Discours siir l'unité d- V Église
paroles, arrachées au grand bon sens de celui qui cherchait à concilier les exigences de l'unité chrétienne avec les prétentions du gallicanisme, peuvent se résumer ainsi : La puissance du chef de l'Église est telle que, par sa pénétration, elle fait la force du pouvoir de l'Église entière, parce qu'elle-même elle possède ta force du tout.
Appliquons ce principe.
L'Église enseigne, mais son chef est le docteur suprême. Soit qu'il ait consulté ses frères dispersés, soit qu'en vertu de son autorité plénière il les ait convoqués et rassemblés en ces solennelles assises de lumière, de justice et de charité où l'Église remédie aux grands maux, leurs définitions, quelle que soit l'autorité qu'elles empruntent à la science et au nombre, n'ont de valeur décisive que lorsque le docteur suprême a dit : Il en est ainsi : Ita est. Et lui-même, chargé parle Christ de distribuer aux agneaux et aux brebis l'aliment sacré de la vérité et de les détourner des pâturages empoisonnés, lui-même a le droit d'écouter la respiration de la foi dans l'âme du peuple chrétien, de se rendre compte de l'état de la
révélation , de faire entendre sa grande voix pour exprimer ce qu'il sait et sent être la tradition catholique et renseignement de Dieu, de définir la vérité, d'imposer à tous ses définitions, de stigmatiser l'erreur et d'en interdire les approches au monde entier. « Parle, lui dit l'Église, parle, et que ton très sage magistère fasse entendre à toutes les Églises, pour qu'elles les reçoivent, ta parole de vérité et. ton décret de justice l. »
L'Église légifère, mais son chef est le législateur suprême. Les lois particulières n'ont de force que parce que l'autorité religieuse qui les édicté se rattache à son autorité ; les lois générales n'obligent la communauté chrétienne que lorsqu'il les a confirmées par son placet. Dussent les volontés de l'épiscopat tout entier se réunir en un même décret, ce décret demeure suspendu, si le chef de l'Église lui refuse son approbation. S'il l'approuve, sa vigueur est assurée : il entre de plain-pied dans le corps du
1. Per saphntissimum magisterium vestrum, etiam aliis universis Ecclesiis personet et suscipiatur veritatis verbum et justifia? decretum. (Concil. Constantinop., IV. Epist. syn. ud Hadrian.)
droit qui régit l'Église universelle. Gomment le successeur de Pierre serait-il ce fondement dont dépend l'éternelle solidité de l'édifice construit par le Sauveur, s'il n'avait la propriété de rendre solide tout ce qu'il appuie de son pouvoir? Quant à lui, ses décrets pénètrent partout, sans qu'aucune autorité puisse en suspendre la souveraine efficacité. Le droit universel de paître qu'il a reçu du Christ emporte avec lui le droit universel de régir et de gouverner par des lois. L'unité le veut ainsi; si chaque Église a son pasteur et si chaque pasteur fait l'unité de son Église, qui fera l'unité des pasteurs et de tout le peuple chrétien? « N'est-il pas manifeste, dit saint Thomas, que, malgré la division des diocèses, il n'y a qu'une Église et, par conséquent, un seul peuple chrétien ; et qu'il faut à ce peuple une tête unique ! ? » Cette tête, c'est le Pape, dont
d. Manifestum est autem, quod quamvis populi distin- ^antur per diversas diœceses et civitates, tamen sicut est una ecclesia, ita oportet esse unum populum christianum. Sicut ig-itur in uno speciali populo unius ecclesiee requiritur unus episcopus, qui sit totius populi caput, ita in toto populo Christiano requiritur quod unus sit totius ecclesite caput. (Summ. Cont. Gentes, cap. LXXVI. De Episcopali dignitate et quod in ea unus sit summus.)
l'universelle juridiction saisit immédiatement et chacune des Églises particulières, et chacun de leurs pasteurs, et chacun de leurs membres, unifiant les diocèses, les évêques et les fidèles clans une même obéissance à son souverain pouvoir ; accomplissant ainsi la parole du Christ: a II n'y aura plus qu'un seul bercail et un seul pasteur : Et fiet union ovile et unuspastor* : » L'Église juge, mais son chef est le juge suprême. Jésus-Christ lui a donné, à part et avant tous les autres, le pouvoir de lier et de délier, pour qu'on sût bien qu'il siège au sommet de la magistrature religieuse, que tout jugement, même quand il émane de ceux à qui l'Esprit- Saint a confié directement la garde des diverses portions du troupeau de Jésus-Christ, n'est pas, dans l'Église, le dernier mot de la justice, et qu'on peut toujours faire appel au tribunal de Pierre, qui seul a le droit de prononcer des sentences irréformables. La miséricordieuse intention du Sauveur a été comprise. Prêtez l'oreille à la voix des siècles, vous entendrez les Églises outragées, les évêques et les clercs