‹ Conférences de Notre-Dame de Paris (volume 5)Chapitre 20 sur 40 · Voyez l'Index de cette Conférence, à la fin du volume · texte numérisé non relu

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2. Confessio importât ex suo nomine manifestationem alicujusquod in conscientiatenet aliquis : sic enim simul in unum os et cor conveniunt. Haec autem conditio ad virtutem pertinet ut aliquis ore confîteatur quod corde tenet. Et ideo confessio est bonum ex génère et est actus virtutis. (Summ. Theol., suppl., qusest. 7, a. 2.)

132 LA CONFESSION — SES CAPiACTÈRES

dispositions intérieures par lesquelles l'âme pécheresse entre en lutte contre le mal.

Révolte orgueilleuse cle l'homme, le péché ne revient de sa tentative inefficace contre Dieu que pour retomber sur notre âme et devenir son bourreau. Il la souille, il la déshonore, il l'asservit, il l'épuisé. Tant qu'il demeure en nous, notre vie manque de la plénitude qu'elle attend depuis qu'en l'adoptant Dieu a dirigé vers le monde surnaturel le courant de ses aspirations. Nous nous retournons en vain de tous côtés ; notre âme ne redeviendra belle, digne d'elle-même, libre, féconde, que lorsque le monstre qui la déshonore et la ronge en sera chassé. Ne l'avez-vous pas vu dernièrement aux prises avec la contrition, et recevant de notre douleur et de notre haine cle mortelles blessures? Nous lui avons dit : « Tu es abominable à mes yeux, je ne veux plus de toi. Va-t'en : Vade rétro. » Mais il est si profondément entré, si fortement établi, qu'il peut soutenir les premiers assauts de notre repentir. Il se réfugie clans quelque repli obscur cle notre âme et, là, il déploie une suprême résistance. En se cachant, il nous

échappe; en nous échappant, il ne nous fait plus sentir sa présence. Or, la douleur n'étant autre chose, selon le dire de l'École, que le sentiment du mal, sensus raali, la douleur s'affaiblit peu à peu et perd de son efficacité réparatrice. Que faire, alors? Rentrer dans une coupable indifférence et s'endormir, après l'insuccès de ses premiers efforts ? — Non, Messieurs. — Dieu ne le veut pas. Il pousse lui-même le pécheur jusqu'au fond de son âme, le met en face du péché, et lui dit : — « Prends-le, tire-le dehors, achève-le. » — Alors s'ouvre une lutte décisive. Comme le chasseur s'avance dans les ombres d'une caverne où gît une bête féroce, déjà bléssée, la saisit avec force, la tire à lui jusqu'au jour, et la tue raide, d'un dernier coup ; ainsi, le pécheur descend dans les mystères de sa conscience pour en retirer le péché, déjà blessé par la haine et la douleur de son cœur. Il le saisit entre les griffes de sa parole, il l'attire à lui, il le met en pleine lumière ; là, il le voit mieux, là, il l'achève, d'un dernier coup. Tel est le service que nous rend la confession. C'est la chasse au péché. Elle l'arrache de nos entrailles, elle l'illumine, elle nous le fait voir clans

notre propre parole; ainsi, elle rend plus vif le sentiment du mal; ainsi, elle entre en rapport intime avec la contrition, conséquemment avec l'essence même de la réparation.

Je dirai plus, Messieurs : la confession complète la condition première et essentielle de la réparation ; et, en cela, nous ne saurions trop admirer la miséricorde divine ; car, bien que le péché soit le plus grand de tous les maux, comme il échappe à nos sens, il nous est difficile de le détester autant qu'il le mérite et de concevoir, de. lui, cette douleur parfaitement intérieure, surnaturelle, souveraine et universelle qui justifie par elle-même. Toujours quelque imperfection se mêle aux actes les plus graves et les plus solennels de notre vie et, cette imperfection subsistant, ils ont besoin d'être complétés. Le repentir peut donc être parfait ou imparfait. Ce n'est pas moi qui fais cette distinction, c'est la théologie, ou plutôt c'est l'Eglise appuyée, en cela, sur une étude profonde et une expérimentation quotidienne de la nature humaine. Le repentir, donc, pouvant être imparfait, c'est-à-dire manquer de cette plénitude et vigueur décisives qui font

mourir au péché et vivre à la grâce, Dieu devait, pour satisfaire à la fois sa justice et sa miséricorde, nous fournir un complément victorieux. Il l'a fait en nous imposant l'obligation de paraître par l'aveu de nos fautes.

