‹ Conférences de Notre-Dame de Paris (volume 4)Chapitre 21 sur 50 · Summ. Theol.,11* II* Quœst., I, a. 10, c · texte numérisé non relu

Summ. Theol.,11* II* Quœst., I, a. 10, c

Messieurs, le bien de la société chrétienne et l'accomplissement des promesses qui lui garantissent d'éternelles destinées réclament impérieusement cette détermination de la vérité par l'autorité infaillible du chef de l'Église.

Le bien de la société chrétienne le plus ardemment désiré , le plus amoureusement demandé, le plus solennellement promis par Jésus-Christ, c'est sa perpétuelle unité. Or, vous ne l'ignorez pas, l'unité chrétienne est en butte aux attaques incessantes de l'erreur. L'erreur n'attend pas. Dès qu'elle s'est ouvert un chemin dans les âmes, elle le poursuit avec une perfide et ardente opiniâtreté. Elle se rit des orages lointains dont on la menace, s'ils lui laissent le temps de prendre d'inexpugnables positions. Les solennelles assemblées, qui n'ont pu se reunir que dix-neuf fois depuis l'origine de l'Église, les longues et pénibles consultations des évêques dispersés, dont les décisions peuvent être si facilement contestées par la mauvaise foi, ce n'est pas assez pour contenir la rapide expansion des fausses doctrines et préserver la société chrétienne de leurs ravages : Il faut la foudre, la foudre ius-

tantanée qui écrase et éclaire en môme temps. Or, la foudre instantanée ne peut être qu'entre les mains d'un Pontife infaillible. Désarmez-le de son privilège, ses définitions et ses décrets impuissants livrent le troupeau de Jésus-Chrisi à toutes les audaces de l'erreur qui, d'une main impitoyable, déchire impunément le glorieux manteau de l'unité chrétienne. Dira-t-on qu'il faut lui obéir quand même, parce qu'il est la première autorité? Mais, s'il a pu se tromper, il a pu arrêter l'essor d'une vérité destinée à illuminer le dogme, et nous enchaîner au mensonge. Nous laissera-t-on libres de suspecter ses décisions et d'en attendre de meilleures? Mais, l'erreur, enhardie par l'impunité, continuera son œuvre de destruction. Les définitions tardives des conciles ou de l'Église dispersée ne brilleront plus que sur des ruines irrémédiables et n'auront plus d'emploi que pour rassembler, tant bien que mal, les misérables lambeaux de l'unité déshonorée. — Non, non, le Christ n'a pu exposer sa chère Église à de pareilles mésaventures. « Voulant l'unité constante de foi, dit Fangélique Docteur, il a dû pourvoir à sa conservation par la sentence définitive d'un

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seul l. » Sentence d'autant plus nécessaire aujourd'hui, que l'erreur, plus hardie et plus féconde, possède de plus nombreux et plus rapides moyens de propagation.

Je sais, Messieurs, que le dogme de l'infaillibilité pontificale, accepté par tous les chrétiens dont la foi est éclairée, répugne à une multitude d'honnêtes gens. Croire qu'un homme ne peut se tromper, quand on connaît si bien les infirmités et les misères de la nature humaine, révolte leur bon sens. Ils ne seraient pas éloignés d'accorder une sorte d'infaillibilité à la science et au nombre, mais ce privilège concentré dans un seul leur paraît une inacceptable énormité.

Je partagerais leurs répugnances, si elles n'étaient le résultat des malentendus de l'ignorance. — Les infirmités et les misères de la nature n'ont rien à voir dans l'infaillibilité, car ce n'est pas le Pape en tant qu'homme que nous croyons infaillible, mais le Pape en tant que vicaire de Jésus-Christ et sacrement vivant de son autorité divine. Encore, limitons-nous

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