TROISIEME CONFÉRENCE
/^ Mars igo3
Puissance de la Femme
PAR LE Conseil
mmMmmmmmmmm
PAR LE Conseil
Mesdames,
En thèse générale, on peut dire que les mœurs font les peuple's et que ks femmes font les mœurs.
Au point de vue individuel, la vie d'un humain vaut à peu près ce que valent les femmes qui entourèrent son berceau, sa jeunesse, sa maturité et sa mort.
De fait, soyez une jeune fille sainte et pure, il faudra bien, pour arriver normalement à votre cœur, être épris d'honneur et de pureté. Soyez une épouse chrétienne, fidèle et forte, il faudra bien que Tâme de cet homme qui vit à moitié de votre vie, s'élève, s'affine, et passe peu à peu, des ivres-
ses sensibles de la nature, aux joies plus profondes et plus sereines de la vertu. Enfin, soyez mères selon ridéal évangélique, soyez jusque sous les cheveux blancs, jusque sur votre couche funèbre, comme une vision de sagesse et de bonté dans la foi, et nulle éloquence sacrée ne parlera mieux que votre présence et votre souvenir à la conscience de vos enfants.
Telle est, mesdames, sur l'homme, Tinfluence de la vertu féminine dont nous nous sommes entretenus l'autre jour.
Mais s'il importe beaucoup plus d'agir que de parler, d'être vertueux que d'être persuasif, il n'en demeure pas moins vrai que la parole étant la manifestation la plus immédiate de Tâme, elle est aussi le moyen le plus naturel pour une âme d'exercer son influence sur une autre âme.
C'est ainsi que le Sauveur voulant relever l'humanité commeuv^a, il est vrai, par bien faire, mais ne négligea point de parler : Cœpit jacere et docere. * Et voilà pourquoi, vous aussi, qui
' Act.,l, ..
avez autour de vous des âmes à sauver, vous ne vous contenterez pas d'être vertueuses. Vous ambitionnerez d'être persuasives ; c'est-à-dire que, à rinfluence par la vertu, vous tenterez d'ajouter votre influence par le conseil.
j6 PUISSANCE DE LA FEMME
Vous est-il possible de ne pas exercer votre influence par le conseil ?
Dans cette délibération constante qui met rhomme aux prises avec lui-même, et dont vous êtes au moins spectatrice quand vous n'en êtes pas confidente, pouvez-vous vous taire ? Pouvezvous vous contenir? Je ne le crois ^uère — et vous non plus, n'est-ce pas ?
Il est possible à une femme d'aimer assez peu les siens ou encore d'avoir assez peu de convictions personnelles pour se désintéresser de ce qui se passe dans leurs consciences. Cependant elle ne peut pas ne pas être ce qu'elle est, c'est-à-dire malfaisante quand elle n'est pas bienfaisante, fatale quand elle n'est pas salutaire. Mesdames, vous ne pouvez pas être neutres : ou bien vous interviendrez dans ce conflit qui met aux prises le bien et le mal, vous serez les auxiliatrices de cette âme qui vous est ouverte, vous exercerez en vue de ses éternelles destinées le rôle de Tanche de bon
conseil — ou bien votre indifférence ajoutera son poids au poids de cette lâcheté qui succombe, vous armerez par votre seule présence les passions de cet homme contre sa propre conscience, et vous ferez son cœur complice — et quel complice ! — des conspirations de la chair contre Tesprit !
Avant et en dehors de cette merveilleuse histoire d'héroïsme et de bonté que vous avez su vous faire, par la grâce de Jésus-Christ, vous avez une autre histoire et elle confirme terriblement ce que j'avance en ce moment. Autant vous êtes heureuses et bonnes dans le Christianisme, autant, en dehors de lui, quand vous n'étiez ni heureuses ni bonnes, vous avez été malheureuses et mauvaises : neutres et inactives jamais !
