Marc, cap. XVI
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de sa conduite historique avec son affirmation s'explique aisément. Mais, l'acte divin lui-même, comment s'explique-t-il? Jésus-Christ, en conférant l'infaillibilité à son Église, a-t-il voulu lui faire un don purement gracieux? Non, Messieurs ; c'était un don nécessaire, un don sans lequel le fondateur de la société chrétienne eût agi en ouvrier malveillant autant que malhabile. « Qui croira sera sauvé, qui ne croira pas sera condamné \ » a dit le Sauveur, c'est-à-dire que de notre foi dépend notre éternel bonheur ou notre éternel malheur. Quoi de plus grave? Quand un si grand intérêt est en jeu, n'aije pas le droit d'exiger de la bonté de Dieu toutes les sûretés, pour bien placer ma foi? S'il s'agit d'acquérir des connaissances humaines ou de recevoir un conseil qui dirige ma conduite dans quelque entreprise où ma fortune est intéressée, je puis me contenter de la confiance que m'inspire un homme savant et honnête. J'ai l'espoir qu'il ne se trompera pas et qu'il ne voudra pas me tromper. Et, quand il en serait autrement, mon malheur n'est pas
1. Qui crediderit salvus erit, qui vero non crediderit condemnabitur. (Matth., cap. XVI, 16.)
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irréparable; en tout cas, il n'est pas éternel. Mais, s'il s'agit de me mettre en rapport avec Dieu pour savoir ce qu'il veut que je croie et ce qu'il veut que je fasse, si ma destinée éternelle dépend de ma foi et des œuvres par lesquelles je l'exprime, j'ai besoin d'une confiance absolue en celui qui doit m'instruire. Et, puisque Dieu se cache pour laisser à d'autres la parole, il faut que cette parole procède d'une autorité sur laquelle l'erreur n'ait pas de prise. Non, je ne puis pas croire que Dieu, qui est bon et qui me donne un si grand témoignage de sa Lonté en son Fils Jésus-Christ immolé pour mon salut, veuille suspendre sur ma tête la terrible question de vie ou de mort, sans me donner le moyen infaillible de la résoudre. Je ne puis pas croire qu'il ait chargé l'Église de bénir mon berceau, de diriger ma vie et d'ouvi ii ma tombe, en me laissant la possibilité d'un doute légitime sur l'incorruptible rectitude de sa science et de son bon vouloir. Si je pouvais me dire : « Est-ce que l'Église me I rompe? » je ne travaillerais plus à mon salut avec cette sainte crainte et ce saint tremblement qui procèdent de la défiance de moi-même,
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mais ([Lie tempère mon absolue confiance en l'autorité qui me guide. La terreur viendrait du dehors, une terreur folle, qui ne tarderait pas à dégénérer en désespoir. J'ai bien dit : M' appeler, dans ces conditions, à faire partie de la société chrétienne serait de la part du Christ un acte de malveillance, puisqu'il augmenterait mes charges naturelles, sans me fournir le moyen de porter résolument le surcroît qu'il m'impose.
Exagération! s'écrie le protestantisme. La confiance absolue dont nous avons besoin, Dieu ne nous l'a pas refusée, puisqu'il nous a donné sa parole dans l'Évangile. Oh ! la belle assurance que nous avons là, Messieurs! Ne sait-on pas que Dieu lui-même n'a point écrit de parole; que l'Église existait avant l'Évangile, et que c'est d'elle que nous le tenons. Gomment croyaient ceux qui ont embrassé le christianisme avant que l'Évangile fût écrit, si ce n'est sur la parole de l'Église? Et, depuis que l'Évangile est écrit, comment pouvons-nous avoir la certitude qu'il ne contient que des vérités divines sans mélange d'erreur, si nous ne nous en rapportons pas à
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l'autorité infaillible de l'Eglise? On nous dira peut-être que les apôtres, premiers prédicateurs de la foi et auteurs du Nouveau Testament, avaient reçu pour eux-mêmes le privilège unique et incommunicable de ne point errer. Mais, aux écrits apostoliques se sont mêlés une foule d'écrits apocryphes, parmi lesquels il a fallu discerner les authentiques. Comment serons-nous sûrs que ce discernement s'est fait au profit de la vérité, si l'Église, chargée de recueillir la propriété littéraire des apôtres, a pu se tromper en prenant pour leur œuvre originale ce qui n'était que l'œuvre d'un faussaire?
