Gènes., cap. m
cision! Rien que le fait brutal, tous les détails sont passés sous silence. On les devine pourtant. La voix du devoir et de la grâce fut moins écoutée que les promesses de Satan, traduites par les caresses, les tendres regards et les douces paroles d'une femme aimée. Adam se laissa enivrer, comme la première victime de l'ange déchu, de l'espoir d'être semblable à Dieu, et peut-être fut-il heureux de penser qu'il allait associer celle qu'il aimait à sa nouvelle grandeur. Sa bienveillante affection diminua la faute où Eve avait mis plus d'orgueil '; mais, en même temps, il l'aggravait de tout le poids de sa perfection et de sa responsabilité 2. Il est tombé, c'est maintenant qu'il faut s'écrier : Malheureuse humanité!
\. Quantum ad speciem superbiœ gravius peccavit mu lier. (Summ. Theol., II* II» p., quoest. 163, a. 4.)
Adam in peccatum consentit amicabili quadam benevolentia, qua plerumque fit ut oflendatur Deus, ne homo ex amico fiât inimicus; quod eum facere non debuisse divin» sententire justus exitus indicavit. (August., lib. XI, De Gencsi ad lilteram. cap. ult. a med.)
2. Si consideremus conditionem personae utriusque, sciiicet mulieris, et viri, peccatum viri est gravius, quia erat perfectior. (Summ Theol. II» H» p., quoest. 163, a. i. )
lô- LA CHUTE.
«: Lorsque Adam, vaincu par l'orgueil et par l'amour terrestre, eut mangé du fruit défendu, ia terre trembla jusqu'au fond de ses entrailles, comme si elle allait enfanter de nouveau; la nature, qui déjà s'élait plainte de la faute d'Eve, poussa un second gémissement ; le ciel s'obscurcit, la foudre gronda, de larges gouttes tombèrent comme de tristes larmes sur la terre déshonorée1. » — C'est ainsi, Messieurs, que Milton annonce le dénoûment du drame funeste dont vous venez de suivre les péripéties. Ce dénoûment est court, mais que de désastres a la fois. La menace de Dieu s'accomplit, et, d'un instant à l'autre, nos premiers parents comprennent mieux la mystérieuse emphase de cette parole divine : — « Morte morieris : Tu mouiras de mort. »
i . Earth trembled from lier entrails, as again In pangs; and Nature gave a second groan; Shy lour'd, and, muttering thunder, some sad drop» Wept at completing of the mortal sin Original.
(Paradise Lost, Book IX.)
Morte la grâce qui vivifiait leur nature et l'inondait des lumières du ciel; mortes les splendeurs de cette belle intelligence qui voyait sans ombre le vrai et le bien et dirigeait si souverainement toutes les facultés de l'âme; morte cette puissance du libre arbitre qui commandait aux sens et à leurs appétits déréglés; morte cette sainte pudeur que l'impure chaleur du sang n'a jamais offensée, et qui ne voyait tout à l'heure dans l'harmonie des formes que la chaste beauté de la chair. « Les yeux des coupables sont ouverts, et reconnaissant qu'ils sont nus, ils rougissent l'un de l'autre et se couvrent. Puis entendant la voix du Seigneur qui se promène dans le jardin, à l'heure de la brise, ils se cachent au milieu des arbres pour éviter sa présence1. » — Naguère ils allaient au-devant de lui, et maintenant ils croient, les insensés, qu'en le fuyant ils échapperont à ses poursuites. Vain espoir. Il suffit d'un appel tout-puissant pour les amener devant leur juge.
t. Et aperti sunt oculi amborum; cumque cogno vissent se esseuudos,consuerunt folia ficus, et fecerunt sibi perizomata. Etcùin audissent vocem Domini Uei deambulanlis in paradiso i ad auram post meridiem, abscondil se Adam et uxor ejusa facieDomini Dei in medio lig-ni paradisi. (Gènes., cap. m, 7,8.)
