal, parmi clic,'., a dc'-jà lait laillitc, cl la con- Icrenee n\)sc jdus allionlci le déscTl !
Saint Paul ne coiniaissait cvidcmmcnt pas cet clat de choses, l/cpidémii- n'avait p.is encore éclaté. Mais il iini ci-oire (pu; ce faraud ami cl admiialcui (\r la Icminc en avait piévu le ridn nie
' r,c)»('n(l;iiil iiDc r-iiiiiic ;i ciuorc en riiilr('|'i(lil<' de p.'irlcr ;iii (iongrcs dit de l,i I il)r(; iVtiscc, (|(it s'est Icnii ;'i Korjjc en ce moi» (le Se|)l'-iiil)ic i<)()/\. Voui vi\ (\\\t'.\', ternies un jonrii.ilisle rend complc de son disioiirs : (( l,;i (iloyenne Bel;i S;irr.'ij<,'i pronr)n(,;i un disrf)iirs si véhémotd personne
n';i pli rx|»li(pier sur (pioi ■ (pir les villes lr(inl)l;ii<Mil e( que les p;iî»sîinls, au dciiors, cnirenl (pie l;i Révolution coinmcn(,ail. Il n'en élail rien. I,a liloyetnie Mêla S;irr;iK''i disait siniplenienl (pic '/ la femiiie libre-pensense sera la merr des rcvolnlions !.., y (ioininc elle ('cariait ses bras et (anil»r,iil If torse, on espéra (|u'elle allait danser. Mais elle se rassit, épuisée, laissant I;i p.irole ii d'.iiitres »
et le danger, quand il a écrit d'une main absolue et rapide ces trois mots : In ecclesiis taceant ! Que les femmes se taisent en public ! '
Multipliez les œuvres, la bonne action, dit-il ailleurs, donnez en toute occasion de bons conseils,' mais de grâce ne criez pas et ne faites pas de discours : In ecclesiis taceant !
Peut-être, à défaut d'esprit prophétique, sVst-il souvenu qu'au commencement du monde, les deux premières femmes qui élevèrent la voix dans la solennité des Ecritures parlèrent, Tune, Eve, pour détourner Thomme de son devoir, Pautre, Sara, pour mentir à -la face de Dieu. Que s'il a laissé à TAncien Testament ce qui est à l'Ancien Testament, il a pu voir dès FEvangile, les deux femmes les plus idéales, Tune par la sainteté, Tautre par le repentir, atteindre dans le silence les points culminants de leur destinée. J^ai nommé la Vierge Marie et Madeleine la repentie. Permettez-moi de citer une troisième fois cette Priscille qu'il salue dans l'épître aux Romains, cette
• I Cor., XIV, ^4. * Tit., ii, 4, 5.
I iq
Priscîlle qui n'a pas donné de sermons aux premiers chrétiens, mais qui a converti Apollos, le patron, après saint Paul, des grands orateurs apostoliques. Nous comprendrons, en présence de tels exemples, qu'il ait dit aux femmes : « Efforcezvous d'avoir des allures respectables, de n'être ni médisantes, ni intempérantes, de bien instruire ceux qui sont à votre portée, d'enseigner la sagesse aux plus jeunes....* Sovez encore Tange de douceur et de lumière qui, par ses vertus, ses exemples et sa tendresse ramène son époux, à Dieu !....' Mais dans les assemblées publiques et encore plus dans les assemblées saintes, taisezvous, je vous en supplie, taisez vous !! Taceant!... Je ne permets pas à la femme de se faire prédicateur ou conférencière : Docere mulieri non permitto. ' J'estime inconvenant qu'une femme prenne la parole en assemblée publique : Turpe est enim mulieri loqiii in ecclesia. '" »
Il n'est pas douteux que par des prohibitions aussi formelles l'Apôtre a visé plus d'un bien.
* Tit., II, 4.
* I Cor., vii^ 14.
' I Tim., II, 12.
* I Cor., XIV, 35,
Dans le domaine sacré, il a voulu d'abord mettre FEglise à Tabri des verbiages bruyants et vides, et Tempêcher de ressembler, ici ou là, à cette religion de mi-carême quj prêche l'Armée du Salut. Dans le domaine purement social, il a voulu sauvegarder la dignité de la femme en l'éloignant de ces assemblées où des femmes montent sur les tréteaux, gesticulent, pérorent, se querellent, en un tapage de volière en désordre. Dans le domaine moral, enfin, et nous en arrivons au point culminant de ce discours, il a voulu assurer l'efficacité de leur action.
Car, en vérité. Mesdames, s^il v a toujours eu du bien à faire pour vous, il v en a plus aujourd'hui que jamais. Il y a trop de désastres et de scandales dans le présent, trop de menaces dans l'avenir pour qu'il vous soit possible de vous en désintéresser et de gaspiller en vains discours et en futilités, ce que la Providence vous a donné de ressources, de force et de générosité.
Il fut un temps où c'était un éloge charmant, une sorte de madrigal posthume, que cette épitaphe d'une danseuse : « Saltavit, placuit, obiit...