Cette obligation, Messieurs, n'est point si étrangère à notre nature qu'elle n'y rencontre que des répugnances. Outre le penchant à la confidence, dont j'ai déjà parlé, il y a dans tout cœur vraiment repentant un si vif sentiment de sa faiblesse et de son indignité, qu'il ne croit pas pouvoir assez désavouer ses fautes s'il ne les vomit, selon l'énergique, expression d'un des plus illustres et des plus puissants organes de la tradition l. Toute douleur pénitente tend à se résoudre d'elle-même en cet acte suprême qui retire le péché du fond de l'âme, pour le présenter à Dieu comme tout vivant et tout palpitant encore, afin que, de ses mains très saintes, il lui donne lui-même le dernier coup. Impérieuse et touchante nécessité qui,

1. Si autem ipse sui accusator iiat et confiteatur, simul et vomit et delictum atque omnem morbi digerit causam. (Origen., Homil. II, in Psalm. XXXVII, n< 6. Migne, Patrol. grœca, t. XII, col. 1386).

de la défiance de nous-mêmes, nous fait passer à la plus vive confiance en la miséricorde divine. Chassés des ombres de la mort invisible, nous nous abandonnons spontanément au maître de la vie, comme si nous lui disions : — Seigneur, je ne puis venir à bout du monstre qui vous offense et tourmente mon cœur ; mais, attendez, je vais l'arracher de ma conscience, je vais vous le faire voir, malgré ma honte et ma confusion, je vais le livrer à vos saintes fureurs. — Le voilà : frappez, immolez, détruisez, et rendez-rnoi votre amitié avec votre vie. Nous ne pouvions pas être justifiés par notre douleur imparfaite, nous le serons par une sentence de pardon qui répondra miséricordieusement à la manifestation de notre âme et à l'humiliation de nos aveux.

Admirable rencontre des perfections divines! Ce qui était sagesse et justice devient miséricorde ; ce qui était humiliation et contrainte devient pour nous une ineffable consolation. En effet, le propre du péché, que nous commettons avec une si fière assurance, est d'enfanter l'incertitude et l'angoisse. Nous savons bien comment il est venu, mais com-

ment s'en ira-t-il? Voilà la question formidable toujours suspendue sur notre conscience pour la torturer, tant qu'un signe certain et efficace ne la rassure pas. En vain, nous nous cachons dans la retraite pour nous entretenir avec les souvenirs de notre vie, évoquer chacune de nos fautes, cle nos misères, affliger notre cœur par d'amers regrets, gémir, prier, pleurer. Qui nous dira que nos douleurs ont égalé notre culpabilité, que nos prières ont été exaucées, nos gémissements acceptés, nos larmes recueillies, et qu'après cela, Dieu daigne se pencher vers notre âme pour la baiser et lui pardonner? — Oui, qui nous le dira? — Un vieux pécheur se plaignait un jour clu mortel silence qui répondait à ses solitaires douleurs. « Voilà bien des années, disait-il, que je me brise le cœur et que je demande à Dieu pardon de mes crimes. Dieu est sourd à ma voix. Je n'entends rien, je ne sens rien qui me tranquillise. Mille fois j'ai été tenté de désespoir; mais je ne sais quelle force mystérieuse m'a toujours poussé vers vous. Enfin, me voici. Mon père, faites ce que Dieu ne veut pas faire : Donnez-moi la paix! » — Donnez-moi la paix!

