Rom., cap. XIII
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donné tout pouvoir à ceux qui gouvernent les sociétés humaines. Leur action providentielle est limitée par le but direct qu'elle doit atteindre : le bonheur temporel. En vue de ce terme, les pouvoirs humains ordonnent la vie publique de leurs sujets et règlent leurs rapports. Ils ne peuvent aller au delà. Dieu s'est réservé de régler lui-même les rapports de l'homme avec sa très-haute et très-sainte majesté.
Quand les législateurs antiques inventaient des religions et donnaient aux maîtres du monde le pouvoir de créer des sacerdoces, d'en déterminer les fonctions et de rehausser, eu leur personne, la dignité royale par le prestige du souverain pontificat, ils obéissaient à une lui de nature que nous avons constatée, loi en vertu de laquelle toute institution sociale, qui veut durer, cherche à s'appuyer sur une base religieuse ; mais ils empiétaient sur les réserves de Dieu.
Dieu a trop le respect de la vérité et de la conscience humaine,pour laisser à des hommes faillibles et capricieux le droit d'en disposer à leur fantaisie. Ceux-ci n'avaient que trop mal-
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traité ces deux choses sacrées, au mépris des traditions de famille qui devaient en assurer l'inviolabilité, lorsque Dieu se décida à intervenir directement dans la vie de l'humanité, an se choisissant un peuple qui devint le dépositaire de ses révélations. Ce peuple, lentement formé dans les flancs des religieux patriarches qui conversaient avec le ciel, reçut, près des frontières du pays fortuné où il devait s'établir, sa constitution définitive. Dieu daigna s'occuper de sa félicité temporelle. Il assista miraculeusement ses juges; il envoya des prophètes pour consacrer ses rois; mais, au-dessus des pouvoirs régulateurs de sa vie civile, il institua le sacerdoce, régulateur de sa vie religieuse : le sacerdoce, protégé, contre toute usurpation du peuple et des rois, par des menaces terribles et des châtiments exemplaires.
Ce n'était qu'une ébauche de la grande œuvre qu'il préparait. Le peuple juif était à la fois un peuple et une église ; sa vie religieuse, dans la forme où il l'avait reçue, devait suivre les destins de sa vie nationale. Lorsque, au terme fixé parles oracles, le sceptre de Juda passa en des mains étrangères, le Fils de Dieu parut, et, en
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vertu de son autorité toute-puissante, il institua non plus un peuple-église, mais l'Église des peuples, c'est-à-dire une société spirituelle, universelle, suprême, dont la vie indépendante ne devait être liée aux destinées d'aucune nation. Rien de changé dans les conditions de durée des pouvoirs des républiques ou des empires; ils restent à la merci des révolutions et des catastrophes qui les agitent, les bouleversent, les transforment ou les détruisent. Mais le nouveau sacerdoce du Christ a reçu des promesses d'immortalité : « Tu es sacerdos in œternum. » Bâtie sur ce roc indestructible , l'Église doit demeurer inébranlable au milieu des tempêtes que soulèvent, dans le monde, les puissances d'enfer : Et portœ inferi non prœvaiebunt.
Vous comprenez, Messieurs, que l'éternité ne peut pas être solidaire du temps. Aussi n'est-ce plus par l'entremise d'un législateur, à la fois spirituel et temporel, comme Moïse, que Dieu fonde son Église. Le Christ s'isole de tous les pouvoirs terrestres pour créer cette société nouvelle, et, sans rien demander à personne, il détermine la tin, l'objet, les sujets,
les moyens, la forme de son gouvernement.
Je ne répéterai point ici ce que j'ai dit longuement dans mes précédentes conférences; je me contente de préciser brièvement les points qui intéressent notre présente démonstration.