« Adam, où es-tu? dit le Seigneur. — Seigneur, répond Adam, j'ai entendu voire voix dans le jardin et, parce que j'étais nu, j'ai été saisi de crainte. — Mais qui t'a appris que tu étais nu, sinon que tu as mangé du fruit de l'arbre dont j'avais dit : Tu n'en mangeras pas ' ? i> — Soyez humble, ô père du genre humain, un cri de votre cœur repentant : Seigneur, j'ai péché, ayez pitié de nous, va peutêtre tout sauver. Mais non, il s'excuse et se jette comme un fou entre les bras de la mort. — « La femme que vous m'avez donnée pour compagne, dit-il, m'a présenté du fruit de cet arbre et j'en ai mangé. Et le Seigneur s'adressanl à la femme: Pourquoi as-tu fait cela? — C'est le serpent qui m'a trompée et j'ai mangé de ce fruit". » C'est bien, la cause est
1. Voeavitque Dominus Deus Adam, et dixit ei : Ubi es? Qui ait; vocem tuaiu audivi in paradiso; et timui eô quôd nudus essem, et abscondi me. Cui dixit : Quis enim indicavil tibi quôd nu Jus esses, nisi quoi ex ligno de quo praeceperam tibi ne comeùeres , comedi;li? (Geues. cap. III, 9, 10, 11.)
2. Dixilqne Adam : Mulier quam dedisti mihi sociara dédit mibi de ligno, et comedi. Et dixit Dominus Deus ad mulierem : Quare hoc fecisti? Quse respoudit : Serpens decepit me, et comedi. (IbiJ., 12, 13.)
instruite. Maintenant écoutez la sentence. Elle n'est pas nouvelle. C'est toujours le morte morieris qui s'enfonce de plus en plus dans la nature humaine et la dépouille de ses privilèges. Après avoir maudit de nouveau l'esprit du mal sous la figure de la bête dont il a pris la forme pour séduire ; après l'avoir enchaîné à la matière, ce qui est le plus grand supplice de cet être altier; après l'avoir condamné à ramper sur la terre, où il nous dressera des embûches et recevra les coups de talon de notre liberté victorieuse », Dieu s'adresse à la femme : — « Je multiplierai, dit-il, tes calamités et tes enfantements. Tu enfanteras dans la douleur, tu seras sous la puissance de l'homme et il te dominera 2. » — Chastes espérances d'une maternité sans tache et sans souffrance, douce
1. Et ait Dominus Deus ad serpentem : Quia fecisti hoc, maledictus es inter omnia animantia et bestias terne; super pectus tuum gradieris, et terrain comedes cunctis diebus vitue tuJë. Inimidlias ponam inter te et mulierem, et semen luum, et semen illius; ipsa conteret caput tuum, et tuinsidiaberis calcaneo ejus. (Gènes., cap. III, 14, 15.)
2. Mulieri quoque dixit : Multiplicabo œrumnas tuas, et conceptus tuos; ia dolore paries iilios, et sub viri potestale eiïs, et ipse dominabilur tui. (lbid., 16.)
société du foyer domestique où l'amour créait l'égalité : tout est perdu. 0 femme, il te faudra payer chèrement la gloire de revivre dans le fruit de les entrailles, et tu préluderas par les cris de tes tortures à ce joyeux cantique : Un fils nous est né. Ton amour, naguère si puissant, n'aura plus la force de subjuguer à toujours le maître que Dieu te donne. Les premiers enivrements de la passion le jetteront à tes pieds; mais tu verras se relever bientôt sa fierté révoltée de cette faiblesse, et, s'il ne devient pas le tyran du foyer, tu sentiras toujours, dans sa bienveillance même, la pitié du plus fort et l'autorité du plus grand. Morte la surnaturelle vigueur qui ne te promettait que des enfantements pleins d'honneur et d'allégresse; morte la surhumaine et victorieuse beauté devant laquelle le compagnon de ta vie abdiquait ses droits à la domination. — Morte morieris.