C'est le cri des âmes les plus saintes, toujours alarmées et tremblantes au souvenir de leurs fautes. Leur repentir n'a pas la force de les rassurer. Il leur faut leur signe sensible : l'aveu, la confession du péché. Se sont-elles épanchées dans un cœur ami, il semble qu'elles aient déplacé le siège clu mal, et, l'assurance du pardon descendant sur elles d'une bouche qu'elles vénèrent, elles marchent plus légères et plus épanouies dans les chemins de la vertu. L'incertitude, la terrible incertitude ne vient plus les étreindre ou les étouffer. Partant, plus de découragement possible. Entre le passé et le présent, il y a des abîmes. La vie, recommencée dans l'innocence et enrichie de l'expérience de nos faiblesses, se prépare, sans trouble un avenir plus pur. Protestent tant que voudront les incrédules : ainsi est faite la nature humaine. Elle ne marche qu'appuyée sur des signes ; elle rapporte a des signes les opérations les plus mystérieuses de la vie morale et surnaturelle; ces signes sont des formes sacrées qui la pénètrent et la fixent l. Jésus-

1. Cf. soixante-deuxième Conférence ■ Harmonie des Sacrements.

Christ comprenait bien ces exigences de la nature humaine, quand il distribuait avec une si miséricordieuse prodigalité le signe sensible. Il s'est rendu sensible. Il a parlé à l'humanité, non par la voie sacrée de l'inspiration, mais par des paroles sensibles. Il a attaché sa grâce à des signes sensibles, et, entre toutes les grâces, la réparation du péché aux signes sensibles de la confession et de l'absolution qui la suit.

Nous avançons, Messieurs. Il ne nous reste plus qu'une dernière considération : à savoir comment par le moyen de la confession, la miséricorde divine poursuit le péché jusqu'en ses effets les plus lointains, soit dans l'individu, soit dans la société.

Vous connaissez assurément, Messieurs, les diatribes déloyales et haineuses cle l'incrécl alité contre l'usage de la confession, et il se peut qu'un certain nombre d'entre vous en aient reçu une impression fâcheuse. Trop vivement pressés par les arguments d'autorité qui démontrent si victorieusement le fait de l'institu-

tion divine, et menacés d'être écrasés sous le poids des témoignages dont la marche directe à travers les siècles apporte jusqu'à nous l'authentique expression de la volonté du Sauveur, les incrédules se sont esquivés et ont essayé de ramener la discussion, par une voie détournée, au point de départ de la tradition. À l'usage de la confession, ils opposent les abus de la confession et s'efforcent de nous persuader qu'une institution néfaste ne saurait être une institution divine.

Néfaste, disent-ils, l'institution qui rapproche clans des confidences délicates, et parfois redoutables, des âmes souvent jeunes et passionnées, et peut si facilement allumer en elles des ardeurs sacrilèges ! Néfaste, l'institution qui livre des esprits faibles, des natures impressionnables à la secrète domination d'un homme, prétendu divin, lequel, sous le couvert de son caractère sacré, peut impunément instiller l'erreur et la corruption ! Néfaste, l'institution qui permet au prêtre d'accaparer les cœurs au détriment de leurs légitimes affections, de surprendre les secrets des familles et d'y semer la division! Néfaste, l'institution

qui favorise de honteuses captations, en donnant à des générosités imbéciles la couleur de réparations que Dieu exige! Néfaste, l'institution qui a fomenté la révolte contre les puissances séculières et armé le bras des assassins! Néfaste, enfin, l'institution qui avilit et corrompt l'individu, trouble les familles et la société !

Il va sans dire, Messieurs, que ceux qui pensent ainsi, ne tiennent aucun compte de la question de fait, question capitale pourtant : à savoir que la confession est d'institution divine; supprimant du même coup toutes les grâces de lumière, de force et de justice dont le Christ a dû pourvoir ses ministres, afin d'assurer la stabilité de son œuvre. Cependant, je leur pardonnerais cet oubli, s'ils voulaient discuter de bonne foi et dans des ouvrages sérieux les abus dont ils se plaignent. Mais, vous ne l'ignorez pas, c'est par des pamphlets et des romans qu'ils prétendent édifier l'esprit public sur la valeur de nos pratiques sacramentelles. Dans ces œuvres de fantaisie, l'imagination, au service du parti pris, exagère les faits, quand elle ne les invente pas, transforme les accidents

en coutume, et conclut, avec une révoltante impudence, du particulier au général. Je ne nierai pas, certes, qu'il y ait eu ni qu'il y ait encore des prêtres criminels qui aient abusé ou abusent de la confession. Mais, s'il fallait conclure de l'abus à la suppression, il n'est pas un office de justice et de miséricorde qui ne dût disparaître.