L'Église a reçu du Christ, Fils de Dieu, la mission de conduire à la béatitude éternelle non pas tel ou tel peuple, mais toutes les nations : omnes yentes. D'où : le droit de leur enseigner la vérité, de régler leur vie morale d'après le code évangélique, de veiller à l'intégrité de leur foi et à la pureté de leurs mœurs, de les pousser à la perfection conseillée par le Sauveur, de leur donner les secours spirituels dont la nature a besoin pour se soutenir dans le rude voyage et les combats de la vie chrétienne; et, pour elle-même : le droit de pourvoir à la dignité, à l'ordre, à la perpétuité de sa hiérarchie, de dégager le côté humain de sa vie des nécessités matérielles qui absorberaient son temps, sa sollicitude et ses forces au détriment de son ministère, ou qui créeraient des servitudes nuisibles h la parfaite liberté dont elle doit jouir dans
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l'accomplissement de sa mission et l'exercice de ses pouvoirs.
Tous ces droits viennent immédiatement de Dieu, Messieurs; les hommes n'y sont pour rien. Certains amis de la liberté opposent, avec raison, aux entreprises tyranniques des pouvoirs qui prétendent asservir l'Église, l'énumération des titres qui la mettent avec la société civile sur le pied de l'égalité. « Ce qui autorise la société civile ou religieuse, disent-ils, c'est la longue série des services que, depuis des siècles, elle rend à ses membres, c'est le zèle et les succès avec lesquels elle s'acquitte auprès d'eux de son emploi, c'est la reconnaissance qu'ils ont pour elle, c'est l'importance qu'ils attribuent à son office, c'est le besoin qu'ils ont d'elle et l'attachement qu'ils ont pour elle , c'est la persuasion imprimée en eux que, sans elle, un bien auquel ils tiennent plus qu'à tous les autres leur ferait défaut. Dans la société civile, ce bien est la sûreté des personnes et des propriétés. Dans la société religieuse, ce bien est le salut éternel de l'âme. Sur tout le reste, la ressemblance est complète, et les titres de l'Église valent les titres de l'État; c'est pour
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quoi, s'il est juste qu'il soit indépendant e; souverain chez lui, il est juste qu'elle soit, ehci elle, indépendante et souveraine1. » Messieurs, j'accepte cette comparaison sous bénéfice d'inventaire, j'enregistre les titres acquis de l'Eglise, et je remercie de leur bonne volonté ceux qui les font valoir; mais je vous ferai remarquer qu'aucun de ces titres n'est, à proprement parler, la racine du droit de l'Église à l'indépendance; s'ils le confirment, ils ne l'engendrent pas; ce droit émane directement de l'institution divine, c'est-à-dire de la suprême indépendance de Celui qui a tiré la constitution et les pouvoirs de l'Église des trésors de sa toute-puissance.
C'est sur les droits du Christ que se base la prétention de l'Église à l'indépendance. Elle n'a pas attendu, pour la revendiquer, que ses services eussent mérité la reconnaissance des peuples, que ceux-ci eussent ete témoins du zèle et du succès de ses longs efforts, ni qu'ils eussent compris l'importance de son office et la grandeur du bien qu'elle devait leur assu-
!. Tainc, Les origines de la France contempui aine . I, L Révolution, page 299.
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rer. Au sortir du cénacle, elle disait à ceux qui voulaient enchaîner sa parole : « Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes *. » Sous le glaive de la persécution, elle répondait aux sinistres potentats qui lui demandaient : Que veux-tu? — Religionis libertatem ! La liberté de la religion ! Quand les empereurs lui eurent tendu la main, elle leur rappela son titre suprême à l'indépendance. « Maîtres du monde, disait- elle par la bouche de ses pontifes, ne vous mêlez pas des choses ecclésiastiques, et ne prétendez point nous donner des ordres sur ces matières; mais, apprenez plutôt de nous ce que vous avez à faire vousmêmes. Dieu vous a donné l'empire, il nous a confié l'Église; et, de même que celui qui cherche à vous enlever votre autorité contredit Tordre divin, de même aussi devez-vous craindre que, en attirant à vous ce qui appartient à TÉglise, vous ne vous rendiez coupable d'un crime. Il est écrit : — Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu; c'est pourquoi, s'il ne nous est pas permis de pré-
