Cf. Ibid., a. 3. Utrum doior sit in dœmonibus
4. Cf. Ibid., a. 2. Utrum volunlas dœmonum sit obstinata in malo?
court après les fausses joies de la vengeance où elle dépense l'admirable pouvoir qu'elle tient de sa nature sur les esprits et sur les corps.
Vengeance contre Dieu à qui elle ravit les adorations de la créature en contrefaisant sa toute-puissance par des prestiges1; vengeance contre les anges fidèles dont elle contrarie le gouvernement et la protection en troublant la nature et en séduisant les âmes; vengeance surtout contre l'homme, qui doit remplir les vides qu'elle a laissés au ciel, en le portant au mal pour l'entraîner avec elle dans un éternel malheur 3.
Cette vengeance, je le sais, fait sourire les esprits forts qui croient avoir écrasé les démons sous le poids de leur vaniteuse prose. Mais s'ils s'imaginent, en niant l'existence et l'action des mauvais esprits, avoir trouvé une nouveauté, qu'ils se détrompent. Les épicuriens du judaïsme et du polythéisme les ont précédés depuis longtemps. Leurs sarcasmes ont pesé légè-
1. Cf. Summ. Theol., I p., quaest. 104, a. i. Utrum dut moncs possinl famines seduccre per aliqua miracida?
"2. Cf. Ibid., a. 1. Utrum homines impugnentur adœnwnibus? a. 2. Utrum tenture sit proprium diabolif
rement sur la croyance du genre humain, je ne pense pas que les superbes mépris de nos contemporains aient une meilleure fortune. La tradition est faite, et son autorité est trop imposante pour qu'on estime plus clairvoyants et plus sages que tout le monde les quelques railleurs qui la répudient. Nous avons prouvé, Messieurs, l'existence des esprits; sur cette vérité la raison parle comme la foi. Mais si les esprits existent, peut-on leur refuser la liberté? S'ils sont libres, pourquoi ne pas croire à leur chute ? S'il y a des esprits déchus , pourquoi n'useraient-ils pas de leur pouvoir malfaisant? N'estce pas parce que ce pouvoir s'est manifesté que les peuples, séduits et tremblants, les ont adorés sous les noms de divinités cruelles, funestes, sans pitié : Dirœ, infaustœ, immanesque déliâtes; que les philosophes les plus sensés ont confessé leur existence et décrit leur rôle dans le monde? Et saint Paul n'est-il pas d'accord avec l'histoire religieuse de tous les peuples, avec le génie des Platon et des Aristote quand il nous dit : « Nous avons à lutter non-seulement contre la chair et le sang, mais contre les principautés et les puissances, contre les rois invisibles de ce siècle té-
nébreux, contre les esprits de malice répandus dans l'air ' ? »
Vous ne vous expliquez pas, Messieurs, l'hostilité des dénions contre l'homme parfaitement innocent de leur malheur; mais vous expliquezvous bien pourquoi le méchant est ennemi de tout ce qui ne lui ressemble pas? Il en veut à la vertu avant, qu'elle ait songé à le mépriser. Il tâche de la surprendre, il l'obsède et la persécute jusqu'à ce qu'elle tombe, et, s'il ne peut la flétrir et la corrompre, il s'efforce de la faire souffrir. Interrogez vos consciences, allez jusqu'à la racine des fautes qui ont déshonoré votre vie, vous rencontrerez peut-être, avant l'amour d'une beauté qui vous a séduits, la haine d'un méchant, jaloux des gloires de votre innocence, d'un méchant qui, par flatteries, promesses ou menaces, vous a poussés vers l'occasion du péché, uniquement pour le plaisir
\ . Non est nobis colluctatio adversus carnem et sauguinem, sed adversus principes et potestates, adversus mundi redores tenebrarum harum, contra spiritualia nequitiae in cœleslibus. (Ephes., cap. vi, 12.)
Cf. Introduction au dogme catholique, vingt-quatrième conférence : Du discernement des miracles. — Prestiges diaboliques.
de vous voir lui ressembler. Ce méchant n'a é lé que l'instrument de l'esprit mauvais, dont Dieu a permis les assauts, afin de donner plus de solennité à l'épreuve et plus de lustre aux triomphes de la vertu.
La chute des vertus célestes pouvait n'être, à l'origine des choses, qu'une ombre providentielle destinée h faire ressortir les splendeurs de notre fidélité. Elle est devenue, hélas! le prologue du drame de notre déchéance. Il est temps d'entrer dans l'action de ce drame et d'en suivre pas à pas toutes les péripéties.
Nous avons contemplé le premier homme orné de ses privilèges et plongé dans les délices de l'Éden, où il jouit des communications intimes de Dieu et converse avec les anges. Mais, parce que tout se tient dans le plan divin, le monde des esprits, dont la fonction est d'agir sur les êtres inférieurs, ayant été divisé par le péché, doit nécessairement se manifester autour de l'homme par des influences contraires. Pendant que les bons anges soutiennent sa marche et
affermissent ses pas sur le chemin de l'éternelle félicité où sera consommée sa perfection, les anges maudits conspirent sa perte et préparent leurs embûches. Ce n'est pas mauvais vouloir de la part de Dieu, car aucune créature, si puissante qu'elle soit, ne peut nuire au roi du monde contre sa volonté. Il a toujours le pouvoir de lui résister, et ce pouvoir, plus fort à l'origine qu'il ne l'est aujourd'hui, devait, dans les desseins de Dieu, accroître, par sa victoire, les mérites de notre premier père et le grandir ' . Ne vous étonnez donc pas de voir entrer en scène l'ange déchu ; la Providence l'appelle et sa propre perversité le pousse.
1. Divina sapientia disponit omnia suaviter (ut dicitur sapient octavo), in quantum scilicet sua providenlia singulis altribuit, quœ eis competunt secundum suam naturam : quia (ut dicit Dion quarto cap. de divinis nom.) Providentiœ non est naturam conumpere, sed salvnre. Hoc aulem pertinet ad couditionem humante naturœ, ut ab aliis creaturis juvari vel impediri possit. Unde conveniens fuit, ut Deus hominem in stalu innocentke et tenlan permitteret per malos angelos, et juvari eum faceret per bonos. Ex speciali enim beneficio graliae hoc erat ei collatum, ut nulla creatura exterior ei posset nocere contra propriam voluntatem, per quam etiam tenlationi dremonis resistere poterat. (Summ, Theol., lla II* p., quaest. 105, a. 1.)
Il arrive, mais sous quel aspect! « Sed et serpe?is erat callidior cunctis animantibus terne quœ fecerat Dominus '.Le serpent, dit la Genèse, était le plus rusé de tous les vivants sortis des mains du Seigneur. » L'esprit malin a-t-il donc vraiment avili sa nature, si belle encore dans le crime et l'infortune, jusqu'à prendre le corps d'un animal ? — Pourquoi non ? — Nos premiers parents étaient habitués à communiquer avec le monde invisible sous le voile des figures, rien ne pouvait les étonner. D'autre part, leur âme étant fermée aux suçeestioris intérieures du démon, il fallait qu'il se montrât 2. Mais s'il eût manifesté sa présence par une apparition en harmonie avec sa nature déshonorée, à sa triste beauté sillonnée par les foudres du ciel, ceux qu'il voulait surprendre eussent deviné l'ennemi.