Que les honnêtes juges, avocats et médecins ici présents veuillent bien me pardonner; les questions que je leur adresse ne les atteignent pas. — N'y a-t-il jamais eu de juges qui se soient laissés intimider ou corrompre, ni qui aient prononcé d'injustes sentences? — N'y a-t-il jamais eu d'avocats qui aient abusé des séductions et des artifices clç la parole pour soutenir des causes manifestement immorales ? — N'y a-til jamais eu de médecins qui aient fait servir au profit de honteuses passions les délicates auscultations que leur permet la science ou l'affection reconnaissante de ceux qu'ils ont sauvés d'un grand péril? — Hélas! vous le savez aussi bien que moi, la magistrature, le barreau, l'art médical, ont été déshonorés. Cependant, aucun homme .sensé ne s'avise de dire

qu'il ne faut plus nijuges, ni avocats, ni médecins. Pourquoi clone le ministère sacré de ceux qui représentent ici-bas la justice et la miséricorde divines serait-il plus maltraité que des fonctions purement humaines? D'autant, Messieurs, que si Ton faisait la somme des abus de part et d'autre, si l'on comptait, de part et d'autre, les infidèles et les prévaricateurs, (soit dit sans offenser personne), l'avantage nous resterait, je l'espère, à cinquante, soixante et, peut-être, quatre-vingts pour cent de rabais. Gémissons donc des abus qui déshonorent les fonctions de justice et de miséricorde, c'est l'exception. La règle, c'est le bienfait.

Or, je viens de vous le dire tout à l'heure, Messieurs, l'influence bienfaisante cle la confession poursuit le mal moral jusqu'en ses effets les plus lointains, au bénéfice cle l'individu et de la société.

Il est impossible que le mal séjourne longtemps dans une âme sans y laisser de traces. Même quand il a disparu, il subsiste par des impressions funestes qu'on ne peut effacer qu'à force de courage et de persévérance. Revenu à Dieu, le pécheur n'est pas guéri cle cer-

laines dispositions maladives, de certaines langueurs de conscience qui lui préparent des chutes nouvelles, souvent plus terribles que les premières. Les perspectives du bien sont obscurcies, les ressorts de la volonté sont détendus, les passions sont excitées, les pentes sont prises ; si l'homme est abandonne à luimême, jamais il ne se relèvera que pour retomber, jusqu'à ce que, dégoûté de ses insuccès, il se livre à des prévarications désespérées. Mais Dieu le soutient par des grâces occultes qui se renouvellent comme les tentations et les périls, et, pour couronner l'œuvre de la réparation, pour lui donner cette plénitude à laquelle on reconnaît une miséricorde infinie, des secours extérieurs s'ajoutent aux secours intérieurs. Ainsi soutenu au dedans et au dehors, le pécheur ne peut plus retourner à ses anciennes habitudes sans être doublement infidèle.

Or, Messieurs, les secours extérieurs crue Dieu envoie au pécheur lui arrivent par l'entremise du juge de sa conscience. Représentant de la puissance judiciaire de l'Église, le prêtre Test encore de sa puissance directrice et réformatrice. Il faut bien que les ordres de Jésus-

Christ soient accomplis, non seulement dans la vie publique et extérieure de l'humanité chrétienne, mais encore dans sa vie privée et intime. En prononçant ces solennelles paroles : « Euntes docete omnes gentes... docentes eos servare qusecumque mandavi vobis : Allez, enseignez toutes les nations et faites -leur observer mes commandements, » le Sauveur livrait à son Église toutes les âmes blessées par T ignorance et corrompues par le vice. Toutes, entendez-vous, toutes, sans exception. Pendant que des foules avides se suspendent aux lèvres émues d'un apôtre, l'homme le plus délaissé a le droit d'invoquer, pour lui tout seul, ce ministère d'enseignement et de bon conseil qui doit réformer sa vie. Sa détresse a clés cris qui appellent l'Église, et l'Église ne peut s'empêcher de descendre vers lui. Elle se dépouille donc de l'austère solennité du commandement. Elle emprunte à un homme dévoué toutes les richesses cle son cœur. — Tiens-toi là, lui ditelle, près de cette nature en ruine, et jure de l'aimer et de la servir. Et voilà cet homme qui pleure comme un père sur un fils en péril,

