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DEUXIEME CONFERENCE

Vendre ai 6 Mars i go^

Puissance de la femme

PAR LA Vertu

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Puissance de la FeiMme

PAR LA Vertu

Mesdames,

De ce qu'il est échu ici-bas à la femme un rôle de sacrifice, il ne résulte aucunement que ce soit un rôle sacrifié.

De ce qu'elle incarne le dévouement dans la vie, on ne saurait conclure qu^elle est une esclave.

Il faut même conclure tout le contraire, puisque dans notre monde de misères, de faiblesses et de besoins, les plus nécessaires et les plus honorés sont précisément ceux qui rendent le plus de services.

Tel fut à peu près le thème de notr. dernière conférence.

Mais il est ici-bas un autre élément qui domine le monde par Faction qu'il exerce, non moins que par le respect qu'il impose.

Cest la force.

Et si la force brutale est celle dont on a pu dire tout d'abord qu'elle prime la raison et qu'elle écrase le droit, il n'en demeure pas moins vrai qu'elle n'est point du tout la première des lois sous lesquelles se courbe l'humanité.

La force brutale est en effet régie elle-même par deux autres énergies plus hautes qu'elles. Je veux dire : la passion et la vertu.

L'antiquité a compris cette suprématie de la passion et de la vertu sur la force matérielle. Elle personnifie la force matérielle en un héros célèbre. A ce héros elle a donné des muscles, parce que le muscle est le premier instrument de l'énergie brutale. Elle Ta revêtu d'une peau de lion, parce que le lion symbolise la force qui prend son élan, bondit et règne. Elle a mis dans

ses mains une massue, parce que la force brutale une fois déchaînée écrase tout dans les faibles sur qui elle s^abat. Mais Tantiquité ne s^en est pas tenue là. Elle a mis encore, à la droite et à la gauche du formidable lutteur, deux faibles femmes qui se disputent ses hésitations, et entre lesquelles Hercule — car vous Pavez reconnu — prend Tattitude indécise d^un enfant qui ne sait ni pour qui il va combattre, ni contre qui il va se tourner !

L^antiquité, Mesdames, était dans le vrai.

Si la massue d^Hercule frappe dans le monde les coups les plus retentissants, ce n^est pas elle qui conduit le monde, puisqu'elle ne se conduit pas elle-même.

Elle est conduite et dominée toujours soit par la force de la passion, soit par la force de la vertu.

C'est-à-dire qu'elle est conduite et dominée, le plus ordinairement et le plus souverainement, par rêtre fragile en qui Dieu semble avoir mis davantage les deux beautés : celle qui enivre les sens et celle qui force le respect, le charme physique et la supériorité morale.

Je passe sur le charme physique dont il ne me convient pas de vous entretenir.

A propos de la supériorité morale, je me hâte de formuler et d'établir les deux propositions suivantes :

D'abord vous êtes très visiblement organisées pour la vertu et pour une vertu éminente.

Ensuite, cette vertu — avec ou sans beauté, mais bien plus que la beauté — vous assure icibas les plus désirables victoires.

Qu'est-ce que la vertu ?

Je définirai la vertu un état intermédiaire entre la misère morale et la perfection consommée.

La vertu n'est pas la misère morale, puisqu'elle est précisément une réaction contre la misère morale. Elle n'est pas non plus la perfection consommée, puisque la perfection consommée est une perfection sans effort.

La vertu est donc Tetfort d'un être moralement faible vers un idéal supérieur.

Ainsi nous ne saurions dire, en ce sens, que Dieu est vertueux, puisque Dieu n'a aucun effort à accomplir pour atteindre à la perfection. Nous refuserons encore la qualité de vertueux à Thomme qui, étant faible ou corrompu, ne fait aucun effort pour s'élever au-dessus de sa faiblesse ou de sa corruption.

