‹ Conférences de Notre-Dame de Paris (volume 3)Chapitre 49 sur 56 · Cant · texte numérisé non relu

Cant

2. Propter hoc dabit Dominus îpse vobis signum. Ecce virgo concipiet, et pariet filium, et vocabilur nomen ejus Emmanuel. (Isai., cap. vu, 14..)

3. Creavit Dominus novum super terram; femina circumdabit virum. (Jerem., xxxi, 22.)

dempteur, la Vierge qui doit enfanter reçoit les hommages de nos vieux druides, et la voix harmonieuse des poètes invite l'enfant divin, en qui le monde espère, à reconnaître sa mère par un sourire.

Ainsi donc, Marie est aimée et choisie par Dieu de toute éternité. Elle est préparée dans le temps conjointement avec son fils, elle reçoit, en sa compagnie, le culte anticipé des figures et des oracles. A ce culte doit succéder le culte présentiel d'obéissance et d'amour que le fils de Dieu lui-même rendra à sa mère, les louantes et les bénédictions de l'humanité chrétienne, les éternels cantiques des anges et des élus. Admirable chaîne, dites-vous, dont les deux extrémités se perdent dans le sein de la divinité! — Ne vous hâtez pas d'admirer, Messieurs. Si la Vierge prophétisée doit subir la loi commune et être envahie, comme tout enfant de la race humaine, par le péché originel, la chaîne est rompue; ses tronçons désunis s'en vont de côté et d'autre dans les deux ères qui

i, Incipe, par?« puer, risu cognoscere matrem,

(VUOiki, Krïobs IV.)

partagent le temps, nous n'apercevons plus dans la conduite de Dieu, à l'égard de celle qu'il a séparée du reste des créatures par tant de privilèges, le caractère révélateur de sa parfaite sagesse : l'unité. Car, si prompt qu'il soit à purifier l'âme de Marie, il n'en est pas moins vrai que pendant un temps elle est souillée, pendant un temps elle est odieuse à son créateur, pendant un temps tout hommage doit cesser devant elle, pendant un temps il y a solution de continuité entre l'ère de préparation et l'ère de grâce. 0 grand Dieu ! prenez garde à voire sagesse!

Prenez garde aussi à votre dignité! Elle est menacée par cette longue suite de pécheurs qui précède la mère de votre fils. Le Verbe, que vous engendrez éternellement, va devenir, en prenant chair, le fils d'une femme. Vous, l'incréé, l'infini, vous vous appelez le père; une créature finie s'appellera la mère. Père et mère d'un même fils, d'un même Dieu. Mon fils Jésus! direz-vous tous les deux. 0 père immaculé ! je ne puis comprendre cette mystérieuse et ineffable communauté d'autorité et d'amour entre Votre essence éternellement pure et un être plongé, M ttraii*ce qu'un iu^nnt, dans ta ftfuivft

du péché. Si, dans l'association d'une fille de l'humanité à votre acte générateur, si, dans "l'harmonie des rapports qui permettent que le 'créateur et la créature s'expriment de la même façon à l'égard du même fils, il ne peut y avoir de part et d'autre égalité de perfections, c'est bien le moins, ce me semble, qu'il y ait similitude de pureté et d'innocence, et que la dignité du père ne soit jamais offensée par l'indignité de la mère.

Cette haute convenance se fortifie de la considération du moyen que Dieu emploie pour associer Marie à sa paternité. Ce n'est point du commerce vulgaire de la chair avec la chair que doit naître l'humanité du Sauveur. Elle est conçue par une divine et toute chaste opération. Épouse mystique de l'Esprit de Dieu, Marie ne peut appartenir qu'à lui. Il ne faut pas que ses noces sacrées soient troublées par un souvenir amer, et qu'à l'heure où l'Esprit de lumière prendra dans son sang le sang de la rédemption, l'esprit de ténèbres puisse lui dire : Un jour celle que tu épouses était mon esclave.

Mais pourquoi tant tarder, Messieurs, d'en appeler à celui-là même que Marie doit nom-

nier son fils. Éternel et incorruptible gardien, vous voyez le fleuve d'iniquité qui s'achemine vers le paradis de votre incarnation. Pouvezvous empêcher qu'il ne soit submergé? Et si vous le pouvez, le voulez-vous? Je ne vous dirai pas que la honte de la mère rejaillit sur le fils, et qu'il va de votre honneur de ne prendre chair que dans une chair toujours exempte de souillure. Je demande à votre amour filial de sauver l'honneur de votre mère. Un jour, après que vous aurez ouvert les portes du ciel, vous vous pencherez vers cette triste terre et vous direz à la Vierge exilée : « L'hiver de la douleur a passé, la pluie des tribulations ne tombe plus, les nunges de l'épreuve se dissipent, voici l'éternel printemps. Lève-toi, ma bien-aimée, et viens, viens, tu seras couronnée. Jam hienis transiit, imber abiit, et recessit; surge, arnica mea,

et veni veni, coronaberis1 . » De sa tombe,

vierge de corruption, la bien-aimée s'envolera vers les cieux. Vous viendrez au-devant d'elle, vous la prendrez par la main pour la conduire au trône de sa gloire. En traversant les hiérar-

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