‹ Conférences de Notre-Dame de Paris (volume 3)Chapitre 50 sur 56 · Cant., cap. n, •H, 13; cap, nr · texte numérisé non relu

Cant., cap. n, •H, 13; cap, nr

:<04 le paradis De l'ixcai; NATION.

chies célestes vous leur donnerez ce commandement : Anges, prosternez- vous; voici votre reine. Les anges sont vos humbles serviteurs. Cependant s'ils allaient vous répondre : Pourquoi notre reine? Verbe divin, vous avez choisi pour racheter le genre humain une nature plus petite que la nôtre. Nous l'avons adorée quand votre père, déchirant sous nos yeux les voiles de l'avenir, nous l'a montrée couverte d'opprobres, sanglante et défigurée. Mais en portant les péchés du monde elle était immaculée, et vous étiez là; nous pouvions sans déchoir lui rendre nos hommages. Impossible aujourd'hui de nous humilier davantage. Celle qui vient a enfanté votre chair, c'est vrai ; mais n'aurions-nous pas pu, si vous l'aviez permis, vous faire un corps pétri des plus purs éléments? Regardez-la et regardez-nous. Elle est née d'un sang corrompu, nous sommes sortis de la bouche du Très-Haut; elle a été souillée par le péché, jamais il n'a flétri notre très-pure essence ; un jour elle vous fut odieuse, jamais nous n'avons cessé de trouver grâce devant vos yeux. Qu?elle règne sur les humains qui ont subi comme elle la loi du péché i mais pourquoi notre reine? Dans cet

étrange renversement qui soumet à une nature déchue des natures toujours saintes, où est votre sagesse? où est votre justice?

0 cher fils de Marie! il faut, en vous épargnant ces reproches, épargner à votre mère ce suprême affront. Encore une fois, sauvez son honneur. Vous l'aimez avant qu'elle soit conçue, et Dieu vous a constitué le gardien de ce paradis qui vous est destine. N'allez-vous pas détourner, du lieu où il doit éclore,les flots qui apportent à toute génération le funeste héritage du péché, et le faire apparaître, au milieu du monde dévasté par la mort, comme une île fertile, riante, embaumée, de toutes parts baignée par le fleuve de la rédemption? Vous pouvez ce prodige, car vous êtes le souverain dispensateur de vos mérites, vous le devez à votre amour filial, vous le devez à notre foi. Ne faut-il pas que nous sachions jusqu'où s'étend l'efficace de votre incarnation réparatrice? Et comment le saurons-nous si elle ne produit quelque part la justice originelle, si elle ne remporte en quelque vie humaine une complète victoire sur le profanateur des naissances? Assez de régénérations

tardives! Il est temps; les préparations de Dieu

sonl au comble.Commandez. Arrière le péché qui déshonore les germes de l'humanité! En avant les flols qui purifient! Que votre bien-aimée soit, dès le premier instant de sa conception, toute belle et sans tache! Que tout soit vie, pureté et grâce dans le paradis de votre incarnation !

S'il en est ainsi, Messieurs, tout est bien: l'incarnation réparatrice égale l'acte créateur. En suivant la marche de !a chute elle renverse, il est vrai, l'ordre primitif du couple humain, puisqu'elle fait sortir le nouvel Adam de la nouvelle Eve; mais, en môme temps, elle l'imite, puisqu'elle prend pour point de départ la justice originelle. Tout est bien : Marie n'a plus rien à envier aux anges, son immaculée conception assure les droits de sa maternité divine à l'universelle royauté. Tout est bien : le Fils de Dieu reçoit d'une nature préservée et intègre le sang précieux qui doit couler dans ses veines sacrées. Tout est bien : l'époux divin possède sans partage et sans reproche la vierge que fécondera sa mystérieuse et trèschaste opération. Tout est bien : le Père éternel n'a point à rougir de la mère trèspure qui dit avec lui : Mon fils. Tout est bien :

le culte anticipé et le culte présentiel de Marie se soudent dans le même mystère, le culte anticipé se complète; toutes les figures s'expliquent, toutes les prophéties s'accomplissent. La toison de Gcdcon, tantôt trempée par la rosée du ciel au milieu d'un sol aride, tantôt intacte sous les torrents de pluie qui tombent autour d'elle ' ; c'est Marie, inondée de la grâce de Dieu dès le premier instant de sa conception quand toute créature humaine en est privée, préservée du péché quand il se précipite en toute âme vivante. La bien-aimée toute belle et sans tache, le jardin fermé, la fontaine scellée du Cantique des cantiques ; c'est Marie immaculée, aimée plus que tous les enfants des hommes et préservée par son divin gardien des approches du péché.

Tout est bien : c'est-à-dire, Messieurs, que tout nous semble bien, car vous m'objecterez, avec raison, que la sagesse humaine est sujette à l'erreur quand elle entreprend de sonder le

\, Judic, cap. vi, 3G-40.