Il en résulte immédiatement cette conséquence digne d'être retenue :

Parmi des êtres qui. doivent atteindre le même

niveau de moralité, le plus vertueux est celui qui était le plus faible au point de départ. Et si, avec cette faiblesse initiale, non content d'atteindre un niveau de perfection morale ordinaire, il s'élève de beaucoup au-dessus, il ne suffira pas de dire qu'il est le plus vertueux, il faudra reconnaître en lui le sublime de la moralité.

Mesdames, remerciez Dieu ! Il vous a faites pour cette sublimité-là.

Examinons la question en détail.

Si-nous envisageons cette faiblesse considérée comme le point i-nitial de la vertu, qui, ditesmoi, dupremierabord, paraîtplus débile que vous?

J'entends parler de tous côtés de votre fragilité. Je la vois peinte dans vos traits plus délicats et dans votre constitution plus frêle. Ceux qui ont pu faire davantage l'expérience des mouvements de votre cœur, en ont enregistré les variations. Un roi écrit avec un diamant aux feux changeants, sur la fragilité du verre, la fameuse devise : « Femme varie, fol qui s\' fie ! » La législation consacre, à tort ou à raison, cette

opinion universelle touchant la faiblesse féminine, en imposant à la femme la condition et la servitude d^une protégée, d'une perpétuelle mineure. La littérature vous appelle : « le sexe faible », expression qui demeure consacrée. L'antiquité poétique vous avait déjà définies par un vers célèbre : « Une âme débile dans un corps frêle.'» L'homme, semble-t-il, vous veut, encore plus qu'il ne vous aime, ainsi. Il plait au « sexe fort » de vous reconnaître sans défense, ne fût-ce que pour avoir la joie et Phonneur de vous protéger. L'Eglise, cette grande famille, la famille, cette petite église, ne vous ont jamais assez entourées de sollicitude, jamais défendues de suffisantes précautions, comme on ferait pour une fleur délicate, pour un bibelot fragile, pour un tissu léger, qu'un souffle suffit à flétrir, à briser, à enlever.

Je voudrais bien. Mesdames, qualifier d'exagération cette série de sentiments à votre égard. Mais je parle ici au nom de la Vérité éternelle, et je ne puis oublier qu'elle a écrit dans les saints Ut corpus ieneris sic mens infirma puellis.

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livres ce mot, plus cruel que tous les autres : « La vertu des femmes fuit comme Teau.* « et que, avant à louer le merveilleux mérite que tant de faiblesse prépare, TEsprit Saint indique l'universalité de cette faiblesse dans une interrogation que vous connaissez et qui ressemble à un défi : « Mulieremfoj'tem quis inveniet ? La femme forte, qui la trouvera? »

Vous le voyez, la chose est avérée : Vous êtes faibles !

Examinons maintenant tout ce que Dieu, la société et la nature attendent de cette fragilité. Quand nous aurons mesuré l'extraordinaire distance qui sépare votre infirmité initiale des magnifiques sommets à atteindre, nous aurons la mesure de l'extraordinaire vertu pour laquelle vous êtes établies en ce monde.

Faisons, avant tout, le compte des perfections morales que le monde lui-même n'exige que de vous.

On requiert d'abord de vous, la chasteté. Cette

' Eccli,, XXV, 34.

vertu que Tantiquité estimait impossible, puisqu'il la regardait avec raison comme divine, que le christianisme déclare si au-dessus des forces ordinaires de l'humanité qu'il n'hésite point à en assimiler parfois le mérite au mérite du martyre, — ridée est de S. Augustin — le monde honnête l'attend de vous, le monde honnête vous l'impose comme une obligation à laquelle il ne vous est pas loisible de vous dérober. L honneur qui nous est si cher, l'honneur que nous mettons au-dessus de notre existence, est, pour vous, à ce prix. L'atmosphère morale que TEvangile a dégagée parmi nous est cause, je le sais, de cette sévérité du monde à votre égard. Il n'en est pas moins vrai qu'aux veux d'à peu près n'importe quel homme dont l'estime a quelque valeur, vous serez chastes ou vous serez déshonorées. Vous serez chastes ou vous sentirez peser sur vous un discrédit que vous ne sauriez supporter sans rougir. Lucrèce, aux temps héroïques de Rome, s'était suicidée pour une catastrophe involontaire. Si corrompus que soient les temps où nous vivons, et encore que l'on ne se suicide guère pour un

semblable motif, une chute avérée n'est pas moins suivie d'humiliations et d'amertumes parfois pires que la mort, tandis que l'honneur suprême sera toujours dévolu à la famille dont on pourra dire ce mot connu : « Tous les hommes en sont vaillants, toutes les femmes en sont chastes î »

