Monseigneur Richard, coadjuteur de Paris
d'être contenu par de salutaires frayeurs. Il est tellement enclin au mal que, s'il aperçoit dans un avenir prochain un pardon facile, il se laisse glisser, avec une sorte de complaisance, sur les pentes de sa nature. L'Église catholique, qui accorde ce pardon, stimule donc nos instincts dépravés au lieu de les contenir; la voilà surprise, dans un de ses dogmes les plus importants, dans une de ses pratiques les plus nécessaires, en flagrant délit d'immoralité-
Cette objection, Messieurs, est immensément ridicule. Je ne me donnerai la peine d'y répondre ni directement, ni longuement. Qu'il me suffise d'appeler votre attention snr un fait notoire. Le nombre de ceux qui recourent au pardon promis par l'Église ne représente, malheureusement, qu'une minorité. La grande majorité s'abstient. Comment s'expliquer cette abstention qui nous désole, si le pardon est si facile à obtenir? Il y aurait là un aveuglement incompréhensible. J'aime mieux croire que, pour se repentir sincèrement et avouer ses fautes, il faut une certaine somme cle bonne volonté et d'énergie, peu propres, de leur nature, à nous encourager au mal.
Du reste, nous n'avons pas encore étudié la pénitence chrétienne dans toutes ses phases. Il est un dernier acte qui répond par lui-même aux objections malveillantes de l'hérésie et de l'incrédulité, en compliquant la réparation du péché, sans pourtant la rendre impossible, sans même augmenter sa difficulté clans une mesure exagérée, eu égard à nos misères et à notre faiblesse. Cet acte, dans lequel la justice et la miséricorde divines s'embrassent une dernière fois, c'est la satisfaction qui retient, clans le langage chrétien, le nom de -pénitence, parce qu'elle représente la peine due au péché. Nous étudierons aujourd'hui la nécessité et la valeur de cet acte. Je me réserve de vous en enseigner la pratique dans mes entretiens de retraite.
La satisfaction, selon sa notion la plus large, est un acte de justice vindicative, c'està-dire, un acte par lequel Dieu, principe de
tout ordre, poursuit efficacement la restau-
ration définitive de son droit par la repression du péché, en le châtiant. Selon sa notion la plus stricte, la satisfaction est une réparation de l'injure, faite à Dieu par le moyen d'une peine volontairement acceptée et librement endurée; ou, si vous l'aimez mieux : une compensation offerte à l'honneur divin violé, par l'humiliation et l'affliction volontaires et libres du châtiment.
Que le repentir et la confession, tels que nous les avons définis et expliqués, puissent •être considérés comme des pénalités expiatrices, c'est ce qui n'est pas douteux. Cependant Dieu ne s'en contente pas. Il accepte le brisement du cœur, il écoute miséricorclieusement l'aveu de nos fautes, il les pardonne, à la condition pourtant qu'une peine temporelle achèvera de nous humilier, de nous confondre, -de nous briser, et prendra sur notre vie déshonorée de douloureuses compensations. Fussions-nous dans l'impossibilité de nous expliquer rationnellement cette peine, il faudrait l'accepter et la subir, car la volonté de Dieu à cet égard est aussi claire que possible.
Lorsque le premier homme tremblant.
éperdu, couvert de honte et plein de regrets, fut sommé de comparaître devant le Seigneur et de lui faire l'aveu de son crime, il entendit sortir cle sa bouche une lugubre sentence, qui ouvrait devant lui et toute sa race les chemins de la douleur1. Il prit la main de sa compagne et s'en alla, comme un proscrit, loin de la terre natale, témoin de son innocence et de son premier amour. En vain il cherchait autour de lui des souvenirs de sa félicité perdue, son œil voilé de larmes ne rencontrait partout qu'une nature troublée, dont le sein appauvri ne pouvait plus être fécondé que par un rude labeur. Et, à quelque temps de là, la femme, qu'il avait trop aimée, sentit dans ses entrailles l'accomplissement des menaces divines. Elle enfanta dans la douleur et couvrit de pleurs, en même temps que de baisers, le premier né de sa vie. Tel était, après le repentir et l'aveu, la pénitence de nos premiers parents. Ils nous l'ont passée. Triste et laborieux héritage! nous rappelant à chaque instant que, malgré les traits sublimes qui attestent notre grandeur