‹ Conférences de Notre-Dame de Paris (volume 3)Chapitre 23 sur 30 · DIX-SEPTIEME CONFERENCE · texte numérisé non relu

DIX-SEPTIEME CONFERENCE

DE LA CERTITUDE SUPRA - RATIONNELLE OU MYSTIQUE PRODUITE DANS l'esprit PAR LA DOCTRINE CATHOLIQUE

Monseigneur, Messieurs ,

La doctrine catholique produit donc à la fois dans l'esprit humain une certitude rationnelle et une vive répulsion. La force de la doctrine l'emporte évidemment, puisque, depuis tant de siècles, elle a résisté à cette répulsion persévérante. Mais, Messieurs, estce la certitude rationnelle du christianisme qui l'a soutenue toute seule dans la lutte? Est-ce bras de chair, se secours humain et visible , à qui elle doit d'avoir triomphé de tant et de si redoutables ennemis? Ne le croyez pas, cela est impossible; toute doctrine qui n'a qu'un appui rationnel, qui ne se dé-

fend que par la raison, est une doctrine impuissante, une doctrine perdue, une doctrine morte, et, pour tout dire en un mot, une doctrine académique.

Je veux donc vous montrer aujourd'hui deux choses : la nécessité pour le christianisme de posséder une certitude plus large et plus haute que la certitude rationnelle, et l'existence de cette certitude plus large et plus haute au profit de la doctrine catholique , et comme résultat de son action.

La doctrine, je l'ai déjà dit , est la science du bien et du mal, la science de la vie. Elle appartient donc de droit à tout ce qui vit en comprenant la vie, à tout ce qui vit en étant maître de sa vie , à tout ce qui vit en pouvant diriger sa vie , c'est-à-dire, aux êtres intelligents. Mais la doctrine n'est quelque chose, elle n'est un guide véritable qu'autant qu'elle donne la certitude ; car une doctrine qui ne donne pas la certitude est un fil qui se rompt entre les mains , comme ce fil qui égarait plus qu'il ne conduisait dans les détours fabuleux du labyrinthe. Or la certitude rationnelle , conviction réfléchie et savante , n'est d'usage évidemment que pour un très -petit nombre d'hommes , capables de se rendre compte des motifs de leur adhésion à un ensemble d'idées. Les enfants ne le peuvent pas , et l'enfance est le commencement de l'humanité ; toute l'humanité passe au berceau, et est humiliée dans les langes qui ne lui permettent pas de reconnaître par elle-même la vie, dont elle est le portique. Au sortir de l'enfance , qui se prolonge bien plus que nous ne le croyons, d'autres nécessités s'emparent de nous ; il faut gagner son pain quoti-

dien; nous y sommes tous condamnés, et très -peu échappent à cette loi. Or, Messieurs, vous êtes assez avancés en expérience pour savoir ce que coûte de sueurs, d'inquiétudes et d'asservissement de la pensée , le besoin de sustenter sa propre existence , sans compter celles qui dépendent de la nôtre; et cette seule considération me met en droit de conclure que l'humanité est appelée à se gouverner par des motifs dont elle ne se rend pas scientifiquement raison. La science est le partage d'une très-faible minorité , et , en nommant la science, je n'entends pas le plein faisceau des connaissances humaines, mais un simple rameau détaché de cet arbre vigoureux. Très -peu entrent dans le sanctuaire du savoir, même par une seule porte : que sera-ce s'il s'agit d'une doctrine qui tient à tout et qui embrasse tout!

Or la doctrine cathoUque, sous le rapport rationnel, a ses racines dans la métaphysique, dans l'histoire, dans la politique, dans les sciences naturelles: dans la métaphysique, par l'étude de Dieu et de l'àme, des substances spirituelles et de leurs rapports avec les substances matérielles ; dans l'histoire , parce qu'elle s'appuie sur des faits qui se sont passés à toutes les époques du monde, et qui se complètent encore chaque jour ; dans la politique, puisqu'elle a changé la face de la société , et qu'elle lutte sans cesse contre les forces sociales qui tendent à modifier son œuvre ; dans les sciences naturelles, puisque tout ici-bas exprime Dieu, manifeste Dieu, parle de Dieu, et qu'il n'est pas un arbre le long d'un ruisseau, pas un grain de sable au bord des mers , pas un astre