On exige, naturellement, de vous une fidélité absolue. Une femme d'esprit a pu résumer en toute exactitude l'état d'àme social à l'égard de la fille d'Eve et de son compagnon de chaîne, par ce mot : ce La faute de la femme est un stigmate, celle de l'homme un chevron. « Je dois reconnaître que si le Nouveau Testament fait peser d'un poids égal le joug de la fidélité sur les épaules de l'époux et de l'épouse, l'Ancien Testament que Dieu dicta aussi bien que le Nouveau, semble juger avec une sévérité plus grande l'infidélité féminine. Quant aux hommes, ils n'ont aucune mesure dans l'iniquité de leurs évaluations sur ce point. Un mari tue sa femme parce qu'elle a été fragile. Et, cet assassin, une assemblée d'hommes

réunis pour rendre la justice, sous le couvert de la loi, Tabsout. Jusqu'à ce jour, Fidéal de fidélité dont on vous sait capable, puisqu'on l'attend de vous et qu'on l'obtient le plus souvent, paraît si naturel et si élémentaire, que Jésus-Christ seul a pu faire tomber, des mains de l'homme, les pierres destinées à écraser l'épouse infidèle !

On attend encore de vous, vous les êtres qualifiés volages par nature, la plus inébranlable assiduité au devoir. La femme n'est que ce qu'elle doit être, dans la plus commune des con ditions, je veux dire : bonne épouse, bonne mère, bonne maîtresse de maison, quand elle accomplit à chaque instant de la journée, et encore chaque jour de Tannée, et cela durant toutes les années de sa vie, ces fonctions obscures dont nul ne parle, et qui répondent à son rôle le plus banal. Quand elle a fait cela sans lassitude, sans murmure, avec constance et dévouement, elle est simplement, aux yeux de tous, une bonne femme qui n'a pas d'histoire. 11 semble donc qu'elle soit demeurée dans la limite ordinaire de

Tetfort humain. Or, il en va si peu ainsi, Taccomplissement parfait et sans défaillance du devoir quotidien représente chez la femme une telle élévation dans la vertu, une telle somme de mérites, que le Saint-Esprit, dans le fameux chapitre de la « Femme forte », n'a pas hésité à lui donner une gloire égale à celle des rois, des prophètes et des martyrs. Telle est donc la grandeur de la vertu féminine : dans la plus obscure des conditions, elle atteint déjà des sommets auxquels le reste de Fhumanité n'arrive que par d'exceptionnels efforts et, si je puis m'exprimer ainsi, par des bonds essentiellement intermittents et rares, précisément parce qu'ils sont héroïques et sublimes. L'héroïsme ! Le sublime ! Et qui donc, parmi vous, Mesdames, par le seul fait de son rôle familial, ne peut pas être appelée à être héroïque demain, sublime tout à l'heure? Que votre époux ou votre enfant soit en péril, qu'il faille à tout prix sauver l'un ou l'autre, qu'il soit nécessaire de tout braver, de tout oser, de tout souffrir, pour remédier à une situation extrême, on verra bien ce que vous ferez ! Et. quand vous l'aurez

fait, on verra bien si vous ne pensez pas n'avoir accompli que votre strict devoir !

Il est donc bien vrai que les plus extraordinaires manifestations de la force morale s'imposent, ou peuvent à chaque instant s'imposer à votre faiblesse, et que votre faiblesse est capable de répondre comme naturellement à l'appel des plus sublimes devoirs.

