‹ Conférences de Notre-Dame de Paris (volume 3)Chapitre 51 sur 56 · Cant., cap. vi · texte numérisé non relu

Cant., cap. vi

3. Illic nulla intermissa tempora : dormiendi non prius cupiditas, quam nécessitas fuit; ut tamen dum quiescerel corpus vigilaret animus. (S. Ambros., lib. II De Viryi nibus.)

pouvez venir, votre paradis vous attend. Oasis au milieu du triste désert auquel le fleuve de la rédemption va bientôt rendre la vie, il sourit à tout ce qui l'entoure et annonce l'approche des jours désirés. Les temps sont pleins de ténèbres et d'erreurs, mais là tout est lumière et vérité; les temps sont pleins de vices et de crimes, mais là tout est vertu, perfection et sainteté; les temps sont pleins de désirs inquiets, mais là tous les désirs du genre humain se concentrent en une aspiration fervente et paisible qui semble dire : Voici venir le jour du Seigneur : Eccevenietdies Domini; les temps sont pleins de promesses, mais là germent, dans la pureté, la chair et le sang du Promis; les temps sont pleins de prodiges, mais là va bientôt éclore le prodige suprême; les temps sont pleins de catastrophes, mais là tout est repos pour recevoir le roi de paix.

La terre, honorée d'une si grande merveille, exerce sur le ciel une attraction mystérieuse; le Yerbe va descendre du sein de son père. Ce qui l'attire plus que les fervents désirs de sa bienaimée, plus que le parfum des lis qui s'exhale de sa virginité, c'est son humilité profonde. Se-

luisante vertu que l'humilité 1 Elle ne tempère • l'éclat du génie que pour nous faire plus ardemment rechercher ses lumières, elle ne cache les bonnes œuvres que pour nous les rendre plus précieuses et plus chères, elle ne dissimule la sainteté que pour lui donner plus de relief. Nous l'aimons et, à cause d'elle, nous aimons mieux les perfections qu'elle couvre de son ombre. En cela, Messieurs, nous imitons celui qui a menacé les superbes de sa foudre et promis aux humbles les préférences de sa bonté. Plus on se rapproche, par des abaissements volontaires, des rivages du néant, plus on est près des merveilleuses opérations de sa toute-puissance. La dernière touche de ses préparations, c'est l'humilité de celle qu'il a choisie. Marie, comblée de tant «le dons, semble ignorer sa perleclion \ — « Vierge mère, fille de ton (ils, s'écrie Dante, plus haute et plus humble qu'aucune créature2! » — En effet, elle est si humble que dans le temple, où elle

i. Beala virgo expressam fidem habcbat incarnation^ futurse; seil cura essel humilis non tara alla de se sa^iebat. (Stunm. TheoL, 111 p., quaest. 30, a. 1, ad. 1) •±. Virgine madré, liglia del tuo liglio,

Limile edalla [du cJ.e crealura.

(jpara</.t xxxiii* 1.)

s'est retirée, elre veut servir tout le monde, si humble que, nuit et jour, elle demande à Dieu, comme la plus grande des faveurs, d"être l'esclave soumise et dévouée de 1 heureuse femme qui va devenir la mère du Messie. Ah I Seigneur qui avez fait de rien toutes choses, cet anéantissement est pour vous le plus grand des charmes. Déchirez les cieuxet descendez! votre heure est venue.

Écoutez, Messieurs, voici l'harmonieuse contre-partie du drame de la chute. — « En ce temps-là, dit l'évangéliste, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée appelée Nazareth, vers une vierge épousée par un homme de la maison de David, et le nom de cet homme était Joseph; le nom de la vierge, Marie1. » — La chute a commencé par un ange de ténèbres, la réparation commence par un ange de lumière 8. L'ange de ténèbres est

i. In mens m sexto, missus est Angélus Gabriel à

Deoin civitateui SaUliese, oui nomen Nazareth, ad Virginem despousataiû viro m erat Jo>ej»h, de doino David,

et nome» ri ria. (Luc, cap. i, 26, "27.)

2. Aptun» uumaïuB restaurationis ut angélus a Deo milteretur ad virginem partu consecramlam divino, quia prima

la ruse même, l'ange de lumière est la noble, franche et sainte force de Dieu, Gabriel; fange de ténèbres sort de terre et monte en serpentant sur l'arbre de la science, l'ange de lumière descend des deux et se présente sous une forme digne de sa parfaite nature, de la haute majesté du Dieu qu'il représente et de la mission qu'il doit remplir1; l'ange de ténèbres débute par unequeslion insolente, assaisonnée de mensonge: — « Pourquoi Dieu vous a- t-il défendu de manger de tous les fruits du paradis? » — L'ange de lumière s'annonce par une respectueuse salutation qui exprime toute la vérité des préparations divines: — «. Salut, pleine de grâces, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes ï> . — Eve devait se défierde la question et du mensonge, mais, trop sûre d'ellemême, elle veut contenter son avide curiosité;

tehatur ad mulierem spiritu superbiae decipiendam. (V. Beda, Homil. in festo Anniinciatiuiiis.)