Ton maître ne sera pas épargné. « Adam, dit le Seigneur, parce que tu as écoulé la voix de ta femme et mangé du fruit dont je t'avais défendu de manger, la terre est maudite. C'est ton ouvrage. Tu ne mangeras plus, tous les jours de ta vie, qu'après de rudes labeurs. La terre
ne produira pour toi que des épines et des ronces, au milieu desquelles tu chercheras l'herbe dont tu dois te nourrir. Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front, jusqu'à ce que tu retournes dans la terre d'où tu as été tiré, car tu es poussière et tu redeviendras poussière ' . » — Imprégnée de la bénédiction de Dieu, la terre n'osait rien refuser à son roi. En payant un tribut à la vie des animaux, elle multipliait pour le service du maître ses plus riches productions. Dieu la maudit, et voilà que ses entrailles se resserrent et deviennent avares. Il faut que l'homme se courbe et les déchire pour en arracher, à la sueur de son front, son pain de chaque jour, et qu'il veille à ce que la semence, dont il attend la vie, ne soit pas étouffée par les plantes folles qui se révoltent contre ses efforts. Il commande, mais tous les vivants
1 . Adœ vero dixit : quia audisti vocem uxoris tuœ, et comedisti de ligno, ex quo proeceperam tibi ne comederes, maledicta terra in onere tuo ; in laboribus comedes ex ea cunctis diebus vitoe tuoe. Spinas el tribulos germinabit tibi, et comedes herbam terrae. In sudore vultùs tu: vesceris pane, douée revertaris in terram de qua sumptus es; quia pulvis es, et in pulverem reverleris. (Gènes., cap. m, 17, 18, 19.)
semblent lire sur son front l'anathème de son péché. Ils n'ont plus de confiance dans l'autorité de ce rebelle, et au lieu d'obéir, comme naguère, au premier appel de sa voix, ils s'enfuient effarouchés à son approche, et lui ne peut plus s'en rendre maître qu'au prix de mille ruses et de mille peines. Le trouble de la nature n'est qu'un retentissement du trouble de son être. L'ordre primitif y est complètement renversé, et la poussière dont fut formée sa chair, ne se sentant plus retenue, reprend impatiemment sa tendance à la dispersion. — Morte cette souveraineté tranquille et pacifique qui soumettait sans lutte et sans efforts toutes les créatures; morte cette robuste et infatigable constitution qui ne devait point sentir le faix du travail; morte cette mystérieuse vertu qui assurait au roi de la création le perpétuel renouvellement de ses jours, et faisait du corps humain un édifice indestructible. — Morte morieris.
Que de ruines et de dépouillements! Ah ! sans doute Dieu aura pitié des infortunés qu'il châtie si rudement, etavant de disparaître il leuradressera une parole de consolation. Non, il voit leur nudité, et en leur faisant l'aumône d'un vête-
ment il se moque de leur malheur. « Le voilà, s'écrie-t-il, le voilà cet Adam devenu comme l'un de nous, sachant le bien et le mal. Maintenant prenons garde qu'il ne mette la main sur le fruit de vie et qu'il n'en mange pour vivre éternellement. — Et après avoir chassé l'homme du paradis, il place à l'entrée un chérubin armé d'un glaive flamboyant et toujours en mouvement, pour garder le chemin de l'arbre de vie * . » — Ah ! mon Dieu, vous êtes trop cruel. Frappez, c'est votre droit, mais ne déshonorez pas votre justice par l'insulte !
Messieurs, il n'est point dans les habitudes de la justice de Dieu d'insulter le pécheur, tant qu'il peut recourir encore à sa miséricorde. Aussi saint Augustin nous fait-il remarquer que les paroles divines sont moins une ironie à l'a-
1. Fecit quoque Dominus Deus Adae.et uxori ejus tunicas peliiceas, et induit eos; et ait : Ecce Adam quasi unus ex nobis factus est, sciens bonum et malum; nunc ergo ne forte miltat manum suam, et sumat etiam de ligno vitae, et comedat, et vivat in aeternum. Et emisit eum Dominus Deus de paradiso voluptatis, ut operaretur terram de qua sumptus est. Ejecitque Adam; et collocavit ante paradisum voluptatis Cherubim, et flammeum gladium atque versatilem, ad custodiendam viam ligni vitae. (Gènes., cap. m, 21, 22, 23, 24.)
lbO LA CHUTE.
dresse de nos premiers parents qu'un avertissement ayant pour but d'effrayer et de contenir les audaces de notre orgueil. La prévenante bonté de Dieu montre aux pécheurs de l'avenir ce grand exemple d'un homme qui, au lieu d'atteindre le sommet où le poussait une ambition déréglée, perd, dans sa tentative insensée, tous les biens qu'il possédait '.