Vous comprenez bien que si j'ai des choses désagréables à vous dire, je n'aurai pas l'imprudence de les tirer de mon propre fonds, niTinjustice de les demander à des philosophes bourrus ou à des poètes satiriques. Je les demanderai à Dieu lui-même, c'est-à-dire aux histoires qu'il a
racontées par la plume de ses écrivains inspirés. Et voici ce que je constate — excusez-moi. Mesdames, je ne fais que le constater.
En dehors de la grâce de Jésus-Christ, l'homme a commis tous les forfaits — mais la femme les a tous conseillés. Vous n'étiez ni assez libres ni assez fortes pour exécuter le mal, vous fûtes toujours assez actives et assez influentes pour le suggérer.
Vous vous appeliez Eve, et vous avez conseillé la révolte contre Dieu ; vous vous appeliez Sara et vous avez conseillé Tinhumanité contre la mère et Tenfant ; vous vous appeliez Rébecca et vous avez conseillé la ruse, le mensonge et le vol à Jacob ; vous vous êtes jouées de la confiance de Putiphar, et vous avez conseillé l'oppression du faible et de Tinnocent, vous avez fait emprisonner Joseph ; vous avez conseillé Tapostasie, et entraîné dans ridolâtrie la sagesse de Salomon lui-même ; et comme pour marquer par un plus violent contraste à quel point le Christ a embelli votre âme et amélioré votre cœur, au cœur même de TEvangile, nous voyons une abominable créature pro-
faner son autorité de mère et son prestige de femme, exploiter la dépravation précoce d'une enfant qu'elle fit à son image, et les lâches hésitations d'un roitelet féroce et corrompu, pour obtenir l'assassinat d'un prophète, et faire à TEvangile, avec la tête coupée de Jean-Baptiste, une des plus honteuses taches de sang dont rhistoire puisse être souillée !
Voilà ce qu'il en fut quand vous n'étiez pas les généreuses ouvrières de la vérité et du bien que vous êtes devenues par la grâce de l'Evangile. Par contre, et en attendant que je vous montre plus en détail la somme de bien incommensurable que votre parole a provoquée, il semble qu'une autre femme ait failli tout racheter d'un seul coup, et mettre, dans un seul conseil, la compensation de tous les forfaits persuadés. L'Evangile n'a pas dit le nom de cette femme, — je vous dirai tout à l'heure pourquoi — mais il a gravé son souvenir en un épisode immortel.
A l'heure où le Sauveur des hommes allait porter le poids de la condamnation d'Adam, à l'heure où il allait être chassé comme Ismaël le
tut de la tente d'Abraham, sacrifié comme le fut Esaû par Rébecca, au bonheur de ses frères coupables, livré, comme le fut Samson par Dalila, à ses plus mortels ennemis, enfermé au tombeau comme le fut Joseph dans la prison de Putiphar, à rheure où il allait clore la série des prophètes dont la terre avait bu le sang, depuis Isaie jusqu'à Jean-Baptiste décapité par la volonté d'Hérodiade, à Pheure enfin où la ruse, le mensonge. Pavarice, la cruauté, la corruption, Pimpiété, en un mot, tout ce que la femme antique avait suggéré à Phomme coupable, se trouvait coalisé contre Phomme innocent, un conseil de femme arriva jusqu'à Pilate. Cette femme disait : 4 Pilate, mon époux, je t'en conjure : la pensée de ce juste persécuté me fait horriblement souffrir. Ce que j'ai vu aujourd'hui me torture. Pilate ! qu'il n'v ait rien entre ce juste et toi ! «
Pilate, vous le savez, fut plus méchant et plus lâche encore que sa femme n'était bonne et courageuse. Il n'écouta Pémouvante prière qu'à demi. Mais il n'en demeure pas moins vrai que le seul bon conseil qui fut donné dans la Passion est