Et s'il en est ainsi dans les conjonctures les plus quotidiennes de la vie, que verrons-nous quand des circonstances exceptionnelles vous inviteront à vous élever encore plus haut ? Car il n'est pas douteux que Dieu vous a plus spécialement douées de la faculté d'enthousiasme. Cet élan supérieur, cette impulsion venue, semble-t-il, de plus haut que la nature, ce frémissement de l'âme et des nerfs que les anciens saluaient de ce cri : « Voilà Dieu ! Voilà Dieu ! » fait irruption sur vous, s'agite en vous, avec une force spéciale. Il en résulte ceci : c'est que, tout le long des annales humaines, quand l'homme, celui qui est fort, s'est trouvé au-dessous des puissances

adverses, quand il a dû désespérer, abandonner une lutte trop écrasante pour lui, jeter des armes devenues à la fois trop faibles et trop lourdes, la femme, Têtre débile mais sacré, a surgi. Et quMl s'agît de patriotisme, de morale, de salut ou de religion — je veux dire que la famille, ou Thumanité, ou la patrie, ou la foi fût en danger — on a vu les femmes intervenir comme interviennent les forces mystiques et supérieures. Il serait bien facile, vous le savez, d'établir la tradition ininterrompue des femmes héroïques qui se sont passé, de génération en génération, le glaive de Débora ou Torifiar.^me de Jeanne d'Arc !

Ainsi, Mesdames, vous ne pouvez pas échapper à cette loi de votre sexe : la vertu est dans votre destinée. Il n'est pas un degré de vertu, si haut soit-il, qui ne soit dans votre vocation. Nous avons vu, au commencement du monde, comment rhomme, de la sainteté, est tombé dans la fange. La femme est prédestinée à nous montrer comment, de la fange, on remonte à la lumière. A son cœur de chair. Dieu dit : tu seras bronze! A

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son cœur d^argile, Dieu dit : tu seras cristal ! Et par cet effort qui t'élève au-dessus de toi-même, femme, tu t'élèveras au-dessus de tout. Que l'homme continue de se flatter d'être le privilégié de l'intelligence et du génie, lu seras, toi, au milieu des hommes, une vivante incarnation de la vertu. Et la vertu a, sur le génie, cette prééminence^ que le génie est un don tombé du ciel, une flamme qui s'allume pour ainsi dire d'elle-même, tandis que la vertu est un trésor qui ne s'acquiert qu'au prix de longs héroïsmes, un patrimoine qui a coûté à quiconque le possède, la sueur de son front et le sang de son âme !

Et maintenant, puisque la beauté et la vertu ont chacune son prestige, un prestige également souverain devant lequel la force virile s'incline fatalement, je vous demanderai :

Comment voulez-vous régner?

Par la passion ou par le respect ?

Serez-vous Dalila, Cléopàtre, Phryné — ou bien Monique, Blanche, Elisabeth ?

D'abord, s^il pouvait y avoir dans vos consciences de femmes chrétiennes la plus légère hésitation, si je pouvais admettre cette hypothèse, monstrueuse ici, qu'il vous fallût choisir, si j'avais par conséquent un semblable conseil à vous donner, je vous dirais : Prenez garde î

Ici-bas, en vertu d'une loi à peu près invariable, dans l'ordre physique autant que dans Tordre moral, les chemins fleuris mènent aux abîmes, et l'on n'atteint les sommets heureux, ou

purs, OU glorieux, que par les chemins ardus. Ad augusta per angiista ! dit un poète.

Aucun chemin de fleurs ne conduit à la gloire !

