Rom., cap. v, 12, 13 et il
«A l'appui de son hypothèse fondamentale, La Peyrère n'invoque pas seulement le texte même relatif aux premiers jours du monde; ses arguments les plus précis sont tirés surtout de l'histoire d'Adam et de sa famille. Jusqu'à l'âge de cent trente ans, la Genèse ne donne à celui qu'on est habitué à regarder comme le premier homme pas plus de trois fils, et les paroles qu'il prononce lors de la naissance de Seth ne peuvent laisser de doute à cet égard. Plus lard seulement il a des fils et des filles. Or, après le meurtre d'Abel, Seth n'étant pas encore venu au monde, la famille d'Adam ne comptait que trois personnes. Cependant Caïn, chassé par Dieu et condamné à errer sur la terre, témoigne la crainte d'être tué par quiconque le trouvera. Dieu met en conséquence un signe sur Caïn, et déclare que celui qui le luera sera puni au septuple. Caïn pouvait donc rencontrer des ennemis? — Caïn en s'éloignant emmène sa femme. D'où venait cette femme? Jusqu'à cette époque, Adam n'avait eu d'autres enfants que celui qui fuyait après son crime et celui qui en avait été la victime... Il fallait bien qu'il y eût d'autres familles à côté de celle d'Adam. — Enfin à peine Caïn a-t-il eu un fils qu'il bâtit une ville. Il fallait donc qu'il eût trouvé des compagnons pour la construire, pour la peupler. — De tous ces faits, l'auteur conclut qu'il existait des hommes en dehors de la famille adamique ou juive, et que ces hommes, répandus dès lors sur toute la terre, n'étaient autre chose que les Gentils, ces premiers venrçs de la grande création, et toujours si nettement distingués du peuple de Dieu, des Juifs.
« La Peyrère interprète au même point de vue un grand nombre d'expressions générales employées dans la Bible. La terre, dont il est si souvent question, n'est pas pour lui la surface entière de notre globe, mais seulement la Terre-Sainte, celle que Dieu avait des-
tinée à son peuple. Il en précise les limites et en donne une carte peu détaillée, mais assez juste pour le temps. C'est à elle seule qu'il applique les récits relatifs au déluge biblique, déluge qu'il compare aux autres grandes inondations partielles dont diverses nations ont conservé le souvenir. L'histoire de Noé devient ainsi le pendant de celle d'Adam. Ce patriarche est resté le seul représentant, non pas de l'humanité entière, mais des Juifs seulement. C'est contre ces derniers que s'était allumée la colère céleste. Dieu n'a jamais eu l'intention de détruire les Gentils
« Il est bien difficile de ne pas être frappé de la ressemblance et souvent de l'identité des doctrines de La Peyrère avec des opinions souvent et encore tout récemment émises; mais qu'on ne s'y trompe pas: La Peyrère n'est nullement un libre penseur, un esprit fort; c'est un théologien, un croyant, qui admet comme vrai tout ce qui est dans la Bible, et les miracles en particulier. Seulement, il leur applique son système comme à tout le reste. Pour lui, ces miracles ont toujours été en quelque sorte personnels, et lors même que le texte semble le plus positivement affirmer que les lois générales de la nature ont été bouleversées, il admet que ces lois n'ont été suspendues que localement. Toujours il trouve dans le livre qui lui sert de guide quelque raison à l'appui de son interprétation. En un mot, on trouve partout chez La Peyrère un mélange de foi complète et de libre critique. » (M. de Quatrefages, Histoire naturelle de l'homme. Unité de l'espèce humaine. Revue des Deux Mondes, 15 décembre 4860.)
Le livre de La Peyrère fut réfuté par Desmarais, professeur de théologie à l'université de Groningue. L'auteur fut condamné en Flandre par l'Inquisition, mais il appela de la sentence de ce tribunal à Rome où li
fut reçu p.nr le pnpe Alexandre YII avec une si touchante liunlé qu'il se fil catholique, publia une rétraclaliuu de son livre et se relira à Notre-Dame des Vertus, où il mourut pieusement.
