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DES PRINCIPALES ERREURS CONTRAIRES AUX DOGMES EXPOSÉS DANS CE VOLUME

SOIXANTE-TREIZIÈME CONFÉRENCE

(Voyez Exorde : Vérité du sacrement de Pénitence).

Montan fut, au milieu du deuxième siècle, le premier hérétique qui entama la vérité du sacrement de Pénitence. Il naquit en Phrygie. Sujet à des convulsions épileptiques, il en fit passer les accès pour des visites de l'Esprit-Saint qui lui donnait la mission de compléter la révélation et de relever le niveau de la morale chrétienne.

Sa morale à lui était, disait-il, plus parfaite que celle des apôtres. En effet, il y déployait une excessive rigueur; refusant pour toujours la pénitence et la communion à ceux qui s'étaient rendus coupables de grands crimes, et prétendant que les prêtres et les évêques euxmêmes n'avaient pas le pouvoir de les absoudre; imposant à ses sectateurs des jeûnes et des abstinences extraordinaires; condamnant les secondes noces comme des adultères, les lettres et les arts comme des occupations indignes d'un chrétien; soutenant enfin qu'il n'était pas permis de fuir la persécution.

Cette sévérité séduisit le caractère dur et le farouche génie de Tertullien, et lui inspirèrent ses livres du Jeûne, de la Chasteté, de la Monogamie, de la Fuite dans les persécutions. Il y appelle les catholiques

psychiques ou animaux, parce qu'ils se refusaient aux excès des Montanistes.

Juste châtiment de Dieu, les mœurs dissolues de ces hérétiques protestèrent bientôt contre l'austérité affectée de leur morale. Ils furent réfutés par l'apologiste Miltiade, Asterius Urbanus, Appollinaire d'Hieraple et Eusèbe dans son Histoire ecclésiastique. (Liv. V, cap. xvi et suiv.)

Les Montanistes ne niaient pas l'institution du sacrement de Pénitence; ils en restreignaient les effets, contrairement à la volonté du Sauveur qui ne met aucune restriction dans le pouvoir donné à son Eglise, et promet le pardon à tous les péchés, sans distinction : quœcumque solveritis, etc.

Au troisième siècle, Novatien, homme éloquent, trop amoureux de la philosophie stoïcienne, se sépara de la communion du pape saint Corneille, parce que ce Pontife admettait trop facilement à la pénitence et à la communion les fidèles tombés par faiblesse dans l'apostasie, pendant la persécution de Dèce. Dans le fait, l'ambition fut le principe de son schisme et de ses erreurs. Il était jaloux de ce que saint Corneille lui eût été préféré pour le siège de Rome.

L'apôtre saint Paul avait dit, dans son Epître aux Hébreux (cap. VI, 4, 5, 6.) : « Impossibile est enim, eos qui semel sunt illuminati gustaverunt etiam donum cœleste, etc.. et prolapsi sunt, rursus renovari ad pœnitentiam : Il est impossible à ceux qui sont tombés. après avoir été une fois éclairés et après avoir goûté le don céleste, de se renouveler par la pénitence. » Il voulait parler de la très grande difficulté de la conversion des apostats; car l'apostasie ferme le cœur à la grâce et lui attire les malédictions que prononce le maître trompé sur une terre ingrate. (Ibid., 8.) Novatien interpréta les

paroles de l'Apôtre dans le sens d'une impossibilité absolue, et soutint qu'on devait refuser l'absolution aux apostats. Bientôt après, il étendit ses rigueurs à tous ceux qui étaient tombés dans quelque péché grave après le baptême. Ce misérable oubliait qu'il s'était caché pendant la persécution et qu'il avait refusé ses secours aux confesseurs de la foi.

Un prêtre révolté de Carthage vint se joindre à lui. Novat, après avoir accusé saint Cyprien d'une trop grande sévérité contre ceux qui étaient tombés dans la persécution, avait pris part au schisme du diacre Félicissime contre le saint Evêque. Sa punition fut une honteuse palinodie dans l'hérésie de Novatien.