venu d^une femme ; que, devant Texplosion de la haine des hommes et le déchaînement des puissances de Tenfer, une seule voix courageuse et honnête s'est fait entendre : la voix d'une femme ; qu'au moment où l'indiscrète loquacité des apôtres se taisait dans la peur ; où la vaillance sincère de Pierre se tournait en lâcheté, une femme a parlé ! Chose sublime ! Elle fut seule à parler. Chose plus sublime encore ! Elle parlait comme toutes les femmes eussent parlé à sa place. Le Saint-Esprit n'a pas voulu dire son nom, précisément parce que toutes les femmes sont dans son courage, dans sa franchise, dans sa bonté. Car j'en atteste vos consciences et Témotion que vous manifestez — il n'en est pas une ici qui, dans son for intérieur, ne l'applaudisse avec passion, et ne se dise en ce moment : « Si j'avais été là, j'en eusse fait autant et peut-être bien davantage ! »
Quand on rapproche, dans les Ecritures, les jugements divers que l'Esprit Saint a formulés sur la femme, on est tout d'abord étonné de leur caractère en apparence contradictoire et presque
toujours excessif, en apparence également. Dieu, Mesdames, et c'est votre honneur, ne parle jamais de votre vie, de votre rôle, de votre influence, en termes indifférents. On peut tirer des saints livres les jugements les plus sévères et les mots les plus amers que la femme ait entendus, fût-ce de la part de Caton ou de Juvénal. On v trouve aussi les plus magnifiques apologies.
Ecoutez quelques textes, au hasard de la mémoire : « Omnis malitia nequitia mulieris': tous les fléaux se retrouvent dans la malfaisance des femmes. — Millier neqiiam, qui tenet illam quasi qui apprehendit scorpionem ' : \'otre femme est perverse^ Autant vaudrait fermer la main sur un scorpion ! — Favus distillans... nitidius oleo guttiir : novissima autem illius amara quasi absintliium et acuta quasi gladius biceps': \'ous la trouverez douce comme le miel, onctueuse comme Thuile ; elle vous sera, à la fin, amère comme Tabsinthe, aigûe comme un glaive à deux tranchants î — Commorari leoni et draconi pla-
* Eccli., XXV, 17. ' Prov., v, 4.
' Eccli., XXVI, 10.
cebit quam habitare cum muliere nequam * ; Il vaut mieux demeurer avec un lion et un dragon, qu^habiter avec une femme inique. — Brevis omnis malitia super ynalitiam rnulieris'' : toute malice est courte auprès de la malice dMne femme! — Millier es apostatai^e faciunt sapientes, et arguent sensatos^ : Pour faire apostasier un saint et pour confondre un sage, une femme suffit. — F ortissimi quique interfecti sunt ab ea*: les plus forts ont été ses victimes. — Ignis est usque ad perditionem devorans et omnia eradicans genimina* : Comme le feu, elle ne laisse après elle que la ruine et la mort. — Putredo in ossibus viri muîier quœ confusione res dignas gerit^ : Une femme indigne est une pourriture dans les os de son mari ! »
Vous ne m'en voudrez probablement pas, Mesdames, d'interrompre cette série de citations que je pourrais prolonger longtemps encore. Gardez-vous cependant de crier à l'injustice ou •
' Eccli., XXV, 17. " Prov., vu, 26.
' Eccli., XXV, 26, * Job, xxxi^ 12,
' Eccli., XIX, 2. * Prov., xii, 4.
de vous plaindre du Saint-Esprit. La sévérité de ses invectives trouve son contre-poids dans la magnificence de ses éloges. C^est lui, en eîîet, qui représente la 1 :mme vertueuse et de bon conseil comme le plus précieux des trésors : un trésor dont on chercherait en vain l'équivalent jusqu^aux extrémités de la terre'. « Heureux, s'écrie-t-il, répoux d^une femme bonne!... Celui qui Ta rencontrée, goûtera une joie semblable à celle des élus : liauriet jiicunditatem a Domino''... Elle est la récompense de ceux que Dieu bénit : dabitiir viro pro factis bonis'... datinn Dei est'. Elle apporte avec elle grâce sur grâce". Le cœur de son époux peut avoir confiance en elle \ Elle est comme un flambeau sacré, et le rayonnement de son visage éclaire une existence longue et paisible : Lucerna splendens super candelabrum sanctum. et species faciei super œtatem stabilem\ « Enfin toutes ces merveilles s'expliquent par ce fait
' Prov., XXXI, 10. ' Eccli., xxvi^ 17.