Le protestantisme ne veut s'en rapporter qu'à la parole de Dieu, et voilà qu'il n'est plus absolument certain de la posséder, du moment qu'il refuse à l'Église l'infaillibilité.
Admettons, cependant, qu'en dehors de l'autorité de l'Église, nous sommes absolument certains de posséder dans l'Évangile et dans les écrits apostoliques la pure parole de Dieu ; encore faudrait-il en comprendre le véritable sens. Est-ce à moi, est-ce à vous, est-ce à chaque chrétien que cette faculté est dévolue?
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Alors, on accorde à tout le monde l'infaillibilité qu'on refuse à l'autorité solennellement constituée par le Christ. Pour justifier cette infaillibilité universelle, il faudra donc que tout le monde tombe d'accord sur le même sens des mômes textes. Eh bien, non. Leurs interprétations se multiplient. Luther donne la sienne ; autre est celle de Garlostadt, autre celle d'Œcolampade , autre celle de Mélanchton, autre celle de Bucer, autre celle de Zuingle, autre celle de Calvin, autre celle des anabaptistes, autre celle des sociniens, autre celle des arminiens, autre celle des anglicans, autre celle des presbytériens, autre celle des quakers, autre celle des mille sectes engendrées par le protestantisme. Serait-ce pour aboutir à ce résultat que le Christ nous aurait donné sa parole? Ouvrier malhabile, en voulant construire un édifice, il n'aurait fait qu'une œuvre tumultuaire où s'entassent les débris informes, les tessons inutiles de la vérité mutilée et défigurée? Cela n'est pas admissible, Messieurs. — Dès le cinquième siècle, saint Vincent de Lérins, se mettant en face des variations de l'hérésie, avait conclu à la nécessité d'une règle
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unique de l'interprétation des saints Livres '. 11 était réservé au protestantisme de nous faire comprendre mieux que jamais la nécessité de cette règle, qui ne peut être qu'une autorité exempte d'erreur, inspirant à tous une confiance absolue, et, par là, coupant court à toutes les interprétations privées, préservant l'esprit humain des fluctuations d'enfant dont parle l'Apôtre, produisant, enfin, cette belle unité que nous avons admirée et sans laquelle l'Église de Jésus-Christ serait une création indigne de sa sagesse et de sa puissance infinie2.
Vous le voyez, Messieurs, le don de l'infail-
4. Aliter Novatianus, aliter Photinus, aliter Sabellius, aliter Donatus exponit, aliter Arius, Eunomius, Macedonius ; aliter Apollinaris, Pricillianus; aliter Jovinianus, Pelagius, Celestinus, aliter postremo Nestoriu;». atque idcirco mullum necesse est propter tantos tam varii erroris anfractus, ut propheticee et apostolicœ interpretationis linea secundum ecclesiastici et catholici sensus normam dirigatur. (Cornmonitor.. cap. IX.)
2. Ipse dédit quosdam quidem apostolos, quosdam autem prophetas, alios autem pastores et doctores ad consummalionem Sanctorum in opus ministerii, in aedificationem corporis Christi. donec occurramus omnes in unitatem fidei. et
agnitionis Filii Dei Ut jam non simus parvuli fluctuantes,
et circumferamur omni vento doctrinte in nequitia liominum, in astutia ad circumventionem erroris. (Ephes., cap. IV
libilité conféré à l'Église est nécessaire pour toute la société chrétienne, dont il fait l'unité; nécessaire pour chaque membre de cette société, dont il sauvegarde le plus grave intérêt, puisque tout enfant de la rédemption est destiné à recueillir dans le ciel le prix de sa foi et de ses œuvres. Je vais plus loin : j'affirme que toute société humaine est intéressée à l'infaillible pouvoir de la sainte monarchie.