dans le ciel, rien qui ne vienne de Dieu , qui n'aille à Dieu, qui ne subsiste par lui, et ne raconte ses lois. En sorte que la doctrine catholique a des liens avec toutes les connaissances possibles, et qu'il est nécessaire de toucher à tous les points de cette vaste circonférence, pour arriver à la certitude rationnelle du christianisme. Qu'on interroge un métaphysicien, un historien, un médecin, un jurisconsulte, il ne doit réponse que sur sa science particulière : pour nous , qui représentons la certitude rationnelle du christianisme, nous devons réponse à tout, de quelque sphère que parte l'objection. C'est le droit de tous de nous interroger sur tout ; c'est notre devoir de satisfaire à tout, et si nous demeurons muets, je ne dirai pas que nous trahissons la doctrine, mais notre silence prouvera du moins la difficulté de la connaître dans son infini développement, puisque ceux-là mêmes qui lui dévouent leur vie, peuvent être quelquefois, je ne dis pas ébranlés , mais étonnés , et obligés d'attendre des siècles la réponse inévitable que le temps apporte toujours à la vérité. Exigerez -vous donc du genre humain une telle science? Messieurs, il en est trop évidemment incapable, et par conséquent si la doctrine cathoUque n'avait d'autre appui que la force rationnelle , elle périrait, parce que , après tout, c'est la multitude ignorante qui fait le fond de l'humanité, et que la vérité lui a été destinée autant qu'à vous , mieux qu'à vous, puisque les âmes considérées en elles-mêmes sont égales , et que c'est nécessairement le plus grand nombre qui doit l'emporter dans la balance de Dieu.

Vous me direz : Nous en convenons, et aussi Dieu a préparé aux ignorants une certitude rationnelle indirecte, c'est-à-dire que, connaissant leur impuissance, ils s'en rapportent à ceux qui savent, à l'aristocratie dépositaire de la science et de la certitude rationnelle. Eh bien! Messieurs, quand j'admettrais cela, et je prouverai qu'il ne peut pas en être ainsi, mais quand je l'admettrais, vous oubliez qu'il existe sur la terre deux autorités enseignantes : une autorité qui affirme, c'est l'Église catholique, et une autorité qui nie , c'est cette vaste conjuration des esprits dont je vous ai présenté quelques traits dans mes conférences précédentes. En sorte que le peuple, quand il veut, je le suppose, s'en rapporter à l'autorité, est plus embarrassé que jamais; car il voit, d'un côté , une Église admirable , un ensemble d'hommes qu'on n'a vu que là, qui croient, qui affirment, qui baptisent, qui s'immolent pour leur foi; il voit ce grand spectacle de l'enseignement catholique exprimé dans la pierre par les basiliques , dans la parole parla prédication, dans la vie par la charité , dans le sang par le sang répandu en témoignage ; il voit ce grand et héroïque spectacle : mais il voit aussi des hommes qui détruisent les basiliques, qui prêchent contre l'Église, qui opposent la philanthropie à la charité , les livres aux livres, le maître d'école au curé, le prosélytisme de l'incroyance au prosélytisme de la foi. Est- il donc facile au peuple, spectateur d'une si épouvantable guerre , de s'en rendre un compte scientifique , et de discerner philosophiquement , dans ce double écho

qui frappe sans cesse son oreille étonnée, la voix qui ne le trompe pas ?

Deux philosophes faisaient une traversée dans une barque; ils se prirent de querelle sur des points de métaphysique et de religion. Il y avait à côté d'eux un capucin qui se montrait fort attentif à la discussion. La traversée finie, les philosophes se levèrent et dirent au moine : « Mon père , vous avez entendu nos raisons; quel est celui à qui vous donnez gain de cause ? » Le capucin s'étant recueilli : « Messieurs , répondit -il, je vous ai écoutés avec l'attention la plus profonde et avec le plus grand plaisir, et s'il faut vous dire ma pensée... Mais faut-il que je vous la dise , ma pensée ? — Oui ! crièrent ensemble les philosophes. — Eh bien ! je n'ai pas compris un seul mot de tout ce qui a fait le sujet de votre entretien. »

Messieurs , ce capucin, c'est le peuple, c'est l'humanité avec sa robe de bure et sa corde; c'est l'humanité illettrée, pauvre, couverte de sueur, haletant pour gagner un misérable pain. Et vous croyez que Dieu a mis son salut au prix de tous les logogriphes que vous agitez depuis six mille ans ? Ah ! j'en jure par la bonté divine , il n'en est pas ainsi : la vérité n'est pas un sphinx qui propose des énigmes à l'homme, et qui dévore les malheureux incapables de les expliquer.