Sur ce dernier avis donné au genre humain, les assises divines sont levées ; le juge disparaît, il ne reste plus que les condamnés et le bourreau. Les condamnés qui s'en vont, en pleurant, vers la terre de bannissement et n'osent pas se retourner pour dire adieu à la patrie de leur innocence et de leur bonheur. Le bourreau toujours invisible et préparant, en silence, le dernier coup qui doit donner tout son éclata la sentence divine : Morte morieris. Adam et Eve ont tout
4. Vcrba hœc Dei non tam sunt primis parentibus insultanlis, quam caeteros ne ilà superbiant deterrentis, propter quos ista conscripla sunt : quia scilicet non solum Ad .m non fuit factus qualis fieri voluit, sed nec illud ad quod faclus fuerat conservavit. (August., lib. XI, De Genesi ad litter., cap. xxxix.)
Cf. Summ. Theol., IIa Ilœ p., qyiest. 164. De pœnispeccatiprimi hominis. Toia qua^ji.
perdu; mais il y a encore tant de sève dans leur jeune nature qu'ils ne comprennent pas bien l'étendue de leur châtiment. Qu'est-ce que la mort? Cette douloureuse question les agite. Ils suivent, d'un œil attristé, la chute et les frissons de la feuille desséchée que le vent emporte devant eux. Ils écoutent, avec stupeur, les plaintes des animaux expirants, et contemplent, avec effroi, leur corps sans mouvement. 0 mon seigneur, demande la femme d'une voix émue, est-ce là la mort? Et Adam ne peut lui répondre que par un peut-être. Mais à quelque temps de là le bourreau a commencé cet universel carnage qui ne doit cesser qu'avec les siècles; Gain vient de tuer son frère Abel. Quand la mère du genre humain vit k ses pieds le corps sanglant de son bien-aimé, elle fut glacée d'épouvante, puis elle éclata en gémissements et en sanglots. Elle s'assit, et prenant sur ses genoux la dépouille inanimée de son Abel, elle la couvrit de baisers. Mon fils, disait-elle, je suis ta mère, est-ce que tu ne m'entends pas? Ouvre tes beaux yeux, regarde-moi, réponds-moi. MonDieu,il ne voit plus, il ne parle plus, il ne respire plus, il est
insensible et froid. Abel! Abel! — Et tout près
162 LA CIJL'TE.
de la mère, la voix grave et tremblante du père se fit entendre : Femme, Dieu l'avait dit : voilà la rnorl! — Ils pleurèrent longtemps ensemble et achevèrent, par leur larmes, de se purifier de leur péché.
Pleurons avec eux, Messieurs. Pleurons nos chers morts, et surtout pleurons le péché qui a ouvert à la mort les portes de ce monde. Oublier ces deux choses, la mort et le péché, est malsain pour notre vie de passage et d'exil. Quand la terrible sentence, Morte morieris, ne retentit plus en notre cœur, nous sommes tentés de croire que nous ne verrons pas la fin des jours de notre fugitive existence, et nous nous efforçons de ranimer les misérables restes de l'antique beauté dont fut parée la nature, pour la transformer en Éden. Efforts sacrilèges! Il n'y a plus de paradis pour nous sur cette terre. Le glaive du chérubin est suspendu sur les demeures superbes et sur les cités voluptueuses où nous prétendons fixer le bonheur. Le glaive du chérubin, c'est une armée de barbares; le glaive du chérubin, c'est une foule tumultueuse de plébéiens révoltés que Dieu lance, quand il est temps, contre les Éden de lu ci-
vilisalion. N'attendons pas leur visite pour secouer la torpeur d'une coupable illusion; mais à la lumière de cette divine parole: Morte morieris, ne cherchons plus le paradis que dans les hautes et pures régions de l'éternité.
VINGT-HUITIÈME CONFÉRENCE
VINGT-HUITIÈME CONFÉRENCE
Messeigneurs • , Messieurs,
« Le chef du genre humain a prévariqué; par sa prévarication il a encouru la colère de Dieu et la perte de la justice surnaturelle dans laquelle il avait été créé. Tous les dons gratuits qui dérivaient de cette justice ont disparu avec elle, partant. plus d'empire absolu de l'âme sur les appétits de la chair, plus de force pour résister à l'action des causes qui désagrègent le corps humain; mais l'ignorance, la concupiscence, la souffrance, la mort, et le honteux esclavage de la nature sous la puissance de l'esprit maudit dont les séductions ont triomphé. En un mot Adam est déchu.
