Voyez citations dans l'Index
2. Confucius, Platon, Aristote, Cicéron, tous les génies les plus élevés du monde païen ont célébré d'une voix unanime la sagesse de leurs pères. Le plus souvent ils se donnent comme restaurateurs de l'antiquité plutôt que comme novateurs. Convaincus qu'on doit regarder le meilleur comme le plus ancien, ils ont invoqué le témoigna" e des ancêtres à l'appui de ce qu'ils ont dit de plus sublime
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elle avoue par la bouche d'un de ses plus célèbres représentants que « toutes les traditions antiques remontent à un âge où l'homme au sortir des mains de Dieu, en reçoit immédiatement toutes les lumières et toutes les vérités, bientôt obscurcies et corrompues par le temps et par la science incomplète des hommes. C'est l'âge d'or, c'est l'Éden que la poésie et la religion placent au début de l'histoire '. » — Pre-
sur Dieu et sur les vérités religieuses. Ce respect pour l'antiquité ne serait-il pas absurde, si les philosophes que nous venons de citer n'avaient pas été convaincus que les premiers âges furent illustrés par la science des choses divines? (M. l'abbé Lefebve, Essai sur l'origine, la nature et la chute de l'idolâtrie, cit. par l'abbé Laforét : les Dogmes catholiques. Voir Platon, Lois, liv. IV; item Phédon. — Cicéron, De legibns, cap. xvi; Tuscul. ,Iib. I, cap. xii ; De nat. deor., lib. III, cap. lxxii; lib. II, cap. H et passim. — Plutarque, De Jside et Osiride. — Aristote, De Mundo, cap. vi. — Vie de Confucius, par le P. Amiot, tome XII des Mémoires sur les Chinois, p. 3ii.)
Lucain dans sa Pharsale nous représente l'homme primitif instruit par Dieu lui-même.
Dixitquc siniul nasccntibus auctor
Quidqtid scire liect
Les Grecs dans leurs fables ou proverbes Alvot remontent sans cesse aux traditions de leurs ancêtres. La plupart commencent ainsi : Aivo; «g îttiv v.pyj/.io; wvQoojttwv o SI... ::. t, /.
1. Cousin, Introduction à l'histoire de la philosophie, septième leçon.
nons acte de cet aveu1. Nous n'avons pas le droit de sacrifier les traditions aux systèmes, surtout lorsque ces traditions viennent confirmer une histoire déjà justifiée par la science, dans la vérité fondamentale qu'elle nous enseigne touchant l'unité de l'espèce humaine. C'est cette histoire qu'il faut lire pour connaître l'état primitif de l'humanité dans son chef. Trêve donc aux fantaisies philosophiques et courons aux faits.
Nous sommes au milieu des plaines opulentes et enchantées de l'Arménie, à l'heure où la nature toute jeune n'a point encore été flétrie par le souffle du temps. Un vaste et magnifique jardin, arrosé par quatre fleuves, nés d'une même source, sur les bords desquels Dieu a réuni toutes les beautés capables d'élever l'intelligence, tous les charmes capables de toucher le cœur, tous les plaisirs capables de flatter les sens, attend son hôte et son maître. Le voici!
l.M. Renan>constatant avec les Allemands l'universalité de la tradition au sujet de l'Éden,fait à peu près le même aveu. f 11 faut, dit-il, que de telles analogies reposent sur quelque trait général de la condition de l'humanité ou sur quelquesuns de ses instincts les plus profonds. » {Histoire des langues sémitiques, p. 476.)
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Dieu l'apporte lui-même entre ses bras et le dépose en ce paradis de délices ' . C'est là qu'il s'endort du sommeil de l'extase, là qu'il se réveille pour contempler l'os de ses os, la chair de sa chair et chanter l'hymne de son chaste amour.
Qu'il est beau! la grâce, la noblesse, la majesté, la perfection des formes que nous rêvons pour les chefs-d'œuvre de l'art n'approchent pas de l'harmonieux ensemble de lignes, de contours, de tons, de mouvements que nous offre son corps pétri par Dieu lui-même, et, animé d'un souffle de vie qui transpire à travers sa chair immaculée, rayonne de ses pieds à son front royal et nous fait admirer, dans sa virginale beauté, le double épanouissement de la grâce et d'une nature parfaite. La grâce! Adam l'a reçue avec une plénitude qui jamais ne sera surpassée; par elle, il
i. Tulit ergo Dominus Deus hominem et posuit eu m in paradiso voluptatis. ^Genes., cap. n, 15.)
Cf. Summ. TheoL, I p., quaest. 102, a. i. Utrumpara» disus fuerit locus ûorjtdreus? a. 2. Utrum pàradisîti fuerit locus convenions habitaUoni humanœf a. 3. Utritm Çomo façlus fuerit in paradiso?
possède toutes les vertus surnaturelles1, et sa nature, inondée de ce lleuve sacré, y prend tous les privilèges de l'intégrité 2.
Son âme, pénétrée d'une vertu miraculeuse,
1. Cf. Summ. Theol., p., I quasst. 95, a. 1. Utrum homo fuerit creatus in gratiaf a. 3. Utrum Adam habuerit omnes virtutes ?
