I. Joan., cap. X
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persécutés, les peuples opprimés, les princes trahis, les reines méprisées, crier : Rome ! Rome ! Rome! C'était le cri de la vaillante et chaste héroïne que les gens d'Église condamnaient au feu, pour la punir d'avoir humilié l'Angleterre en sauvant la France. Que dis-je? Les hérétiques, eux-mêmes, ont proclamé hautement qu'ils reconnaissaient la suprême magistrature du chef de l'Église. Gomme les innocents, ils criaient : Rome! Rome! tant que leur orgueilleux entêtement pouvait espérer une sentence favorable à leur doctrine. Ce n'est que sous le coup des condamnations pontificales qu'ils en appelaient du Pape au concile. Appel inutile autant que condamnable; car il n'est aucun concile qui puisse prononcer une sentence valide, s'il n'est approuvé par le Pape ; aucun concile, par conséquent, qui n'ait besoin du Pape lui-même pour réformer une sentence du Pape. Lors donc que le chef de l'Église a prononcé, tout est fini. Il n'est permis à personne déjuger son jugement *.
\. Quoniam divino apostolici primatus jure romanus Pontifex univers» Ecclesiôe praeest, docemus et declaramus euui esse judicem supremum fideliumtet in omnibus causis
Tout cela peut vous paraître étrange, Mes sieurs, et vous voulez l'explication d'un si grand pouvoir. Vous la trouverez dans ce principe : que l'unité de l'Église, dont je vous ai montré l'exemplaire dans la prodigieuse unité de la personne du Sauveur, est si profonde, si intime, si étroite, qu'il y a entre la tête et tout le corps une communication de propriétés et d'idiomes qui nous oblige à affirmer de l'une ce qu'on affirme de l'autre, et à dire avec saint Thomas : « Ce qui appartient à toute l'Église appartient à l'autorité du souverain Pontife : Ad auctoritatem summi Pontificis pertinent omit îa qu<e pertinent ad totam Ecclesiam l. C'est parce qu'on a méconnu cette union de la tète et du corps que sont nées les erreurs qui diminuent l'autorité du chef de l'Église, comme, de la division introduite dans la personne du
cid examen ecclesiasticum spectantibus ad ipsius judicium posse recurri. Sedis vero apostolicœ, cujus auctoritate major non est, judicium a Démine fore retractandum, neque cuiquam de ejus licere judicare judicio. Quare a recto veritatis tramite aberrant qui affirmant licere ab judiciis Romanorum Pontificum adœcumenicum concilium tanquam ad auctoritatem Romano Pontitici superiorem appellare. (Goost. Concilii Vaticani. De Ecclesia Christi, cap. III. I, Summ. Theol., II, II* Qiucst., 1, a. 10, c
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Christ, sont nées les hérésies qui aboutissent à la négation de sa divinité. Donc, en vertu de l'unité voulue et établie par Jésus-Christ dans la société chrétienne, j'ai affirmé et j'affirme encore du chef de l'Église les pouvoirs de l'Église entière : le pouvoir doctrinal, le pouvoir législatif, le pouvoir judiciaire au degré suprême, et je les couronne par la divine prérogative dont j'ai défini la nature et prouvé la nécessité : l'infaillibilité.
L'Église est infaillible dans l'exercice de son pouvoir ; mais c'est de son chef que dépend son infaillibilité. Il en est la source, non pas qu'il la produise comme cause première, puisque l'infaillibilité est un effet de l'assistance de l'Esprit-Saint ; non pas qu'il en crée l'objet, car cet objet existe : c'est la révélation divine à laquelle personne ne peut rien ajouter ni retrancher; mais, par son indispensable et insuppléable concours, il fait que l'Église possède h don de ne pas faillir; pour me servir d'une expression d'école que vous comprendrez tous, il informe l'infaillibilité, comme notre âme informe notre corps et l'élève à la dignité de l'être; humain. Que le1 ou tel évêque refuse son assen-
timent aux définitions et aux décrets de l'Église, ils n'en sont pas moins divins; que le Pontife suprême suspende son assentiment, ils ne sont plus qu'humains, car il leur manque le sceau de ['infaillibilité. Voilà ce dont convenaient les vieux adversaires du privilège pontifical, qui tenaient à ne pas sortir des limites de l'orthodoxie.