- Eccli., XXVI. I. " Eccli., xxvi, 19.
* Prov., xviii, 22. ' Prov., xxxi, 11.
' Eccli.. XXVI, ^. ' Ec:ii , xxvi, 22.
qu'elle a « ouvert sa bouche pour rendre des oracles de sagesse et de charité ' », c'est-à-dire pour donner de bons et sages conseils !
Vraiment quand on est libre de choisir son rôle et qu'on est maître de son action, en face d'alternatives aussi graves, il me semble difficile d'hésiter. Et ce serait une folie, en même temps qu'une cruauté sans égale, que d'abdiquer ou de consacrer à la vanité ou au mal, le rôle de conseillères intimes qui vous est dévolu et par la Providence, et par la nature, et par la bienveillance de ceux qui vivent, les uns sous votre charme, les autres sous votre autorité.
' Prov,. XXXI. 26.
Conseiller, entraîner à son avis, gagner à ses sentiments et à ses convictions, est une nécessité de nature, chez un être comme vous aimant et aimé, communicatif, agissant, et, par surcroît, en mesure de parler à Toreille. Parler à Toreille, n'est-ce pas gagner le cœur par le chemin le plus court, et Tesprit par le chemin le plus sûr^
J^ajoute : Pourriez-vous vous dispenser de ne pas exercer votre influence de conseillères, vous ne le voudriez pas et pour deux causes. Ces deux causes, le cœur et la raison les sentent et les apprécient ensemble ; je veux dire le double amour qui lie à tout jamais vos cœurs de chrétiennes aux êtres qui vous sont chers et au Christ qui vous les a donnés.
Parlons d'abord de ceux qui vous sont chers.
Avant tout, il nVst pas impossible de démontrer que vous pouvez avoir en vous-même cette supériorité morale qui justifie le rôle de conseiller.
Je laisse de côté ce sens spécial du bien, cette instinctive sagesse que plus d'un philosophe féministe vous attribue, et que nos pères, les Gaulois, regardaient comme un don divin que vous auriez directement reçu du ciel. M. de Bonald, homme fort grave en ses doctrines, a cru pouvoir affirmer ceci : « Les femmes ont reçu en sentiment leur portion de raison. C'est ce qui fait qu'elles savent sans les avoir apprises tant de choses que nous apprenons sans les savoir, et ce qui leur donne un sens naturellement plus droit quoique moins raisonné, un goût plus sûr quoique plus prompt, un esprit et des manières moins étudiés, et par cela même plus aimables. )) M. de Bonald a sans doute raison. Mais ayant à suseiter votre bonne volonté dans un ordre d'idées absolument chrétien, peut-être serait-il périlleux de donner ainsi, à cette bonne volonté, un point d'appui qui, justifié nourrirait votre vanité, injustifié n'aurait que la con-sistance et la valeur d'une basse flatterie. Je vous exalterai à vos propres yeux en un sens plus chrétien. Je vous dirai : Femmes, vous avez plus que les hommes qui
VOUS sont chers, le sens des choses invisibles : vous avez ce sens parfois jusqu'à la superstition. Vous croyez plus vivement qu'eux à l'influence mystérieuse de la morale sur le bonheur de la vie présente. Vous êtes surtout plus vivement convaincues et saisies des redoutables réalités de la vie future !
Et cela suffit pour vous autoriser et vous inspirer dans votre rôle de conseillères plus et mieux que toutes les Egérie et les Velléda de l'antiquité !