2. Toia pulclira es, arnica mca, et macula non est in te. ilorlus conclusus, soror mca sponsa, hortus cooclusus, ions signatus. (Gant., cap. iv, 7, 12.)

mystère des voies de Dieu et de découvrir la règle de ses actions; que certaines spéculalions théologiques peuvent bien n'être que des chimères, et qu'il s'agit de savoir si les convenances, par nous rêvées, s'accordent avec les faits. Bref, vous me demandez si la très-sainte Vierge, paradis de l'incarnation, a clé réellement préservée du péché originel, si l'Immaculée Conception est un dogme de foi. Écoutez l'Église enseignante parlant dans la personne de son chef infaillible, à toute la chrétienté : « Nous déclarons, prononçons el définissons que la doctrine qui affirme que la bienheureuse Vierge Marie a été, dans le premier instant de sa conception, par une grâce singulière et un privilège du Dieu tout-puissant et en vue des mérites de Jésus-Christ, sauveur du genre humain, préservée et totalement exemptée de la tache du péché originel, est une doctrine révélée, et que, por conséquent, elle doit être fermement et constamment crue par tous les fidèles '. *

I. Auctorilate Domini Noslri Jesu Chrisli, bcalorum Apostolorum Pelri et Pauli, ac Noslra declaramus, pionun» eiamus et deûnimus, doctrinam, quœ tenet beatissimam

La lumière de celle définition se projette sur les considérations qui la précèdent, et nous pouvons dire maintenant avec assurance : Tout est bien. Méprisons les interprétations burlesques de l'ignorance protestant contre l'arrêt doctrinal que vous venez d'entendre. L'Église n'a jamais eu l'idée de faire de Marie une divinité, ni môme d'assimiler sa conception à celle de Jésus-Christ. Sa définition ne canonise pas non plus les fables dont une mystique trop ardente entoure les origines de la mci c de Dieu. Elle ne nous oblige pas de croire que les lois de la génération humaine ont été modifiées pour elle, ni que les forces génératrices auxquelles elle doit la vie n'ont aucunement subi dans leur union l'influence du péché ', mais, purement et sim-

Virginem Mariam in primo instanti sure Conceptionis fuisse sitigulari omnipolenlis Dui gratià cl privilegio, inluilu meriiorum Cbrisli Jcsu Sa! va loris liumani g'jneris, al) omui originalis culp;u labe prœsenalam immuiiem, esse a Ueo revelalam, al<|ue ideirco ab omnibus Pulelibus lirmilercoustanterque cralcuidam. (Bulle Incffiib'dis.)

i. Sciendum est corpus Mariatium more solilo conceptum et foriualum fuisse, lingere enim ridiculosa et patribus incognita miracula, quibusdam novatoribus placentia, non decei; nec enim ficlitiis et pliautaslicis eget nouoribus un-

plement, l'Église enseigne qu'à l'instant môme où Marie est devenue par l'infusion d'une âme raisonnable une personne humaine, elle a reçu l'efficace de la rédemption et, par conséquent, possédé une nature innocente et pleine de grâce, à la place de celte nature déchue et pécheresse que les hommes se transmettent l. Rien de moins compliqué, rien de plus aisé à comprendre que celte doctrine. La définition qui l'impose à notre foi est nouvelle, j'en conviens. Mais la chose définie a toujours élé crue, sans quoi l'Église eût gardé le silence. Sa mission n'est pas de transformer en dogmes les spéculations de l'esprit humain, mais de conserver avec soin et prudence le dépôt sacré des

mensa Mariae gloria, qure veris abumlat. (Contenson, MarialO'jia. Tlieol. lib. X, dissert VI, cap 1.)

Beata virgo fuit concepla secundum carnis concupiscentiam ex commixiione maris et feminoe. (Summ. Tkeol., III p., qnœst. 27, a. 2, ad. 4.)

i. Sane vêtus est Clirislifnlelium erga ejus bealissimam Matrem Virginem Mariant pielas sentenlium, ejus amman in primo instanti creationis, atque infusionis in corpus fuisse speciali Dci gratia et privilegio, intuitu meritorum Jesu Clinsti ejus Filii, lmmani generis Redemploris, a macula peccati originalis praeservatam immuiviu. (Paroles d'Alexandre VII citées dans la bulle Im/fabilis.)

LE PARADIS DE L'iNCABNATfON. 311

vérités que Dieu lui a confiées. Les dogmes ont leur racine dans la révélation, la tradition est le canal par où s'écoule, à travers les générations chrétiennes, leur sève divine, et, lors même que les livres saints ne nous fournissent que des indications vagues, la voix des apôtres, des docteurs et du peuple chrétien doit être considérée comme un écho de la voix de Dieu. Or c'est un apôtre, André, frère de saint Pierre, dont les paroles ont été pieusement recueillies, qui disait aux fidèles de la primitive Église : <a Le premier homme ayant été créé d'une terre sans tache, il était nécessaire que d'une vierge immaculée naquît l'homme parfait par lequel le Fils de Dieu, créateur de l'humanité, devait nous rendre la vie éternelle perdue par Adam \ » Ce sont les docteurs qui, soit en commentant l'oracle du paradis ou la salutation angélique, soit en s'adressant à la piété du peuple, enseignent de Marie qu'elle est plus sainte que les

