Juan., cap. XXI, lo
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la plénitude de ses droits, de son pouvoir, de ses prérogatives.
Je n'ai pas l'intention de vous donner ici do longues explications sur la plénitude d'autorité dont le Christ a investi le chef de son Église. Ces explications viendront en leur temps, vous ne perdrez rien pour les avoir attendues patiemment. Il me suffît présentement de constater le fait créateur d'un pouvoir souverain, pour que vous puissiez vous rendre compte de la manière dont l'autorité a été constituée dans l'Église.
Au sommet, le pontife suprême, en qui se concentrent tous les pouvoirs d'ordre et de gouvernement, le maître immédiat des pasteurs, dont il détermine la divine juridiction, et de toutes les âmes qu'il confie à leurs soins. Près de lui et sous sa dépendance, les Évêques, investis par l'Esprit de Dieu de la plénitude du sacerdoce et du droit de participer, par définitions, jugements et décrets, au gouvernement universel du troupeau de Jésus-Christ. Plus bas, les prêtres, auxiliaires sacrés de ces grands pouvoirs, délégués près de toutes les fractions du peuple chrétien pour le pénétrer
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des divines influences qui font son unité ; plus bas encore, les diacres, ministres des choses saintes et assistants du sacerdoce; plus bas, enfin, ceux qui se préparent, par de mystérieuses ascensions , aux fonctions sacerdo taies *. Voilà la divine hiérarchie qui préside aux destinées de l'Église; voilà la sainte monarchie !
Remarquez bien, Messieurs, que c'est Dieu lui-même qui, par son Fils Jésus-Christ, a créé
1. Definimus, sanctam apostolicam sedem et Romanum Pontificem in universum orbem tenere primatum, et ipsuin Pontificem Romanum successorem esse Beati Pétri Principis apostolorum, et verum Christi vicarium, totiusque Ecclesice caput et omnium Ghristianorum patrem ac doctorem ex'-- 1ère : et ipsi in Beato Petro pascendi, regendi ac gubefnandi universalem ecclesiam a Domino IVostro Jesu Christo plenam potestatem traditam esse ; quemadmodum etiam in gestis œcunemicorum conciliorum et in sacris canonibus continetur. (Concil. Florentinum.)
Si quis dixerit in ecclesia catholica non esse hierarchiam divina ordinatione institutam quse constat episcopis, presbyteris et ministris, anathema sit. {Concil. Trident., ses. XXIII, can. VI.)
Si quis dixerit, episcopos non esse presbyteris superiores vol eam potestatem quam i.abent illis esse cum presbyteris communem, anathema sit. (Ibid., can. Vil.)
Si quis dixerit praeter sacerdotium non esse in Ecclesia catholica alios ordines et majores et minores per quos, velut per gradus quosdam, in sacerdotium tendatur, anathema sit. [Ibid., can. II.)
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cette forme de l'autorité dans l'Eglise. — Il abandonne le monde aux disputes des hommes et permet aux sociétés humaines de constituer le pouvoir comme elles l'entendent. Que ce soit un seul, ou plusieurs, ou l'assemblée des plus sages et des plus considérables, ou le peuple qui gouverne, monarchie, oligarchie, aristocratie, démocratie, c'est affaire de temps, de lieux, de mœurs, de convenances. Je n'ai point à me prononcer, Dieu merci, sur l'excellence de tel ou tel gouvernement humain. La monarchie a ses gloires et ses avantages, mais aussi rien de plus légitime que la république, quand elle est régulièrement constituée, et je ne fais pas difficulté d'avouer qu'elle pourrait être le meilleur des gouvernements, là où tous les hommes seraient également instruits, sages, désintéressés et vertueux. Où cela se trouve-til? où cela ne se trouve-t-il pas? Je n'ai pas à vous le dire; cherchez vous-même... Quoi qu'il en soit des gouvernements humains, Dieu a voulu pour son Église la monarchie, sans doute parce que c'est la forme sous laquelle sa providence gouverne le monde, et parce qu'il n'y a qu'un seul maître des âmes dont l'Église
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doit assurer le salut : Celui qui les a rachetées par son sang. Ce Maître, caché dans les splendeurs des cieux, où notre foi seule peut l'atteindre, apparaît à nos yeux de chair en la personne du monarque spirituel qui exerce pour lui la suprême autorité.
Cette autorité est-elle absolue? — Aïs. jurement, Messieurs, si l'on considère que le pouvoir du chef de l'Église vient directement de Dieu; qu'il n'est point une pure et simple délégation de la volonté des grands ou du peuple, s'exprimant par l'acclamation, le suffrage ou les consentements tacites, mais l'expression formelle de la volonté du Christ; qu'il agit d'après le mandat du ciel, et non d'après le mandat des assemblées ; enfin, qu'il n'est soumis à personne, et que tout dépend dans le gouvernement des âmes de ses souveraines décisions.