Sa déchéance est-elle un fait personnel? Non.
i. Mgr le Coadjuteur et Mgr Mermilloifyivèque de Genève.
Le père des hommes entraîne avec lui, clans sa chute, toute sa triste postérité. Non-seulement il nous transmet la souffrance et la mort, mais son péché passe en chacun des membres de l'humanité, dépouillée par lui de la justice et de la sainteté originelles, selon cette parole de l'Apôtre : — « Par un seul homme le péché est « entré dans le monde et par le péché la mort, « et ainsi tous ont hérité la mort de celui en c qui tous ont péché. » — Un dans son origine, le péché d'Adam en se répandant par propagation, et non par imitation, devient inhérent et propre à chacun de nous '. »
I. I. Si quis non confitetur, prhnum hominera Adam,cum mandatum Dei in paradiso fuisset transgressus, statim sanctitatem et justitiam, in qua conslitutus fuerat, ainisisse, incurrisseque per oflensam prœvaricationis hujusmodi iram et indignationem Dei atque ideo mortem, quam antea illi comminatus fuerat Deus, et cum morte captivitatem sub ejus poteslate, qui mortis deinde habuit imperium, hoc est, diaboli, totumque Adam, per illam praevaricationis offensam, secundum corpus et animam in deterius commulatum fuisse : Anat berna sit.
II. Si quis Adae praevaricationem sibi soli, et non ejus propagini, asserit nocuisse, et acceptam a Deo sanctitatem et justitiam, quam perdidit, sibi soli, et non nobis etiani eum perdidisse; aut inquinatum illum per inobedientiaî peccatum, mortem et pœnas corporis tantum in omne genus
Telle est, Messieurs, la doctrine que l'Église propose à notre croyance par la bouche du saint concile de Trente.
Cette doctrine est, pour un grand nombre d'espritSjiine pierre d'achoppement et de scandale. Je ne parle pas de ceux qui, tout entiers au divorce impie de la raison et de la foi, enveloppent d'un môme mépris tous les dogmes où se révèle l'intervention surnaturelle de Dieu, mais de ces esprits inquiets, raisonneurs et mal instruits qui, sans refuser absolument de croire, se laissent facilement déconcerter par les mystères, et s'attardent plus qu'il ne faut aux objections de l'incrédulité. Ils entendent dire qu'il suffit d'exposer le péché originel pour le réfuter; — qu'une créature qui n'existait pas ne saurait être complice d'une action mauvaise1. — Que la
humanum transfudisse, non autem et peccatum, quod mors est animae; anathema sit : cura contradicat Apostolo dicenti : c Per unum hominem peccatum intravit in mundum, et per peccatum mors, et ita in omnes homincs mors pertransiit, in quo omnes peccaverunt. >
111. Si quis hoc Adœ peccatum, quod origine unum est et propngalione, non imitatione, transfusum omnibus, inest unicuique proprium... anathema sit. (Conc. Trid., sess. V, can. 1, 2, 3.)
i.Bayle. jq
responsabilité dépendant de la liberté on ne peut pas être responsable d'une action que non-seulement on n'a pas faite librement, mais même que l'on n'a pas faite du tout ' ; — que la conscience se refuse à admettre qu'une faute commise par le premier homme ait infecté la nature2; — que la justice qui punit les innocents pour les coupables, et qui déclare coupable celui qui n'a pas agi, c'est la vendetta barbare et non la justice des hommes éclairés 3. — Enfin que, pris à la lettre, le dogme du péché originel est une doctrine barbare. L'imagination aidant, et un peu l'ignorance, c'est assez pour jeter le trouble dans les idées et créer des préjugés, des préventions, des défiances qui arrêtent aux portes de l'âme l'enseignement de l'Église.
Ces préjugés, ces préventions, ces défiances je veux les dissiper, Messieurs, et j'espère que ma bonne volonté sera récompensée par le succès, si vous voulez me suivre pas à pas dans l'examen méthodique de l'importante question
\ . Janet, Philosophie et religion (Revue des Deux Mondes, 15 mai 1869.)