1. Et propterea quod ex immaculata terra creatus fuerat priions houio, necesse eral ut ex immaculata virgine nasceretur perfectus liomo, quo filius Dei, qui ante coiuliderat homiuem, vilain œternani quam perdideranl Domines pei* Adamum repararet. (Martyr. S. Andrew apost. apud Morcelli.)

anges, plus élevée que les cieux, plus pure que le soleil. — Que la nature s'est arrêtée tremblante attendant que la grâce eût produit en elle son effet1. — Qu'elle seule, mère de la vie, partage avec Eve, mère de la mort, le privilège de l'innocence originelle2. — Qu'elle est exempte de toute tache2. — Qu'on ne doit jamais prononcer son nom quand il s'agit du péché*. — Mais puis-je vous citer tous les témoignages recueillis par cette grande enquête que prescrivit le Saint-Siège avant de définir6?

1 . Quoniam futurum erat ut Dei genitrix et virgo ex Anna orirelur. natura graliae fœtum anlevertere minime ausa est: verum lanlisper expectavit donec gratia fructum suum produceret. (Joan. Damasc., orat. IV. De Virgine Maria.)

2. Qua3 dîne feminae innocenlia et simplicilate floruerunt M nia et Eva, altéra salutis, altéra nostras morlis origo fuit. (S. Eplirem Syr., Serm. exeget. ad Gcnesim.)

3. Virgo per gratiam ab omni intégra labe peccati. (S. Ambros. in Psalm. cxvni, serm. 22, n° 30.)

i. Excepta sancta Virgine Maria, de qua propterbonorera Domina nullam prorsus, cum de peccato agilur, haberi volo quccstioncm. (S. Aug., lib. De nalura et gratia, cap. xxxvi, n° 42.)

5. Avant de prononcer sa définition, le Souverain Pontife Pie IX a voulu que l'on fit une enquête dans toute la chré« tienlé. A son encyclique, datée de Gacte (2 février 1819), 620 archevêques et évêques ont répondu. Quatre seulement se sont prononcés contre la définition, en attestant cepen-

— L'Église grecque est unnnime dans les louanges publiques qu'elle a données de tout temps à son immaculée. L'Eglise latine ne s'est pas tue lorsque la scolastique égarée peut-être par une physiologie erronée, certainement moins attentive à la tradition qu'à de fausses raisons Ihéologiques, s'est fait une opinion qui l'isolait de la croyance populaire '.Je n'essayerai pas ici de justifier noire grand docteur saint Thomas d'Aquin à qui Ton attribue la paternité de cette opinion. Il est mon guide dans la science, il n'est pas la règle de ma foi. Quoi qu'il ait dit ailleurs, je m'en liens à ces paroles doctorales tombées de sa plume : « Talis fuit

daiit que la croyance et la dévotion à l'Immaculée Conception étaient générales dans leur clergé et leur peuple. Et encore, de ces quatre opposants, trois se sont promplement rétractés.

1. Dans le temps où saint Bernard semblait combattre comme une nouveauté l'Immaculée Conception dans sa Lettre aux chanoines de Lyon (nos 7, 8), Arnold de Chartres, son ami et sou biographe, écrivait : « Spirilu sancto obumbrante, incendium originale (in Maria) exlinctum est; ideoque innoxiam ;iflligi non deeuil; nec sustinchal juslilia ut illud vas cleclionis communibus taxarclur injuriis, quoniain plurimum à cajleiis durerons, natura communicabaj, non culpa. (Aruold. Caruot., Do cardinalibus Chiidi opsribus.)

pur il as bcatrc virginis, nurc pcccafo originali cl actuali immunis fuit \ Exemption du péché originel el du péché nclucl, telle fui la pureté delà bienheureuse Vierge 8. » L'Eglise a permis les disputes d'école sans dissimuler sa croyance, hautement manifestée par des lètcs et des privilèges3. Elle alLendail, car rien de plus propre

\. In I Lib. Sent., dist. 44, § 3, a. 3.

