S. Cyprian., lib. De Mortalitate
vertus chrétiennes, et de désespérer du salut de ceux que la mort a surpris avant qu'ils nous aient donné des gages certains de leur réconciliation avec Dieu.
La confiance impudente ou l'abandon sans espoir des cœurs protestants devant cette redoutable alternative : le ciel ou l'enfer, révoltent notre nature, non moins que la doctrine mesquine qui condamne la terre à l'isolement et le ciel à l'impuissance. Entre l'Église militante et l'Église triomphante, qu'on nous montre l'Église souffrante : voilà que toutes nos délicatesses de justice et d'amour sont satisfaites. Nous comprenons les retards qui tiennent à distance des mérites inégaux, et les suppléments d'expiation qui prolongent les pénitences inachevées de ce monde ; nous sommes heureux de penser que Dieu peut contenter sa justice sans se montrer inexorable, heureux de pouvoir aimer et servir encore les chères âmes dont la longue impénitence et le repentir trop peu apparent nous ont tant affligés. Et, parce que ces âmes, arrivées au terme de l'épreuve, souffrent sans pouvoir mériter aucun adoucissement à leurs maux, notre cœur s'attendrit, nos yeux
314 LA COMMUHIOfl DES SAINTS
versent des larmes, notre voix implore le ciel dont nous avons éprouvé pour nous-même la bienfaisante assistance. Epave sauvée des fureurs d'une mer féconde en naufrages, recrue certaine des bataillons de l'armée céleste, portant dans sa physionomie, à la fois profondément triste et profondément tranquille, l'empreinte de l'Église d'où elle sort et de l'Église où elle va entrer, l'Église souffrante est l'objet des tendresses de la terre et du ciel. Gomme l'infortuné Job, elle crie vers nous : « Pitié! pitié, mes amis1! » Nous prions pour elle; les élus mêlent leur grande voix à la nôtre, et nous offrent, dans le trésor de la miséricorde divine qu'ils ont enrichi de leurs mérites, la consolation, l'apaisement, la délivrance. L'amour promène ainsi ses biens des abîmes de la gloire aux abîmes de la douleur, en les faisant passer par la région agitée de nos combats. Et, plus l'amour est vif, plus les biens se précipitent et se multiplient; plus l'amour s'accroît, plus l'unité devient parfaite, plus la communion grandit. On ne peut rien concevoir de plus merveilleux et de plus
1. Miseremini, miscrcmini tnei sallcm vos amici mei. (Job, cap. XIX, -21.)
louchant. A l'axiome égoïste du protestantisme : — Chacun pour soi et Christ pour tous ! — l'Église triomphante, l'Église militante et l'Église souffrante répondent d'une commune voix : — Le Christ tout en chacun des membres de son corps mystique, et chacun pour tous !
Ce généreux axiome nous fait passer à la seconde loi de la communion des saints, qui se formule ainsi : Le Christ, principe de l'unité, tient sous sa dépendance la circulation des biens spirituels communiqués à chacun des membres de son corps mystique. Tout se rattache à sa divine médiation, tout s'imprègne de ses mérites, tout participe de sa plénitude. Nous avons déjà rencontré ce mystère dans le cours de notre exposition, Messieurs; aujourd'hui, il s'impose avec plus de solennité. Rappelez-vous donc, je vous prie, ce que nous avons dit à ce sujet; c'est le complément ou plutôt le nœud de la belle doctrine apostolique que vous entendiez tout à l'heure. Au ciel, sur la terre, dans les abîmes du purgatoire, tout chrétien est membre d'un seul et même corps, dont Jésus-Christ est la tète : C/iristus caput eeclo-
si&\ A ce titre, il agît, partout et en tous sens, comme un centre physiologique clans lequel se résume et d'où jaillit la vitalité spirituelle. Nos fonctions surnaturelles s'accomplissent sous sa suprême influence. Il n'est pas un vœu, pas une prière qu'il ne divinise, pas un mérite qui ne reçoive de lui son prix et sa vertu communicative. « Toute notre gloire est dans le Christ, dit le saint concile de Trente, nous vivons en lui, nous méritons par lui, nous satisfaisons par lui, et, si nous faisons de dignes fruits de pénitence, c'est de lui qu'ils tirent leurs forces, c'est lui qui les offre à son Père, et c'est par lui, enfin, que son Père les accepte 2. » — « Toute grâce, immanente ou transitoire, par quelque moyen qu'on l'obtienne, vient de son humanité sainte, dit saint Thomas, c'est pour cela que nous l'appelons notre tête 3. » En définitive, Messieurs,