1. Obedire oportet Deo magïs quam hominibus (Act.. cap. V, 29.)
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tendre à l'empire dans les choses de la terre, il ne vous est pas permis, non plus, d'usurper le pouvoir sur les choses sacrées '. »
Usurper le pouvoir sur les choses sacres, c'est, attenter à l'indépendance même du Christ et, du même coup, à la dignité humaine. Maître absolu de toutes choses, Dieu avait bien le droit de se réserver la réglementation directe de nos rapports avec lui; cette réglementation établie, la conscience est investie d'un droit qui prime tous les droits, astreinte à un devoir qui prime tous les devoirs : le droit et le devoir de ne s'en rapporter qu'à Dieu et à l'autorité qu'il a instituée pour la direction sacrée de notre vie religieuse. Que Dieu soit béni de nous avoir investis de ce droit et de nous avoir astreints à ce devoir! Il nous soustrait, ainsi, à
4. Mr, Ti'Oti csa'JTOv et? Ta IxxXrjfftatTTixà, arcs cù zept tou- Ttov r,;j.Tv irapaxeXeucov àXXà ixaXXov 7rap' •fji/.tov crû aavôavc raturât. Soi êotaiXeiav 6 hto- IveyeipiG&v, ^txîv xà tv;; ixxAnjata; iricrreuffe' xai cos-îo d xrjv c)^ àpyJjv Ctto/.A£-tiov àvriXeYSi Tco GtaTa;ay.£V|) Osco* o-jT'-i <do&q8ï]TI a y; xat au Ta t/;; sV.xÀr,cra; si; iotuxov eXxojv, u-£'jO'jvo; àv ^evoio £yx/.r'y.aTt asya/co. 'A-ooot£, YevparrTat, Ta Kai'capo; Kaîaapi, xai tsc tou 8eou
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toîî 6u;j.tav e;ouo-i'av e/etç. (Epist. Hosii ad Constantinum <mperatorem, apud S. Athan., in Historia Arianorum, II, ii.j
l'humiliation et au péril de soumettre nos esprits et nos volontés à des hommes qui, dans le gouvernement des choses temporelles, oublieront les choses de l'éternité ; à des hommes qui, n'ayant point un empire universel, seront fatalement entraînés, par la division des intérêts, à la division des croyances et des pratiques religieuses; à des hommes qui s'enivreront de l'orgueil de la domination ; à des hommes chez qui l'accumulation de pouvoir ne pourra engendrer qu'un plus profond et plus indestructible despotisme. Combien il est plus digne et plus salutaire pour nous d'avoir affaire à une autorité toute spirituelle que des intérêts vulgaires ne pourront distraire de sa mission, et dont la voix forte et tendre fera retentir, en nos âmes, un perpétuel sarsum corda! à une autorité universelle qui, n'étant enchaînée à aucun territoire, pourra maintenir partout l'unité doctrinale et pratique de nos relations avec Dieu; à une autorité infaillible qui n'accomplira que son devoir, sans jamais exagérer ses droits, et sera pour nous, dans Tordre intellectuel et moral, l'expression vivante de la volonté divine. Eh bien! cette autorité, nous
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l'avons; elle a été, authentiquement et manifestement, instituée parle Christ. Encore une fois, lui refuser l'indépendance, c'est frapper un coup double, qui blesse ensemble l'autorité souveraine de Dieu et la plus sainte de nos libertés.
Donc, au nom de l'autorité de Dieu, au nom de notre liberté religieuse, l'Eglise doit être indépendante. Mais, quelle sera cette indépendance, Messieurs? — Elle sera corrélative à tous les droits que je viens d'énumérer il y a quelques instants.