2. Voyez, pour l'opinion do saint Thomas cl de son école, VIndex de celle conférence à la fin du volume.

3. Le Souverain Pontife Pic IX énumère, dans la bulle Incffabilis, (oui ce qu'oui fail ses prédécesseurs en faveui de la croyance à l'Immaculée Conception: c Enimvcro Proedecessores Noslri vclicmcnlcr gloriali sunl Aposlolica sua auetoiïlale fcsium Concoplionts in Romana Ecclesia insliluci'C, ac proprio oflicio, propriaque missa, quibus prœrogaliva immunilalis ab licreditaria labc manifeslissime asserobalur, augerc, lioncslarc, et cullumjam inslilulum omni ope promovere, amplilicarc, sive crogalis indiilgcnliis, sive facullate Irilnita civiiatibus, provinciis, regnisque, ut Dciparam sub lilulo Immaculalœ Conccplionis palronam sibi obligèrent, sive comprobalis Sodalilalibus, Congrcgalionibus, Religiosisquc Familiis ad Immaculalac Conccplionis lionorem inslilulis, sive laudibus corum piclati delalis, qui monasleria, xenodochia, allaria, Icmpla sub lmmaculati Conceplus lilulo crexerint, aut sacramenti rcligionc interposa Immnculalam Dciparaî Conceplioncm slrenuc propugnare spoponderinl. lnsupcr summoperc lœlali sunl dcccrnorcConcoplionisfcsluni ab omni Ecclesia esse habendum eodem censu ac numéro, quo festum iNalivilalis, idemque Conceptioiùs festum cum octava ab uni versa Ecclesia e«Ie-

à déraciner une croyance erronée, rien de plus propre à confirmer une croyance qui vient de Dieu que les discussions savantes des théologiens. L'Église, toujours sage, attendait donc, et la foi aidée de la science montait, montait toujours, tandis que la négation timide et respectueuse n'osait plus sortir des enceintes réservées. Enfin le jour arriva où, cédant aux instances des évoques, des rois et des peuples chrétiens, l'Église tira, par une définition triomphale, le dogme si longtemps vénéré des limbes où la prudence le tenait enseveli. Alors on entendit

brandum, et nb omnibus inter en, quee pr<ecepta sunt, sancte colendum, ac Ponlificiam Capcllani in Palriarcbali Noslra Liberiana Basilicadie Virginis Conceplioni sacro quolannis esse peragandam. Alque cxoplanles in fidoliuin animis quolidie m agi s foverc liane do Imniaculala l)cipaia> Conccplionc doclrinam, corumqnc pielalem eveitarc ad ipsnm Vîi'gincni sine labc originali conccplnm colcndam, el vene» validant, gavisi sunt quam libcnlissinie facilitaient I fi bu ère, ul in Laurclanis lilaniis, et in ipsa Missaj praTaiioue linmaculatus ejusdont Virginis prociamarelur Coun-pius, alque adeo lex credeudi ipsa supplicandi loge slaliieuMnr. Nos porro lauloruin Ptaedeccssorum vesligiis inlixientes non sol uni « 1 1 1 03 al> ipsis pientissitnc snpieiitissiniequc fuerant coustiluta probaviinus, et rceepimus, rcruin eliani mcinorcs instiiulioiiis Si\li IV, proprium de lnimaculala Concepiione ofliciuni nurloiilato Noslra muniviiiuis, illiusque usuin universa) Eoclesiae lœtissimo prorsus animo concessimus. »

partout des cris d'allégresse. Le monde callirlique s'illumina, cl des fêles pompeuses accueillirent, d'un pôle à l'autre, le dogme de l'Immaculée Conception. Vous avez été témoins de ce spectacle, Messieurs. Il rappelait à notre siècle, où Ton croyait la foi mourante, l'attendrissement et l'enthousiasme de l'Église d'Éphèse dont les fidèles s'embrassaient en criant : Marie csl mère de Dieu! après que les Pères du concile eurent condamne Nestorius. Mais ici la définition de la maternité divine naissait, comme d'ordinaire, de l'imminence d'un péril. De nos jours, par un privilège inouï, la définition de l'Immaculée Conception cet née de l'exubérance de la foi. C'est le cas où jamais d'appliquer cet axiome théologique : <r Dans les questions de foi le sentiment commun du peuple chrétien est du plus grand poids \ » Vous étiez pour la plupart de ce peuple chrétien, Messieurs, vous en êtes encore. Vous croyez avec moi que le Verbe de Dieu a fidèlement gardé son paradis, et j'ai la conviction de réjouir votre foi en

i. In qusestione fiJci.communis fi Jolis pnpuli sensus non levetn facil fiJeui.(ilelchiorCano, De lotis Lkeotogicis,lib.\t cap vi.)

vous cnlrclcnanl de ce mystère qui prépare si bien les grands dogmes que nous aurons à étudier bientôt. Encore quelques mots pour couronner cette première partie de notre conférence.

Marie a été préservée de la souillure originelle ; comment croire après cela que les ronces, les épines, les plantes honteuses et malsaines dont nos âmes sont déshonorées aient pu germer dans son âme? L'honneur do Dieu, avec qui elle devait avoir des rapports si intimes, exigeait qu'elle fût exemple d'un péché volontaire seulement dans la désobéissance de nos premiers parents, pouvait-il permettre qu'elle devînt jamais coupable par un acte de sa propre volonté? Les anges immaculés ne pouvaient reconnaître pour leur reine une créaturc déchue par une loi fatale, combien moins une créature qui se serait librement déshonorée. Et puis, doù serait venu le péché dans une âme où les passions soumises subissaient sans murmure l'empire de la raison, où la grâce attentive préparait sans relâche la demeure de la sagesse éternelle? Non, point de fautes si légères qu'elles puissent être, il faut qucl'oracle ait raison jusqu'au bout, que la bien-aimée de

Dieu soil toute belle et sans tache : Tota puîchra es arnica mca et macula non est in te1.

