Castille, Aragon, Valence, Catalogne
3. Bulle du 12 juillet 1268. Dans une bulle du même jour, Clément IV écrit au roi de Navarre : « Fatemur quod in pœnis hujusmodi tam acerbis charissimum in Christo iîliuni nosiruin régem Francorum illustrem non deceat imilari, n
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chante avec laquelle le Saint-Siège absolvait, en secret, ceux qui venaient lui demander pardon *; dans la sollicitude des papes pour les enfants des condamnés, auxquels ils épargnaient la peine d'infamie et la confiscation des biens; dans les recommandations qu'ils faisaient aux inquisiteurs d'absoudre le plus possible, afin que les hérétiques pussent échapper aux peines civiles et à la honte publique i; dans les blâmes qu'ils leur infligeaint, lorsque, trop ardents à la justice, ils oubliaient la douceur évangélique 3; dans les comptes qu'ils
1. Cette bonté est reconnue par LIorente lui-même qui, dans sa haine, l'attribue à des calculs intéressés, dont il se garde bien de fournir la preuve.
2. Cinquante hérétiques furent absous sur un ordre du pape du 11 février i486; cinquante autres, d'après un ordre du 30 mai de la même année ; autant le lendemain, et autant, encore, par un quatrième bref du 30 juin. — Un mois pius tard, le 30 juillet, le pape donna encore un cinquième édit pour le même sujet.
3. Dans le bref du 29 janvier 14-82, Sixte IV blâme sévèrement les inquisiteurs de Séville de leur dureté, en leur déclarant que c'est par égard pour les souverains qu'il s'abstient de les déposer; il leur ordonne de ne plus procéder contre les hérétiques sans le concours de l'évêque diocésain. — Alexandre VI. en li9-4, écrivait au grand inquisiteur qu'il le destituerait, s'il ne portait pas un peu plus de doutui évoangélique et un respect plus sévère pour ses instrucceins, dans l'exercice de son ministère.
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leur demandaient de leur conduite, les menaçant d'excommunication et les excommuniant même, lorsqu'ils s'opiniâtraient à poursuivre ceux qui avaient recours à Rome *; dans leurs fières réclamations contre les ruses et le despotisme des rois cherchant à faire prévaloir leur âpre justice sur la douce justice du Saint-Siège* L'esprit de l'Église, il est dans ses instances auprès des tribunaux civils en faveur de ceux qu'elle n'avait pu soustraire à leur juridiction3;
1. Léon X excommunia en 4519, au grand déplaisir de Charles-Quint, les inquisiteurs de Tolède. Paui 111, en 1538, cassa la sentence prononcée par l'Inquisition contre Virues, prédicateur de Charles-Quint, le déclara innocent et habile aux charges ecclésiastiques.
2. Sixte IV, dans un bref du 29 janvier 1482, déclare subreptice la bulle d'institution de l'Inquisition espagnole et refuse pendant longtemps de reconnaître ce tribuual. Léon X, en 1509, voulut réformer complètement l'Inquisition espagnole, parce qu'on n'avait pas tenu compte de plusieurs de ses lettres de grâce. Il fallut toutes les ruses et intrigues de Charles-Quint, pour faire avorter ce projet du pape et empêcher l'exécution des trois brefs qu'il avait publiés. Paul III, Pie IV et saint Charles Borromée s'opposèrent au projet d'introduire l'Inquisition espagnole à Naples et à Milan.
3. M. de Maistre donne un exemple de ces instances dans une sentence de l'Inquisition espagnole qui se termine ainsi... « Déclarons que l'accusé doit être abandonné à la justice et au bras séculier que nous prions et chargeons très affectueusement, de la meilleure et de la plus forte manière que nous le pouvons, d'en agir à l'égard du coupable avec
dans sa présence et ses prières près des gibets et des bûchers. On ne veut voir, eu cela, qu'une suprême insulte ; c'était la suprême poursuite, la suprême assistance de la charité cherchant à transformer la honte et îa douleur en humble et salutaire expiation \
L'esprit de l'Église, il est dans le zèle des saints inquisiteurs qu'elle a canonisés : apôtres plutôt que juges, s'appliquant à convertir les hérétiques bien plus qu'à les punir, méprisant
bonté et commisération...., a los quales rogamos y encargamos muy affectuosamente corne de derecho tnejor wdemos, se hayan bénigne y piedosamente con il. » (Lettre à un gentilhomme russe.) Ces instances n'étaient pas écoutées, mais qu'importe? C'était toujours l'esprit de l'Église protestant contre la barbarie des mœurs.