Et puis , quand les peuples s'en rapporteraient à une autorité purement humaine, quoi! Messieurs, il y aurait donc deux classes d'hommes : l'une , qui entrerait en communion directe avec la doctrine ; l'autre , qui la recevrait de seconde main ; l'une , qui

aurait la vision de la vérité, qui parlerait avec Dieu; l'autre , qui ne verrait rien que par l'homme , ne parlerait qu'avec l'homme , ne recevrait que de l'homme cette vérité que les savants auraient contemplée par le privilège de leur naissance ? Eh ! Messieurs, ce serait alors une foi humaine, ce serait ce que nous appelons une certitude morale. On croirait à la doctrine catholique comme on croit à l'existence de César, parce qu'il y a des hommes qui attestent que César a existé. Dieu et César n'auraient que la même certitude !

En outre , si la doctrine catholique est véritable , s'il est une doctrine religieuse en ce monde, est-ce que la certitude de cette doctrine doit venir d'en bas ? Est-ce qu'il faut que l'homme escalade le ciel comme Prométhée, pour en arracher le feu sacré? Est-ce que c'est l'homme qui, avec ses moyens infimes , doit arracher la vérité du sein de Dieu , ou bien est-ce Dieu qui doit descendre pour le chercher, le prendre et l'emporter? Est-ce cette parole du Christ qui est véritable : Quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai tout après moi (1)? Ou bien est-ce l'homme qui doit attirer Dieu, comme ces appareils que nous plaçons au sommet des édifices pour faire descendre la foudre ? Doit-on mettre au bas de la statue de l'humanité communiquant avec Dieu, ce que l'on a mis au bas de la statue de Franklin :

Eripuit cœlo fulmen , sceptrumque tyrannis ? (1) Saint Jean, chap. xii, vers. 32.

La doctrine catholique est-elle l'effort de la raison } humaine pour arriver à la vérité? est-ce une con- | quête violente contre une souveraineté qui nous est ] hostile, et qui nous mesure avec avarice l'eau et le | pain du ciel ? Quoi ! Dieu a répandu sur la terre ce | qui est nécessaire à notre nourriture matérielle avec I une profusion sans mesure; il a planté les bois et | semé les moissons avec une infinie variété; nous | n'avons qu'à baisser les mains, qu'à donner un lé- | ger coup de charrue pour que la terre se couvre de | produits; le soleil se lève chaque matin et se couche ,t chaque soir; la pluie monte et descend; la rosée et : la chaleur se succèdent sans interruption ; nous n'avons pas besoin d'entrer dans des laboratoires pour en extraire les substances bienfaisantes, elles sont à nos pieds , elles ne demandent qu'une légère coopé- l ration de notre part , et alors même que nous ne la | cultivons pas , souvent la terre est encore féconde. \ Et quand il s'agit de la nourriture de l'esprit, du | salut éternel, vous voulez que ce soit l'homme qui : fasse tout, et Dieu rien; que ce soit la charrue de j notre raison qui creuse de pénibles et rares sillons j dans la terre de la vertu et de la vérité, et qu'il ne \ vienne là que ce que nous aurons semé ou plutôt ; créé nous-mêmes à grandes peines! vous voulez j que, couchés sur des livres pendant des siècles, ] nous ne puissions savoir qu'algébriquement que \ c'est Dieu qui a fait le monde et qui est mort pour | lui! Cela n'est pas, Messieurs; la vérité, c'est une | mère qui tient ses enfants sur son sein, qui leur ; donne le lait, qui sollicite leur faim, et ne demande |

qu'à les nourrir ; et l'humanité , c'est l'enfant qui n'a qu'à se baisser pour trouver la vie. Oui, il doit y avoir une voie divine de la vérité , une voie simple et facile ; oui, le soleil de la vérité se lève et se couche chaque jour; la pluie de la vérité tombe du ciel; le vent de la vérité souffle à l'orient et à l'occident ; l'esprit qui touche la vérité n'est pas conquérant, il est conquis ; il ne va pas la chercher le premier, c'est elle qui vient à lui , qui l'embrasse, qui lui dit : Mon fils, je suis à toi, je ne te demande qu'un effort, c'est de ne pas me repousser !