Et voyez jusqu'où va la délicatesse du divin gardien. La vierge innocente pourrait être soupçonnée d'un crime à l'heure où s'accomplira le prodige de sa maternité; il ne faut pas que la faiblesse humaine, abusée par les apparences, trouble, de ses injustes accusations, la paix du lieu béni que va ombrager la vertu du Très-Haut et féconder l'Esprit-Saint. De chastes noces couvriront ce mystère d'un voile protecteur. Le Verbe incarne consentira, pour l'honneur de sa mère, à être appelé le fils de l'ouvrier Joseph, et le peuple chrétien apprendra, de la Vierge et de son époux, que l'amour pur, l'union des cœurs, la communauté de dévoûment, l'émulation des vertus donnent au mariage sa véritable dignité plutôt que la rencontre vulgaire des passions et des sens 2.

Reposons-nous un peu, Messieurs, avant de

1. Cf. Summ. Thcol., III p., queest. 27, a. i. Utrum. per sancti ficalionem (B. Virgo) fucrit cunsecuta ut nunquam peccaret ?

2. Cf. Summ. Thcol., III p., qunest. 20, a. 1. Utrum Ckriilut nasci dcbucrU du urgint dcspunsala?

contempler le travail du Fils de Dieu dans son paradis.

Je vous ai dit en quoi consiste la raison formelle du péché originel. C'est une privation de la justice et de la sainteté dont Dieu avait primitivement doué la nature humaine, et un retour de celte nature à ses principes essentiels. D'où il suit qu'une créature ne peut cire préservée du péché originel que par l'infusion d'une grâce qui la rétablisse en l'élal privilégie du premier homme lorsqu'il sortit des mains du Créateur. Garder et embellir sont deux actes connexes du Verbe de Dieu préparant sa demeure terrestre, et toutes les beautés de ce paradis se présentent comme un épanouissement de la première grâce de l'immaculée conception, laquelle est due aux influences anticipées de la maternité divine.

N'attendez pas, Messieurs, que je vous décrive, sous tous ses aspects, la terre vierge cl fertile où doit naître le Fils de Dieu fait homme. C'est un monde de perfections qu'il foui visiter

longtemps, avec un guide spirituel, pour en bien connaître et apprécier les merveilles. Nous devons nous contenter d'un rapide regard qui suffira, je. pense, à nous donner une idée des infinies ressources et délicatesses de la sagesse divine dans la préparation du grand mystère de l'incarnation.

Toutes les beautés de Marie sont en germe dans une première grâce d'innocence et de sainteté dont nous devons considérer brièvement l'excellence, l'effusion sur la nature, l'épanouissement surnaturel, la précoce et persévérante action.

L'excellence de la première grâce dont le divin ouvrier embellit son paradis vivant se peut mesurer sur l'intimité de leurs rapports* « 11 est manifeste, dit saint Thomas, que plus un être se rapproche du principe dont il reçoit ses propriétés, plus il participe à l'efficacité de ce principe. Les anges ne sont mieux doués que les hommes que parce qu'ils sont plus rapprochés de la source de tout bien. Mais plus rapprochée que les anges est la Vierge bénie qui doit revêtir le Verbe de Dieu de notre nature et l'appeler son fils; à elle donc une gràco

plénière qui l'emporte sur toute grikc * ; » à clic de devenir le chef-d'œuvre des opérations surnaturelles de Dieu. Si nous comparons le seul germe de sa sainteté aux perfections multiples que le créateur a répandues dans son œuvre, il les contient toutes. L'éternel et juste distributeur des grâces a condensé, en quelque sorte, tous les dons qu'il a faits et fera à ses sainls, pour qu'ils devinssent le premier ornement de la plus chère des prédestinées2. C'est toute la puissance de la rédemption qui la saisit en son premier instant3, et lui confère

1. Quanto aliquitî magis appropinquat principio in quolihct génère, laulo magis participât effectum illius principii. Ulule Dion, dieil (i cap. Cœl. h icr.) : Quod angeli qui sunt Dco piopinqniorcs, mar/is participant de bonitatibus diviuis, quam hommes. Clirislus aulein est priucipium gratioc, scciinilum divinilalem quidem auclorilalive, sccumlum Immanilalem vero instrumenlaliler : undc et Joan. i d ici— w,GraUa cl verilas per Jcsum Chrislum fada est. Bcata aulein virgo Maria propinquissima Clirislo fuit, secundum luimanilatem ; quia ex ca accepit Iiumanam naluram. Et ideo pi\T caMcris majorcm debuit à Clirislo gratin; plcnitudinem oliiincre. (Summ. Tlicol., III p., quassl. 27, a. 5.)