1. On confond communément le supplice des hérétiques avec l'auto-da-fé. C'est une grossière erreur. « On n'a jamais ni tué ni brûlé dans un auto-da-fé, » dit Mgr Héfélé. On y prononçait simplement l'acquittement des personnes faussement accusées, on y réconciliait avec l'Eglise les coupables repentants. On y livrait au bras séculier les hérétiques relaps et obstinés. Dès lors, l'auto-da-fé était fini, les inquisiteurs se retiraient. Ceux qui s'imaginaient un grand feu où se débattaient les victimes de l'Inquisition seront fort surpris d'apprendre qu'on ne voyait brûler, dans l'auto-da-fé. que le cierge du pénitent, comme symbole de la lumière de la foi qui brillait de nouveau en lui. Ce n'était pas un feu bien terrible. Ceux qui assistaient les suppliciés n'allaient pas plus se repaître de leur honte et de leurs douleurs, que les aumôniers de prison ne vont se repaître de la honte et des douleurs decondamnés à mort.
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les hautes protections, et bravant héroïquement les coups des misérables qui devaient leur faire payer, par le martyr, les conquêtes de leur charité.
L'esprit de l'Église, il est surtout dans cette Rome où l'autorité sut se montrer ferme et sévère sans jamais être cruelle, où le pouvoir temporel, obligé de châtier de grands crimes, était toujours retardé dans ses exécutions par les miséricordieuses temporisations du pouvoir spirituel, où les condamnations capitales ne se présentent qu'à de rares intervalles, tandis que tous les états catholiques ou hérétiques abusaient du glaive pour étouffer la contradiction 1 ; dans cette Rome, vers laquelle les persécutés de tous les pays tendaient les bras et qui renvoyait, par centaines, absous, réhabilités, inviolables, ceux qui avaient eu recours à sa miséricordieuse juridiction \
1. Servet, Gentilis, Boisée, Carîstadt, Gruet, Castellio, le conseiller Ameaux et beaucoup d'autres, punis de la prison, de l'exil ou de la mort, ont pu se convaincre, par leur propre expérience, que l'Inquisition n'était pas plus douce dans l'Église protestante qu'en Espagne.
2. Plusieurs historiens apologistes : Bergier, Balmès, Roorbacher, le P. Lacordaire, font remarquer, à propos de l'Inquisition, que Rome n'a jamais prononcé, dans les causes
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Oui, Messieurs, dans les jours où l'unité de foi triomphante était considérée comme une loi d'ordre public, les peuples opprimés par les excès de zèle avaient confiance en la bonté de l'Église, comme nous devons avoir confiance en sa loyauté dans nos jours de division, où la tolérance est devenue un expédient nécessaire. Les partis et les pouvoirs pourront mentir à leurs promesses, l'Église, patiente et résignée.
religieuses, de sentence capitale. Cette affirmation a besoin d'être expliquée. Ceux qui croient la confondre en rappelant bruyamment les supplices de Giordano Bruno et consorts ignorent ou feignent d'ignorer qu'il faut distinguer, dans leurs condamnations, un double tribunal et une double sentence : le tribunal spirituel prononçant, au nom du pouvoir judiciaire de l'Église, sur le crime d'hérésie, le tribunal civil condamnant à la peine, au nom du pouvoir temporel du Saint-Siège.
L'Inquisition romaine se montrait particulièrement indulgente. Elle ne livrait l'hérétique au bras séculier qu'en recommandant « qu'il fût puni avec clémence et sans effusion do sang : Ut quant clementissime et sine sanguinis effusione puniretur. » .Mais les tribunaux qui représentaient le pouvoir temporel se crureni obliges d'agir, en certaines circonstances, selon les rigueurs du droit public d'alors. C'est en vertu de ce droii public que Giordano Bruno, Pietro Carnesecchi. Antonio délia Pagha iPalearius) et plusieurs autres furent, condamnes ei exécutés à Rome. C'était moins L'hérétique que l'un punissait en eux, du dernier supplice que 1 agitateur et le perturbateur du repos public. Giordano Bruno, pendant sa vie errante, avait porté le trouble dans tous les pays où il dogmatisait et s'était fait chasser hci<-
saura souffrir leurs tracasseries et leurs persécutions, sans jamais pousser ses enfants aux résistances violentes, et attendre que Dieu la sauve, puisqu'il n'y a plus que lui qui la protège.