Or. je ue m'explique pas. Messieurs, comment le chef de l'Église peut donner ainsi ce qu'il n'a pas, comment il peut déterminer l'infaillibilité s'il n'est pas, le premier, doué du don de ne pas faillir. Heureusement, ce don réapparaît dans toutes les paroles par lesquelles le Christ a établi son souverain pouvoir. Il lui a dit : « Tu es Pierre, sur toi je bâtirai mon Église, et les puissances d'enfer ne prévaudront jamais contre elle. Je te donnerai les clefs du royaume des cieux : Tout ce que tu lieras ou délieras sur la terre sera lié ou délié dans le ciel. — Pais mes agneaux, pais mes brebis. » Estce qu'on peut dire ces choses à un homme.sans l'avoir affermi contre l'erreur? C'est sur lui que s'appuie tout l'édifice spirituel construit par le Sauveur, édifice éternellement garanti, par une promesse qui ne peut mentir, contre les assauts
des forces ennemies de sa belle et glorieuse unité, et, lui, séduit par les puissances de ténèbres et perverti par le mensonge, il pourrait le faire crouler? Dieu lui a donné les clefs du ciel, et il pourrait nous mener aux portes de l'enfer? Il a le pouvoir de lier et de délier, et il pourrait briser les liens sacrés de la vérité, nous ceindre des chaînes de l'erreur, et cela serait ratifié dans le ciel? Il doit paître les pasteurs aussi bien que les fidèles, et il pourrait leur donner à tous une nourriture empoisonnée et les conduire sur des voies maudites où s'égarerait leur vie déshonorée? Ces suppositions se réfutent par leur simple énoncé.
Mais, voici qui est plus clair. Jésus-Christ a voulu nous épargner la peine de déduire l'infaillibilité du chef de l'Église des promesses qu'il lui a faites et de la formule de son institution. Directement et en termes exprès, il a affirmé la prérogative de son vicaire. « Simon, dit-il, j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Quand tu seras converti, confirme les frères1. » Vous entendez, Messieurs, Jésus-
i. Simon, Simon, ecce Satanas cxpotivit vos ul cnbiaret
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Christ ne dit pas à son vicaire que sa vie sera sans reproche, mais que sa foi sera sans défaillance. Pierre pourra pécher, il n'en possédera pas moins le droit de confirmer ses frères dans la vérité. Parole significative, qui vient ici à l'appui de ce que je disais tout à l'heure : que le souverain Pontife, doué le premier du don de ne pas faillir, le communique à l'Église entière par son indispensable et insuppléable concours. Jésus a prié, l'infaillibilité du chef de TÉglise est sortie de sa prière. Voilà qui est certain ; ou bien il faut, douter soit de la véracité d'un Dieu, soit de l'efficacité de sa prière, soit de la transmission de la prérogative de Pierre à ses successeurs.
Ces doutes, Messieurs, ont pu germer tardivement dans l'esprit de quelques sectaires, de quelques hommes de robe et d'Église trop empressés de complaire à des ambitions princières, ils n'ont jamais troublé un seul instant l'esprit de l'Église. Par la bouche de ses docteurs, elle proclame : — « Que c'est en indiquant aux
sicut triticum : Ego autem rogavi pro te ut non deficiat fides tua : et tu aliquando conversus confirma fratres tuo9, (Luc, cap. XXII, 32.)