En dépit de tous les cas exceptionnels que Fhistoire a pu enregistrer, ou que les épisodes fugitifs de la vie font passer sous nos yeux, il demeure vrai, d'une façon générale, que le triomphe passionnel de la femme aboutit à sa dégradation et à son malheur. Le ruisseau, Thôpital, la morgue, la cour d'assises, et même le Mont-depiété, recueillent chaque jour tout ce qui reste des plus somptueuses insolences du vice, et terminent, dans rifonie ou là stupeur, le triomphe retentissant, creux et court, des femmes qui se trompent encore plus cruellement qu'elles ne trompent leurs victimes. L'homme, à la fin, se venge toujours, par des mépris sans nom, de la tyrannie qu'on lui a fait subir. Dieu, à son tour, exerce, contre les violations de sa loi et les scandales donnés, de terribles représailles — sans doute pour ouvrir une voie à ses éternelles miséricordes.

Nul n'ignore, du moins dans son ensemble, la scène biblique de la mort de Jézabel. Peut-être, Mesdames, ne la connaissez-vous que par les célèbres vers de Racine — vers dont le rvthme trop harmonieux semble affaiblir les traits heurtés et la sauvage grandeur de Pévénement luimême. Car la scène, telle que les Livres Saints la racontent, est d'un symbolisme et d'une horreur dont aucune production tragique n'a surpassé la puissance. On pourrait intituler cette histoire : « Comment finit la beauté déshonorée par le vice ».

« Le bruit s'était répandu dans Jezraël que le terrible Jéhu était proche. Jézabel peignit ses yeux avec du noir, releva la fraîcheur de son visage avec du fard, frisa ses cheveux, orna sa tête et se mit à la fenêtre.

Jéhu arrivait.

Il leva la tête et. demanda : Quelle est cette femme ?

Deux ou trois eunuques se penchèrent à son oreille.

Alors Ji^.ni dit : Précipitez-la en bas !

Et ils la précipitèrent, et la muraille fut éclaboussée de son sang, et les pieds des chevaux la foulèrent.

Et lorsque Jéhu fut entré pour boire et manger, il dit: Allez et voyez cette maudite, et ensevelissez-la, parce qu^elle est fille de roi.

Et ceux qui vinrent pour Fensevelir, ne trouvèrent que le crâne, les pieds et l'extrémité des . mains.

Ils vinrent en informer Jéhu.

Et Jéhu dit : « Cest la parole du Seigneur : dans la campagne de Jezraël les chiens se repaîtront de la chair de Jézabel. Et Jézabel sera comme un fumier sur la face de la terre,' dans la campagne de Jezraël. Et tous ceux qui passeront diront : Est-ce là cette Jézabel? »

Beautés profanes ! femmes corruptrices ! misérables ouvrières de luxure, ravageuses de consciences qui spéculez sur la ruine et Tincendie des cœurs, écoutez la parole du Seigneur et comprenez-en rimplacable symbolisme ! « Dans la campagne de Jezraël, les chiens se repaîtront de la chair de Jézabel, et la chair de Jézabel sera

comme un fumier, sur la face de la terre. Et tous ceux qui passeront diront : Est-ce là cette Jézabel ! »

Cela, Mesdames, veut-il dire que Dieu qui a fait la beauté ne Tait créée que pour le mal, et que le Christianisme qui l'honore dans les plus pures de ses saintes, la poursuive de systématiques anathèmes ?

Croire cela serait aller au rebours de la vérité. Bien plus, la vertu elle-même peut assigner un rôle à la beauté dans les conquêtes pour Dieu.

Il y a dans Thistoire de Dieu sur terre et au principe même du Christianisme, un Etre qui fut à la fois la Beauté et la Sainteté dans Tamour. Il fut la Beauté. L'Ancien Testament plus attentif que le Nouveau aux formes visibles, lui a prodigué, dans ses prophéties, les plus ardentes louanges. Il rappelle : le plus beau des enfants des hommes. Il définit sa personne, sa mission et ses triomphes par sa beauté : Specie tua et pulchritudine tua, intende, prospère procède et régna ! Ecoutez la traduction de chacun de ces mots :

Specie, c^est la beauté apparente, la grâce des traits extérieurs. Pulchritudine , c'est la beauté substantielle et profonde d'une âme que Dieu habite en personne. Intende, c'est la mission du Christ, son intention de descendre sur terre pour nous sauver en provoquant notre amour. Prospère procède, c'est sa marche ici-bas, avec les ivresses qu'il semait pour ainsi dire sur ses pas, dans l'admiration délirante d'une humanité qui n'avait encore rien vu, ni entendu de semblable. Régna, c'est son triomphe : son triomphe commencé pendant sa vie mortelle, poursuivi par son Eglise, et que l'Eternité consommera.