L'Église a reçu du Christ le droit souverain d'enseigner la vérité. Donc, sa parole doit être libre de descendre des sommets de la hiérarchie jusqu'aux plus humbles des fidèles, sous quelque forme que ce soit : discours, lettres pastorales, mandements, brefs, bulles, encycliques. Un pouvoir sans mandat divin usurpe, quand il prétend donner des permissions ou imposer silence à qui reçoit les ordres de Dieu, couper les canaux par où la vérité circule dans les membres d'un corps qui échappe à sa juridiction, convaincre d'abus un enseignement doctrinal qui ne relève que de l'éternelle sagesse où il a pris sa source.
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L'Église a reçu du Christ le droit souverain de régler les mœurs chrétiennes. Donc, ses lois n'ont pas besoin de l'approbation des législateurs humains. Les placet et les exequatut ne peuvent que retarder l'action vivifiante de son gouvernement, et priver injustement le peuple chrétien d'un bien qu'il attend pour relever son courage, stimuler ses forces, remédier à ses défaillances et à ses maux.
L'Eglise a reçu du Christ le droit souverain de veiller à l'intégrité de la foi et à la pureté des mœurs, Donc, les rois et les puissants de ce monde font acte ridicule et malhonnête quand ils se mêlent de peser sur ses définitions et les juger, quand ils reçoivent les appels de ceux que l'Église condamne et les prennent sous leur protection.
L'Église a reçu du Christ le droit souverain de pousser les âmes à la pratique des conseils évangéliques et d'organiser la vie parfaite. Donc, les ordres religieux et les congrégations qu'elle approuve ne relèvent, quant à leur existence, que de son pouvoir. Elle seule les crée, elle seule peut les dissoudre.
L'Église a reçu du Christ le droit souverain
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d'administrer les choses sacrées où Dieu a mis sa grâce et d'ordonner le cuite divin. Donc, sacrilèges toutes les invasions de la police d'État dans les sacrements et la liturgie.
L'Église a reçu du Christ le droit souverain de pourvoir à la dignité, à l'ordre, au recrutement, à la perpétuité de sa hiérarchie. Donc, aucuu pouvoir ne peut lui imposer les sujets dont elle ne veut pas, aucun pouvoir ne peut amplifier ni restreindre les juridictions qu'elle donne, aucun pouvoir ne peut contraindre ses lévites et ses prêtres à des services qui compromettraient la sainteté de leur état ou la solidité de leur vocation, qui les retireraient de leurs fonctions sacrées ou de l'étude de cette divine science dont leurs lèvres doivent être les gardiennes. Ce sont les services du pays, dira-t-on. Je le sais. Mais, si l'on en peut être exempté, dans certains cas, pour être utile à sa famille, pourquoi n'en serait- on pas exempté pour être utile à la gloire de Dieu et au salut des âmes? Etre l'intermédiaire des peuples près de Celui sans qui les peuples ne seraient que de vils troupeaux; appeler les bénédictions du ciel sur les affaires publiques, dans la paix comme dans la
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guerre ; renoncer aux plaisirs du monde et aux joies de la famille pour se dévouer à l'instruction des ignorants, à la consolation des affligés , au soulagement de toutes les misères humaines; enseigner la vérité , donner par paroles et par exemples des leçons de vertu, répandre la grâce qui régénère et vivifie, s'appliquer à faire des chrétiens qui seront, entre tous les citoyens, les plus honnêtes et les plus utiles, n'est-ce pas servir son pays? Et ne croyez pas que le prêtre invoque l'immunité sacrée de son ministère, pour échapper aux dangers des combats et refuser à la patrie l'impôt du sang. Sonnez le rappel et poussez le cri d'alarme, vous verrez s'ouvrir les portes des cures, des séminaires et des couvents, et toute une légion d'hommes vêtus de robes noires, brunes et blanches se précipiter dans les ambulances et sur les champs de bataille ; vous verrez le prêtre braver le typhus et la pourriture d'hôpital, pour donner aux mourants les suprêmes secours que réclame leur âme anxieuse, se faire brancardier, pour transporter les blessés au péril de sa vie, se pencher sur ceux qui tombent en face de l'ennemi, pour les absoudre et les envoyer au ciel.