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hérétiques la tradition et la foi de l'Église romaine que l'on confond leur vaine gloire, leur aveuglement, leur perversité ! ; — que les puissances d'enfer ne peuvent prévaloir ni contre la pierre sur laquelle le Christ a bâti son Église. ni contre l'Église 2; — que, s'il y a des hérésies et des schismes, c'est parce qu'on n'obéit pas au grand-prêtre de Dieu, parce qu'on oublie qu'il y a toujours dans l'Église un pontife et un juge tenant la place du Christ 3 ; — que là où
l.A gloriosissimis duobus apostolis Petroet Paulo Romœ fundatse et constitutse Ecclesise, eam quam habet ab apostolis traditionem et annuntiatam hominibus fldem, per suceessiones episcoporum pervenientem usque ad nos, indicantes, confundimus omnes eos, qui, quoquo modo, vel per sibi placentiam vel vanam gloriam, vel per cœcitatem et malam sententiam preeterquam oportet colligant. (S. Iren., Contra hœreses, lit»., III, cap. 3.)
2. An quasi unam eamdemque rem Petram et Ecclesiam? Hoc ego verum esse existimo : nec enim adversus Petram super quam Christus Ecclesiam œdificat, nec adversus Ecclesiam portse ini'eri prœvalebunt. "H w; hoç xal xoïï auxou tv]ç TOTpaç xal xyjç 'ExxXy}<7iaç ; ïouxo S'oîj/.at aXrfi&ç xuyyav£tv ouxe yàp xyjç TOxpaç, o'x>'yjç b Xptaxoç oïxo8ofjt.£Ï xrçv'ExxX'/)<7iav, ouxs x9jç 'ExxXrjdtaç iruXai àôoi» xaxta^ucouaiv. (Origen. in Matth.,Tom.XII, n° 11.)
3. Neque enim aliunde heereses obortae sunt aut nata schismata, quam inde quod sacerdoti Dei non obtemperatur, nec unus in Ecclesia ad tempus sacerdos et ad tempus judex vice Christi cogitatur. (S. Cyprian., Epist. LV, ad Pap. Cornel.)
est Pierre, là est l'Église avec tous ses pouvoirs et ses prérogatives1 ; — que, lorsque Rome a parlé, les causes sont finies 2; — que c'est en Pierre qu'on trouve la solution des questions les plus difficiles de la foi 3. » Par la plume de ses historiens, l'Eglise nous apprend : « Que les controverses qui agitent l'Orient sont terminées par le jugement de l'Église romaine 4 ; — que les hérétiques sont irrémissiblement condamnés par les inviolables décisions du Saint- Siège apostolique \ » Par les habitudes de sa
i. Ipse est Petrus, cui dixit Christus : t Tu es Petrus, et super hanc petram œdificabo Ecclesiam meam. » Ubi ergo Petrus ibi Ecclesw. (S. Ambr., in Psalm., n° 30.)
2. Jam einm de hac causa, duo concilia missa surit ad sedein apostolicam. Inde etiam rescripta venerunt. Causa finata est. Utinam aliquando fîniatur error. (S. Aug., Serm. CXXXI.)
3. Kaxà Trâvra yap rpo'^ov ev autw icTspEOJÔï) ^ tcuttiç, ev tw Xaêdvxt Tr)V xXsTv twv oùpavtov, iv tw Xuovti éVi ttjç yriç xai (Séovxt èv tw oupavw (S. Epiph., Anchora, cap. IX.)
Omnibus quippe modis in eo stabilita fides est, qui cœ'i claves accepit, et in terra solvit et ligat in cœlo. In eo siquidem subtiliores quselibet fidei quaestiones reperiunt.
A. Quo facto, vtpote controversîa (De Trinitate consubstantiali) judicio romanz Ecclesiae terminata, singuli quievere; eoque qusestio finem tandem accepisse videbatur. (Sozomen., Hist. Ecries., cap. XXII.)
o. Praeter eas autem beatissimae et apostolicae sedis inviolabiles sanctiones, quibus nos Patres pestiferae novitatis elatione dejecta, et buiite voluntatis exordia, et incrementa
vie pratique, l'Église nous montre : les évêques et les prêtres, les empereurs, les rois, les peuples, demandant au Pape les sentences qui éclairent leur foi et les délivrent des obsessions de l'erreur *. Par la voix de ses conciles, l'Église acclame, dans le Pape : « le gardien de la foi 2, l'organe du Prince des apôtres 3; » elle enseigne la primauté plénière des successeurs de Pierre4, et en déduit cette doctrine : « que le Pontife romain jouit pleinement, par l'assistance divine qui lui a été promise dans la personne du bienheureux Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que son
probabilium studiorum, et in eîs usque in finem perseverantiam, ad Christi gratiam referre docuerunt, etc. (Prseteritorum sedis apostolicx auctoritatis de gratia Dei et libero arbitrio. Ouvrage attribué, par un certain nombre d'auteurs, à saint Célestin, par le plus grand nombre, à saint Prosper d'Aquitaine. (Migne, Patr. Lat., tom. LI, col. 206.