Les fils de l'homme, disait le Psalmiste, ont une funeste tendance à diminuer la vérité. Rien n'échappe aux folles intreprises de la raison, toujours armée de sophismes, même contre les principes fondamentaux sur lesquels repose non pas la perfection chrétienne, mais la plus vulgaire moralité, l'ordre élémentaire, sans lequel toute société honorable est impossible. L'existence de Dieu, l'origine de l'homme, la spiritualité et l'immortalité de l'âme, la distinction radicale du bien et du mal, la vie future, est-ce que tout cela n'a pas été battu en brèche par les plus monstrueuses négations? Trop docile aux instincts de la nature déchue, l'homme se laisse facilement entraîner à l'erreur qui lui promet l'exemption
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de toute contrainte. Il n'y a pas à clouter que, totalement abandonné à lui-même, il n'abaisse ses mœurs au niveau de la barbarie qui, en pleine civilisation, a déshonoré les âges païens. Si cette barbarie ne parvient pas à triompher de nos civilisations modernes, malgré les efforts de la sophistique, croyez bien, Messieurs, que cela tient non pas à notre meilleure nature, l'homme païen vit en nous, mais à la puissance privilégiée de ce magistère incorruptible qui, par la confiance absolue qu'il inspire aux fils de la rédemption , affermit toutes les vérités naturelles sur lesquelles repose l'ordre de la foi, et les rend plus impénétrables aux coups de l'erreur. Faites disparaître l'Église, de telle sorte qu'il n'y ait plus dans nos sociétés modernes aucune pénétration, même lointaine, de sa divine autorité, je vous promets une barbarie plus basse et plus honteuse que celle du paganisme antique, car ceux qui ont reçu de meilleurs dons sont voués à la pire des corruptions : Corruptio optimi pessima.
Mais, tu es immuable, en même temps qu'infaillible, ô sainte monarchie. Ravi de ta divine
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constitution, convaincu de tes prérogatives, je me sens plus heureux et plus fier que les peuples fidèles que je voyais naguère saluer avec amour, dans leur empereur, une glorieuse lignée de souverains. Ils criaient : Vie pour de longues années! Vivat ad multos annos Moi, je crie : Vie pour toujours! Vivat in œt<ruum !
CINQUANTE-SIXIÈME CONFÉRENCE
CINQUANTE-SIXIÈME CONFÉRENCE
Monseigneur \ Messieurs ,
Enlisant l'histoire du grand siècle, vous avez dû vous représenter les vastes et magnifiques salles du palais de Versailles remplies d'une foule somptueuse, choisie parmi les plus nobles familles de France.. Princes, ducs, marquis, comtes, barons, tout ce monde se félicite d'être admis aux honneurs d'une présentation ; tout ce monde attend respectueusement le grand monarque qui daignera, tout à l'heure, lui donner un sourire en passant; tout ce monde se communique à mi-voix ses impressions et ses espérances. Après une longue et fatigante
\. Mgr Richard, archevêque de Larisse, coadjuteur de Pans.
station, on entend enfin le pas mesuré des gardes, et la voix des officiers de service qui crie : « Messieurs, le Roi! » — Silence et profonde émotion. Louis XIV paraît. et s'avance solennellement à travers les rangs pressés de cette foule humblement courbée devant sa royale majesté.
Je n'ai point à vous dire si Louis XIV méritait tant d'honneurs ; mais je sais qu'avec toutes ses gloires, de naissance, de gouvernement et de conquêtes, il n'était qu'un tout petit monarque en comparaison de celui que je vous annonce aujourd'hui : « Messieurs, le Pape! »
Vous l'attendiez. Je trahirais vos religieux désirs si, après vous avoir montré au sommet de la sainte monarchie cette majesté unique entre toutes les majestés de la terre, je ne la rapprochais de vous pour vous la faire admirer et vénérer de plus près. Je manquerais à ma parole si je ne vous donnais les plus amples explications que je vous ai promises sur le souverain pouvoir du chef de l'Église. Sans plus tarder, j'affirme : 1° Que rien n'est plus certain, 2° que rien n'est plus complet que ce pouvoir, et j'espère le prouver.
