‹ Conférences de Notre-Dame de Paris (volume 5)Chapitre 26 sur 40 · Sane et divinœ justitiae ratio exigere videtur, ut · texte numérisé non relu

Sane et divinœ justitiae ratio exigere videtur, ut

Pour ces prévaricateurs ingrats, supprimez la peine et dites-moi ce qui reste. On ne veut voir que l'amour dans un pardon sans mélange, et moi j'y vois l'impunité, c'est-à-dire un scandale et un péril : un scandale pour notre esprit, clans lequel s'obscurcit la notion de la sainteté jalouse de Dieu, un péril pour notre volonté, dont les penchants, faciles au mal, reçoivent comme un encouragement funeste.

Dieu est saint, toute iniquité lui est souverainement odieuse. Voilà ce que vous croyez et confessez : mais, qu'en savez-vous? s'il est si promptement satisfait de votre retour vers lui que vous n'ayez qu'à lui dire : — Seigneur, me voici, — si complètement apaisé qu'il ne vous demande plus rien. Le péché que vous avez commis vous le haïssez, autant que votre cœur est capable cle haïr, vous le vomissez, en quelquesorte, afin qu'il n'ait plus de retours dans voire âme. En êtes-vous bien sûr? puisque vous n'a-

aliter ab eo in gratiam recipiantur qui ante baptismum per ignorantiam deliquerint, aliter vero qui semel a peccati etdsemonis servitute liberati, et accepto Spiritus Sancti dono, scientes templum Dei violare et Spiritum Sanctum contristare non formidaverint. (Co:ic. Trid., sess. XIV, cap. vin.)

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Vez pas le courage de le poursuivre, jusqu'en ses derniers retranchements de votre nature où il s'est préparé des complices. Je hais, c'est bientôt dit. Mais, pour Dieu comme pour l'homme, ce mot emprunte toute sa vigoureuse efficacité aux actions. On a dit de la foi :

La foi qui n'agit pas est-ce une foi sincère?

J'applique ces paroles, si justes et si vraies, à la haine du péché. Si Dieu hait le péché, qu'il le montre; si l'iniquité vous est odieuse, faites-le voir. C'est par la répression du mal que s'exprime l'horreur qu'il inspire. Un Dieu qui ne châtie pas a tout l'air d'être complice,; un pécheur qui ne souffre pas est tout prêt à donner un démenti à son repentir. J'ai bien dit tout à l'heure : l'impunité est un scandale et un péril.

Toutefois, Messieurs, il est vrai que Dieu ne punit pas toujours, et qu'il oublie parfois sa justice clans ses embrassements paternels. Il pardonne et tout est fini. L'âme qu'il a justifiée, par cet acte souverain, peut passer, tout d'un coup, du repentir à la gloire. Mais cet admirable mystère en suppose un autre plus admirable

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encore. Il me faudrait le langage des anges pour le raconter; j'essaierai cependant de mon impuissante parole.

Il y a des cœurs d'homme qui ne connaissent le péché que comme une nuit passagère, à laquelle succèdent des clartés victorieuses. La beauté divine, un instant oubliée, les surprend, tout à coup, par des apparitions qui les consternent. Ils ne voient plus le mal que dans Tunique amour qu'ils ont blessé, et, par un impétueux mouvement, ils se précipitent vers lui, et couvrent de baisers la plaie qu'ils ont faite. Terre, ciel, enfer, affections, jouissances, clouleurs, la vie elle-même, tout s'efface, tout disparaît dans le sentiment, à la fois tendre et violent, qui les ramène. C'est un amour étrange qui cherche à se mesurer, en profondeur, avec la charité divine ; c'est une passion si redoutable à la justice de Dieu qu'elle se livre desarmée à ses étreintes éperdues , Mystères d'amour! Ils sont rares comme les prodiges qui arrachent au sépulcre les froides dépouilles d'un mort. On pourrait les compter comme on compte les résurrections. Et puis, est-il bien vrai que la douleur en soit absente jusqu'à

l'impunité? Ne le croyez pas. Messieurs. Les repentirs amoureux ne peuvent éclore que dans un cœur déjà broyé par d'indicibles souffrances. Avoir offensé Dieu et comprendre tout son amour, quel contraste déchirant! O mon unique bien ! O ma vie ! J'ai donc pu vous être infidèle! Et pourtant je vous aime. Je vous aime, ô mon Dieu ! et je voudrais pouvoir vous prouver mon amour. Que clésirerais-je ? Tous les maux du temps et de l'éternité ne me contenteront pas. Amour! Amour! Crucifiez-moi, brisez-moi, faites-moi mourir à t.ous les instants, pourvu que je ne cesse pas de vous aimer. Tels sont, Messieurs, les cris sublimes du cœur infidèle qui revient à Dieu par une parfaite charité. Il souffre, en un moment, toutes les douleurs qu'il désire, et la justice divine ne se tait que devant son martyre. C'est, en même temps, le plus grand châtiment du péché et la plus grande grâce qui puisse être faite au pécheur.

Mais, encore une fois, de pareils mystères ne se prodiguent pas. Dieu les réserve aux natures d'élite qu'il prédestine à des ministères exceptionnels. Nos natures vulgaires ont peine à les

comprendre, comment en seraient-elles le théâtre? Voyons-nous le mal uniquement clans l'infinie bonté qu'il offense et l'incomparable amour qu'il blesse? — Non. — Plus abaissés sont les regards de notre âme pécheresse ; elle a peine à s'élever au-dessus des basses régions de son intérêt, et, trop confiante clans la paix que Dieu lui donne par l'absolution de ses fautes, elle est toute prête à se mettre à l'aise et à s'offrir de nouveau aux occasions qui lui furent fatales. Que serait-ce clone si l'impunité lui était assurée pour prix de ses désaveux ? Ne voyez-vous pas le mépris, la présomption, les faciles retours à l'iniquité répondre, en même temps, à cette faiblesse de Dieu? Cela ne peut pas être. Nous ne comprendrons jamais bien la haine souveraine que Dieu porte au péché, nous n'exprimerons jamais bien les horreurs sacrées de notre repentir que par des peines qui, prolongeant le souvenir cle nos fautes, nous en feront sentir la gravité et provoqueront ainsi dans notre convalescence spirituelle une crise suprême. « La faute passe, dit saint Augustin, mais la peine lui survit. » Pourquoi ? « Parce que la faute serait amoin-

drie à nos yeux et ne deviendrait plus qu'une toute petite chose si la peine finissait avec elle : Productior est psena quant culpa, ne parva putaretur culpa si cum illafiniretur et psena1. »

Je tiens ma conclusion, Messieurs. Il ne me reste plus qu'à vous la faire lire, en caractères sanglants, telle qu'elle fut écrite, de tout temps, dans l'histoire des peuples.

Les peuples ne sont pas philosophes à la manière des esprits superbes qui n'ont de confiance qu'en leurs propres lumières, se paient de vains arguments, et remplacent par des sophismes habilement déguisés les principes élémentaires du bon sens. Les peuples sont les philosophes de la nature et du sens commun.

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