recevoir en sa poitrine désarmée les balles et les éclats d'obus, qu'il affronte sans les provoquer ; vous serez obligés d'admirer son héroïsme, de lui décerner la croix qui brille sur le cœur des braves, et vous serez convaincus que l'immunité ecclésiastique couvre des maisons où Ton apprend, aussi bien que dans les casernes, à souffrir et à mourir pour sa patrie.
Enfin, Messieurs, l'Église a reçu du Christ le droit de dégager le côté humain de sa vie des nécessités matérielles qui absorberaient son temps, ses sollicitudes et ses forces, au détriment de son ministère, ou qui créeraient des servitudes nuisibles à la parfaite liberté dont elle doit jouir pour l'accomplissement de sa mission et l'exercice de ses pouvoirs. Donc, elle peut posséder; ce qu'elle possède est sacré. Elle appelle cela avec raison : la substance de Dieu, le patrimoine du Christ, la chose du Seigneur ; c'est pourquoi toute violation de sa propriété est un vol compliqué de sacrilège. Et cela du petit au grand, entendez- vous : de l'humble rente budgétaire, qui n'est qu'une maigre compensation de l'opulence dont elle a fait généreusement le sacrifice, au royal pa-
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trimoine de son chef. L'Église ne redoute pas la pauvreté évangélique; c'est par là qu'elle a commencé; mais elle ne veut pas que cette pauvreté soit une charge perpétuelle qui écrase les fidèles, ni que les caprices ou la générosité lassée du peuple chrétien la condamne à une laborieuse et humiliante mendicité. L'Église n'ambitionne ni les honneurs ni les charges de la domination séculière, mais elle sait, par expérience, que le vasselage temporel emprisonne sa souveraineté spirituelle et paralyse son action. Consciente de ses devoirs, elle a défini les droits qui en assurent l'exécution et les a protégés, autant qu'elle a pu, par l'excommunication et l'anathème.
Du reste, Messieurs, les droits de l'Église à la propriété n'ont pas tardé à être reconnus de ceux qui recevaient de son ministère le bienfait des choses sacrées. Dans les premiers jours du christianisme, les fidèles apportaient leurs biens aux pieds des apôtres. Sous le règne violent et rapace des empereurs païens, l'Église possédait des temples, des maisons, des biens, dont s'étaient volontairement dépouillés, en sa faveur, les nobles patriciens qu'elle avait convertis ; et,
depuis, les libéralités des chrétiens intelligents et dévoués conspirèrent à créer les bénéfices, qui, assurant à ses ministres une vie honorable et indépendante, leur permettaient de ne se point distraire de l'accomplissement de leurs fonctions et de satisfaire largement aux obligations de la charité. Quant au chef de l'Église, pendant plus de trois siècles, persécuté et martyr, il gravit la voie douloureuse et sanglante qui, d'un état violent et anormal, devait le conduire à l'état tranquille et régulier de sa souveraineté. C'était le prix de ses souffrances, comme la résurrection du Sauveur fut le prix de sa passion. Il n'a rien fait pour conquérir sa souveraineté temporelle, rien que répandre son sang, et cette royauté est venue par la force des choses, comme une nécessité sociale tellement impérieuse, qu'un auteur protestant, ennemi déclaré du catholicisme, s'est vu obligé de confesser, dans son Histoire de la décadence de l'empire romain, que « ce sont les peuples qui ont forcé le Pape à régner1 ». On l'a fort bien dit, « en donnant à la souveraineté du pontife romain sa