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Dans la formation des pouvoirs que nous voyons à la tête des différents groupes de l'humanité, on ne peut éviter le fatal concours des ignorances, des faiblesses, des passions, dont est remplie notre nature et qui diminuent l'autorité de ses actes. De là, des incertitudes qu'exploitent les esprits inquiets et qui, parfois permettent aux plus honnêtes âmes de contester la légitimité des pouvoirs humains. On s'entend assez généralement sur ce principe : A toute société, il faut une autorité. Mais, quand il s'agit de savoir par qui elle doit être exercée, les partis interviennent, les compétitions se multiplient. A aucune des choses humaines ne s'appliquent mieux ces paroles des saintes Lettres : « Mundum tradidit dispatationi eorum : Dieu a livré le monde aux disputes des hommes {. »
Le monde spirituel créé par le Verbe rédempteur et destiné à perpétuer sa gloire,
J. Kcclcs., cap. III, Il
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ne pouvait être, vous le comprenez, Messieurs, en proie à ces vissicitudes ; ce n'est donc point l'ignorance, la faiblesse, les passions de l'homme que nous voyons à l'origine du pouvoir qui doit le régir, mais l'infinie sagesse et la sereine puissance d'un Dieu. Ce Dieu veut et décrète la plus parfaite des unités sociales. Or, cette unité sociale, dit saint Thomas, appelle l'unité de régime : un seul, préposé au gouvernement de toute l'Église '. »
1. Ad unitatem requiritur, quod omnes fidèles fide conveniant. Circa vero ea quae fidei sunt contingit quaestiones moveri : per diversitatem autem sententiarum divideretur Ecclesia, nisi in unitate per unius sententiam conservaretur. Exigitur ergo, ad unitatem ecclesiae conservandam, quod sit anus, qui toti ecclesiae praesit. Manifestum est autem quod Christus Ecclesiae in necessariis non déficit, quam dilexit, et pro ea sanguinem suum fudit : Cum et de synagoga dicatur per Dominum : Quid ultra debui facere vineœ meae et non feci? .Non est igitur dubitandum quin ex ordinatione Chrisli unus toti Ecclesiae praesit.
Nulli dubium esse débet quin Ecclesiae regimen sit optime ordinatum, atpote per eum dispositum, per quem reges régnant, et legum conditores justa decernunt. (Prov., cap. VIII, 15.) Optimum autem regimen multitudinis est ui regatur per unum : Quod patet ex fine regiminis qui esl pax : pax enim et unitas subditorum est finis regentis. Unitatis autem congruentior causa est unus quam multi. Manifestum est igitur regimen Ecclesiae sic esse dispositum, ui anus toti Ecclcsicc prœsit. (Swnm. Cent. Galles., cap. LXXVI )
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Qui désignera cet homme prédestiné? Jésus- Christ, se contentant d'établir la forme monarchique, a-t-il donné aux enfants de la rédemption le droit absolu de choisir et d'établir où bon leur semblera celui qui doit les gouverner? Mais, ce droit absolu, confié à des êtres infirmes et mobiles comme nous le sommes, ne tarderait pas à devenir, dans l'œuvre du Christ, un principe de dissolution. Les générations qui se succèdent dans l'Église, les races diverses dont elle se compose, cherchant à faire prévaloir leurs vues propres et leurs intérêts particuliers, créeraient infailliblement des compétitions de sièges et de personnes, qui renverseraient de fond en comble le magnifique plan d'unité conçu par le fondateur de la société chrétienne.
Tout en laissant aux hommes une part d'action, Jésus-Christ a donc pris soin delà diriger de manière à ce que ses desseins fussent toujours accomplis. Dans la personne d'un de ses apôtres, il a désigné lui-même et investi du souverain pouvoir l'homme éternel qui devait être le chef de son Église.
Ouvrons l'Évangile, Messieurs, et relisons
ensemble les scènes sublimes et touchantes de promesse et d'institution où Pierre reçoit du Christ la récompense de sa foi et de son amour.
Un jour, le Sauveur adressait à ses disciples cette question : « Que dit-on dans le monde du Fils de l'homme? » Les disciples répondirent : « Les uns disent que c'est Jean-Baptiste, d'autres, Elie, d'autres, Jérémie ou quelqu'un des prophètes. — Mais, vous-mêmes, ajoute le Sauveur, que dites-vous de moi? » Alors, Simon- Pierre prenant la parole s'écrie : « Tu es le Christ, Fils du Dieu vivant. — Tu es bienheureux, Simon, fils de Jean, reprend le Sauveur, car ce n'est ni la chair ni le sang qui t'a révélé ce que tu viens de dire, mais mon Père, qui est dans les cieux. Et, moi, je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les puissances d'enfer ne prévaudront pas contre elle. De plus, je te donnerai les clefs du royaume des cieux; tout ce que tu lieras ou délieras sur la terre sera lié ou délié dans le ciel '. » Voilà la promesse.