Mais, autour de cette autorité absolue, quels admirables tempéraments ! La loi naturelle, plus clairement connue que partout ailleurs et plus fortement imprimée dans les consciences; l'assistance de l'Esprit-Saint; l'Écriture, dont il faut respecter le texte sacré ; la tradition, dont il
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faut suivre les enseignements ; des institutions divines, auxquelles on ne peut rien changer; une aristocratie vénérable , dont on ne peut écarter la coopération et qu'on ne peut réduire au simple rôle de mandataire, car l'Évêque a reçu de l'Esprit de Dieu non seulement le pouvoir de faire entendre la voix de ses conseils, mais le droit de délibérer, de juger, de prononcer, de définir, de légiférer, de régir, pour son compte et en son propre nom, la partie du troupeau assignée à sa juridiction. Avec cela, Messieurs, point d'hérédité, c'est-à-dire nul souci de préparer, par des intrigues ou des coups de force, les destinées d'une dynastie ; mais la porte toute grande ouverte à la roture comme à la noblesse, pour arriver même à la dignité suprême; les pâtres, les fils de paysans et d'ouvriers, les plus obscurs enfants du peuple, en un mot, pouvant succéder aux fils des princes ; le fils du savetier Pantaléon dont l'échoppe est aujourd'hui une église française, Urbain IV, succédant au comte de Segni et de Marsi, Alexandre IV ; le paysan Nicolas Boccasini, Benoît IX, au descendant des Gaetani, Boniface VIII ; l'obscur Hollandais Florent,
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Adrien VI, à l'illustre Médicis, Léon X; le porcher Peretti, Sixte V, à Grégoire XIII, de la famille des Buoncompagni. Ces contrastes soht fréquents clans l'histoire delà sainte monarchie. Considérant, d'un côté, l'éminente dignité des t'vêques, de l'autre, la facilité toujours croissante avec laquelle les enfants du peuple accèdent à cette dignité, Bellarmin a pu dire : « Le gouvernement de l'Église est une monarchie, tempérée d'aristocratie et de démocratie '. »
1. Regimen temperatum sx omnibus tribus formis, propter naturae hamanae corruptionem, utilius est quàm simples Monarchia, quae. sanè gubernatio id requirit, ut sit quidern in Republicà summus aliquis Princeps, qui et omnibus imperet, et nulli subjiciatur. Preesides tamen provinciarum vel civitatum non sint Régis vicarii, sive annui judicts, sed veri principes, qui et imperio summi principis obediant, et intérim provinciam vel civitatem suam, non tanquàm alienam, sed ut propriam moderentur. Ita locum haberet in Republicà tam regia qusedam Monarchia quàm etiam principum optimatum Aristocratia.
Qui si his adderetur, ut neque summus ille Rex, neque principes minores hœreditarià successione dignitates illas acquirerent, sed ex universo populo optimi quique ad eas eveherentur : jam esset etiam suus quidem locus Démocratise in Republicà attributus. Hanc esse oplimam et in hàc mortali vità maxime expetendam formam regiminis compro- 1 ci m us.
De Ecclesià Testament) novi idem posleà probundum prit : esse in eà videlicet summi Pontiiîcis Monarchiam ; aique Episcoporum (qui veri principes et pastores, non
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Il y a donc, Messieurs, une autorité dans l'Église, autorité constituée par Dieu lui-même sous la forme monarchique. Maintenant, il importe de savoir ce que doit et peut faire cette autorité. Je vais vous le dire en quelques mots.
Partons de ce principe : que, dans toute société parfaite, l'autorité légitimement constituée a le droit et le pouvoir de faire tout ce qui est nécessaire à la société pour atteindre sa fin. — Or, la fin de la société chrétienne, c'est le salut de ses membres, c'est-à-dire leur consommation dans la gloire éternelle méritée par des œuvres saintes.
Gela étant, il est évident que la première nécessité qui s'impose à la société chrétienne est de connaître sa fin et les moyens de l'atteindre. D'où, l'indéniable existence du droit d'enseignement de cette puissance auguste qu'on appelle le magistère intellectuel. Ce magistère n'a point à chercher les vérités qu'il faut croire ni les lois divines auxquelles il faut
vicarii Pontificis maximi sunt) Aristocratiam; ac demum suum quemdam in ea locum habere Democratiam, cùm nemo sit ex omni christiania mullitudine, qui ad episcopatum vocari non possit; si tamen dignus eo muncre judieetur. (De lionuino ronlifcce, cap. Iii, nos 1, 2, 7.)
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obéir, puisqu'il les a reçues du maître qui sait tout et qui peut tout; mais il doit les déclarer, les promulguer, les définir. C'est, de toutes les fonctions de l'Église, la première qui se conçoit, la première aussi que le Christ lui impose et dont il fait dépendre le salut du genre humain. « Allez, dit-il, enseignez les nations, leur apprenant à garder ce que je vous ai confié \ Qui croira sera sauvé 2. Celui qui connaît et garde mes commandements m'aime, et je l'aimerai et je me manifesterai à lui 3. » Si nous eussions dû nous mettre directement et isolément en rapport avec le rédempteur de nos âmes, il nous eût donné le moyen de faire notre credo et de régler notre vie chrétienne. Mais, je vous l'ai dit, Messieurs (c'est une vérité qu'il ne faut jamais perdre de vue), nous sommes une société religieuse, extérieure et visible, et l'unité de cette société est impossible sans un magistère suprême qui définisse la vérité et propose la loi