La seconde classe des pohjgénistes est celle des antib bli<{ites. Elle se compose des philosophes du xvnie siècle qui, plus animés par un parti pris que convaincus par leurs observations superficielles, ontadmis la mi lliplicilé d'espèces dans l'unique but de contredire 1 enseignement monogéniste de la sainte Ecriture.
La troisième cla«-s* «si celi 4es pnlygénisfes pratiqtiH. ICIiu distingue plusiiMim M|</cc3 dans l'huinanilé afin dft justifier l'esclavage. JYo.ii, h rencontrons dans la Gièee civilisée et dans I airUnne Home où l'esclave, méprisé et cruellement uulliailA, était considéré comme d'une autre nature (pie le rilnxen et appelé animal à face humaine Kv$ponp-,ou>*ot De nos |Ours, et en pleine lainière Ju Hirislianisme, les A'riérnains n'ont pas craint .1* recoin ir à ce procédé des nnclens pour excuser but houleux trafic de chah humaine et leurs cruautés
«Oiis» t, dit M de Qualrefages, convient l'esclavage, après a\Mii été accepté par toules les nations chrétiennes ciirnue une institution régulière, a été justement proscrit par la plupart d'entre elles On sait comment l'Angleterre, poussée par des mollis Uès-ilivers, se mit à la tète de la croisade aniislaviste, et confinent presque Imites les puissances adhérèrent successivement aux traités qu'elle proposA en vue de mettre fin à la traite et d'émanciper la race nèyre. On saii aussi comment ses propositions à te sujet furent toujours repnussées pai les États Unis, où la quotion lia l'esclavage touche à d'immense* Intérêt* Or en till
l'Angleterre, appuyée cette fois par la France, revenait à ta chargé, el M. Calhoun. alors ministre des affaires étrangères, ne savait Irop que répondre aux notes que lui adressaient les puissances négrophiles lorsqu'il entendit parler des travaux de M. Gliddon sur les races africaines. Il manda sur le champ cet auteur, qui à son tour l'engagea à se mettre en rapport avec M. Morton, le chef reconnu des anthropologies américains. Une correspondance s'engagea entre le ministre et l'auteur des Crania amrricana. Le résultat de cette association fut une noté da..s laquelle M. Calhoun repoussait loule modification à l'ordre de choses établi dans l'Union américaine, en se fondant sur les différences radicales qui séparent les groupes humains. Cette manière (Fargumenter déconcerta le ministre anglais, qui se hâta de répondre qu'il n'entendait intervenir en rien dans les institutions domestiques des autres nations. Après avoir raconté cette anecdocte, M. Nott se félicite hautement des ennuis que la vêritablè ethnologie, franchement introduite par M. Calhoun dans les relations internationales, a causés à la diplomatie philanthropique !
e Ainsi en Amérique la question anthropologique se complique de celle de l'esclavage, et à lire la plupart des écrits qui nouf viennent d'outre-mer, il paraît qu'on y est avant tout antislaviste ou sluviste ; mais aux Etats-Unis il faut toujours être biblique, et de là viennent les nuances particulières qui distinguent certains ouvrages anthropologiques américains. Les antislavistes sont d'ordinaire franchement rhônogerïistes et acceptent le dogme d'Adam tel qu'il est généralement entendu. Telle est aussi la profession de foi d'un certain nomhre de slavistes. Ceux-ci, pour justifier leur conduite envers leurs frères noirs, recourent à l'histoire de Noé et de ses tilt, Cham, disent-ils, a été
maudit par son père, il a été condamné à être le serviteur de ses frères; les nègres descendent de Cham : donc, en les réduisant à l'esclavage, on ne fait qu'obéir au livre saint. Mais l'Amérique compte en outre des slavisles polygénistes. Ceux-ci ont remis en honneur, sous des formes diverses et en l'étayant du savoir moderne, la doctrine de La Peyrère. Tout en proclamant hautement l'inspiration divine de l'Ancien et du Nouveau-Testament, ils se sont efforcés de démontrer, par des recherches linguistiques, géographiques ou historiques, que les récits bibliques relatifs à l'origine et à la filiation des hommes s'appliquaient exclusivement aux populations blanches. Ainsi mis à l'aise, ils ont regardé les divers groupes comme autant d'espèces distinctes; ils ont rapproché le plus possible le nègre des singes, et conclu comme l'avait fait M. Calhoun. » (M. de Quatrefages, loc. citai.)