Ces hommes, pères, époux, frères, fils, la lutte pour la vie matérielle et la s®if des plaisirs sensibl :. généralement les dévorent. Ils agissent plus que vous, ils pensent et rêvent moins. Un tourbillon fatal qui les saisit dès l'adolescence, les emporte de l'ambition au labeur, du labeur au plaisir, du plaisir à la lassitude, ju^u'à ce que \ viennent d'elles-mêmes la décrépitude et la mort.
Sovons justes. La plupart travaillent surtout. Et le souci de votre sécurité ou de votre bienêtre, le désir de vous voir hgurer avec honneur dans le monde, entrent pour une moitié au moins dans ce labeur. Ils travaillent, et leur travail est
aussi une lutte contre ceux qui, non moins laborieux, leur disputent le fruit de leurs efforts. Ainsi ils font des affaires qui les absorbent, ils livrent des combats qui les endurcissent. Ils deviennent plus matériels, plus distraits des choses éternelles, souvent plus mauvais, précisément parce que leur labeur est rude, obstiné.
Vous, votre existence est faite le plus souvent > de loisirs et d^angoisses, c'est-à-dire que votre vie se passe à penser et à prier, pour peu que vous sovez chrétiennes et saines. Grâce encore à cette faculté d^intuition, source d'inspiration que vous reconnaissent si volontiers les psychologues, vous avez donc la possibilité de voir mieux ce que parfois ces hommes voient si peu et si mal, et dans le présent, et dans l'avenir.
Vous comprenez, vous qui n'êtes pas absorbées par les âpretés de la lutte matérielle, l'importance des principes chrétiens et de la vie morale. Vous sentez la vérité de ces affirmations qui remettent les choses terrestres à leur place, même dans le présent : ^
Il vaut mieux dans une existence, un peu plus dUionneur que beaucoup plus d^argent.
Il y a plus de beauté à vivre sans peur et sans reproche qu'à compter ses jours par des succès.
Il y a plus de joie à posséder une meilleure conscience qu''à fournirune plus brillante carrière.
Une vie sincèrement chrétienne réserve plus de consolations pour les heures d'infortune auxquelles nul ne sa\urait échapper, que les flatteries intéressées de ceux qui mentent à Thomme heureux en attendant de le trahir et de Taccabler quand il ne le sera plus.
Pour Tavenir, vous vovez mieux aussi au-delà des tombes. La foi est plus inquiète dans votre cœur parce que Taffection y survivra à la moFt de ceux que vous aimez. C'est vous, si vous portez leur deuil, qui vous demanderez avec le plus d'angoisse : Ubi posueriint eum*l Où est son âme ?
Et alors sachant ceci, et sentant cela, comment vous résigneriez-vous à ne rien dire?
Quand même vous auriez épousé Pilate, si
* Joan., XX, 13.
VOUS pressentez que rinfidélité ou la prévarication de Pilate va le marquer pour les justices futures ; si vous savez que sa vieillesse se courbera sans honneur sous le fardeau d^un passé sans courage, en attendant les représailles de la justice éternelle, comment Texhortation, le conseil, ne brûleraient-ils pas votre cœur et vos lèvres, comment pourrez-vous contenir Pun et Tautre, sans que vos entrailles en soient déchirées ?
C'est parce que S. Paul savait qu'une femme chrétienne ne peut pas se taire — et que d'autre part elle a trop d'empire pour qu'on soit sourd à sa parole — qu'il disait comme une prophétie dont l'accomplissement est certain : Sanctificatiis est vir injïdelis per mulierem Jïdelem'. Mettez ensemble l'infidélité d'un homme et la fidélité d'une femme, c'est la sainteté de la femme qui prévaudra !
Au-dessus de vos affections terrestres, il y a Tamour suprême, la charité, « cette charité du * 1 Cor., VII, 14.
Christ qui nous pousse' « dit S. Paul, et qui doit pousser vos cœurs de femme avec une véhémence plus grande.
