i6tc/., cap. X
LE CHEF DE i/ÉGLISE
ments ' ; toute l'Église, pasteurs et fidèles, l'écoute respectueusement, obéit à ses ordres, prend le deuil et prie pour lui sans interruption quand il est persécuté *, le nomme partout le premier3, et le représente comme le chef du collège apostolique qu'il préside et qu'il dirige *. Paul lui-même, le grand Paul, qui a été instruit par Jésus-Christ, se sent obligé de venir chercher près de Pierre la confirmation de son divin ministère 5. Mais, remarquez-le bien, l'Église n'institue rien, l'Église ne donne rien à Pierre, elle ne fait que reconnaître pratiquement l'autorité divine du Christ, de qui Pierre tient la dignité et le pouvoir suprême.
En cela, Messieurs, l'Église de tous les temps pense comme l'Église des premiers jours, et in-
d. Act., cap. I. XV.
2. Petrus quidem servabatur in carcere. Oratio autem fiebat sine intermissione ab Ecclesia ad Deum pro eo. (Act.. cap. XII, 5.)
3. Cf. Matth., cap. X, XVII. Marc, cap. III, V, XIII. Luc, cap. VI, VIII. Joan., cap. XXI. Act., cap. I.
4. Et prosecutus est i uni Simon, et qui cum illo erantiMarc.,cap. I, 36.) Dixit Petrus et qui cum illo erant. (Luc, cap. VIII, 45.) Petrus vero et qui cum illo erant. (Luc, cap. IX. 32.) Stans Petrus cum undecim. (Act., cap. II, 14.) Petrus et apostoli dixerunt. (Act., cap. V, 29.)
3. Post annos très veni Hierosolymam videre Petrum et mansi apud eum dies quindecim. (Galaf., cap. I, 18.)
terprète de la môme manière les promesses et l'institution du Sauveur. L'apôtre que le Christ a choisi, Pierre, est pour elle le véritable fondement de l'Église. Il porte tout l'édifice : les pierres obscures, et les colonnes maîtresses qu'on appelle les évoques *. C'est pour cela que Dieu l'a fait le premier entre tous les apôtres e. Il a reçu les clefs pour les communiquer aux autres 3; c'est de lui que la force de pouvoir et de commandement passe aux princes de l'Église 4. Les brebis, elles-mêmes, c'est-à-dire celles à qui la fécondité plénière de l'onction sainte donne le droit de conduire le troupeau de Jésus-Christ, les brebis lui sont confiées pour qu'il les gouverne 5. Paul va chercher en lui le
1. Tu es Petrus et super fundamentum tuum ecclesise columnee, id est, Episcopi, sunt confirmatse. (S. Athanas., apud Bellarminum.)
2. Petrum Dominus primum eleglt et super eum sedificavit ecclesiam suam. (S. Gyprian., Epist. ad Quirinum.)
3. Mémento claves Dominura Petro et per hune Ecclesias reliquisse. (Tertul., ad Scorpiac, cap. X.)
Claves regni cœlorum commun icandas cseteris solus accipit. (Optât. Milev., cap. Vil, 3.)
A. Transivit in alios apostolos vis potestatis istius, et ad omnes Ecclesise principes decreti liujus constitutio commeavit. (S. Léo., Serm. de anniversario assumptionis ad Pontif.)
5. Oves ipsas pascendas id est docendas, regendasque commisit. (S. Augus., in cap. XXV Mtilth.)
maître des apôtres et le docteur du monde entier *. La multiplicité des pasteurs devient unité sous le gouvernement de celui qui représente le divin roi Jésus-Christ 2. Enfin, l'Église résume toute la tradition dans cette belle antienne qu'elle chante à la fête de son premier monarque : « Pierre, tu es le pasteur suprême des brebis, le prince des apôtres; c'est à toi que Dieu a confié les clefs du royaume des cieux : Tu es pastor ovium, princeps apostolorum; tîbi traditœ sunt claves regni cœlorum. »
Je viens de parler du premier monarque de l'Église; c'est vous indiquer, Messieurs, qu'il
i. Eximius erat inter Apostolos, os discipulorum et cœtus illius caput. Ideo Paulus prae aliis hune visurus venu : — 'E/./.piTo; TjV twv aTToaxôXiov /ai GTOuaTcov (xaÔrjTtov, xai xopuoT) toïï £opou* otà touto xat IlauXo; àvéor) tote ccutov îaropîjaai Trapà touç aXXou;. (S. Chrysost., Homil.LXXXVII, n°8.)
Ce n'est point non plus l'évêque de Jérusalem que va voir Paul, car, ajoute un peu plus loin le saint docteur, « Dieu n"a point établi son apôtre sur ce siège, mais il Va constitué docteur du monde entier : — 'ExeTvo av èncoipu,
©T». toutov ou tou Gpôvou, àXXà T7JÇ OÏxOUU.SVY;Ç iyS.lÇ>QïQVfiGZ ôioacrxaXov. (Ibid.)
2. De loto mundo Petrus eligitur, qui et universarum gentium vocationi et omnibus apostolis praeponatur; ui quamvis, in populo Dei, multi sacerdotes sint multique pastores, omnes tamen proprie regat Petrus quos principaliteirégit et Christus. (S. Léo., serm. III, De assumptione sua ad Pontificatum.)
doit y en avoir d'autres, et que Jésus-Christ, voulant faire de son Eglise un royaume perpétuel, a dû pourvoir à son perpétuel gouvernement. Son intention est manifestement déclarée et dans la promesse qu'il fait à son apôtre et dans la formule autoritaire dont il se sert pour l'investir du souverain pouvoir. Ce n'est pas pour lui-même qu'il le choisit, mais pour la société spirituelle et visible qu'il fonde. Or, contre cette société, les puissances d'enfer ne peuvent prévaloir. Cependant, il en est une à laquelle nul être humain ne peut se soustraire : Fille du péché, la mort impitoyable fauche toutes les générations, comme le moissonneur les épis mûrs que produit chaque saison. Le Christ ressuscité est à l'abri de ses coups, nous le savons : Mors illi ultra non dominabitur; et, confiants dans son inaltérable vie, nous sommes assurés de la présence invisible qu'il nous a promise par ces paroles : « Ecce ego vobiscum sum. » Mais, je vous l'ai dit, cette présence invisible est inséparable de la présence visible de ceux à qui il a confié son autorité, de ceux par qui il enseigne et gouverne l'humanité régénérée, de ceux en qui il est écouté
et méprisé. Les a-t-il faits immortels? Non, vous les entendez s'écrier : « Je m'en vais, et le temps de ma dissolution approche : Ego jam delibor et tempus resùlutionis mese instat l. » Celui que le Sauveur s'est uni plus intimement en lui communiquant ses propriétés de pierre angulaire et fondamentale, de pasteur unique d'un unique bercail, doit disparaître comme tous les humains. Alors, plus de fondement pour l'Église qui subsiste? Plus de pasteur pour le troupeau qui survit? Plus de roi pour le royaume qui doit durer jusqu'à la consommation des siècles? Plus de centre pour la société qui doit être une, comme sont une les personnes divines? Le Fils de Dieu, qui a aimé son Eglise jusqu'à mourir pour l'enfanter à la vie, l'aura traitée avec moins de prévoyance que n'a été traitée l'Église antique, si fermement établie sur la perpétuité le son suprême sacerdoce?
Cela ne peut pas être, Messieurs. Et. pourlant. cela serait, si la primauté de Pierre n'était qu'un privilège personnel. Contre les prédictions et la volonté du Sauveur, les puis-