comme Jérémie sur sa Jérusalem dévastée. Il

pleure, et puis relève son front que la douleur avait penché ; une noble résolution vient d'éclore : toute sa vie, s'il le faut, sera dépensée à la réparation de ce temple ruineux dont il vient d'entrevoir la profonde désolation.

Ah ! croyez-le bien, Messieurs, ce n'est pas une petite chose que de réparer une âme ruinée par le péché. Les plus puissants génies Deuvent échouer dans cette œuvre colossale.

Etayer un monument qui s'écroule, reprendre en sous-œuvre ses appuis, remonter ses voûtes fléchies, faire saillir ses nervures effacées, fouiller ses riches sculptures que la poussière des siècles a envahies, raccorder des sujets mutilés par des mains barbares, marier partout des idées nouvelles à des plans antiques : voilà ce qui s'accomplit sous nos yeux émerveillés. Que de grâces et de charmes dans ces vieux édifices dont nous voyons revivre les splendeurs ! Comme ils sont fiers d'être rajeunis sans rien perdre de leur vénérable antiquité ! Comme leurs tons variés resplendissent au soleil! Comme il y a, entre le vieux et le neuf, des rivalités harmonieuses qui enchantent le regard ! Quelle gloire pour ceux

qui les ont restaurés ! Mais, je connais un sublime architecte dont l'ambition n'est pas d'être immortalisé. Lui aussi, pourtant, il ala passion sacrée des ruines et l'amour des restaurations. Il se cache sans bruit dans le coin obscur d'une chapelle, et seul avec son Dieu, son grand cœur et le pécheur son ami, il travaille, avec patience, avec longanimité, avec persévérance, aujourd'hui, demain et toujours, à réparer les désastres de l'iniquité. Sa parole fouille la conscience, pendant que sa charité l'appuie. Il ouvre des jours inconnus, il inonde de lumière les replis secrets de l'âme que les ténèbres ont envahis. Il redresse tout ce qui penche vers le mal. Il fortifie les bons instincts, soutient les mâles résolutions, confirme les saintes habitudes et ressuscite les vertus. Mille fois les mêmes conseils se pressent sur ses lèvres, il les répète sans dégoût; mille fois les mêmes encouragaments sortent de son cœur sans le fatiguer ni l'épuiser. L'obéissance le touche, le plus petit progrès le console, et lorsqu'enfin, des lèvres du pécheur qu'il a tant aimé, il entend tomber ces paroles : -— « Mon père, je suis heureux. Je vois le bien comme je

ne l'ai jamais vu ; je l'aime comme je ne l'ai jamais aimé. Voyez donc : je me soutiens, je marche, avec la grâce de Dieu je suis fort. » Oh ! alors, le coeur du prêtre éclate en transports dont Dieu seul et ses anges sont témoins. « Je vous rends grâces, ô Seigneur tout puissant, s'écrie-t-il, je vous rends grâces pour tous vos bienfaits: Agimus tibi gratias, omnipotens Deus, pro universis benefîciis tuis. — Mon âme bénis le Seigneur, et que tout ce qui est en moi chante son nom sacré : Benadic anima mea Domino, et omnia qux intra me sunt nomini sancto ejus*. — Les miséricordes du Seigneur, je les chanterai éternellement: Miserlcordias Domini in seternum cantabo*. » Ineffable joie ! délicieuse ivresse ! j'ai donc pu vous connaître! Car, plus d'une fois, j'ai aimé les pécheurs. Grand Dieu! je les aime encore de toute la force de mon âme. Miséricordieux Seigneur, qui avez institué le tribunal des âmes, je vous prends à témoin de la sainte passion qui dévore le cœur de tout prêtre fidèle à son devoir, Et vous, pécheurs, temples ruineux,

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