Pourquoi cela ?
Parce que si vous avez la place honorable que vous occupez dans le monde civilisé, si enfants vous êtes traitées avec plus de tendresse, et mères avec plus de vénération, si un code de chevalerie dont nul ne s''affranchit sans devenir méprisable, a fait, de votre faiblesse même, un titre à notre respect, si vous êtes dans le monde chrétien comme de petites reines que la grâce couronne et que rhonnêteté courtise, c'est au Sauveur Jésus que vous le devez, et c'est à lui seul qu^il faut en paver la dette.
Votre histoire devant le Christ est résumée par un miracle évangélique, ignoré peut-être de la plupart d^entre-vous, et dont vous entendrez certainement le récit avec joie:
« Il y avait une femme qu'une inhrmiié tenait
depuis dix-huit ans. Elle était courbée vers la
/ * 11 Cor. , \ , 1^.
terre et il lui était impossible de regarder en haut.
a Jésus l'avant aperçue, Tappela à lui et lui dit: Femme, je t'affranchis de ton infirmité.
« Et il lui imposa les mains, et tout aussitôt elle se trouva relevée, debout, et elle rendait gloire à Dieu ! ' »
Quelle admirable façon de raconter, en un geste, toute Phistoire de la femme ici-bas, et de mettre en lumière le contraste de sa double condition avant et après le passage du Christ Sauveur !
Cette femme qu'une fatalité brutale retient courbée vers le sol depuis tant d'années, à qui le tyran qui l'oppresse interdit tout regard, toute aspiration vers les horizons supérieurs, qui est plongée dans cette déshonorante servitude par Satan, comme le dira un peu plus loin le Maître^ par Satan, c'est-à-dire par l'orgueil qui l'opprime, Tavarice qui l'exploite, la luxure qui la dégrade, la crainte de la voir se relever qui l'abrutit, la sen-
' Luc, xiii^ 10-13.
' tÂlligavit eain satanas, Id., Ibid., 16.
sualité et la fainéantise qui Técrasent de travaux et de soins, cette temme qui est-elle? Qui est-elle sinon la femme de l'antiquité dont nous avons déjà retracé la douloureuse histoire ?
Elle est tombée si bas, ses désirs d'affranchissement sont si définitivement refoulés, elle est tellement « courbée », qu'elle ne songe même pas à demander sa guérison, sa libération. Ce n'est pas elle qui a vu passer le Christ, c'est le Christ qui l'a regardée. Ce n'est pas elle qui a appelé le Rédempteur, c'est le Rédempteur qui l'a appelée. Ce n'est pas elle qui a dit à Jésus : Libère-moi ! C'est Jésus qui lui a dit : Je t'affranchis ! Dimissa es ab infirmitate tua !
Et le miracle ne s'est pas fait attendre. Tout aussitôt, confestim, elle s'est relevée. Dès l'Evangile, la femme touchée au front par le Christ a levé la tête, a rayonné, a loué Dieu, a circulé triomphante et bonne, rendue à sa vocation d'activé générosité et d'inTatigable dévouement. Dès FEvangile, celle qui n'était qu'infirmité, timidité, misère, s'est révélée -telle qu'elle devait être désormais : mère, fille, épouse, amie, servante hé-
PAR LE CONSEIL qS
roique de tout ce qui appelait ou sollicitait une charité et des sacrifices inconnus jusqu'à ce jour au monde î
Mais son cœur vibrant de reconnaissance a surtout été pressé de rendre gloire à Dieu et de travailler pour lui. Confestim glorijicabat Deum!
Ainsi, Mesdames, par le Christ vous êtes devenues les premières dans Thumanité, partout où rhumanité a besoin de dévouement et d'amour.
Vous êtes les premières au foyer. L'homm.e ne s'empare plus de son épouse comme on s'empare d^une bête sauvage, il ne l'achète plus comme on achète une bête de somme. Il sollicite sa main et son cœur comme on sollicite une grâce, comme on implore un bienfait. Une fois la prière exaucée, « il laisse son père et sa mère — je cite l'Evangile — et il s'attache à son épouse ' ».