Novat et Novatien se contentèrent-ils de soustraire à l'efficacité du sacrement de pénitence un certain nombre de fautes qu'ils considéraient comme irrémissibles? Il y en a qui le pensent. D'autres croient qu'ils sont allés plus loin et qu'ils ont refusé à l'Eglise le pouvoir de remettre les péchés commis après le baptême. Saint Ambroise le dit formellement. Argumentant contre les Novatiens de son temps qui avaient adouci l'erreur de leurs pères : « Vous voulez, disait-il, réserver certains crimes et pardonner des péchés qui vous paraissent plus légers. Ce n'est point ce que faisait l'auteur de votre hérésie, Novatien, qui ne voulait donner la pénitence à personne : Aiunt exceptis gravioribus criminibus relaxare veniam leoioribus. Non hoc quidem auctor veslri etroris Novatianus ait, qui nemini pœnitentiam dandam putavit. » Et ailleurs : « En distinguant entre les péchés qu'on peut remettre et ceux qui sont sans remède, vous condamnez votre père (Novatien) : In eo igitur patrem vestrum propria damnatiê sententia, qui distinctionem peccatorum facitis, quœ solvenda a vobis putetis, et quse sine remedio esse arbitremini. » (Ambros., Lib. I, De Pœnit. cap. n.)

L'hérésie de Novatien a été combattue dès son origine par saint Corneille et par saint Cyprien; un siècle plus tard, par saint Ambroise dans son Traité de la Pénitence, et par saint Grégoire de Naziance qui apostrophe les Novatiens en ces termes touchants : « Pour moi j'avoue que je suis un homme, une existence changeante, une nature sans consistance, et j'accepte volontiers le baptême de la pénitence; j'adore celui qui nous l'a donné, et j'en fais part aux autres, rendant miséricorde pour

miséricorde Mais vous, que dites-vous? Quelle loi

apportez-vous, nouveau pharisien, homme pur, ou du moins nommé ainsi, sans l'être réellement, vous qui nous enseignez la doctrine de Novatien? Vous rejettez la pénitence? Vous n'admettez pas les larmes? Vous refusez de pleurer avec ceux qui pleurent? Puissiezvous ne pas trouver un juge aussi inexorable que vous ! » (Orat. xxxrx.)

Le novatianisme fut condamné dans un concile tenu à Rome, en 251, sous le pape saint Corneille. Novatien, qui s'était fait sacrer évoque, y fut excommunié, les évêques qui l'avaient ordonné furent déposés, et l'on y confirma les anciens canons sur la pénitence.

Ni les Montanistes ni les Novatiens n'avaient nié d'une manière formelle l'institution et la vérité du sacrement de pénitence. Luther fut le premier qui osât cette négation, négation inconstante du reste, car dans son livre de la Captivité de Babylone il admet formellement trois sacrements : le Baptême, la Pénitence et l'Eucharistie : « Principio neganda milii sunt septem sacramenta, et tantum tria pro tempore ponenda, Daptis- -mus, Pœnitentia et Panis. » Mais, à la fin du même livre, il rétracte cette concession. La Pénitence ne lui semble plus un signe visible institué par Dieu, ce n'est plus qu'un retour de l'âme vers le Baptême : « Proprie

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ea sacramenta vocari visum est, quœ annexis signis promissa sunt : Quo fît ut si riçide loqui volumus tantum duo sint in Ecclesia Dei sicramenta, Baptisions etPanis,cum in his solis etinstitutum divinitus signum, et promissionem remissionis peccatorum videamus. Nam pœnitentiœ sacramentum, quod^ego his duobus accensui, signo visibili et divinitus instituto caret, et aliud non esse dixi, quant viam ac reditum ad baptismum. »

Melanchton partage l'inconstance de son maître; après avoir nié dans un de ses ouvrages la vérité du sacrement de Pénitence : Pœnitentiam non esse signum nihil obscurum est (Loc. Commun. Titul. de Pœnitentia), il l'admet dans son apologie de la confession d'Augsbourg.

Zwingle et Calvin sont plus fermes dans la négation, ils retranchent résolument la Pénitence du nombre des sacrements. (Zwingle., De vero et falsa religione. cap. de sacramentis.-— Calvin., Lib.IV. Institut, cap. xix, § 15 et seq.)

L'Eglise a défini la vérité du sacrement de Pénitence, contre l'erreur des protestants, dans le canon que nous avons cité au commencement de notre conférence.

Qu'est-ce donc que la pénitence d'après les patriarches de la réforme ? — C'est l'effroi qu'éprouve la conscience lorsqu'elle reconnaît le péché, et la foi par laquelle le pécheur a confiance que ses fautes lui sont remises à cause de Jésus-Christ. — D'où vient son efficacité? — Du baptême qui contient en germe la rémission de tous les péchés que l'homme peut commettre. Voici en quels termes Mœlher {Symbolique, Liv. I., chap. iv, § 32) expose la doctrine des réformateurs. « Comme aux yeux des sectaires évangéliques l'Esprit-Saint ne peut

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