Après la résurrection, Jésus, ayant soupe
{. Hatth., cap. XVI, 13. 19.
avec ses disciples, s'adresse à Simon-Pierre et lui demande par trois fois : « Simon, m'aimestu plus que ceux-là? » Pierre, devenu modeste depuis sa faute, n'ose pas se comparer aux autres disciples. Il se contente de répondre : « Seigneur, vous savez que je vous aime. » Et deux fois le Seigneur lui dit : « Pais mes agneaux, » une troisième fois : « Pais mes brebis *. » Voilà l'institution.
Il est impossible, Messieurs, je dis plus, il est absurde de supposer que le Christ ait ainsi fait appel à la foi et à l'amour de son apôtre, pour lui rappeler tout simplement qu'il devait avoir les mêmes pouvoirs que les autres, et que son autorité se confondrait avec celle de l'aristocratie sacrée que le Sauveur préposait au gouvernement de son Église. Ce serait imputer à la sagesse d'un Dieu un acte à la fois inutile et dérisoire, d'autant plus indigne d'elle qu'il est revêtu d'une plus grande solennité. Tout, dans les scènes que je viens de rappeler, indique un grand dessein et la ferme volonté qu'il soit exécuté ; et le sens naturel des paroles que le
i. Joan., cap. XXI, 15, 17.
Seigneur emploie nous oblige à confesser qu'il a voulu assurer l'unité de son Église, en lui donnant un chef suprême sur qui tout repose et à qui tout doit obéir. Pourquoi Pierre est-il appelé le fondement de l'Église, s'il n'en doil soutenir qu'une partie? Pourquoi lui donner, à part et avant tous les autres, les clefs du royaume des cieux, s'il doit les posséder en commun avec le collège apostolique et de la même manière que lui? Pourquoi, après avoir dit qu'il n'y aurait qu'un seul bercail et un seul pasteur, conférer à un seul le droit de paître les agneaux et les brebis, en se servant des expressions par lesquelles on désignait jadis le gouvernement des rois, s'il ne doit avoir ni la dignité ni le pouvoir d'un roi *? Enfin, quelle récompense Pierre reçoit-il de sa foi si divinement illuminée et de son amour si instam-
i. Le texte grec de saint Jean ne porte pas 6o<xxe, étymologie du verbe pasce, qui signifie proprement : donner la nourriture, mais icoijMtve ta 7cpo6axa uou, qui signifie régir, conduire, présider : pascere cum imperïo, pascere prœsldendo. (Test ainsi que la Vulgate traduit le TcoifMtveîç kôtoihs du deuxième Psaume : reges eos. Homère, au livre II de 1 FfwaV, appelle fréquemment le roi Agamemnon, pasteur des peuples, icbijiiva ÀaitfV.
ment sollicité, s'il demeure au même rang que ses frères en apostolat? On ne peut répondre à ces questions qu'en acceptant, dans leur sublime et impérieuse clarté, les paroles de promesse et d'institution par lesquelles Jésus-Christ déclare le choix qu'il a fait de Pierre comme chef suprême de l'Église, et lui confère la double primauté d'honneur et de pouvoir.
Evidemment, Messieurs, ceux qui prétendent que le Christ n'a rien fait pour son apôtre, et que celui-ci a tout reçu de l'Église, n'ont jamais lu l'Évangile ou n'en ont jamais compris le sens. Il est parfaitement vrai que l'Église, dès le commencement de sa vie publique, tient compte de la primauté de Pierre. Il agit en tout le premier : le premier il prêche la foi de son maître Jésus-Christ, le premier il la confirme par des miracles ; le premier il convertit les juifs ' ; le premier il baptise les gentils 2 ; le premier il prend la parole dans les assemblées, soit qu'il s'agisse de compléter le collège apostolique, soit qu'il faille établir les premiers points de discipline et apaiser les dissent]-