L'effroyable collision du nord et du sud de l'Amérique a tranché la question de l'esclavage. Les polygénistes pratiques n'ont plus de raison d'être.
Mais il reste les polygénistes scientifiques, qui font profession de regarder toutes les traditions comme non avenues, et de ne prononcer aucune affirmation qui ne soit justifiée par les observations de la science.
Laissant de côté toute question d'origine, ne tenant aucun compte des ressemblances fondamentales qu'on rencontre partout dans la nature humaine, ils s'appliquent à saisir les différences extérieures les plus tranchées des races humaines, et font de ces différences autant de signes caractéristiques des espèces humaines se rapportant à divers centres de production. Mais tous ne s'accordent pas dans leurs classifications.
Bory de Saint-Vincent divise le genre humain eu quatorze espèces, dont voici le tableau :
"i Leiotp.îques, aux cheveux lisse* * De l'ancien continent.
*e espèce. — Japhétique.
A. Gens logala, — portant toujours des habits longs, et de-
venant chauves du front.
a. Race Caucasienne (occidentale).
b. Race Pélasgienne (méridionale).
B. Gens braccata, — dont toutes les variétés adoptèrent de?
vêtements courts, et deviennent chauves du sinciput.
c. Race Celtique (occidentalo).
d. Race Germanique (septentrionale).
1re variété. — Teutonique.
2e variété. — Esclavonne.
II8 espèce. — Arabique.
a. Race Atlantique (occidentale).
b. Race Adamique (orientale).
IIIe espèce. — Indienne.
IV8 espèce. — Scythique.
Ve espèce. — Chinoise.
** Communes à l'ancien et au nouveau continent.
VIe espèce. — Hyperboréenne.
VIIe espèce. — Neptunienne.
a. Race Malaise (orientale).
b. Race Océanique (occidentale).
c. Race Japonaise (intermédiaire).
VIIIe espèce. — Australasienne.
*** Propres au nouveau continent.
IXe espèce. — Colombienne.
Xe espèce. — Américaine.
XIe espèce. — Patagone.
•j-f Ellotriques, aux cheveux crépu*.
XIIe espèce. — Éthiopienne.
XIII" espèce. — Cafre.
XIV» espèce. — Mélamenne.
•j-f-f Hommes monstrueux.
a. Crétins,
b. Albinos.
Selon Desmollins il y a seize espèces dans l'humanité.
Ire espèce. — Scytfîtque.
a. Race Ihlo-Gevmaine.
b. Race Finnoise.
c. Race Turque.
IIe espèce. — Caucasienne.
IIIe espace. — Sémitique.
a. Race Arabe.
b. Race El rusro-Pélasgiennê.
c. Race Celtique.
IVe espèce. — Atlantique.
Ve espèce. — Indienne.
Vie espèce. — Mongolique.
a. Race halo-Chinoise.
b. Race Mongole.
c. Race Ihjperburêenne.
Vile espèce. — Kouiulienne.
VIIIe espèce. — Ethiopienne.
IXe espèce. — Euko-Africaine. Nègres de Mozambique, Ca-
fres, etc.
Xe espèce. — Austko-africaine.
a. Race llottenlole.
b. Race Bflsjemanne.
XI» espèce. — Malaise ou Océanique.