‹ Conférences de Notre-Dame de Paris (volume 3)Chapitre 33 sur 56 · Plutarque, De Isis et Osiris, n · texte numérisé non relu

Plutarque, De Isis et Osiris, n

i. Anquelil-Duperron, Système mythologique des mages; Mémoires de l'Académie des inscriptions, t. LXI, p. 298- 299. — Plutarque, De Isis et Osiris, n™ 41, 42, 43. — D'JIerbelot, Bibliothèque orientale, article Zardascht.

5. A. de Huraboldtj Vue des Cordillères, t. I, p. :235- 330. — Mallct, Voyage eu Norwège-

et un autel à la vierge dont le fils est attendu. La Grèce espère en un rejeton d'Apollon qui amènera le règne de la justice ', en un Dieu, cher fils d'un père ennemi, qui s'offrira pour succéder aux souffrances de Prométhée, figure du genre humain châtié par la colère divine 2- Pendant que les poètes avivent cette espérance le sublime Platon la confirme. «. Il faut attendre, dit-il, par la bouche de Socrate, que quelqu'un vienne nous instruire de la manière dont nous devons nous conduire envers les dieux et envers les hommes; » à quoi Àlcibiade répond : « Quand viendra ce temps? qui nous enseignera ces choses? j'ai un désir ardent de connaître ce quelqu'un 3- » Enfin, sur le seuil du nouvel âge,

• 1. Boulanger, Recherches sur l'origine du despotisme oriental, sect. X, p. 116.

2. Eschyle, Promèlhée enchaîné. Plutarque, dans sa Vie de Pompée, nous a conservé le vers de la 3e partie de la trilogie d'Eschyle, Prométhée délivré, où ce dernier appelle son sauveur : ce cher fils d'un père ennemi.

3. Socrate... A'vcr/y.aïov ouv cari ■^epiae-juv taç iôv ri pâ0vj

wç §ù Trpôj Osoiç y.ai 7Tfôj àv9pw7TO!ç StaxûoQettt Alcibiade. non oZv itaptirat à /pôvo; o-jxoq, w T.ojxpv-sç;

ïSeh TOtirov xxv av9jO&>7COV ziç £<7ïtv.

/ Platon, Alcibiade II.)

Virgile chante en ces termes l'espoir de l'univers:

ï Les temps annoncés.par l'oracle sont arrivés.

L'ordre immense des siècles se renouvelle

Un nouveau-né est envoyé des cieux.

Il prendra vie au sein de la divinité,

Il verra les héros mêlés aux dieux et sera luimême distingué par eux.

Il gouvernera l'univers apaisé par les vertus de son père.

L'heure est sonnée, viens prendre tes grands honneurs,

Viens, cher fils d'un dieu, grand rejeton de Jupiter !

Regarde devant toi, le globe s'incline et te salue.

La terre, la mer immense, le ciel profond,

Regarde, tout est en joie à l'approche du siècle qui vient É. y>

1. Ultima Cumaei venit jani carmini? astas Magnus ab integro sap.clorum na>citur ordo, Jam nova progenies cœlo dimittiiur allô... Ule Ueum vilam accipiot, divi^que videbit Permixios heroas, et ipse videbitur îllis; Pacatumque reget palriis virtulibus orbem...

LA PLÉNITUDE DES TEMPS. w23i

Le but de Dieu est atteint, Messieurs. Il voulait humilier notre orgueil par une longue expérience de nos misères intellectuelles et morales, et faire concourir notre liberté, par le désir, à l'accomplissement de son œuvre réparatrice. Il lui fallait du temps pour cela; il a pris quarante siècles. Ce n'est pas à notre infirme sagesse qu'il appartient de contester ses mesures et de dire : l'expérience a trop duré, le Libérateur s'est trop fait attendre. Nous devons croire que la sagesse divine conduit comme il faut ses calculs. Les temps sont pleins d'erreurs; Dieu va éclairer le genre humain. Non pas qu'il rende l'erreur impossible; mais la doctrine de son Verbe répandra un tel éclat que, partout où elle aura pénétré, les ombres de mort seront dissipées, et l'erreur ne se pourra plus produire sans prendre un caractère révoltant d'insanité et de malice qui l'empêchera de prescrire et de s'universaliser.