2. Quidquid crcalor singulis dislrilmtor justus contulit, Maria; ailornanda; congcssil. (Arnold. Garnot.)

3. Rcdenipturus humanum genus, prelium universum contulit in Mariain. (S. Bernard., Serm. De Aquœductu.)

une telle plénitude que les splendeurs du ciel et de la terre s'effacent devant sa splendeur1. De cette créature bien-aimée, dont il va devenir l'image en prenant chair, Dieu voudrait faire comme une image infinie de son infinie bonté 2; c'est pourquoi, dit un pieux théologien, il lui donne une première grâce qui commence là où toutes les autres finissent; une première grâce plus élevée, plus parfaite, plus intense que la grâce de chacun des êtres raisonnables qui furent depuis le commencement, et qui seront jusqu'à la fin des siècles; une première grâce qui écrase sous le poids de son excellence les hiérarchies célestes, la foule des prédestinés et le chœur immense des créatures qu'embellit la justice 3.

1. Virgo inter animas sanctorum et angelorum clioros supereminet, mérita singulorum et omnium liiulos anlocedit, et sic spiriluum belietal dignilalem, ut sint quasi non sint. (S. Pclr. Datnïan. serm. De AssunijiUone.)

2. Fccit liane Dcus Ijouilalis suai inliuitam imaginem. (S. Tliom. opusc. De Charitale.)

3. Quac ccrlè prima gralia tailla fuit, ut crcdiJcrim Maria» primam graliam il)i incepissc, ubi aliorum omnium graliae desinunt; ila ut primilivus Marianae graliaîgradus fuerit major, perfeelior, et intensior, quàm gralia omnium Angelorum et hominum quotquot fueruut ab origine muudi, et

Celte grâce eminento opère en toute la nature de Marie l'clTet que produisait en Adam la justice originelle, source des privilèges de l'intégrité. Elle illuminel'intclligcncc, et si elle ne lui communique pas celle singulière pénétration, cctlc science universelle des choses naturelles que devait avoir le premier homme pour enseigner et gouverner le genre humain *, elle la

ad finem usque futuri sunt. Unde Maria novem Angelicaruin Hierarchiarum, et totius prœdestinatorum turboc, quam dinumerarc nemo potest, dona gratine quasi in arca quadam, seù cum multo prorsus cumulo primo die conceptionis habii't; et etiam si lotus contra Mariam sigillalim justorum apnendalur chorus, inveniclur trutina gratiarum ponderibus à Maria» parle depressa. (Conlciison, Theolog. mentis et cor (lin, lib X, dissert. vi. Marialogia, cap. i, specul. 2.)

L'Église exprime la même pensée dans la bulle de définilioa de l'Immaculée Conception, n Quapropter illam longe ante omnes Angelicos Spiritus, cunctosque Sanctos cœlestium omnium cliarismatum copia de tbesauro divinitalis deprompta ila mirificc cumulavit, ut ipsa ab omni prorsus peccaii labe semper libéra, ac tota pulelira et perfecta eam ifltfOcerïUuG et sanclilalis p!c:iil:idinem proe se ferrel, qua major sub Deonnllalcnus inlelligilur, etquam pneter Deum nemo assequi cogilando polest. »

1. Q îaiitum nd noliliam rerum supernaturalinmet llieologicorum Âajorem habuit B. Virgo quam Adam. Quantum vero ad noliliam rerum materialium et civilium, majorem hali.jit Adam quam Deata Virgo; quia inter cas res plures sunt quas B. Virginem scire niuil referebat, et quœ in ea

324 LE PARADIS DE L'iNCAIINATIOX.

prépare à de plus hautes révélations et à une plus profonde connaissance des mystères clcr- \nels; elle lui donne plus de fermeté dans la ! contemplation des choses surnaturelles, plus (d'aptitude à l'intimité divine; elle lui rend plus faciles et plus douces les délicates et parfaites opérations de la vie mystique; elle la prédispose à de plus fréquentes extases et à de plus sublimes ravissements; elle l'établit plus inébranlablement dans la possession de la vérité contre les assauts des fantômes intérieurs, causes de nos illusions, de nos erreurs et de nos déceptions. Elle fortifie la volonté, la dirige et lui fait prendre ses pentes vers des vertus qui ne seront jamais égalées. Elle affranchit la liberté ; elle enchaîne les puissances inférieures, les soumet à l'empire absolu de la raison, leur défend de prévenir ses desseins, de troubler ses conseils, de résister à ses commandements, d'empêcher aucun des mouvements par lesquels l'esprit et le

fuissent supcrflua?, ut sunt pluies artes quœ sunt proprite vi ris, v. g. miiitia?, merrnturtf!, navigalionis, cemenlaii;e,elc. Item oa i|uac spcciaut pojiulorum guburnalioncm ad i|u.un nen oral Ucslinala B. Virgo. (S. Autonin., Thcol., pari. IV, th. XV, c x.)

cœur s'élèvent vers les choses célestes pour les contempler et les goûter. En un mot, elle fait de l'âme de Marie la plus parfaite qui soit jamais sortie des mains de Dieu.

