‹ Conférences de Notre-Dame de Paris (volume 4)Chapitre 28 sur 50 · Rom., cap. XIII · texte numérisé non relu

Rom., cap. XIII

208 LA RÉPRESSION DANS i/ÉGLiSE

de sa loi, doit être respectée plus que la majesté royale ; l'unité de foi est une nécessité d'ordre public, on ne peut la troubler sans attenter au repos et à l'honneur de la société qui se fait gloire d'être chrétienne. D'où il suit que l'hérésie, outrage à la vérité du Christ et à l'autorité de son Église, perturbation de l'unité de foi, devient un crime de droit commun soumis aux pénalités qui sanctionnent les lois d'État. Appartenant à l'Église par son âme, l'hérétique est passible de la peine spirituelle ; appartenant à l'État chrétien par son corps, il est passible de la peine temporelle.

Notre foi, amoindrie par une longue pénétration de l'erreur et par l'importance exagérée que nous donnons à des intérêts de bas étage, peut s'étonner de cette répression en partie double; mais la foi, plu? jeune et plus vigoureuse, des peuples nouvellement appelés à l'admirable lumière du Christ comprenait qu'il est plus grave d'offenser un Dieu libéral et magnifique, en méprisant publiquement le don de sa vérité, que de léser les majestés de la terre; plus grave de soustraire un dogme au dépôt sacré de la révélation que de forcer un coffre-

fort ou d'anticiper sur le champ de son voisin; plus grave de troubler la paix religieuse d'un peuple qui se laisse conduire par une main sûre à ses destinées éternelles que d'inquiéter, par l'émeute, son repos matériel; plus grave d'empoisonner les âmes que de tuer les corps; car c'est le propre de l'hérésie de ne point se contenter d'être obstinée dans l'erreur, à ses rif^ues et périls, mais de vouloir la répandre, et de donner à sa rébellion le caractère d'un attentat et d'un danger public. Gela étant, Messieurs, qui peut s'étonner qu'on ait jugé à propos de punir l'hérésie de peines au moins égales à celles des crimes qu'elle surpasse? Surtout, si l'on considère que ces peines étaient non seulement un châtiment et un exemple salutaire pour contenir les esprits chancelants, mais une mesure de sécurité qui préservait la masse des ravages de l'erreur.

Je sais que quelques âmes trop sensibles répugnent à ces moyens de répression par la force, et pressurent, autant qu'elles peuvent, certains textes de l'Évangile, pour en extraire des flots de douceur, où se noie la justice; mais saint Thomas, avec son admirable bon sens,

nous fait remarquer que ces textes ne signifient pas tout ce qu on leur fait dire. Quand les apôtres demandent que le feu du ciel tombe sur les villes qui ont refusé de les recevoir, leur Maître les reprend : « Vous ne savez pas, dit-il, de quel esprit vous êtes f. » Mais son reproche va droit à leur esprit de vengeance qui réclame une peine exagérée , et ne condamne aucunement le zèle éclairé de ceux qui sévissent contre les méchants dans l'intérêt de la société. Le Sauveur veut qu'on laisse pousser l'ivraie, de peur qu'on ne déracine le bon grain ; mais, si le bon grain peut rester sur pied, il ne défend pas qu'on arrache l'herbe maudite qui menace de l'étouffer 2.

Du reste, le prosélytisme de l'hérésie a si souvent mêlé les voies de fait aux séductions de la parole, qu'il est tort simple qu'on ait jugé l'emploi de la force nécessaire à la protection des innocents, quand bien même il n'eût pas été justifié d'ailleurs par la violation d'une lui d'État.

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