2. Quod homo fuerit comlitus in gratia, videtur requirere ipsa rectiludo primi status, in qua Deus hominem fecit : secundum illud Eccles. 7, Deus fecit hominem rectum. Erat enim reclitudo secundum hoc, quod ratio subdebatur Deo ; rationi vero inferiores vires, et animae corpus. Prima autem subjectio erat causa et secundo et lerliae. Quamdiu enim ratio manebat Deo subjecta, inferiora ei subdebantur (ut August. dicit) : Manifestum est autem, quod illa subjectio corporis ad animam, et inferiorum virium ad rationem non erat naturalis : ahoquin post peccatum mansisset, cum etiam in daemonibus data naturalia post peccatum permanserint (ut Dionys. dicit 4 cap. De div. nom.). Unde manifestum est, quod et illa prima subjectio, qua ratio Deo subdebatur, non erat solum secundum naturam, sed secundum supernaturale donum gratiae. Non enim potest esse quod effectus sit potior quam causa. {Summ. Theol., I p., quaest. 95, a. i.)
Cependant quelques auteurs ont prétendu que l'intégrité de la nature a précédé la grâce, qui ne fut donnée à Adam que quelque temps avant le péché. Le concile de Trente ne voulant pas trancher la question s'est servi dans sa définition du mot constitulus au lieu du mot creatus. — « Si quis non confitetur primum hominem Adam, cum mandatum Dei in paradiso fuerit transgressus, statim sanctitatem et justitiam in qua constitutus fuerat amisisse, anathame
s'empare des éléments corruptibles de la matière et corrige leur tendance native à la dispersion. Sans être affranchi des besoins de la nature, il n'en subit point l'humiliante servitude1. Maître de son corps qu'il nourrit du fruit de l'arbre de vie 8, ne redoutant rien de l'action du temps, de la souffrance et de la mort, il attend en paix le perpétuel renouvellement de ses jours. Tout peut passer autour de lui, il demeure jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu de couronner par la gloire des suprêmes révélations sa vie immortelle et sans tache 3.
Toute cette vie est une contemplation, tan», sa forte et noble intelligence, dégagée des sens, s'élève promptement du passager à l'éternel, du mobile à l'immuable, du fini à l'infini. Il ne
sit. » (Sess. 5, can. 1.) — Toutefois l'opinion de saint Thomas est la plus générale et la plus conforme au langage de l'Écriture.
1. Cf. Summ. Theol., I p., quaest. 97, a. 3. Utrum homo in statu innocentiœ indigebat cibis?
2. Cf. Ibid.y a. 4. Utrum homo in statu innocentiœ per lignum titœ immortalitatem consecutus fuisset?
3. Cf. Idid., a. 2. Utrum homo in statu innocentiœ fuisset passibilis. a. 1. Utrum homo in statu innocentiœ fuisset
voit pas encore l'essence divine dont l'intuition lui est promise, ni les chœurs angéliques qui entourent la très-sainte majesté de Dieu; mais il pénètre si vivement du regard de l'âme les créatures qui portent l'empreinte des perfections de Dieu, il possède une si grande puissance de recueillement, pour découvrir et étudier en lui-même l'image et ressemblance de son créateur ' ainsi que les affinités de son esprit avec les esprits supérieurs, qu'il connaît mieux que ne les connaîtront jamais philosophes et théologiens les splendeurs du inonde invisible 2.
Semblables à ces magiques illuminations qui annoncent à nos yeux ravis l'ouverture d'une grande fête, la science s'empare tout d'un coup de son intelligence, sans qu'il soit condamné aux lenteurs de l'étude et de l'expérience. Tout ce que l'homme peut savoir, il l'apprend de cflui qui est le père des lumières. C'est par la voie rapide de l'inspiration, et non
1. Cf. Summ. TheoL, I p., qmcst. 91, a. 1. Utrum priants homo per essenliam Deum viderit?
H. Cf. Ibid., a. "j. UPrutn Adam in staltt inuoanHœ ungelos per essenliam videril?
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par Je labeur de l'analyse, qu'il possède soudainement la synthèse des connaissances humaines. Lois de l'univers, secrets de la nature, essence et propriétés des êtres, genres, espèces, principes de l'ordre intellectuel et moral, conclusions prochaines et éloignées de ces principes, rien ne lui échappe. A ces connaissances, Dieu ajoute la révélation des mystères de sa vie et de son gouvernement surnaturel. Sa magnifique bonté ne peut rien refuser à celui qui doit instruire et gouverner l'humanité naissante, et qui, même en cas de malheur, fera vivre les générations primitives des épaves de sa science. Gomme père du genre humain, Adam jouit de la perfection de la vie; comme premier docteur, il est juste qu'il jouisse de la perfection de la science. C'est le plus grand des sages. Cependant il peut acquérir encore, et jouir des enchantements que procure à l'esprit chaque vérité découverte. En cette voie de progrès il marche d'un pas sûr; car tant que sa volonté demeure soumise à Dieu il n'a point à craindre l'erreur. L'imagination, qui égare nos jugements, il la contient, et fait prévaloir sur ses suggestions les
pures lumières de la raison; la précipitation est ignorée de sa prudence, qui s'arrête humble et tranquille sur les rivages de l'inconnu '.