A cette âme, il faut une demeure où tant de perfections soient à l'aise, un instrument exquis dont de si excellentes facultés puissent se servir sans effort pour leurs nobles opérations. Aussi, Messieurs, tandis que la grâce travaille l'âme de Marie, du même coup elle pétrit, elle sculpte * pour elle, selon l'expression d'un pieux auteur, un corps virginal, où la vie va faire jaillir les sources immaculées de ia rédemption ; un corps digne d'être fécondé par la vertu de l'Esprit- Saint et de servir de temple à la majesté du Verbe anéanti; un corps qui pénétrera de sa vie, qui revêtira de ses charmes et de ses grâces le plus beau des enfants des hommes ; un corps dont la voix mélodieuse, dont les pieuses palpitations et les saints tressaillements chanteront, mieux que la harpe des séraphins, les louanges du Très-Haut; un corps dont la mystérieuse et chaste beauté, reflétant les perfections de l'âme

!. Sculpta a Der» "jjbo statua. (Andraeas Hierosolvm.^

et la gloire môme de son hôte divin, fera rêveries poêles, inspirera les artistes, séduira les vierges et ravira les saints; un corps dont les éléments incorruptibles résisteront, dans la tombe, aux forces de destruction qui décomposent toute chair, et la réduisent en une aride poussière. — Mais pourquoi la tombe? La grâce marianique est-elle donc moins forte que cette primitive justice qui conférait au père du genre humain les privilèges de l'impassibilité et de l'immortalité? — Non, Messieurs. C'est à dessein que la chair immaculée de Marie reste ouverte aux envahissements de la souffrance et de la mort. Mais la souffrance ne sévira, plus sensible et plus profonde en cette nature d'élite, que pour devenir une source féconde de gloire et de mérite qui s'ajouteront au trésor delà rédemption; mais lamort n'entrera que sur l'appel de l'amour, et ce sera un plus grand honneur pour la Vierge de la vaincre, par l'incorruptibilité et uneprompte résurrection, que de l'avoir évitée.

La nature est parfaite. Et maintenant — « germes divins obéissez aux ordres de la sagesse éternelle, fleurs épanouissez- vous, remplissez de vos parfums ce saint paradis, parez-vous de tira-

cicux rameaux, et chantez la gloire cle Dieu dans le plus beau de ses ouvrages. Obauditemedivim fructus... flonte flores... et date odorem et frondele in gratiam et collaudate canticum et bénédicité Dominum in operibus suisi.y> La voix de Dieu est entendue, Messieurs. La grâce produit son fruit dans l'âme de Marie et, par une plénière effusion, les dons de l'Esprit-Saint perfectionnent son ouvrage à mesure qu'elle opère. Toutes ensemble les fleurs moment, s'entrouvrent et envoient au ciel leurs parfums-. Voici la loi, nourrie de la lecture et de la méditation des livres saints, abreuvée des lumières de la contemplation, affermie par la conversation des anges et les communications intimes de la sagesse divine; la foi, que ni l'incrédulité des hommes, ni les voiles dont se couvrira la majesté de Dieu, ni l'obscurcissement de ses perfections dans le grand scandale de la croix ne pourront ébranler ou troubler. Voici l'espérance, qui s'empare des promesses de Dieu et concentre, dans le plus fervent des désirs, tous

i. EccH., cap. xwix, 17, 19.

2. lu bealâ V irgine delniil apparere omne illud quod fuit perfectionis. (s. Thom. in IV Sent,, d«t. 30. Quaest. 2, a. 1.)

les désirs de l'humanité affamée de rédemption; l'espérance, déjà préparée à résister aux épreuves et aux abandons qui assureront le triomphe de la malice des hommes. Voici la charité, qui ne veut s'attacher qu'au céleste bien-aimé, qui se donne à lui sans réserve, qui embrasse toutes les créatures pour les lui offrir; la charité, qui creuse, à l'avance, dans le cœur de notre future mère ces abîmes de miséricorde où viendront se réfugier tous les pécheurs de la terre. Voici la prudence, si délicate qu'elle peut se troubler à l'approche des anges et hésiter devant les glorieuses propositions du ciel . Voici la j ustice, prosternée devant Dieu dans une continuelle adoration, docile à tous ses commandements, souple à toutes ses inspirations, tendrement abandonnée à la sage conduite de la Providence, prête à tous les devoirs jusqu'à l'oubli de tout repos, miroir le plus fidèle de cette éternelle justice qui sait donner libéralement à toutes les créatures la part du festin auquel la divine bonté les convie. Voici la force, magnanime et .nvincible sous les voiles de la faiblesse, la force, qui s'essaye dans l'ombre aux combats de l'adversité, la force qui saura, quand le temps sera

venu, se tenir debout sur le Golgotha, recevoir, sans murmure, de la colère divine les coups destinés aux pécheurs, et faire d'une vierge timide la reine des martyrs, du cœur de la plus tendre des mères l'autel où sera immolé, d'abord, le plus aimable des fils. Voici la tempérance, qui se détache de toute joie terrestre pour ne goûter que les chastes plaisirs de la grâce, et qui marchera bientôt d'un pas allègre et ferme dans les saintes voies de la pauvreté.