Jusqu'au jour où Tenfant devenu homme n'appartient plus au foyer qui le vit naître et grandir, c'est vous qu'il regarde, c'est vous qui êtes sa
* Matt,, XIX, 5.
qb PUISSANCE DE LA FEMME
Providence et son idéal, puisque vous êtes sa mère.
La civilisation chrétienne, c^est-à-dire la politesse et les mœurs chrétiennes, vous donne la préséance partout. Grâce à elle, Thomme qui est, à votre é^ard sans attentions, sans prévenances, sans -espect, est, par le fait même, un homme disqualifié.
Toujours sous l'impulsion chevaleresque de l'Evangile, le moyen-âge, malgré la barbarie ambiante, vous a fait présider ses cours d'amour et ses tournoiS', vous a confié le soin de distribuer la gloire, vous a faites, si je puis m'exprimer de la sorte, les idoles de ce culte qui a nom : courtoisie.
Le dix-septième et le dix-huitième siècles vous ont livré le gouvernement de la société elle-même, par les salons dont ils vous constituèrent les reines.
Enfin, toujours par Teffet croissant d'un courant qui peut changer d'aspect mais non désavouer sa source, voilà que le vingtième siècle ne peut plus vous refuser, dans ses codes, ce que
VOUS n'aviez pas encore pu obtenir de législations aussi vieilles que le monde !
Voilà ce que le Christ a fait pour vous, quand votre misère sociale avait tant besoin de lui.
Maintenant que, par Lui, vous êtes devenues une force de premier ordre, il semble que sa cause ait, à son tour, besoin de votre intervention.
Qu'allez-vous faire?
Faut-il le dire ? Me pardonnera-t-on de Tavoir confessé ? Dans la conquête des âmes vous pouvez, et parfois vous devez prendre le pas même sur le sacerdoce ! Est-ce que, le Christ étant aux portes de la cité, ce n'est pas la Samaritaine qui introduisit le Christianisme en Samarie ? Est-ce que cette femme ne fit pas accueillir, honorer et sans doute adorer le Sauveur, dans un milieu où, de lui-même, il eût été reçu avec des injures et des pierres ? Estce que les annales de TEglise ne s'embellissent pas de vos constantes interventions ? Est-ce que votre ardent et pieux dévouement n'a pas été, toujours et partout, l'ordinaire précurseur du ministère apostolique ? Est-ce que. cent fois, dans
Thistoire du ciel sur la terre, lors de ses plus merveilleuses visites, la grâce de Dieu n'a pas eu pour avant-courrière parmi les homm3s la grâce d'une femme ?
Allez, Mesdames, nous tous, pasteurs, prédicants ou docteurs, qui servons professionnellement la cause de Dieu, nous ne nous faisons pas d'illusions sur les causes principales de nos victoires ou de nos insuccès dans le monde. Nous savons, sans doute, que la grâce divine, ce charme venu d'en haut, est la première à séduire les âmes. Mais cette puissance souveraine et première étant reconnue, partout où nos efforts rencontrent un terrain hostile ou favorable, des volontés malveillantes ou bien disposées, des âmes en un mot ouvertes ou fermées, nous constatons le plus souvent qu'une femme bonne ou mauvaise a passé là, avant nous. On aurait repoussé ses injonctions, on a subi l'influence de ses conseils. On aurait dédaigné ses conseils, on n'a pu repousser sa prière. On aurait méconnu son désir, on ne s'est pas résigné à contrister son cœur. En toute
hypothèse, il lui a suffi de savoir parler à propos. Si bien que nous, en présence de résultats dont nous n^avons plus qu^à subir la tristesse ou à partager la joie, nous savons à qui nous en prendre, nous savons qui nous devons maudire ou bénir au nom de Dieu !