Matlh., cap. XXVIII
l'autorité de l'église
Mais, entendons -nous bien sur le sens de cette parole. Le protestantisme confesse l'universelle et éternelle royauté de Jésus-Christ, et prétend être soumis à son souverain pouvoir, à la condition, toutefois, que le gouvernement du divin chef de l'Église demeure absolument caché et que son empire ne se présente extérieurement que sous la forme d'une démocratie pure. Chacun pour soi, et Christ pour tous. — Sa volonté est exprimée dans un livre sacré qui suffit à notre salut. Point d'autre autorité divine, dans la société des rachetés que ce livre, dont la raison privée détermine le sens.
Il n'est pas difficile, Messieurs, de saisir le vice de cette singulière doctrine. Si la Bible est l'unique expression de la volonté du Christ-Roi, son unique moyen de gouvernement, si chacun est libre de l'interpréter à sa manière, l'Église n'est plus un royaume ordonné comme doit être ordonnée une institution divine, mais un amas incohérent d'aines disparates qui peuvent imaginer mille volontés contradictoires du Christ, et que le sens privé peut ainsi disperser dans toutes les directions. — Ce n'est point
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ainsi que le Christ entendait son œuvre, et je crois vous avoir prouvé que, en exprimant le dessein de fonder son Église, c'était une société sérieuse, je ne dis pas assez, c'était une société parfaite, la plus parfaite de toutes les sociétés, qu'il voulait établir.
Or, cela ne se pouvait sans une autorité vivante et agissante, s'imposant à tous et faisant l'unité de tous. Et, puisque le divin chef de l'Église avait décrété de se tenir caché, il fallait, à la société extérieure et visible qu'il appelle son royaume, une représentation extérieure et visible de son autorité sainte, un sacrement vivant de son éternelle royauté. Cette représentation existe-t-elle? Ce sacrement agit-il? — Assurément, Messieurs. J'entends le Christ dire à ses apôtres, avant de retourner vers son Père : « Toute puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre. Comme mon Père m'a envoyé, je vous envoie. — Allez donc. Enseignez les nations, leur apprenant à garder les commandements que je vous ai donnés § — Tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel. — Qui
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vous écoute, m'écoute; qui vous méprise, me méprise ' ! »
Il était impossible de désigner plus clairement les représentants qui devaient remplacer visiblement le Roi de l'Église près de ses sujets, impossible de définir plus clairement leur autorité. Aussi les apôtres ne craignent-ils pas de dire aux peuples qu'ils évangélisent : « Pro Christo legatione fungimur 2 : Nous remplissons près de vous les fonctions du Christ. » Ils enseignent, c'est le Christ qui enseigne; ils jugent, c'est le Christ qui juge; ils commandent, c'est le Christ qui commande. A ce point que toute soumission ou toute résistance, tout honneur ou tout outrage va, de leur personne sacrée, à la personne même du Christ.
Salut, majestés saintes en qui se manifeste
4. Data est mihi omnis potestas in cœlo et in terra; euntes ergo docete omnes gentes baptizantes eos in nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti, docentes eos servare omnia queecumque mandavi vobis. (Matth., cap. XXVIII, 18, 19, 20.)
Sicut misit nie Pater et ego mitto vos. (Joan.,cap. XX, 21.)
Amen dico vobis : quœcumque alligaveritis super terrain, erunt ligata et in cœlo; et queecumque solveritis super terram, erunt soluta et in cœlo. (Matth., cap. XVIII, 18.)
Qui vos audit, me audit; et qui vos spernit, me spernil. (Luc, cap. X, 16.)