J'en suis donc assuré : il y a sur la terre, par rapport à la doctrine catholique, une certitude plus large et plus haute que la certitude rationnelle. Cette certitude doit être large comme l'humanité , haute comme le ciel, facile comme un Dieu qui aime et qui n'est pas avare. Cette certitude doit être une conviction illettrée; car il n'y a qu'une conviction illettrée qui soit large comme l'humanité, et, quoique illettrée , elle doit être une conviction translumineuse ; car, si elle ne donnait pas de lumière, elle ne servirait à rien; et si elle ne donnait qu'une lumière humaine, elle ne serait pas en proportion avec le monde divin qu'elle doit révéler. Enfm , cette conviction doit exclure le doute, parce que, autrement, elle ne serait pas une certitude. Or j'affirme que la doctrine catholique produit dans l'humanité une semblable conviction , et je vais le montrer. J'en rechercherai une autre fois les causes et les conséquences.

La doctrine catholique n'attend pas que l'homme

soit à l'âge de raison pour s'emparer de lui ; elle qui habite le palais des rois et ses propres palais , qui se I tient à la porte des grands tombeaux où dorment les | consuls et les générations , elle s'abaisse jusqu'au ;j berceau de l'humanité, et, aidant le cœur de la mère | naturelle avec son cœur de mère divine, elle nourrit! ses enfants du lait des vérités les plus profondes. | L'enfant écoute, il fait le signe de la croix qui a sauvé | le monde, il croit à Jésus-Christ. I

La doctrine catholique, qui persuade l'enfance,! ne dédaigne pas non plus de persuader l'homme du > peuple; elle l'aborde, elle lui dit : Mon frère l'ou-i vrier, tu as été condamné à manger ton pain à lai sueur de ton front; tu portes pour vêtement plu tôtî un cilice qu'une étoffe tissée par la main des hom-1 mes, tes semblables; ô cher petit frère, comme di-| sait saint François d'Assise, sois content de ton sort.| Écoute, voici que la vérité vient à toi; elle t'enseigne | que tu es fils et frère d'un Dieu , que tu es l'ami de | Dieu, qu'il est venu du ciel pour tous, qu'il a donné] son sang pour toi. 0 mon frère l'ouvrier, tu es unel créature sublime et sacrée; tu ne te connais pas;] réveille-toi, regarde-toi, ouvre les yeux de ton âme,i ne regarde pas en dehors ton corps qui n'est rien ; ] regarde en dedans, et saisis dans ton intérieur cel que c'est qu'une âme faite à l'image de la Divinité, j L'Église persuade ce pauvre homme; il se fait en lui | un rayonnement d'en haut ; son âme entend ce que \ la raison n'entend pas ; il devient une admirable créa- ; ture , une sainte gloire de Dieu ; il croit , il aime , il > donnerait son sang pour Dieu et ses frères ; il aspire, ■

et, en frappant sur son enclume avec son marteau', il croit sentir les coups que reçut le Sauveur, il se dit : Que cet air est doux ! que ce feu est agréable ! I p foi, qui a transfiguré son âme, transfigure aussi sa peine.

Au-dessous encore du peuple, dans les landes de l'histoire et de l'humanité, je rencontre les barbares, race dure et forte, qui ne connaissait que la raison de l'épée. Ils furent pourtant soumis par l'ascendant de l'Église; sa doctrine, si douce et si pure, trouva le chemin de leur cœur, et le transforma par une conviction où la science n'avait assurément aucune part.

