‹ Conférences de La MadeleineChapitre 5 sur 14 · IS., LVII, 10, 1 I · texte numérisé non relu

IS., LVII, 10, 1 I

front qui s'incline, les yeux qui pleurent n"ont qu'à se tourner vers la miséricorde pour Témouvoir. Il suffit qu^Esther dise : « Seigneur mon Dieu, notre seul roi, viens, aide-moi ! Car je suis délaissée et nul autre que toi ne peut me porter secours. »' Dieu mettra aux pieds d'Estherle plus puissant des rois. « Dieu, dit l'Ecriture, écoute la supplication des blessés de la vie. Il ne méprise pas la prière de Torphelin, ni les gémissements que la veuve vient répandre à ses pieds. » Il ne laisse pas couler en vain les larmes des yeux qui se tournent vers lui. Les larmes sont encore plus au rei;.ird de Dieu qu'à celui des hommes, la force de c.4ui qui n'est plus fort, la beauté de celle qui n'est plus belle, l'éloquence de ceux qui n'ont plus rien à dire. La pitié de Dieu vient aux larmes comme la douceur de l'aurore à la rosée qui alourdit les fleurs.

Or, la femme n'est-elle pas celle qui pleure !

Elle pleure parce qu'elle :st à la fois moins forte, plus éprouvée, et qu'elle possède à des pro-

' Esth,, xiv, 3.

fondeurs plus sacrées une source plus abondante de larmes.

Mais/ il peut y avoir mieux que des larmes, Mesdames, dans vos prières, puisqu'il peut y avoir aussi plus d'amour et plus de foi.

Cet amour et cette foi ont ému le Christ tout le long de TEvangile, ont obtenu de lui ses plus touchants miracles, Font fait d'une façon continue le pourvoyeur de toutes les misères qui Tont imploré, ont été vraiment une forme de la toute-puissance divine passée aux mains de Thumanité.

Or, Tamour et la foi sont bien les deux sentiments religieux qui prennent davantage votre nature, qui soulèvent votre âme, et aux heures vraiment critiques peuvent faire bondir votre cœur jusqu'à Dieu.

Il est une circonstance sinon la plus fréquente du moins la plus poignante et qui vous jette, vous mères, dans les transes les plus aiguës, les plus mornes douleurs, et aussi les plus ardentes prières : je veux dire la maladie, Tagonie et la

mort de vos petits enfants. Si affligeant que semble le départ éternel de ces anges, savez-vous une des raisons pour lesquelles TEglise ne pleure pas, pour lesquelles même elle ne craint pas de chanter des hymnes de joie sur leur cercueil ': C'est qu^elle est trois fois sûre que leur mort est une naissance à la joie sans mélange, et le commencement du triomphe éternel. Elle en est sûre d'abord, évidemment, parce qu'elle sait que Dieu ne crée pas pour détruire et parce qu^elle croit à la vertu du baptême. Mais elle pense autre chose encore. Elle se dit : Alors que ces enfants agonisaient, alors que Dieu pouvait d^un signe les rendre à la vie ou les livrer à la mort, il a vu leur mère !

Il a vu la poitrine soulevée de sanglots, il a vu le visage pâli et les yeux qui pleuraient. Il a connu la douleur qui déchirait une seconde fois des entrailles qu'il connaît.

Alors il a pesé dans ses mains l'avenir terrestre et l'avenir éternel de celui pour qui une voix si dolente où si poignante l'implorait. Et vovant, tout compte fait, L.ui qui connaît Favenir, que la

plus grande grâce pour cet enfant était de mourir, par lïn surcroît de bonté, il a imposé à cette femme en pleurs, une douleur de quelques jours pour assurer à l'enfant et à la'mère la joie qui ne finira point !

Nous. avons une autre raison plus haute, plus sainte et peut-être plus certaine d^affirmer la puissance de vos prières. Je dirai plus exactement : Jésus, notre unique médiateur a, dans son cœur, une raison profonde d^écouter la supplication des femmes.

Il est homme : tous les sentiments qui honorent le cœur humain il les possède à un degré de force et de délicatesse infinies. Et comme le sentiment de tendresse filiale est au premier rang de ces sentiments-là, il ne peut qu'aimer sa mère d'une affection qui déborde sur quiconque la lui rappelle davantage.

