Gènes., cap. m
2. Suggestio, qua spiritualiter diabolus homini aliquid suggerit, ostendit diabolum plus habere potestalis in homme, quam suggestio exterior : quia per suggesliouem interiorem immulatur à diabolo saltem hominis phantasia, sed per suggestionem exleriorem immutatur sola exlerior creatura. Diabolus autem minimum potestalis babebat in homine ante peccatum. Et ideo non potuit eum mteriori suggestione, sed solum exteriori tentare. (Summ. Theol., lia II* p., quaest. 165, a 2.)
Cependant si, malgré la précision et l'autorité de la lettre, vous ne voulez voir, en celte entrée en scène, qu'un symbole, reconnaissez-y la profonde habileté de l'ennemi du genre humain. Il prend des détours, il se fait petit, il rampe, il serpente; c'est la marche naturelle du méchant.
Si le méchant découvrait tout à coup son âme perfide et ses funestes projets, il révolterait rhonnôtelé et s'exposerait à la honte d'une prompte défaite. Ce n'est qu'en s'insinuant par le mensonge qu'il peut prolonger ses alternats et en assurer le succès. Tout ment en lui : son visage, sa voix, ses discours. Il trompe les yeux, les oreilles, le cœur; il est à la fois caresse et venin. Ce serpent, vous l'avez rencontré dans votre vie privée, Messieurs, vous le voyez agir au grand jour de la vie publique. Serpents, les faux amis qui se sont glissés dans vos affections pour mieux flatter vos penchants, et obtenir de votre faiblesse une apostasie de la vertu. Serpents, les coureurs de pouvoir qui rampent aux pieds du peuple, captent sa confiance imbécile par d'inexécutables promesses, le poussent à la révolte et aux catastrophes, afin de venir, en
temps opportun, se réchauffer au soleil de la fortune sur les ruines qu'il aura faites au prix de son bonheur et ae son sang. Il y a tant de serpents à l'origine de nos chutes individuelles et sociales,qu'il ne me paraît nullement étrange d'en voir un commencer la chute de nos premiers parents.
Remarquez son adresse, je vous prie. Ce n'est pas avec l'homme qu'il s'abouche, mais avec la femme dont il connaît la faiblesse et le pouvoir ' . — Dixit ad mulierem. — Moins intelligente que l'homme, la femme peut devenir plus facilement vaine et orgueilleuse. Formée de la substance même de l'homme, elle a pris sur son cœur un mystérieux pouvoir dont elle peut se servir en mal comme en bien. Elle aime, elle se sent aimée ; c'est assez pour lui donner l'espoir d'une condescendance qui, tôt ou tard, assure le triomphe de sa volonté. Heureux
1. In aclu tentationis diaboluseratsicut principale agens, sed mulier assumebatur quasi instrumentum tentationis, ad (lejiciendum virum : tum quia mulier erat infirmior viro, unde magis seduci poterat; tum etiam, propter conjunctioïiem ejus ad virum, maxime per eam diabolus poterat virum seducere. (Summ. Theol., IIa II* p., quoest. 165, a. 2., IL 1.)
138 LA CHDTB.
l'homme dont la femme soumise à de saintes influences fait sentir au foyer domestique le doux empire de son amour ! Sollicité par ses passions, il est prêt à quitter le chemin du devoir; mais une respectueuse tendresse l'y retient. S'il s'en écarte, pourtant, dans une heure d'oubli, il y est bientôt ramené par une parole, un regard, une larme de celle qui lui est chère. Ah ! les ennemis de Dieu ont trop bien compris ce pouvoir de la femme. Ils voudraient s'en emparer, pour hâter la complète destruction du reste de nos vertus chrétiennes et de nos religieuses croyances. C'est le secret de ces âpres colères avec lesquelles ils poursuivent tout ce qui représente parmi nous l'influence divine, et de l'empressement qu'ils mettent à séculariser l'éducatiou de la femme. Malheur à l'homme si jamais ils réussissent! Nonseulement rien ne l'arrêtera plus sur les pentes de la plus abominable corruption : mais, entraîné par celle-là même qui pouvait le retenir encore, il y tombera d'une chute plus rapide et plus irrémédiable. Pervertir la femme, c'est l'œuvre diabolique par excellence.
LA CHDTE. 13?
Satan connaissait biefi son métier de corrupteur. C'est à la femme qu'il s'adresse : Dixil %d mulierem. — « Pourquoi, dit-il, Dieu vous a-t-il ordonné de ne pas manger de tous les fruits du paradis ? — Cur pmcipit vobis Deus ut non comederitis de omni ligno paradisi1?» — Pourquoi? — Il interroge; c'est la plus sûre manière de tenter une âme. Une contradiction franche effaroucherait la virginité de sa foi, il faut l'alanguir par les passes énervantes du doute. On l'a fort bien dit, Messieurs, « l'interrogation est l'art de mettre en question ce qui est 2. » Mais quoi mettre en question dans une âme où retentit encore la parole du ciel ? — Le droit radical de Dieu à commander ou à défendre? —C'est impossible. Nous-mêmes, pour peu qu'il y ait encore un reste de bon sens dans nos égarements, nous n'osons pas toujours mettre en question la suprême autorité de Dieu. Nous aimons mieux nous persuader qu'on nous trompe et que notre conscience elle-même, condamnant l'objet vers lequel se portent nos