Aggredere o magnos, aderit jam teinpus, honores, Cara Ueuui sobules, magnum Jovis incrementum! Adspice convexo uutanteiu pondère munJum, Terrasque, tractusque maris, cœîumque pypofundum; Adspice venlura lœlentur ut omnia saeclo.V

(Virgil., Èglog. iv a4 ^ollionarn.)

Les temps sont pleins de crimes; Dieu va guérir le monde malade. Non pas qu'il enchaîne toutes les passions et étouffe leurs coupables explosions; mais la loi sainte de son fils, ses exemples, les vertus de ses justes, en purifiant l'atmosphère morale où respire la conscience et se meut la liberté, pèseront avec une telle autorité sur les mœurs publiques qu'elles enlèveront au crime la triple protection qui l'avait installé dans les habitudes des nations. Les temps sont pleins de désirs; Dieu va les satisfaire. Non pas qu'il y soit obligé autrement que par la vertu de ses promesses; mais il daigne avoir égard aux humbles supplications des misérables qui l'implorent. En nous faisant désirer son incarnation, le Verbe libérateur nous révèle la grandeur du don de Dieu; en laissant à l'erreur et au crime le temps de se multiplier, il nous prépare une manifestation de sa puissance et de son amour. C'est assez pour justifier la conduite de la Providence. Mais je veux, Messieurs, que cette justification soit complète. Méditons donc ensemble cette seconde pensée : Dieu devait le délai de l'incarnation à la majesté de son fils; voilà pourquoi les temps sont pleins

de promesses, de prodiges, de solennelles et bienfaisantes catastrophes.

Nous remarquons, dit saint Thomas, que les actes typiques par lesquels Dieu amène les choses à leur point suivent un ordre progressif qui va du moins parfait au plus parfait \ La création ne s'est point faite tout d'un ooup; à la matière confuse a succédé la matière ordonnée, dans la matière ordonnée la vie est éclose, et la vie, rudimentaire et obscure dès le principe, a été peu à peu développée et perfectionnée pour former les règnes, les embranchements, les familles, les genres, les espèces. Bien que la science n'ait pu mesurer encore d'une manière exacte le temps de l'action créatrice, ni définir tous les maniements qu'a subis le monde avant que Dieu le jugeât digne d'être le palais du roi des créatures, elle ne nous laisse

t. Non fuit conveniens statitn post peccatum Deum incar-

nari propter ordinem promotionis in bonum secundum

quem ab imperfecto ad perfectum proceditur. (Summ.

''.'hpiil 111 r\ mijict \ a Ç\ \

Theol., 111 p., qufest. 1, a. 5.)

aucun doute sur la vérité d'une longue et patiente opération qui a mesuré sagement les délais pour nous faire suivre et admirer ses progrès. Tout est bien quand l'homme va paraître, tout est parfait quand il prend possession du monde : Cuncta sitnt valdè bona.

Or, Messieurs, si Dieu, par égard pour la dignité de l'homme, a cru devoir procéder lentement à la préparation de sa demeure, si, dans un monde où personne ne pouvait contester l'empire du maître, le Tout-Puissant s'est plu à multiplier et à grandir petit à petit les essais et comme les promesses de cette vie plus haute et plus noble qui était appelée à régner sur les autres vies, s'il a pensé que les cataclysmes étaient nécessaires pour asseoir le trône et étendre la domination de sa créature privilégiée, que ne devait-il pas à la majesté de son fils? L'introduire dans le monde par une surprise, c'était méconnaître sa grandeur non moins que l'ordre accoutumé des actes providentiels. A la venue du Verbe incarné, il fallait une préparation en harmonie avec la dignité de sa personne et avec l'importance de l'œuvre qu'il devait accomplir. Comme le soleil de la nature est

précédé d'une aube timide, qui blanchit l'horizon, et d'une aurore souriante, dont la pourpre colore les nuages du ciel et la crête des montagnes, le soleil de la grâce devait être précédé d'une aube, l'ère patriarcale, d'une aurore, l'âge prophétique. Quand les rois de la terre font marcher devant eux courriers et hérauts et s'avancent à la suite d'un pompeux cortège, le Roi du ciel ne se pouvait produire qu'après avoir averti le monde de son approche par des figures et des oracles, et envoyé sur sa route un long cortège de personnages illustres, recevant de la grâce comme des teintes qui présagent l'incomparable grandeur de celui qui vient sur leurs pas. Enfin, puisque le monde matériel a été si longuement et si puissamment manié, pour être digne de recevoir l'homme-roi à qui il a été dit :Dominamini,subjicite, comment croire que le monde inoral n'ait eu à subir aucun travail pour passer sous la domination de l'Homme-Dieu à qui le Seigneur a dit : Je te donnerai les nations pour héritage : Dabo tibi gentes hœreditatem tuam J ?