Et tout cela s'accomplit par la double beauté, celle du dehors et celle du dedans : Specie tua et pulchritudine tua ! C'est sa beauté qui séduisait les cœurs. La grâce de ses lèvres : Diffusa est gratia ih labiis tuis\ (pardonnez-moi de vous parler latin : il faut que vous soyez bien persuadées que je vous récite les saintes écritures) la douceur de son regard : Pulchriores sunt oculi ejus vino ^ ; l'harmonie de sa chevelure : Cincinni

* Ps. xLiv, 3. " Gen., xlix, 12.

mei\.. Une fois attiré par le charme visible, on subissait Tautre charme : celui de Tâme. Vous aviez cru simplement reposer votre regard sur le plus doux des visages ; mais tandis que le visage retenait votre attention pour la fête de vos veux, son Cœur prenait votre cœur, et votre cœur pris par ^on Cœur se trouvait d'être pris par un Dieu !

Sans doute, Mesdames, nous ne comparerons point les clartés douteuses de la nuit à la splendeur du jour. Mais nous savons que la loi de l'amour est unique, et unique aussi la voie de Tâme humaine qui s'élève des choses visibles aux choses invisibles.

Le Saint-Esprit a dit : Une femme vertueuse ajoute le charme à la grâce : Gratia super gratiam mulier sancta et pudorata -.

Et oui, Mesdames, que vous sovez fiancées charmantes, épouses chéries, mères adorées, douces amies aux cheveux blancs, femmes enfin, ceux qui vous aiment honnêtement, subissent Tétat de votre âme autour de laquelle ils gravitent.

' Cant., V, 2. ' Eccli., xxvi. 10,

Eli VOUS aimant, ils ne peuvent pas ne pas aimer ce que vous êtes. Si vous êtes sages, si vous êtes pures, si vous êtes nobles, ils ne peuvent pas ne pas être élevés, fortifiés, sauvés par vos vertus. Ils peuvent vous adresser, à peu près, les paroles que notre grand tragique fait dire par Cornélie à César :

Ah Ciel ! que de vertus vous me faites chérir !

Il y a mieux. Vous direz peut-être : Comment réagir avec nos infériorités et nos faiblesses contre Torgueil viril qui s^obstine à nous traiter comme des enfants, et devenir des autorités ou des guides auprès de ceux qui, s'ils ne nous aimaient pas, ne nous regarderaient qu'avec dédain, ironie ou pitié? Mais c'est précisément, Mesdames, cette sotte conviction de Thomme qui grandira votre influence de toute la force de l'inattendu et de la surprise. Qu'est-ce que l'inattendu ? Qu'est-ce que la surprise ? Sinon le merveilleux, et parfois le sublime ? Il leur faudra donc, à ces forts qui ne comptent pas leurs faiblesses, à ces sages que leurs passions poussent à d'invrai-

semblables bévues, à ces vaillants qui deviennent douillets et lâches aussitôt qu'ils ne sont plus en scène, que la fanfare se tait et que le panache est replié, il leur faudra reconnaître en vous Taccomplissement de ce prodige chrétien qui fait, suivant le mot de S. Paul, a de la faiblesse même la perfection de la vertu '. «

Lorsqu'une supériorité morale est reconnue, il est bien difficile d'échapper à son influence. Et c'est parce que la vertu des saintes chrétiennes et des héx"oiries s'est affirmée dans la débilité de leur sexe, que les saintes et les héroïnes sont placées au-dessus de tout dans le respect et les acclamations de rhumanité.