Je termine, Messieurs, en vous demandant la permission de me résumer par un rapide questionnaire qui fixera dans votre mémoire la plaidoirie que vous venez d'entendre.
L'Église, société parfaite ayant droit à la
tousement par ceux que révoltait son orgueil insensé. Délia Paglia avait imprudemment bravé la cour de Rome dans son Actio in pontifices romanos et eorum asseclas. Camesecchi, après avoir été gracié, soudoyait des apostats à Genève. Rien d'étonnant que la justice du Saint-Siège les ait traités comme des hommes dangereux. Cependant elle ne se pressait point de les condamner au dernier supplice. Elle attendit la conversion de Giordano Bruno pendant deux ans; elle gracia une fois Camesecchi; elle ne demandait qu'à être fléchie par le repentir de Palearius, et ne l'envoya à la mort qu'après avoir été lassée par son obstination.
En somme, les condamnations capitales étaient extrêmement rares à Rome, et ne tombaient que sur des coupables dont l'existence eût été funeste au repos de la société chrétienne et dont l'opiniâtreté ne laissait à la miséricorde aucun espoir d'amendement. « A Rome, dit M. de Maistre, dans ses Lettres sur V Inquisition d'Espagne, l'autorité souveraine a moins sévi que partout ailleurs contre les délits anti-religieux. Et pourtant, le pouvoir temporel y était complètement à la dévotion du pouvoir spirituel. C'est donc une iniquité manifeste de faire retomber sur l'esprit de l'Église romaine l'odieux des rigueurs excessives qu'on reproche ù l'Inquisition.»
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plénitude de ses pouvoirs, peut-elle se passer de la force coercitive? — Non.
L'Église a-t-elle abusé de cette force dans l'ordre spirituel, en dédaignant les avertissements et la controverse? — Non.
L'Église a-t-elle outrepassé ses droits, en acceptant l'alliance spontanée du pouvoir temporel?— Non.
L'Église a-t-elle profité de cette alliance pour imposer la foi? — Non.
L'Église a-t-elle été coupable d'une injustice, en permettant aux lois d'État de venger la majesté outragée de Dieu, de protéger l'unité de foi et d'assurer la sécurité de ses enfants contre les blasphèmes, les entreprises séditieuses et la violence de l'hérésie? — Non.
L'Église, en invitant les princes chrétiens a repousser la force agressive de l'hérésie par la force, leur demandait-elle autre chose qu'un acte de légitime défense? — Non.
L'Église a-t-elle institué un tribunal d'injustice et de cruauté, plutôt qu'un tribunal de légitime surveillance , de haute protection , d'équité et d'indulgence, en établissant l'Inquisition? — Non.
L'Église a-t-elle inventé et appliqué les peines dont la justice séculière se servait pour punir les hérétiques? — Non.
L'Église est-elle responsable des abus que la politique et l'absolutisme ont fait de l'Inquisition, en dépit de ses protestations? — Non.
L'Église s'est-elle abstenue de reprocher à ses ministres leurs lâches complaisances et leurs sévérités excessives dans les offices de l'Inquisition? — Non.
L'Église a-t-elle négligé de faire prévaloir, sur l'âpreté du zèle religieux et les cruautés d'une justice barbare, l'esprit évangélique, de mansuétude, de charité et de miséricorde? — Non.
Eh bien ! Messieurs, puisqu'il en est ainsi, je convoque, en vos âmes chrétiennes, la loyauté, l'impartialité, la froide raison, le bon sens, présidés par l'esprit de foi, et je leur pose cette autre question : Accusée d'outrecuidance, d'ambition, d'usurpation, de tyrannie, de cruauté, de barbarie dans l'exercice de son pouvoir coercitif, l'Église est-elle coupable? — Et j'entends la réponse de ce vénérable jury : Non, non, mille fois non, l'Église n'est pas coupable. —
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Donc, ses accusateurs en sont pour leurs frais d'invention et d'éloquence, et nous laissons à Dieu le soin de leur faire payer les dommages qu'ils ont causés par leurs déclamations haineuses et leurs calomnies.