]. Psalm. H.

A ne considérer la majesté du Fils de Dieu qu'en elle-même, elle nous explique suffisamment le délai de l'incarnation i ; mais si nous la mettons en rapport avec notre raison, la nécessité d'un retard dans la venue del'Homme-Dieu, et d'une préparation longuement et habilement conduite, nous apparaît plus pressante. Il faudra, en effet, imposer au genre humain la foi en un mystère profond et incompréhensible que les humiliations, les souffrances, la mort du Rédempteur rendront plus profond, plus incompréhensible encore, et, disons-le sans crainte, plus répugnant. Une apparition subite, un témoignage inattendu suffiront-ils à cette œuvre difficile? J'entends bien que Dieu n'est pas à court de ressources et qu'il peut secrètement émouvoir les âmes pour les attirer à son fils; mais je comprends mieux qu'il respecte la liberté de l'homme et qu'il offre à sa raison une preuve saisissante qui, sans lui faire comprendre le

1. Non fuit conveniens statim post peccatum Deum incarnari... Propter dignitatem Verbi incarnati quia super îlluii Galai. i : At ubi venit plenitudo temporis ilicit Glossa (Aug. Tract. 31 in Joan. ante med.) : Quanlo major Judex veniebut, tanto prœconum séries longior prœcedere debebat. iSinnm. Theol , III p., quoest. 1, a. 5.)

mystère, lui donne l'assurance que c'est un fait accompli. De cette manière il engage fortement notre responsabilité soit dans l'acceptation, soit dans la résistance, et son fils ne risque pas une fausse entrée qui compromettrait sa sainte majesté.

Or, Messieurs, cette preuve saisissante, qui doit convaincre la raison avant que la foi la prosterne devant le mystère adorable que lui propose l'incarnation réparatrice, le délai seul de cette incarnation permet à Dieu de la préparer. Dans le vaste champ des siècles il sème les oracles, il dirige et fait converger vers son fils le mouvement sacré de l'inspiration. Ce mouvement progresse à mesure que le temps s'avance, et quatre siècles avant l'heure bénie de l'apparition il ne manque rien au tableau prophétique de la personne, de la vie, de l'œuvre, des triomphes du Verbe rédempteur. L'humanité attend une manifestation grandiose. Si le Fils de Dieu n'est pas reconnu il ne faudra s'en prendre qu'à l'aveuglement des passions; car, de son côté, Dieu a fait tout ce qu'il était possible de faire pour introduire dans le monde une si

grande majesté. Les oracles sont nombreux ;

tant mieux: leur confrontation avec la réalité promise n'en sera que plus convaincante. Les oracles sont placés à de longues distances sur l'échelle des âges; tant mieux: il sera plus impossible de découvrir dans leur admirable liaison des attaches naturelles. Pour empêcher leur émiettement, Dieu, par de continuelles et merveilleuses interventions, conserve le peuple à qui il en a confié le dépôt. Pour les répandre il permet des conflits, des désastres, des bouleversements, qui mêlant aux nations les enfants de Jacob leur donnent l'occasion d'éclairer les trop vagues désirs et de redresser les traditions défigurées. En fin, pour assurer l'accomplissementdesespromesses, il fait succéder à tous les grands empires la domination universelle du peuple dont la capitale deviendra la tête du royaume de son Promis. Encore une fois. Messieurs, regardez les temps. Par égard pour la dignité de son fils, Dieu les a remplis de ses préparations. Ils sont pleins de promesses, pleins de prodiges, pleins

de solennelles et bienfaisantes catastrophes. Saint Paul dit en parlant de ses aïeux :

tOmnia infiguris contingebarU illis i : Tout ce

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