I. S. Aug., tract. CXX1V, in Joan., n
JEquale est malum etdimissio absque castigatione, et castigatio sine venia : illa omnes laxat habenas, haec ob vehementiam strangulat ; 'Opofaç yàp km xaxov, xaVaveatç à<T(oa>povi<7TOç, xai xaxayvwsi; àaruY^wpYjTOÇ ' 'rt\ [/iv oXy|v loteTaa r^v rjviav, rjSs tco crcpoopw xaTay/ouca. (S. Greg. Naz., Orat. XXXIX, in sancta lumina.)
Le Concile de Trente insiste sur cette raison des peines satisfactoires : « Divinam clementiam decet ne ita nobis absque ulla satisfactione peccata demittantur, ut, occasione accepta, peccata leviora putantes, velut injurii et contumeliosi Spiritui Sancto, in graviora labamur, thesaurizantes nobis iram in die ira. » (Sess. XIV, cap. vin.)
Aussi leur école est-elle éternelle. Pendant que les savants ergotent, subtilisent et démolissent à l'envi, les peuples obéissent, en masse, aux puissants instincts qui éclairent les esprits vulgaires, et suivent unanimement la secrète impulsion que communique à tout cœur d'homme une force supérieure. Or, un des instincts populaires, une des passions universelles, c'est l'instinct religieux, la passion religieuse, si largement et si prodigieusement manifestée parla réparation publique et pénale du péché.
Quiconque possède une connaissance sommaire de l'histoire des cultes a pu constater ce phénomène : que l'homme a constamment et universellement cru aux justes colères et aux légitimes vengeances du ciel contre les iniquités de la terre, constamment et universellement pensé que Dieu devait un châtiment à toute faute commise, et l'homme un supplément expiatoire à ses regrets; que la double horreur d'une majesté offensée et d'un cœur coupable ne pouvait s'exprimer que par des afflictions volontaires et de libres supplices. De là est née la pratique solennelle et mystérieuse du sacrifice.
Œuvre de souffrance, de sang et de mort, le sacrifice n'est rien autre chose que la satisfaction même dans son expression la plus haute, la plus magnifique et la plus entière. Sans doute, sa destination originelle est de chanter par une action symbolique la gloire de Dieu et ses bienfaits, sa grandeur, son souverain domaine et ses libéralités incomparables. Il adore, il rend grâces, il supplie, il invoque, par des transformations et des anéantissements pleins de mystère, la protection naturelle que Dieu doit à ses créatures, selon l'opportunité des temps et des circonstances. Mais, l'homme devenu pécheur ajoute à la signification profonde de cet acte religieux une idée qui paraît effacer toutes les autres : l'idée de l'expiation. Il adjure la victime, et entre dans son sang par ses prières, ses désirs, ses attouchements, il la fait lui-même autant qu'il le peut, En l'offrant il s'offre lui-même à Dieu, en l'immolant il s'immole lui-même. Les douleurs, le sang, la mort des boucs, des brebis et des génisses deviennent intentionnellement et solidairement les douleurs, le sang, la mort même de l'humanité. Que clis-je, Messieurs? l'homme a
obéi jusqu'au fanatisme aux instincts d'expiation qui le tourmentaient. Lassé de prodiguer à des dieux incléments les hécatombes d'une vie obscure et imparfaite, il osa mettre la main sur ses semblables et chercher, sous leurs cadavres, un abri contre les colères du ciel. Hommes, femmes, enfants, esclaves, prisonniers de guerre ont expié sur l'autel les crimes publics. Saturne, Baal, Moloch, Teutatès et Oclin se sont abreuvés de sang humain, et en ont englouti des fleuves dans leurs entrailles inexorables. Les temples furent remplis de bourreaux, la terre fut couverte de bûchers et épouvantée par clés cris de détresse et des invocations désespérées. — Folies de barbares! dites-vous. — Eh bien, non. — Les peuples civilisés, que l'on propose à l'admiration païenne de notre jeunesse, n'ont pas échappé à cette dure loi du sang. Leurs poètes, en chantant la mort d'Iphigénie et les douleurs paternelles d'Agamemnon, ont adoré l'oracle des dieux qui demandait une vie humaine, pour apaiser les tempêtes et ouvrir aux armées les chemins du retour.
Sanguine placatis ventos et virgine cœsa.... Sanguine quserendi reditus1.
Rome elle-même s'est oubliée jusqu'à l'infamie, Plus de gravité dans les hécatombes, plus ce respect de la mort qui peut faire oublier de criminelles fureurs; mais la prostitution sacrilège du sacrifice et de l'agonie des vaincus aux joies triviales d'un peuple qui s'amuse.
Exécrable histoire, qui n'est pourtant que l'exagération d'une idée vraie, d'un instinct raisonnable; car le sang est de toutes les choses qu'il faut offrir à Dieu, la plus parfaite, la plus sainte, la plus agréable à ses yeux, la plus propice pour l'humanité. Ses flots pleins de vie crient miséricorde, à mesure qu'ils tombent à terre, et, plus noble est la victime, plus puissante et plus efficace est la voix de son sang. « Vous savez, dit saint Paul aux Hébreux, que tout est purifié par le sang : Omnia pêne in sanguine mundantur; — Que sans l'effusion du sang il n'y a pas de pardon : Non sine sanguinis effusione fit remissio*. » Ces