‹ Conférences de Notre-Dame de Paris (volume 3)Chapitre 3 sur 56 · I Cor., cap. I · texte numérisé non relu

I Cor., cap. I

vèrain bien à se donner en personne après avoir inondé le monde de ses largesses ; mais le Christ radieux et dominateur, dont nous rêvions tout à l'heure l'apparition aux origines du monde, garde nécessairement des biens que le Christ rédempteur sacrifie : sa gloire et sa vie. Pour ce dernier, point de fêtes dans la nature, point d'enthousiasme dans l'humanité. La pauvreté au berceau, la persécution et l'exil dès l'enfance, l'obscurité et les privations, les sueurs et les fatigues de la vie ouvrière, l'ingratitude, le mépris, la haine, la trahison des hommes, tout cela couronné par un drame lugubre et sanglant : la mort sur un gibet. Quand il veut être magnifique à l'excès ce l'amour ne calcule pas, l'amour ne raisonne pas, l'amour ignore la mesure, l'amour tranche les difficultés, l'amour passe par-dessus l'impossible, l'amour, s'il ne peut autrement obtenir ce qu'il désire, tue celui qui aime. Amor necat amantem ' . )) Tel est l'amour de Dieu dans l'in-

1. Amor ignorât judicium, ratione caret, modum nescit. Amor non accipit de impossibilitate solatium, non recipit de difficultate remedium. Amor nisi ad desiderata pervaserit, necat amantem. (Petrus Chrysolog., Serm. cxl vu, De Incarnationis sacramento.)

carnation réparatrice. L'excès de sa magnificence va jusqu'à ce point,que les biens dont il est si prodigue ce n'est pas sur des amis qu'il les répand, ce qui serait déjà grand; mais sur des ennemis : C'est vraiment trop : Magnum est magna dare amicis et proximis; nimis inimicis1.

Si je ne me trompe, Messieurs, l'introduction du Verbe rédempteur dans le plan de l'incarnation nous donne un accroissement de la manifestation des perfections divines. Cependant ce n'est pas encore le grand jeu que Dieu veut nous faire entendre. Deux perfections, que nous eussions à peine connues dans une création immaculée, présidée par le Verbe incarné, viennent renforcer le chœur de la puissance, de la sagesse et de l'amour. Vous avez nommé la miséricorde et la justice.

Les magnificences de l'amour divin ont dû vous faire pressentir cette touchante perfection qui met Dieu en rapport avec la misère. Il en a pitié; «mais son inaltérable nalure, dit saint Thomas, ne se prête qu'à l'acte suprême de la

Page 1