Sa vie, son cœur, la pureté de sa chair, la générosité de son sang, tout cela est à sa mère. S^il a pu grandir et atteindre sa 3o^ année, c'est parce que cette femme a peiné, pleuré et travaillé

à un point qui Timpose à la vénération de l'univers. Plus tard, quand il triomphait, il Ta vue s''elïacer dans Thumilité et ne pas avoir sa part des triomphes. Au contraire, quand il était en péril ou en butte aux hostilités, il a vu son coeur tremblant d'angoisses, déchiré d'appréhensions. Quand il est mort, on peut dire qu'elle, avec son cœur transpercé, déchiré, brové, elle est plus morte, elle a plus souffert que si elle avait été crucifiée elle-même.

Alors, n'est-ce pas, celte affluence de souvenirs qui affecte la tendresse exceptionnelle du cœur de Jésus, lui inspire un amour dont la mesure va au-delà de tout ce que notre piété pourrait imaginer.

Et nous en concluons, avec une logique indiscutable, que nous n'avons qu'à lui rappeler sa mère pour désarmer sa justice ou émouvoir sa bonté. Les plus mauvais d'entre nous, les moins intéressants, viendront à lui, armés de cette invocation sacrée, et personne ne sera surpris qu'ils obtiennent des miracles de miséricorde. Cette étonnante prière de S. Bernard qui s'appelle le

Souvenez-vous, et dont les termes s'inspirent d'une invraisemblable assurance, est justifiée par cette seule pensée : Jésus ne peut rien refuser à qui lui rappelle sa mère.

Alors, comment voulez-vous ne pas être exaucées d'avance, si vous rappelez à Jésus celle qui Ta nourri, aimé, bercé, adoré, non plus seulement par des discours et des formules, mais par votre vie elle-même, par votre rôle ici-bas, par Tangoisse qui vous amène à ses pieds ?

Vous vous efforcez d'avoir le cœur vierge, l'àme pure. Vous conservez très sincèrement dans rhonnêteté des mœurs et la modestie de votre sexe, votre chasteté de jeune fille. Quand vous venez à lui, en vous vovant, il se rappelle la fleur ignorée qui croissait dans l'ombre à Nazareth, si divinement angélique et belle, qu'il aimait et bénissait depuis Téternité.

Vous êtes mères. Il vous regarde entourant de tendresses chrétiennes les petites âmes que sa main vous a confiées. Il sait, puisque vous n'êtes fidèles que par sa grâce, tout le soin que vous avez de mêler à vos caresses les enseignements

pieux qui font les enfants sages et préparent les saints. Pensez-vous que tout cela ne remue -pas les souvenirs profonds dont est rempli son propre cœur ?

Vous êtes dans Pinquiétude, ou dans la misère, ou dans le péril. Vous venez à lui Tâme tremblante parce que le sort, ou la vie de votre progéniture est menacé. Il se rappelle alors le temps où, tout petit enfant endormi sur le cœur de Marie exilée, il lisait dans ce cœur les mêmes souffrances, la même inquiétude, le même amour.

Comprenez-vous, maintenant, comment il lui arrive de ne pas même attendre votre prière pour Fexaucer? Comprenez-vous pourquoi avant que la veuve de Naim n'ait pensé à Timplorer, il fut ému, il porta ses pas vers elle, et il ne put s"'empêcher de lui dire : Ne pleure plus î

Ne pensez-vous pas aussi. Mesdames, qu'il y a là vraiment le Cœur unique, le Ca^ur ineffable, le seul qui soit au ciel et sur la terre capable de répondre réellement aux aspirations du vôtre, le seul qui soit capable d^en mesurer les émotions, d'en comprendre les douleurs, le seul qui sache bien ce

qu'il VOUS faut, le seul qui vous aime assez pour être perpétuellement votre Providence, votre recours, votre ami, votre ressource, votre trésor?

C'est vraiment le mystère de légèreté le plus inconcevable que Texistence de femmes qui passent par toutes les angoisses, dont la vie est une succession ininterrompue d'épreuves, et qui ne sont pas elles-mêmes en perpétuelles supplications î

Il semble que vous devriez être, vous, la prière incarnée, la prière vivante !

Car c'est bien à vous, allez ! qu'est dite par Dieu cette parole du Cantique : « Ta voix est douce et tes larmes sont belles. Parle, crie, ne cesse point! »'

Et si Dieu laisse errer autour de vous et des chères têtes que vous aimez tant, le péril, la douleur, la faute, le deuil, c'est parce que toutes ces choses servent à rejeter, par la prière, votre coeur dans son Cœur !

' Cant., II, 14.

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