Voulez -vous descendre encore, arriver jusqu'au terme où l'intelligence ne décroît plus, tant elle est à sa limite la plus inférieure ? Nous voici chez les tribus sauvages. Un prêtre se fraye un passage dans leurs forêts avec un bréviaire, une croix et un violon. Après avoir prié, il prend en main le violon, il en fait frémir les cordes comme un écho de la raison divine, il joue; les sauvages sortent de leurs tanières; ils regardent, ils écoutent; l'homme qui joue coupe une branche d'arbre, il en fait une croix, il la plante en terre et leur dit, en mutilant sur ses lèvres les débris qui composent leur langue : Sur le bois que vous voyez, un Dieu a été crucifié pour vous, mettez -vous à genoux, adorez -le, et soyez baptisés au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Quittez vos flèches et votre nudité ; formez une sainte république de frères; que chacun travaille pour la communauté; semez, plantez, récoltez, pour ceux

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qui ne peuvent ni semer, ni planter, ni récolter. Et| voilà que s'élève l'admirable société du Paraguay,! cette fameuse république devant laquelle les repu- j bliques d'Athènes et de Rome ne furent qu'un jeu i d'esclaves. Je n'en nomme pas les auteurs; quand] je passe devant Saint -Pierre de Rome, et qu'on mei demande qui l'a fait, je ne réponds pas, car tout lei monde sait que c'est Michel-Ange Buonarotti. |

Vous le voyez, Messieurs, la doctrine catholique! enfante partout, et sous toutes les formes, une con-| viction illettrée, dans les enfants, dans le peuple,! dans les barbares, dans les sauvages. Mais ce n'est i encore là qu'un très -petit phénomène en comparai-) son de celui que je vais vous signaler. Il est tel sa-| vant qui étudie la doctrine catholique, qui ne la re-| pousse pas avec amertume, et même qui dit sans] cesse : Vous êtes bien heureux d'avoir la foi; je vou-l drais l'avoir comme vous, mais je ne le puis pas. Et! il dit vrai, il veut, et ne peut pas; car l'étude et la bonne foi ne conquièrent pas toujours la vérité , afin qu'il soit clair que la certitude rationnelle n'est pas \ la certitude première sur laquelle s'appuie la doc-j trine catholique. Ce savant donc connaît la doctrine | catholique , il en admet les faits , il en sent la force ; ! il convient qu'il a existé un homme qui s'appelait Jésus -Christ, lequel a vécu et est mort d'une manière prodigieuse; il est touché du sang des martyrs, de la constitution de l'Église ; il dira volontiers que c'est le plus grand phénomène qui ait traversé le monde; il dira presque : C'est vrai ! Et pourtant il ne conclut pas, il se sent oppressé de la vérité,

comme on l'est dans un songe où l'on voit sans voir. Mais, un jour, ce savant se met à genoux; il sent la misère de l'homme, il lève les mains au ciel, il dit: Du tond de ma misère, ô mon Dieu, j'ai crié vers vous! A ce moment, quelque chose se passe en lui, une écaille tombe de ses yeux , un mystère s'accomplit , le voilà changé ! C'est un homme doux et humble de cœur; il peut mourir, il a conquis la vérité; il est semblable à nous; et qui est-ce qui l'a fait semblable à nous? Une force qui n'est pas la force rationnelle; car il avait péri par la force rationnelle; il est ressuscité par une autre puissance.

Ainsi le phénomène de la conviction illettrée ne se passe pas seulement dans les pauvres et les ignorants, il se passe aussi dans les savants. Mais cette conviction illettrée, qu'est-ce que c'est? N'est-ce pas tout simplement l'autorité enseignante de l'Église catholique qui subjugue les âmes? Je réponds que non. C'est une erreur de penser qu'un catholique, même ignorant, n'entend rien à ce qu'il croit, et qu'il courbe uniquement sa tête sous l'autorité de l'Église, sans autre motif d'adhésion. Cela est faux , en droit comme en fait. En droit, nous ne disons pas: Je crois en Dieu et en Jésus-Christ, parce que l'Église y croit; njais je crois en Dieu, en Jésus-Christ et en l'Église catholique elle-même, parce que Dieu y croit, et le veut, et le dit, et le sait. Et si, avant d'avoir la certitude divine de l'infailUbilité de l'Église , nous avions foi en sa parole, notre foi serait une foi humaine , notre certitude une certitude humaine. En droit, cette supposition est donc fausse. Voici l'acte

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