Parfait dans son intelligence, il ne l'est pas moins dans sa volonté qui suit sans efforts les conseils de la raison et obéit docilement au toucher de la grâce. Aimer le bien suprême par-dessus tous les biens , ce lui est aussi facile que de respirer. Aucune passion n'entrave le naturel mouvement de son cœur vers Dieu, ni n'embarrasse ses pas sur le chemin des vertus. Aussi ferme qu'éclairé, son libre arbitre règne souverainement sur les appétits de 1 ame et de la chair. S'il met de la passion dans quelqu'une de ses actions, c'est pour rendre plus délicieuses ses joies spirituelles, plus profond son saint amour du bien et de la justice, plus vives ses religieuses espérances2; et s'il n'a point le mérite d'une lutte pénible,
4. Cf. Summ. Theol, 1 p., quoest. 94, a. 3. Utrmn primus horno habuerit scientiam omnium? a, A.Utrum hqmo in primo stalu decipi possetf
2. Cf.Ibid., quœst. 95, a. 2. Utrumin primo hominefue rint passiones?
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il a celui que donne aux actes parfaits la promptitude et la force de l'amour ' .
Tel est le chef de l'humanité dans sa personne. Ses relations avec Dieu et avec les créatures sont marquées du sceau de sa grandeur et de son innocence.
Les figures de ce monde n'ont point, au gré du Créateur, assez de charmes pour réjouir, comme il le mérite, le fils de son amour. A l'heure du soir, où la brise attiédie s'embaume du parfum des fleurs , Dieu fait entendre dans les solitudes de l'Éden son pas majestueux et sa grande voix2. Il vient, revêtu de formes mystérieuses dont la splendeur éclipse toute beauté créée, visiter notre premier père et l'inviter aux douces confidences, aux tendres épanchements. Adam l'interroge, il l'éclairé ; Adam le prie, il l'exauce; Adam l'adore et lui rend grâces, il le
1. Cf. Summ. Theol., I p.,quaest. 95, a.i.Utrumopera primi hominis fuerint minus efficacia ad merendum quam opéra nostra ?
2. < Gum audissent vocem Domini Dei deambulantis in paradiso ad auram post meridiem. » (Gènes., cap. m, 8.) D'après ce texte on peut croire que Dieu venait régulièrement visiter nos premiers parents dans le paradis. Après le péché ils se cachent en entendant le pas et la voix de Dieu. Avant le péché ils allaient au-devant de lui.
bénit. Sainte familiarité, qui n'est pas encore l'union bienheureuse du ciel, mais qui la prépare en attirant l'âme vers les choses d'en haut; commerce sacré, qui ne sera connu plus tard que des âmes parfaites, sans jamais devenir, pourtant, l'intimité du paradis.
Grandi par les embrassements de Dieu, Adam se sent plus maître des créatures. Elles lui appartiennent, l'ordre des choses le veut, et Dieu a daigné consacrer par un commandement sa royale domination. Mais le père des hommes est un roi pacifique. Pendant que sa grandeur impose, son innocence attire, et les animaux se laissent sans crainte conduire à ses pieds. D'un coup d'œil il a pénétré leur nature, et à chacun d'eux il donne le nom qui lui convient \ Il les appelle, il les caresse, il les renvoie. Tous subissent le charme de sa présence et de sa voix, et contiennent, pour lui plaire, leurs ombra-
i. Formatis igitur, Dominus Deus, de humo cunctis animantibus terras et universis volatilibus cœli, adduxit ea ad Adam, ut videret quid vocaret ea : Omne enim quod vocavit Adam animae viventis, ipsum est nomen ejus. Appellavitque Adam nominibus suis cuncta auimantia; et universa volatilia cœli, et omnes bestias terrae. (Gènes, cap. n, 19, 20.)
geusesou féroces passions Mis n'ont point affaire à un maître oisif qui ne sait que commander. Bien que la nature généreuse ne lui refuse rien, l'homme doit, de sa main diligente et industrieuse, corriger les imperfections que Dieu a laissées à dessein dans son œuvre. Adam est soumis à la sainte loi du travail; travail désintéressé que commande le devoir et non le besoin, le sentiment du beau et non la convoitise; travail paisible qui exerce le corps sans le fatiguer; travail intelligent qui dirige les forces connues de la nature au lieu de lutter contre des forces ignorées; travail sagement ordonné qui n'enlève rien aux pieux loisirs de la contemplation a.
Coopéra teur de Dieu par le travail, Adam est commis à la garde du lieu de délices où s'écoule sa vie. Posuit eum Dominus in paradiso voluptatis, ut operaretur et custodiret illum3.
1. Cf. Summ. Theol., I p. quœst. 96, a. 1. Utrum Adam in statu innocf'Htiœ animalibus dominareturf a. 2, Utrum homo habuisset dominium super omnes alias creaturasf
'2. Cf. Ibirf., qtuest. 102, a. 3. Utrum homo sit positus m paradiso, ut openiritur et custodiret illum?