CINQUANTE-NEUVIÈME CONFÉRENCE
CINQUANTE-NEUVIÈME CONFERENCE
l'église et les sociétés humaines
Eminentissima Seigneur, Messeigneurs \ Messieurs,
D'une extrémité du monde à l'autre, le royal pouvoir de l'Église saisit chacun de ceux qu'elle a initiés à la vie chrétienne, pour les conduire, avec une douce et miséricordieuse fermeté, sur les voies lumineuses de la vérité et du devoir, jusqu'à la béatitude éternelle. Toutefois, nous devons considérer que les sujets de la sainte monarchie ne sont pas unis entre eux par les seuls liens d'une même foi et des mêmes pratiques religieuses. Ils forment, au sein de l'hu-
1. Son Eminence le cardinal Guibert, archevêque de Paris; Mgr Coullié, évèque d'Orléans; et Mgr Bellou no, évèque auxiliaire de Port-au-Prince.
manité, des groupes distincts où les forces individuelles, cédant à la naturelle sympathie des tempéraments, des caractères, des habitudes, s'unissent en vue d'atteindre une fin commune et déterminée, le bonheur temporel : ce sont les sociétés civiles. Là, aussi, il y a un pouvoir suprême, des institutions, des lois, un gouvernement, tout ce qu'il faut pour affermir l'homogénéité d'une nation commencée par des similitudes natives, pour protéger son existence et ses intérêts, pour assurer son repos, sa paix, sa prospérité, le bien public.
Quels sont les rapports de l'Église avec ces sociétés ? Doit-elle se contenter de leur demander humblement une place parmi les associations subalternes que l'État réglemente, et dont il peut se débarrasser, s'il le juge à propos? Il y en a qui le prétendent.
Consentira-t-elle à vivre sur le pied d'une sorte d'égalité avec les pouvoirs temporels, se bornant à exercer, auprès d'eux, une action collatérale sur les mêmes sujets, sans tenir compte de leur existence sociale et de ce qui, dans cette existence, contrarie son gouvernement et l'empêche d'aboutir à sa Bn? Il y en a qui croient
que cela se peut faire. — Ni les uns ni les autres ne sont d'accord avec la doctrine catholique que je viens vous exposer.
Vous avez pu pressentir cette doctrine, Messieurs, lorsque dernièrement je vous parlais de l'alliance en vertu de laquelle furent constituées les sociétés chrétiennes. — Mais, alors, il ne s'agissait que d'une question de fait. Nous sommes présentement en face d'une question de droit, question d'autant plus importante à élucider que tout conspire aujourd'hui à l'obscurcir: la bonne volonté de ceux qui cherchent des principes nouveaux pour concilier les droits de l'Église avec l'esprit des sociétés modernes, comme le mauvais vouloir de ceux qui travaillent à se soustraire à toute influence religieuse.
Dégageons-nous de ces préoccupations, où ne se fait que trop sentir l'oubli des principes chrétiens, et reportons-nous au grand dessein conçu par le Christ. Voulait-il ne régénérer que les individus? — Non, Messieurs; — il voulait régénérer les sociétés. A cet effet, il a institué la société par excellence, son Église, établi ses droits, et déterminé la nature de ses relations avec les sociétés humaines.
Îîl2 L EGLISE ET LES SOCIÉTÉS HUMAINES
L'Eglise est une société d'origine immédiatement divine, distinguée par Dieu lui-même de toutes les sociétés; donc, elle a droit à l'indépendance.
L'Eglise, si Ton considère la nature des intérêts confiés à son gouvernement et la sublime fin qu'il se propose d'atteindre, est, vis-à-vis des sociétés humaines, une société majeure; donc, elle a droit à leur suprême direction.
Voilà les deux propositions que je me propose de développer. Suivez-moi, Messieurs, sans vous laisser distraire par des applications délicates. S'il vous arrive de faire ces applicaiions, j'en décline la responsabilité. Je veux absolument rester dans la région des principes, dire ce qui doit être, sans me préoccuper plus qu'il ne faut de ce qui est.
Selon la belle doctrine de saint Paul, « Tout pouvoir vient de Dieu l. » Mais Dieu n'a pas