Elle a dansé, intéressé, passé ! », et Ton pouvait sourire de Timage qui peint de la sorte un être gracieux dont la vie fut une pirouette de la naissance à la mort. Aujourd'hui on ne saurait sourire de la légèreté d'une femme, encore moins de la légèreté d'une chrétienne. On ne danse pas sur un champ de bataille, on ne rit point parmi les décombres et les ruines amoncelées, on ne perd point son temps en verbiages quand il y a un incendie à éteindre ou une catastrophe à prévenir. Telle est votre situation à vous qui devez combler les vides causés par la défection des hommes déserteurs de leur devoir social. Il vous faut lutter à la place des fuvards, il vous faut conquérir à la place des lâches. Pour certaines luttes qui sont des luttes suprêmes, pour certaines conquêtes qui demandent des etforts désespérés, à nous Fintervention de la puissance féminine !
Ne voyez-vous pas que la cause de la justice et de la vérité est refoulée partout, compromise en tout et vouée à un écrasement prochain ?
Ne voyez-vous pas que les derniers champions demeurés debout — tous les soldats de Dieu, prê-
très, moines, chrétiens militants — sont écrasés, je ne dis pas sous les coups des ennemis de Dieu, (ce ne sont pas les ennemis de Dieu qui nous écrasent ou nous écraseront jamais !) mais sous le poids de la honteuse indifférence des foules baptisées, sous le poids de la maudite apathie des masses paralysées par la peur !
Ne voyez-vous pas encore qu'il s'agit beaucoup moins de courir sus à Tennemi et de lui porter des coups absolument inutiles, que de remettre les fuyards sur la voie, et de rendre un peu de courage aux lâches ?
Ne vovez-vous pas qu'il n'esi pas question de prononcer des paroles incendiaires ni de déchaîner sur un champ de bataille déjà trop encombré, quelques énergumènes de plus, mais bien de verser dans les âmes un peu de cet idéal, et dans les cœurs un peu de cet amour, qui seuls peuvent les orienter vers le bien ?
Or, à qui un tel rôle vous semble-t-il plus particulièrement dévolu qu'aux femmes dont Tatîection nécessaire et la diplomatie naturelle ont tant de prise sur le cœur et l'esprit de l'autre moitié
du genre humain ? Allez, allez, Mesdames, on aura beau vous cribler d'épigrammes, on continuera tout de même à tenir compte de vos volontés, de vos désirs, et même, hélas ! de vos caprices. « Nous disons des femmes tout ce que nous voulons, avouait un homme d'esprit, mais les femmes font de nous tout ce qu'elles veulent. » Les femmes sont destinées à réussir souvent où les hommes ont été insuffisants et ont échoué. Et c^est un hommage très juste que Diderot a rendu à votre habileté naturelle, quand il dit des femmes : a Où il y a un mur d'airain pour nous, il n'y a, la plupart du temps, qu'une toile d'araignée pour elles ! »
Il ne m'appartient guère et je n'ai pas le temps. Mesdames, de vous tracer un programme d'action. Beaucoup d'entre vous, d'ailleurs, qui sont déjà à l'œuvre prouvent qu'elles connaissent tous les secrets de la stratégie qui conduirait la cause de Dieu au triomphe si elles étaient suivies. Je me contenterai d'une indication qui découle immédiatement des conseils donnés par l'Apôtre. Je vous dirai : pour que votre autorité ait toute
sa force, pour que vos conseils aient chance d^étre écoutés, commencez par vous mettre vousmême en valeur. Une femme possède, socialement parlant, une triple valeur. Une valeur que j'appellerai passionnelle et dont il ne saurait être question ici, d'autant plus que son influence est le plus souvent regrettable ou fatale. Une valeur pécuniaire qu'il n'y a pas lieu de mettre au premier rang des préoccupations d"un esprit vraiment chrétien. Enfin une valeur morale. A cellelà vous ne sauriez attacher trop d'importance. Plus vous serez pures, bonnes, discrètes, dévouées, éclairées, plus vous serez estimées, écoutées, puissantes pour le bien. On peut dire vraiment que si les hommes dominent par la force de l'esprit ou de la matière, les femmes régnent par la force du cœur, et cette force n'est pas autre chose que la vertu !
En attendant que nos générations soient revenues de cette inqualifiable aberration qui donne la direction de nos destinées aux catégoiies les plus grossières et les plus ignorantes de la société, en attendant, par conséquent, que les
impulsions morales et politiques soient rendues aux âmes affinées par Téducation, aux intelligences éclairées par le savoir, aux esprits vraiment épris de vérité, de beauté et de bonté, j^ai comme un vague espoir, Mesdames, que la femme du peuple contribuera à sauver des mains égarées et furieuses du peuple les débris de notre patrimoine chrétien. Il v a tant de bonnes mères, d'honnêtes épouses, de braves et robustes ménagères dans cette masse qui court en ce moment à sa propre perte dans la destruction de tout, que le moment n'est peut-être pas loin où elles se jetteront, comme autrefois les romaines, devant Parmée de mort pour arrêter sa marche et la rejeter en arrière !
Quoiqu'il en soit. Mesdames, ne refusez pas à Dieu le concours de vos volontés. Soyez, dans toute la force du terme, soyez femmes de bien. Le bien public ne saurait se passer de vous. Le bien public ne peut prospérer que par vous. Il existe encore à Pompéï une charmante fresque représentant un quadrige — char très lourd — qu'un papillon entraîne avec la rapidité d'une
flèche. Si vous trouvez que le char de Thumanité s'embourbe de plus en plus dans rimmoraliié, le mensonge et la misère, si vous constatez que toutes les forces appelées au secours de notre vieille Eglise de France et de notre antique foi de chrétiens, sont impuissantes à le remettre en route, venez vous aussi ; si fragiles que soient vos ailes, consacrez-en Peffort à la cause de Dieu, et le char reprendra son chemin î