‹ Conférences de Notre-Dame de Paris (volume 5)Chapitre 6 sur 40 · Remittuntur ei peccata multa. (Luc, cap. vu · texte numérisé non relu

Remittuntur ei peccata multa. (Luc, cap. vu

4. Nulla patitur veniœ moras vera conversio, dicente Spiritu Dei per prophetam : cum conversus ingemueris tune salvus eris. (S. Léo.., Epist. CVHI,cap. iv.)

5. Quantumcumque parvus sit dolor, dummodo ad contritionis rationem sufficiat, omnem culpam delet.

24 LE RRl'ENTHI

Quelle consolante promesse, Messieurs !

Voulez-vous voir dans l'histoire humaine une solennelle et irrécusable garantie de cette promesse? Reportez-vous à dix-huit siècles en arrière.

Alors, un enfant naquit dans l'obscurité de la nuit, et l'obscurité, plus profonde encore, de l'oubli et de la pauvreté. Fils de Dieu , il étaitplein de grâce et de vérité et avait droit à toutes les joies et à tous les bonheurs. Cependant la douleur le saisit à son berceau et le suivit partout, impitoyable tyran, avide de ses pleurs et de ses gémissements : de Bethléem à la terre d'exil, de la terre d'exil à Nazareth, de Nazareth dans tous les lieux de sa vie publique, et puis du jardin d'agonie au tribunal des pontifes, au prétoire, au Calvaire, où il expira, comme un esclave, dans l'ignominie et les tortures du crucifiement. Qu'avait-il donc fait ? Rien. ■ — Mais, par une libre et généreuse acceptation, il s'était chargé d'expier les péchés du monde. Tant que Dieu aperçoit sur la chair

(In 4 Dist. XVII, q. 2, a. 5. Suram. suppl., quaest. 5, a. 3.) Quantumcumque sit parva (contritio) omnem culpam delet. {Ibid.)

adorable de Jésus-Christ l'iniquité du genre humain dont il s'est revêtu, il frappe sans relâche, il frappe sans pitié, il frappe jusqu'à la mort, il frappe jusqu'à l'accomplissement de cette prophétie : « 0 homme de douleur, ta contrition, ton brisement est grand comme celui des flots de la mer : Magna sicut mare contritio tua. Mais, quand, à force d'être battue, cette chair divine est bien broyée, quand elle n'est plus qu'un cadavre couvert de meurtrissures et de plaies, Dieu la prend dans ses puissantes mains, il la regarde avec amour, et son regard triomphe de la mort. L'humanité du Sauveur traverse la pierre de son sépulcre, et chante à la mort cet hymne plein de sublime ironie que nous chantons encore avec elle : « Ubi est, mors, stimulus tuus? Ubi est, mors, Victoria tua? 0 mort! où est ton aiguillon? 0 mort ! où est ta victoire?» Jésus est vainqueur, Jésus revit; mais « il a fallu qu'il souffrît pour entrer dans sa gloire1. » C'est « pareequ'il a souffert que nous le voyons couronné de gloire et

1. Nonne hsec oportuit pati Christum et ita intrare in gloriam suam? (Luc., cap. xxiv, 26.)

d'honneur1. 11 nous a ouvert une voie nouvelle et vivante, mais par le voile déchiré de sa chair : Initiavit nobis viam novam et viventem, per velamen, id-est carnem sua,m*. » Pour ressusciter et vivre éternellement, il a dû passer par la contrition, le brisement, offrir sa chair broyée à la toute-puissante bonté de celui qui devait la revivifier.

Or, Messieurs, ce brisement de Jésus-Christ, suivi de si près par le triomphe cle son éternelle vie, est plus qu'une saisissante figure du repentir et de son efficacité, c'est, comme je vous l'ai dit, une solennelle et irrécusable garantie des promesses divines : Par chacun des coups qu'il porte au Sauveur, Dieu s'engage à notre égard ; autrement il n'aurait exercé sur son Fils que des cruautés inexpliquables et parfaitement inutiles. Jésus-Christ est la victime universelle qui nous donne la mesure de douleur et de. haine que mérite le péché, et qui comble en même temps les vides de notre impuissance. Nous pourrions, nous devrions

1. Vidcmus Jesum propter passionem mortis gloria et honore coronatuni. (Ileb., cap. n, 9.)

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