1. Cf. Sumin: Theol., III p., quœst. 30, a. 3. Utrum angélus annuniians debuerit B. Virgini visione corporali apparcre ?

2. Et iogressus Angélus ad eam dixit : Ave, gratia plena : Dominus tecura : Benedicla tu in mulieribus. (Luc, cap. I, 28.)

Marie se trouble des paroles qu'elle entend, et son humilité se refuse à croire qu'elle mérite tant de respect. Il faut que l'ange la rassure et lui rappelle les promesses divines. — «Ne craignez pas , Marie, car vous avez trouvé grâce devant Dieu. Voici que vous concevrez et enfanterez un fils que vous nommerez Jésus. Il sera grand, on l'appellera le fils du Très-Haut, le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père, il régnera éternellement sur la maison de Jacob, et son règne n'aura point de fin * . » — Eve, tentée par le démon, se met en face du commandement de Dieu qu'elle n'aura pas le courage de respecter; Marie, recevant les propositions du ciel, se rappelle la libre promesse qu'elle a faite d'être vierge, et veut être assurée que cette promesse ne sera pas violée2. Satan achève sa sé-

1. Quae cum audisset, turbata est in sermone ejus, et cogitabat qualis esset ista salutatio. Et ait Angélus ei : Ne timeas, Maria, invenisti enim gratiam apud Deum : Ecce concipies in utero, et paries filium, et vocabis nomen ejus Jesum. Hic erit magnus, et Films Altissimi vocabitur, et dabit il li Dominus Deus sedem David patris ejus : et rcgnabit in domo Jacob in aeternum; et regni ejus non erit finis. (Luc, cap. i, 29, 30, 31, 32, 33.)

2. Dixit autem Maria ad Angelura : Quomodo fiet istud, auoniam virum non cognosco? (Ibid., cap. i, 34.)

duel ion par une négation hardie et une prorfiessf insensée: — «Non, vous ne mourrez pas, mais vous serez comme clés dieux » ; — Gabriel décidele consentement de Marie par une dernière révélation des desseins cachés de Dieu, de ses chastes opérations et de la sainteté de leur fruit:

— « L'Esprit-Saint surviendra en vous et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre; c'est pourquoi le saint qui naîtra de vous sera appelé le fils de Dieu \ » — Eve, enivrée d'orgueil, porte une main audacieuse sur le fruit défendu, c'est son pat bientôt suivi des hontes et des misères du genre humain; Marie, toujours humble, s'écrie : « Je suis la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole 2. »

— Et alors, Messieurs, ce mensonge de Satan, eritis sicut dii, se retourne contre lui. Nous sommes vraiment comme des dieux. Gomme des dieux, car une enfant de l'humanité est appelée à représenter les créatures dans le contrat

1. Et respondens Angélus dixit ei : Spintus sanctus superveniet in le, virtus Allissimi obumhrabit tibi. Idooque et quod nascetur ex te Saiictum, vocabilur Filius Dei. (Luc. cap. i, 35.)

2. Ecce ancilla Domina;. fi*t mMvusftMùxtà trefrbrtitt UàtttiON

sublime dos noces de la naiure divine avec la nature humaine; comme des dieux, car une bouche humaine prononce un fiât qui décide une merveille plus grande que celle de la création; comme des dieux, car une fille des hommes, conjointement avec le Père éternel, appellera Dieu : mon fils; comme des dieux, car Dieu devient semblable à nous : Le Verbe se fait chair: Et verbum caro factum est.

Le Verbe se fait chair. 0 mystère adorable! nous nous arrêtons près de vos sublimes profondeurs, attendant pour y entrer que la Vierge qui fut si bien préparée daigne préparer nos esprits. Vierge incomparable, admirable mère, doux paradis de l'incarnation, pardonnez-moi si je n'ai pas parlé assez dignement de vos perfections. Mon amour avait rêvé mieux, mais il a été trahi par les langueurs de mon esprit, Tenez compte de la pureté et de la ferveur de mes intentions, plutôt que de l'imperfection de mon cantique. Et, puisque vous avez promis de récompenser tous ceux qui publient votre gloire, obtenez-moi la grâce, que je désire pardessus toutes les grâces, de voir ceux qui ont

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votre divine maternité. Que je les voie tous, tous sans qu'il en manque un seul, s'approcher bientôt de la table sainte, et que leur âme purifiée s'ouvre comme un paradis pour recevoir la majesté anéantie de votre cher fils.

DES PRINCIPALES ERREURS CONTRAIRES AUX DuGMES EXPOSÉS DANS CE VOLUME

VINGT-CINQUIÈME CONFÉRENCE

(Voy. ad finem : Nécessité de V Incarnation.) Saint Thomas traitant de la nécessité de l'incarnation distingue soigneusement la nécessité absolue de la nécessité de convenance. Absolument l'incarnation n'était pas nécessaire à la réparation du péché. Mais à supposer que Dieu ait voulu employer le moyen le plus propre à opérer notre salut et le plus convenable à la manifestation de ses perfections, l'incarnation était nécessaire1. Pour n'avoir point fait cette distinction, plusieurs hérétiques se sont attiré celte verte réplique de saint Augustin : « Ils sont insensés ceux qui disent <pie Dieu, dans sa sagesse, ne pouvait pas délivrer les hommes autrement qu'en prenant notre natuie, en naissant d'une femme et en soutirant tous

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