1. Il suffit d'ouvrir n'importe quelle Histoire de l'Eglise pour y rencontrer quelqu'un de ces recours au Saint-Siège.
2. Cœlestino custodi fidei... universa synodus gratias agit. (Concil. Ephes., Labbe, tom. M, col. 618.)
3. Post Lectionem prsedictœ epistolse (S.Leonis papse) revcrendissimi episcopi clamaverunt : « Hspc patrum fides, hsec apostolorum fides. Omnes ita credimus; orthodoxi ita credunt; anathema ei qui ita non crédit : Petrus per Leonem le cutus est. » (Concil. Chalced., act. II, Labbe, tom. IV, col. 368.)
A. Voyez dans la précédente conférence la définition du .•oiicile de Florence.
Église fût pourvue en définissant la vérité touchant la foi et les mœurs, et, par conséquent, que les définitions du Pontife romain sont irrét'ormables d'elles-mêmes, et non en vertu du consentement de l'Église l. »
L'infaillibité pontificale, en effet, est intimement liée au souverain pouvoir du chef de l'Église. Ce souverain pouvoir, ainsi que je vous l'ai fait remarquer, est un sacrement vivant de l'autorité même de Dieu. Or, c'est a l'autorité de Dieu qu'il appartient de déterminer l'objet de la foi. Dans l'ordre rationnel et scientifique, nous arrivons à la détermination
1. Docemus et divinitus revelatum dogma esse défi ni mu s : Romanum Pontificem cum ex cathedra loquitur, id est, cum omnium christianorum Pastoris et doctoris munere fungens, pro suprema sua apostolica aucloritate, doctrinam de lide vel moribus ab universa Ecclesia tenendam définit, per assistentiam divinam, ipsi in beato Petro promissam.ea infaillibilitate pollere, qua divinus Redemptor Ecclesiam suam in definienda doctrina de fide vel moribus instructam esse voluit ; ideoque ejusmodi Romani Pontificis definitiones es non autem ex consensu Ecclesia3. irreformabiles esse. (Const. Concilii Vaticani : De Ecclesia Christi, cap. IV.)
Nous n*« vous cité ici qu'un petit nombre de textes. II y en a une multitude. Nous renvoyons les lecteurs aux auteurs qui ont traité la question de l'infaillibilité au point de vue de la tradition, particulièrement au bel ouvrage de Mgr de Latour d'Auvergne, archevêque de Bourges : La tradition catholique sur l'infaillibilité pontificale.
de la vérité par l'évidence des premiers principes et de l'expérience; cette évidence nous faisant défaut dès qu'il s'agit de connaître le monde surnaturel et ses mystères, il faut que l'éternel témoin des choses divines nous en parle lui-même. Mais, s'il a passé l'autorité infaillible de sa parole à l'Église parce qu'elle le représente, n'est-il pas évident que cette autorité doit résider tout entière en celui qui est icibas sa plus vive, sa plus saisissante, sa suprême représentation, et que tout le monde appelle son vicaire. N'est-il pas évident que cette représentation serait amoindrie et que le souverain pouvoir, dont tout le monde convient, perdrait totalement son caractère, si, pouvant soupçonner que le Pape se trompe, les chrétiens, qu'il doit diriger, avaient le droit de lui désobéir et d'attendre d'autres décisions que les siennes. Saint Thomas a donc bien dit : « C'est à l'autorité du souverain Pontife qu'il appartient de déterminer finalement ce qui est de foi: Ad ejus auctoriiatem pertinet ftnaUter delerminave ea quse swit fidei1. »