Il se peut, Mesdames, que vous subissiez l'ascendant de la pensée et de la raison viriles. Vous avez une bien autre influence par la conscience et par le cœur. Vous, vous pouvez résister tant qu'il vous plaira à la corruption de l'esprit de rhomme ; lui, ne peut pas ne pas se dégrader ou ne pas s'ennoblir au contact de votre ccuur.

' 1! Cor., XII, Q.

PAR LA VERTU Çi'J

C'est une vérité banale à force d'être historique, qu'un peuple vaut ce que valent se.s mœurs et que ses mœurs valent ce que valent ses femmes. Chose admirable, et qui révèle bien aux yeux de l'observateur la véritable source des vertus publiques : plus la société a des instincts nobles et des sentiments purs^ plus les femmes sont honorées dans son sein. Plus les individus sont dignes de respect, plus ils ont de respect pour la femme. On a pu dire que les hommes se comportent avec les femmes comme avec Leur conscience. Il semble que ce soit là autant d'hommages rendus par la vertu à celles qui sont les premières et les plus puissantes inspiratrices de la vertu. Ce n'est pas le pays de Clotilde et de Jeanne d'Arc, ce n'est pas le peuple qui s'honore de former « le royaume de Marie » qui pourront infliger un démenti à une vérité de fait aussi ancienne et aussi vaste que le monde.

On disait un jour à la femme de Léonidas : « Vous êtes les seules, vous les Lacédémoniennes, qui ayiez une aussi grande autorité sur les hommes. » Elle répondit : « Nous sommes aussi les seules à en faire ! »

Voilà, SOUS une forme énergique, la vérité de tous les temps, de tous les pavs, pays en tête desquels il convient de nommer la France,... je dis la France chevaleresque et chrétienne.

Si nous pouvions voir hs forces cachées qui gouvernent le monde, le perdent ou le sauvent, comme nous vovons les phénomènes que ces forces engendrent, vous seriez. Mesdames, à la fois effrayées et enthousiasmées de ce que pèsent, sur les destinées de tous, vos vertus morales et chrétiennes. Si toutes les chrétiennes voulaient être des saintes, le monde serait sauvé, tout comme la France verrait la fin de ses épreuves, si toutes les Françaises étaient chrétiennes. J'ai toujours admiré le svmbolisme de ce charmant épisode historique, tel qu'il est raconté par notre vieux Montaigne. Conrad III ayant pris la ville de Weinsberg en i 140, « quelques viles et lâches satisfactions qu'on lui offrît, » il permit seulement aux « gentilsfemmes » de sortir, l'honneur sauf, à pied, avec tout ce qu'elles pourraient porter sur leurs épaules. Que firent ces « gentilsfemmes ? » Elles chargèrent sur leurs épaules leurs maris,

PAR LA VERTU 6q

leurs enfants, le duc lui-même. Et Thistoire ajoute que l'empereur « à voir la gentillesse de leur courai'e » pleura « d^aise » et fit grâce à tout le monde !

Je n'ai pas besoin de vous dire comment vous aussi vous pouvez entreprendre de tout sauver sur vos épaules.

La grâce de Dieu étant la première à gouverner les consciences, après la grâce de Dieu, les consciences reçoivent de vous leurs principales impulsions, parce que les cœurs sont en vos mains. Enfant, dis-moi ce qu*'est la vertu de ta mère, je te dirai ce qu^il y a dans ton avenir ! Jeune homme, dis-moi ce qu'est la vertu de celle que ton cœur a cherchée, je te dirai ce qu'il y a dans, ton âme ! Vieillard, dis-moi ce qu'est la vertu des filles qui entourent et consolent tes cheveux blancs, je te dirai ce que sei i ta mort !

Et vous, Mesdames, dites-moi ce qu'il y a dans vos âmes, ce que vous êtes, ce que vous voulez être dans la famille, dans la société, dans la patrie, et nous serons bien près de savoir ce que Dieu enten.1 faire de nous demain !

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