Autour, de ces vertus héroïques, fleurs royales du plus beau des jardins spirituels, se pressent les touffes des mille vertus aimables auxquellesnous devons ce charmant portrait, que nous a tracé la plume de saint Ambroise dans son livre des Vierges. — « Marie était humble de cœur et prudente d'esprit, grave dans ses discours, sobre dans ses entretiens, pudique et réservée dans ses moindres paroles, appliquée à la lecture des Saintes- Lettres, attentive à toutes ses œuvres, accoutumée à s'en rapporter au jugement de Dieu plutôt qu'au jugement des hommes, ne blessant personne, voulant du bien à tous, respectant ce qui est grand et surtout la sainte majesté de l'âge... Rien d'affecté dans le regard à la fois modeste et

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franc de ses beaux yeux, rien de hardi dans sa parole, rien d'inconvenant dans ses actions, son geste, son pas, sa voix, tout élail harmonie, et son corps était si bien l'image de sa belle âme qu'on croyait voir en elle l'incarnation de l'honnêteté... Imposante et vénérable dans sa démarche et son abord, elle n'avait pas de meilleur gardien qu'ellemême, et Ton cherchait à sa suite non pas tant la trace de son pied virginal que le degré de vertu qu'elle venait de franchir. Tout ce qu'elle taisait éLait la règle même. Pratiquer la vertu, c'était moins un exercice pour elle qu'une leçon qu'elle donnait au monde.1 »

De qui ce portrait, Messieurs? De la mère admirable dont la sainteté fut accrue et confir-

1. Erat Maria corde bumilis, verbis gravis, animi prudens, loquendi parc^or, legendi studiosior, intenta operi, vcrecuuda sermone, arl.fi trum mentis solita non liominem, sëd Deum quœrere, nullum laedere, benè velle omnibus, assurgere majoribus.... Nihil torvum in oculis, niliil in verbis procax, niliil in actu inverecundum, non geslus fraetior, non incessus solntior, non vox petulantior ; ut ipsa corporis

species simulacrum fnerit mentis, figura ptohilatis Nullo

meliore custode sui quàm seipsa, qure incessu, aiTaiuque venerabilis non tam vesligium pedis lollerct, quàm gradum virluiis altolleret; quia quidquiil egerit, disciplina est. Sic Maria implebat virtutis officia, ut non tam discerel, quam doceret. (S. Ambros., lib. II De Virginibus.)

mée par les attouchements sacrés de la divinité ? — Non, mais de la Vierge cachée qui attendait l'accomplissement des promesses faites au genre hum aii]. La grâce précoce se fit sentir en elle dès le matin de ses jours1. Eut-elle conscience de son action à cette époque ténébreuse où l'enfant, bercé dans le sein de sa mère, sommeille encore et reçoit passivement tous les bienfaits de la vie? Je ne veux pas pénétrer ce mystère. Il me sulfît de savoir qu'elle était mûre à l'âge où les autres âmes s'éveillent à peine, et qu'au moment de sa présentation au temple sa raison de trois ans était capable de concevoir de magnanimes desseins et de dicter à sa volonté d'héroïques résolutions. Pendant que les filles d'Israël convoitent l'honneur de la maternité, :lans l'espoir de donner le jour au Messie, elle veut être vierge ". Son bien-aimé n'est pas de :ette terre, et déjà la grâce fait chanter à son sœur ces paroles du Cantique : « Je vous adjure, ) filles de Jérusalem, si vous avez trouvé celui m'aime mon Ame, diles-lui que je languis d'a-

1. Adjuvabit eam Deus manè dituculo (Psalm. xlv.) J2. Cf. Suiitm. Theol, III p., (jutest. 28, a. i. Utrum noter Dei virginitatem voverit ?

mour '. — Je suis à lui et il est à moi ce bienaimé qui se nourrit au milieu des lis : Ego dilecto meo, et dilectus meus mihi qui pascitur inter lilia*. »

Elle est bien à lui! Son esprit, son cœur, sa chair immaculée, tout lui appartient. Le travail commencé par celui qu'elle a choisi pour sou unique partage, s'unissant à la persévérance de ses efforts, va, de jour en jour, accroître la plénitude primitive de sa sainteté. Ces heures stériles pendant lesquelles notre nature s'oublie afin de réparer ses forces sont pour sa vertu des heures fécondes. Son cœur veille pendant que son corps repose! car le sommeil n'a point la force d'enchaîner l'activité de son amour, m d'arrêter les incalculables progrès de la grâce, qui toujours opère en elle, et toujours ajoute la perfection à la perfection \

0 sage et tout-puissant préparateur \ vous

1. Adjuro vos, filiae Jérusalem, si inveneritis dilectum meurn, ut nuntietis ei quia amore langueo. (Cant., cap. v, 8.)

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