Joël., cap, h
SOIXANTE-QUATORZIÈME CONFÉRENCE
SOIXANTE-QUATORZIÈME CONFÉRENCE
LA CONFESSION — SA NECESSITE Messeigneurs1, Messieurs,
Le repentir, douleur et détestation du péché, est le premier acte de la pénitence, son essence même. Il a le pouvoir de fléchir la justice de Dieu et de réconcilier avec lui l'âme pécheresse. Mais, pour ce faire, il doit se produire dans des conditions de perfection telles, qu'il est difficile à notre infirme nature d'être assurée de son efficacité. Par pitié pour notre faiblesse et afin de rapprocher de nous sa miséricorde, Dieu a bien voulu réduire les légitimes exigences de son droit et se contenter d'une contrition imparfaite; mais, en revanche, il demande l'accusation cle nos fautes, faite à celui qui doit nous pardonner en son nom.
1. Monseigneur Richard, coadjuteur de Paris; Monseigneur Macedo (Brésil).
La confession est le second acte sacramentel par lequel l'homme concourt à la guérison de son âme en proie à la maladie du péché ; acte si nécessaire qu'il faut au moins le désirer pour être justifié, même par le plus parfait repentir * ;
1. Docet (sancta synodus) etsi contritionem hanc aliquando charitate perfectam esse contingat, hominemque Deo reconciliare , priusquam hoc sacramentum actu suscipiatur; ipsam nihilominus reconciliationem ipsi contritioni, sine sacramenti voto, quod in illa includitur, non esse adscribendam. (Conc. Trid., sess. XIV, cap. iv.)
Passio Christi, sine cujus virtute nec originale, nec actuale peccatum dimittitur, in nobis operatur per sacramentorum susceptionem , quae ex ipsa efficaciam habent. Et ideo ad culpae remissionem et actualis, et originalis requiritur sacramentum Ecclesise, vel actu susceptum, vel saltem voto, quando articulus nécessitais, non contemptus, sacramentum excludit : et per consequens illa sacramenta quae ordinantur contra culpam, cum qua salus esse non potest, sunt de necessitate salutis : et ideo s-icut baptismus, quo deletur originale peccatum, est de necessitate salutis ; ita et pœnitentiae sacramentum. Sicut autem aliquis per hoc quod baptismum petit, se ministris Ecclesiae subjicit; ad quos pertinet dispensatio sacramenti; ita etiam per hoc quod confitetur peccatum suum, se ministro Ecclesiae subjicit, ut per sacramentum pœnitentiae ab eo dispensatum remissionem consequatur; qui congruum remedium adhibere non potest, nisi peccatum cognoscat, quod fit per confessionem peccantis. Et ideo confessio est de necessitate salutis ejus, qui in peccatum mortale actuale cecidit. [Summ. r/ieo/.., -suppl., quœst. G, a. 1.)
de telle sorte qu'on peut dire qu'en dehors du sacrement de pénitence aucun péché commis après le baptême ne peut être remis.
Avouer ses fautes, en faire la confession à un homme qui représente la majesté offensée de Dieu, introduire cet homme dans notre vie comme un témoin, un juge et un maître : un témoin de notre abjection, un juge de nos torts, un maître toujours prêt à dissiper les illusions au moyen desquelles nous cherchons à nous tromper nous-mêmes et à vivre sans tourments loin du chemin du devoir et de la vertu, voilà ce que redoutent le plus l'injuste fierté et l'opiniâtre malice du pécheur. Mais il faut en passer par là ; telle est la législation divine, je n'y puis rien changer. La confession est une nécessité à laquelle on ne peut se soustraire sans se confirmer dans l'inimitié de Dieu. C'est une nécessité, je vais le prouver, Messieurs, autant pour justifier les pieuses coutumes de votre vie, si elle est chrétienne, que pour protester contre les sottes et vaines déclamations tant de fois faites à l'endroit de la confession.
Mon plan est bien simple : — 1° Dieu veut qu'on se confesse ; — 2° Nous n'avons pour
nous en dispenser que de mauvaises raisons à lui opposer.
C'est par son divin Fils Jésus Christ, maître et seigneur de nos âmes et père de notre vie surnaturelle, que Dieu nous impose a tous l'obligation de révéler confidentiellement les secrets de nos consciences, et de mériter, par cette révélation, l'assurance de notre pardon, Cela devait être, Messieurs. Par ses opprobres, ses douleurs et sa mort, Jésus-Christ s'était emparé du monde pécheur, pour lequel il répondait devant la justice divine et avait conquis le droit rigoureux de déterminer luimême les moyens par lesquels nous mettrions à profit ses mérites infinis. Du moment où nous nous rallions par la foi à la divinité du Sauveur et à la vertu rédemptrice de son sang répandu, nous ne pouvons, sans nous contredire, refuser les conditions qu'il nous impose pour y participer. Or, Jésus-Christ ne s'est pas contenté de prêcher à l'homme pécheur la
vertu qui brise le cœur et les œuvres qui châtient la nature, il a voulu donner à son intervention réparatrice clans notre vie, après qu'elle a été déshonorée par le péché, toute la solennité d'un jugement. Et, parce qu'il devait se retirer du monde et ne plus agir que par des représentations-, c'est aux apôtres, ses représentants, qu'il a dit : « Comme mon Père m'a envoyé, je vous envoie : Recevez le Saint-Esprit : Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et retenus à ceux à qui vous les retiendrez : Sicut misit me Pater, et ego mitto vos : Accipite Spiritum Sanctum : Quorum remiseritis peccata, remittuntur eis : et quorum retinueritis, retenta sunt1. »
Vous l'entendez, Messieurs : Jésus- Christ envoie ses apôtres comme son Père l'a envoyé. Or, de son Père Jésus-Christ a reçu pleine puissance sur le péché. C'est pour détruire son empire et le chasser des lieux où il a établi sa demeure que le Verbe de Dieu s'est fait homme; Tout ce qu'il dit, tout ce qu'il fait, tout ce qu'il établit, tout ce qu'il promet a pour but la des-